IV PREFACE
et des arts. Les Romains, en constituant un État très différent des démocraties mobiles de la Grèce, ont subordonné tous leurs actes et toutes leurs pensées à l'idée unique de Rome : la patrie seule et rien que la patrie est la source et le but de leurs efforts; ils s'y dévouent corps et âme : Curtius, Decius, Regulus, voilà leurs véritables héros l Aussi, à mesure qu'ils suivent les différentes phases de leur évolution intellectuelle, leurs poètes et leurs prosateurs, Livius, Ennius, Natvius, Pacuvius, Plaute, Térence, le vieux Caton, ne cessent jamais de tourner les diverses conceptions de leur génie vers une idée fixe : la grandeur de la Cité, sa gloire, sa domination sur l'univers. Qu'en résulte-t-il? C'est qu'ils créent à leur service une langue positive, énergique, brève, concentrée, toute de concision, d'ordre et de discipline, ainsi qu'il convient à la parole d'un mattre, ou bien encore nue comme une épée, alerte, rapide comme le trait qui part de la main d'un soldat.
Voilà ce qui donne au latin et à la littérature romaine une physionomie toute particulière. Même lorsque, débarrassés des entraves qui gênaient Vélan de leurs devanciers, les novateurs littéraires, tels que Cicéron, Horace, Virgile, Tite-Live, empruntent à la race hellénique ses idées et ses expressions, c'est pour les convertir en leur propre substance, en conservant, par-dessous, leur caractère individuel, accentué, comme un type indélébile. On retrouve partout, che{ eux, je ne sais quelle fierté impérieuse sous les formes polies et façonnées du