CHAPITRE VII
carrière. Mais ce n’est pas seulement par la date que Cécilius tient aux deux grands comiques. On sait quelque chose de ses œuvres; et ce qu’on en sait prouve qu’il avait été, tout à la fois, et le continuateur de Plaute, et le précurseur de Térence. Cécilius ne reculait pas devant la bouffonnerie, et il était loin de mépriser les applaudissements populaires; mais il y avait aussi, dans ses comédies, la part des sénateurs et des chevaliers; il y avait les scènes de comique sérieux, les études morales, les belles maximes. Aussi comparait-on Cécilius tantôt à son successeur, tantôt à son devancier. Et quelques-uns n’hésitaient pas à le préférer à l’un comme à l’autre. Volcatius Sédigitus le nomme le premier dans sa liste : « Je donne la palme, dit-il, au comique Gécilius Statius. » Volcatius n’était pas seul de son avis. Quintilien fait allusion aux éloges dont les anciens Romains avaient comblé Cécilius. Cicéron , qui n’aimait pas le style de ce poète, ne laissait pas néanmoins de le regarder comme le plus parfait des comiques.
'Vie de Céelllas.
Cécilius était né dans la Gaule Cisalpine. On croit qu’il avait été d’abord esclave. Il devait être à Rome, selon toute probabilité, dès les premières années du deuxième siècle avant notre ère; et il y mourut en l’an 166 ou 165, dans un assez grand âge. On lui attribuait plus de quarante comédies. ■ Térence nous apprend que les premières pièces de Cécilius avaient été assez mal accueillies du public, mais que le poète, par sa persévérance, avait fini par triompher de tous les obstacles. Donat, lé biographe de Térence, nous fait connaître un trait fort honorable de la vieillesse de Cécilius. Térence venait d’écrire V Andrienne ; c’était sa première comédie. Les édiles, à qui il la présenta, le traitèrent comme un débutant : ils lui dirent de soumettre son œuvre au jugement de Cécilius; de revenir avec l’approbation du vieux maître, et qu’on verrait alors. Cécilius était à table, au moment où le jeune homme, ému et tremblant, entra chez son juge et lui lit sa requête. Il montra à Térence un petit siège, et il se mit en devoir d’écouter la lecture. A
CÉCILIÜS.
peine a-t-il entendu la première scène , il se répand en éloges, il presse Térence de souper avec lui. Après le repas, on achève la lecture de la pièce. L’admiration de Gécilius ne s’en tint pas à des louanges stériles. L’Andn'enne arriva sans encombre au théâtre, grâce au patronage du vieillard, homme non moins bienveillant que juge éclairé. On peut se faire, je crois, une haute idée du caractère de Gécilius. Les vieux écrivains n’aiment guère plus leurs héritiers que les vieux avares. La simple justice elle-même n’est pas vertu fort commune, ni chez eux, ni ailleurs : je ne dis rien de la bienveillance.
Vn chapUrc d'Anlu-Celle.
Voici une étude détaillée sur Gécilius, et qui a, entre autres mérites, celui d’avoir été faite autrement que les essais informes à quoi nous condamnent trop souvent et la déplorable mutilation de tant d’œuvres antiques, et la pénurie des renseignements épars chez les critiques et les historiens. Aulu-Gelle avait sous les yeux le théâtre complet de Gécilius, et non pas seulement comme nous quelques débris de comédies; il pouvait remonter jusqu’à ces sources, taries aujourd’hui, où le poète latin avait puisé; et Ménandre était pour lui autre chose qu’un souvenir. On me saura donc gré de transcrire en entier, malgré certaines crudités, ce long morceau, un des meilleurs chapitres, et, à coup sûr, un des plus intéressants, du précieux livre d'Aulu-Gelle*. Ge sera, tout à la fois, et un heureux supplément à mon insuffisance sur le sujet qui nous occupe, et un complément non moins heureux à l’article que j’ai consacré ailleurs aux poètes de la Comédie Nouvelle.
« Nous lisons de temps en temps les comédies de nos anciens poètes, imitées, pour la plupart, de Ménandre, de Posidippe, d’Apollodore, d’Alexis et de quelques autres comiques grecs. Tandis que nous sommes occupés à les lire, ces comédies, bien loin de nous déplaire, nous paraissent si agréables, le style nous en semble si fin et si gracieux, que
t. Xu:ts attiques, lirre II, chapiire xxiii.