II PREFACE
Rome, libre che^ elle, mais souveraine implacable du monde, impose aux peuples esclaves sa volonté, ses lois, son langage. De là, dans le génie latin un despotisme intolérant, une autorité sans appel, qui, après avoir marqué de son empreinte les travaux de ses littérateurs, a profondément influé, dans le cours des àgesy sur le développement intellectuel et moral des races néolatines, devenues, à leur tour, maîtresses de l'empire romain : on le sent revivre en elles.
Cependant, telle est la loi du progrès appliquée aux évolutions historiques de l'humanité, qu'un peuple, usât-il d'un pouvoir sans bornes, n'exerce dUnjLuence sur les autres qu'autant qu'il vaut par lui-même, et qu'il émane de lui une sorte de courant civilisateur. Ainsi, au milieu des importations grecques qui s'acclimatent sur le sol italien et qui adoucissent peu a peu la rudesse des premiers essais de la littérature romaine, il y a comme un fond persistant, qui dure encore, et que rien n'a jamais pu altérer. Cet élément essentiel du génie latin, la critique ne doit pas le perdre de vue, quand elle dresse l'inventaire des productions qu'il a laissées et qu'elle en apprécie le mérite. Le négliger, c'est s'exposer à ne pas bien comprendre la valeur intrinsèque des imitations que les poètes et les prosateurs de l'Italie, après une vive opposition clés vieux Romains, ont calquées sur Us modèles que leur fournissait la Grèce : aussi jugeonsnous indispensable d'y insister.
Durant près de trois siècles, c'est-à-dire depuis
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sa fondation jusqu*! la prise de Tarente (jjj), J^ome semble fermée à toute espèce de culture littéraire. Le brigandage, la chasse j la pêche, la vie pastorale et agricole, le maniement alternatif de la charrue et de Vépée^ le retour incessant de la guerre offensive ou défensive avec les peuplades de l'Italie centrale et méridionale, puis avec les Gaulois, Pyrrhus, Hannibal, la participation à V élection des magistrats, à la confection des lois et des plébiscites, exigent du Romain une vie active, remuante, militante, qui n'admet rien des loisirs nécessaires aux manifestations de la pensée. Cependant, quelques chants religieux ou nationaux, rudiments grossiers de poésie populaire, accompagnés de la flûte et mêlés aux danses sacrées, dans les fêtes champêtres, funèbres ou triomphales, se font jour à travers les occupations manuelles du laboureur et les exercices quotidiens du soldat, La note dominante de ces ébauches est la rusticité : le sentiment est naïf, sincère, mais l'expression est lourde, informe. Seulement, et par sa gaucherie même, cette pesanteur agreste ne fait que mieux ressortir la verdeur natale et la couleur particulière de l'esprit latin, à savoir le bon sens, la foi patriotique, la volonté ferme de soumettre le monde et de le faire à l'image de Rome. Les Grecs, sauf les Spartiates, n'ont jamais eu cette prétention à l'unité personnelle et exclusive. Semblables au Triptolème de leurs légendes, ils semaient, du haut des airs, la graine de leurs idées, et conviaient chaque peuple à la récolte des lettres, des sciences