‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 31 sur 80 · HORACE · texte numérisé non relu

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che, même quand ils semblent se contrarier. Rien ne gêne l'essor des peintres et des poètes, qui subordonnent les détails à l'unité absolue du plan. Cependant le faux touche de si près au vrai, que l'artiste, à son insu, franchit souvent cette limite; la recherche de la concision conduit à l'obscurité ; le pathétique mène à l'emphase ; le soin minutieux à Pignorance ou à la négligence du tout : c^est là l'écueil du poète, du peintre et du sculpteur. Pour l'éviter, il faut étudier V&n et se laisser guider par les règles que l'expérience a empruntées à la nature; il faut que Partiste prenne un sujet proportionné à sa force. Quiconque, choisissant une matière qui va bien à son génie, en détermine clairement le plan, ne manque pas d'en trouver heureusement l'expression.

La souveraine qualité du plan, c'est la lumière et l'ordre : chaque chose doit y être à sa place. Il faut savoir ne dire que ce qu'on doit dire, et le dire où il doit être dit. Quant à l'expression, il est permis sans doute d'employer des mots nouveaux et des formes nouvelles. Cependant il importe de se garder d'innovations étranges et de suivre les traditions du goût ainsi que l'étymologie. La langue latine doit particulièrement puiser aux sources grecques. La langue est une monnaie; on peut mettre en circulation des pièces nouvelles, lorsque le titre et le poids sont vérifiés, et que l'antiquité du métal est rajeunie par l'actualité* Tout change et périt avec le temps; une langue ne saurait être immuable ; elle subit nécessairement la tyrannie de l'usage, despote et maître absolu.

Chaque genre de poésie a ses limites propres, son étendue, son expression circonscrite : épopée, élégie, poésie lambique. L'iambe est le pied spécialement affecté au drame, soit tragique, soit comique; c'est un mètre vif, rapide, fait pour le dialogue et pour l'action* La poésie lyrique a comme domaine la prière qui s'élève jusqu'aux dieux, les victoires olympiques, les douleurs ou les tendresses de l'amour, la liberté du vin. Mais il ne suffit pas de savoir quels sont les rythmes

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consacrés par Texemple des grands poètes, il faut reconnaître les nuances délicates particulières à chaque style, c'est-à-dire le ton qui convient à chacun, d'eux. Et ce n'est pas tout, la beauté, même parfaite, de la forme est insuffisante, si le poète ne sait pas remuer les cœurs. Il doit avoir une âme sensible, susceptible d'une émotion vraie, éloignée de toute décla« mation, ennemie de l'emphase, et qui transmette son impression à l'âme du spectateur. Le rire et les larmes proviennent d'une sympathie, qui suppose une sorte de chaîne entre l'âme du poète et celle de l'auditeur ou du lecteur. C'est la nature qui crée ces impressions premières ; c'est l'art qui les développe et qui les propage. Quand les paroles sont en désaccord avec la situation dramatique, on tombe dans le ridicule, on est sorti du domaine de l'art. Il importe donc de faire parler et agir les personnages, suivant les différences d'âge et de condition, sans négliger les dissemblances nationales, les nuances, qui distinguent non. seulement les peuples, mais les divers groupes d'une même nation.

On suit la tradition ou l'on crée une oeuvre nour velle. Dans le premier cas, les personnages doivent être conformes à l'idée primitive qui en a été tracée. Dans le second, il faut qu'il y ait une sorte de concert bien arrêté dans les manières et dans les paroles du personnage créé. Les créations sont difficiles, et peutêtre vaut-il mieux s'en tenir aux personnages traditionnels. Si donc on emprunte des caractères à l'histoire ou aux poètes anciens, il importe de les donner tels qu'ils sont connus. Il n'est pas défendu, cependant, d'y chercher et d'y découvrir des ressources nouvelles : car il ne faut jamais s'enchaîner dans une imitation servile.

Le sujet étant choisi, déterminé, circonscrit, l'essentiel est de bien commencer, afin de bien suivre. Toutefois les faits, surtout dans l'épopée, ne doivent pas être présentés dans l'ordre auquel s'astreindrait un historiographe. Il faut que le lecteur soit comme

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emporté au milieu même du sujet, in médias res. Les parties, qui n'ont qu'un intérêt secondaire, doivent être rejetées ou laissées dans l'ombre. Enfin la fiction et la vérité doivent être combinées avec un art, qui t'ait que. le début, le milieu et la fin sont en plein accord.

Au théâtre, la loi suprême est que les personnages représentés soient conformes à la nature, et qu'ainsi la scène devienne une imitation de la vie. Là se place la peinture des quatre âges de la vie humaine.

L'imitateur instruit ne fait point parler ses acteurs au hasard : l'enfant, le jeune homme, l'homme fait, le vieillard ont chacun leur caractère et leur rôle.

