CHAPITRE X
traitait Lucilius comme Boileau traite ses devanciers du seizième siècle. Je ne sache pas que Boileau ait jamais fait de Kegnier même un éloge aussi vif et aussi bien senti. Disons pourtant que Boileau ne critique jamais Begnier avec cette amertume qu’Horace a par deux fois répandue sur Lucilius.
Le dernier jugement d'Horace est le vrai. C’est celui auquel se sont tenus les Bomains ; et c’est celui que confirme encore aujourd’hui l’examen des débris de la poésie de Lucilius. Quintilien a marqué, avec beaucoup de fermeté et de modération, la voie j uste à suivre pour aboutir à une appréciation équitable : « Lucilius, dit-il, a le premier acquis dans la satire une gloire éclatante. Encore maintenant, il a des amateurs si passionnés', qu’ils n’hésitent pas à le préférer non-seulement aux autres satiriques, mais à tous les poètes. Pour moi, je partage aussi peu leur avis que celui d’Horace, qui prétend que Lucilius est un courant bourbeux, où l’on trouve de quoi prendre. Car il y a en lui des connaissances merveilleuses, et ce franc parler qui donne à ses vers du mordant et beaucoup de sel*. »
Froitnient» de« Mitircs de LuelliaM.
Lucilius est un Bomain du vieux temps, un admirateur des anciennes vertus et des anciennes mœurs. L’enthousiasme du bien, voilà la source ordinaire de ses inspirations. Il s’élève à l’éloquence, non pas seulèment quand il flétrit le mal, mais encore, mais surtout quand il trace aux hommes le tableau de leurs devoirs ; quand il les rappelle à la dignité de leur nature; quand il célèbre l’antique simplicité des premiers siècles de Borne. Jamais le sto'icisme lui-même n’a parlé un plus beau langage que ne fait Lucilius dans ce morceau sur la vertu : « La vertu, Âlbinus, c’est de pouvoir apprécier à leur véritable valeur les choses qui nous entourent, et au sein desquelles nous vivons. La vertu, pour l’homme, c’est de savoir ce que chaque chose est en ellemême. La vertu, pour l’homme, c’est de 'discerner ce qui