L'action dramatique a lieu sur la scène ou se traite en récit. La vue du fait frappe mieux les âmes et les pénètre plus profondément. Mais il est deux choses qu'on doit reculer des yeux du spectateur : l'horrible et l'invraisemblable : l'invraisemblable détruit Tillusion, l'intérêt ; l'horrible révolte l'âme.

En général, une pièce se compose de cinq actes : c'est l'étendue ordinaire. Le dénouement doit sortir du sujet : l'intervention de la divinité, l'emploi du merveilleux, n'y sont de mise que quand il n'y a pas d'autre issue. Trois personnages suffisent pour occuper à la fois la scène. Le chœur a sou rôle personnel à jouer dans les drames. II y tient sa place dans l'ensemble, comme un des acteurs. Son rôle de spectateur permanent consiste surtout dans l'impartialité et dans des conseils de morale. Sa voix est soutenue par un groupe de musiciens, dont le nombre a subi des modifications, suivant la pompe plus ou moins solennelle des représentations dramatiques.

. Â la tragédie et à la comédie se rattache un genre qui n'a plus son pareil dans les temps plus voisins. C'est le drame satyrique, ainsi nommé des Satyres et des compagnons de Bacchus,qui y prennent part comme acteurs et comme choristes. L'écueil de ce genre est de faire descendre le personnage tragique à une trivialité indigne du cothurne, ou bien d'en élever la familiarité jusqu'à la déclamation et à l'emphase.

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Le vers iambiqae est celai du drame. L'iambe est un pied composé d'une brève et d'une longue. D'abord le vers iambique se composait d'iambes purs : les Grecs respectaient cette pureté de l'iambe ; les Latins y ont mêlé le spondée : sur ce point même leurs scrupules n'ont pas été suffisamment respectueux, et quelques vieux poètes, en se donnant carrière, ont fait trop souvent preuve de négligence ou d'ignorance. De leur côté, les spectateurs ne se montrent pas assez délicats, et leurs oreilles s'accommodent d'une versification trop indépendante.

Quiconque veut la gloire dramatique, doit feuilleter jour et nuit les modèles grecs. C'est en vain que les vieux Romains ont loué la cadence et les plaisanteries salées de Plante ; ils se sont montrés trop débonnaires pour ne pas dire grossiers. l(ien n'empêche de concilier l'esprit avec les règles de la prosodie.

Les Grecs ont inventé l'art dramatique : Thespis et Eschyle en sont les créateurs ; puis, à côté d'eux, les pères de la Vieille comédie. Les Romains ont d'abord imité les œuvres des Grecs : ils ont ensuite voulu avoir un théâtre national, mais ils n'ont pas eu le même succès, parce que les auteurs latins craignent le travail. On s'imagine, sur la foi de Démocrite, que, pour être poète, il faut être fou, fuir le monde et la société, éviter les bains et se laisser croître les ongles et la barbe. « A ce compte, dit Horace, j'ai tort de me purger de la bile au printemps, je serais le meilleur des poètes ». Un rôle plus modesle lui convient mieux : il se contente d'être un critique, semblable à la pierre à aiguiser, qui, ne coupant point elle-même, rend l'acier tranchant. Sans entrer dans la carrière, il indique le chemin aux autres et le moyen d'arriver aux succès.

Bien penser conduit à bien écrire. Les écrits de l'école socratique contiennent le fonds moral de toute composition, et la parole suit la pensée. Quand on a bien réfléchi sur le train même de la vie, et que, les yeux attachés à la société, on en a étudié les différents caractères, on peut les reproduire au théâtre.

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Ainsi parfois une pièce dont le style est faible, mais où les caractères sont bien imités, toache et charme plus qu'une versification pauvre de choses et pleine de bagatelles sonores. Aux Grecs appartient le génie, aux Grecs les inspirations harmonieuses de la Muse, parce qu'ils n'aiment que la gloire : les Romains, enfermés, dès l'entimce, dans les finesses d'une éducation tout arithmétique, sont incapables de produire des œuvres qui vont à l'immortalité.

Les poètes veulent plaire, et, ce qui vaut mieux, plaire et servir à la fois. Toute maxime doit être brève, afin de pénétrer dans l'âme. L'esprit rejette le superflu. La fiction doit être voisine de la vérité, et ne jamais choquer le spectateur par des exhibitions qui répugnent à la raison et à la vraisemblance. Pour réunir tous les suffrages, il faut savoir plaire et instruire à la fois. Un livre ainsi fait procure la fortune au libraire et la gloire à l'auteur. Est-ce à dire cependant qu'il y ait des œuvres parfaites? Non; et on doit être indulgent pour certains défauts. Le musicien fait parfois une fausse note, et l'archer n'atteint pas toujours le but. Mais on ne peut excuser certaines fautes que si le nombre des beautés l'emporte, si les fautes ne sont pas toujours les mêmes, et si c'est un ouvrage de longue haleine. Ce qu'on ne doit jamais pardonner, c'est la médiocrité. Et pourtant, comment n'y aurait-il pas un grand nombre de poètes médiocres.'* Sans avoir étudié l'art poétique, tout homme bien né veut produire des vers. On craint de faire rire de soi, lorsqu'on est maladroit à la balle, au disque ou au cerceau ; et on ne craint pas de s'exposer aux moqueries de la foule, en écrivant de mauvais vers.

Ne faites jamais rien, n'écrivez pas un seul mot, en dépit de Minerve : que ce soit votre règle absolue. Si vous écrivez quelque chose^ consultez de bons juges, puis gardez votre livre enfermé pendant neuf ans : on peut détruire ce qu'on n'a pas fait paraître : un mot lâché ne sait plus revenir.

La poésie est une grande et belle chose : les pre-

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mîers poètes, Orphée, Amphion, Homère, Tyrtée, ont exercé une sorte de sacerdoce, et ils ont puissamment agi sur les esprits et sur les cœurs. Mais, pour être poète, il faut réunir deux qualités : le génie et le travail. L'une prête à l'autre un appui nécessaire, et toutes les deux conspirent dans un commun accord.

Tout homme qui a un but fait eifort pour y atteindre; il en est de même du poète. Il ne suffit pas de dire : « Je fais d'admirables vers, je ne veux pas rester derrière mes rivaux et me contenter d'avouer que je ne sais pas ce que je n'ai pas appris ». Il faut aussi au poète un ami sincère qui l'avertisse de ses défauts, et qui l'empêche de devenir le jouet du public. Rien n'est plus dangereux pour un poète riche que la fausse amitié des parasites, qui s'empressent à sa table et qui l'écrasent de leurs flatteries. Ils sont, sous leur peau de renard, comme ces pleureurs à gages, qui témoignent une douleur plus vive que ceux qui pleurent sincèrement le mort. Un bon critique ne fait pas tant d'étalage. « Corrigez ceci, dit-il, ou cela». Vous dites que vous ne pouvez pas mieux faire, que vous avez essayé deux ou trois fois. « Effacez alors, et remettez vos vers sur l'enclume ». V^ous voulez défendre votre faute et prouver que ce qui est mauvais est bon : il vous laisse tranquille, et il vous abandonne à votre admiration solitaire.

Quel fléau qu'un mauvais poète! Il faut l'éviter comme les malheureux atteints de la gale, de l'épilepsie ou de la folie. Il n*y a que les imprudents ouïes enfants qui lui fassent cortège. Le voyez-vous lancer en l'air ses vers sublimes, en courant à. l'aventure ? Il tombe dans une fosse, comme un oiseleur qui suit des merles. Qu'il y reste, quoiqu'il crie : « Au secours, citoyens! » et que personne ne lui tende la corde. Qui sait s'il ne s'y est pas jeté de parti pris, comme Empédocle sautant de sang-froid dans l'Etna brûlant, et follement épris de l'immortalité? Laissons aux poètes la liberté du suicide. Sauver qui ne veut pas équivaut à le tuer. Et ce n'est pas son coup d'essai :

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retirez-le, il ne deviendra pas un homme, et n'abandonnera pas son projet d'ane illustre mort. Et pourquoi fait-il des vers? A-t-il commis un sacrilège, un parricide? Non ; c'est un fou furieux, un ours échappé de sa cage. Evitez à tout prix cet infatigable lecteur, qui, une fois attaché à vous, vous assomme de sa poésie, et vous tue, comme une sangsue, qui ne l4che la peau que gorgée de sang.

Tel est, dans ses traits généraux et dans quelques détails particuliers, \'Art poétique d'Horace, imité de la Poétique et de la Rhétorique d'Aristote et modèle de celui de Boileau; admirable traité d'esthétique, non seulement pour le passé, mais encore pour l'aventr : les goûts changent, mais le goût lui-même ne change point, et l'honneur d' Horace est d'en avoir formulé les préceptes avec une justesse, une clarté, une simplicité et un enjouement solides, contre lesquels l'indépendance aventureuse de certaines théories modernes est impuissante à réagir.

Ovide {Publius Ovidius Naso)^ né à Sulmone, la seconde ville des Péligniens, l'an 4) avant J.-Ci, se distingue par une imagination féconde, une abondante faculté d'invention, un talent inépuisable à raconter avec agrément et avec variété, un esprit plein de vivacité et d'éclat qui éblouit, mais qui, par sa profusion même, nuit à l'expression naïve du sentiment, enfin par une versification facile, courante, coulante, qui ne demande aucun effort au poète, mais qui n'est pas toujours d'accord avec le goût. Cette prodigieuse facilité se manifesta dans Ovide dès sa première enfance et lui valut, de bonne heure, d'abord les réprimandes de son père, puis l'estime et l'affection des écrivains les plus distingués de son temps. Tous les genres lui étaient familiers, et, s'il excellait dans l'élégie, ce n'était pas une raison pour que la tragédie ou le poème didactique ne fussent pour lui matière à succès. Nous avons dit plus haut combien sa Médée était aimée des anciens. A la sympathie de ses amis s'ajoutait la faveur même d'Auguste, lorsque tout à coup, pour un crime

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qui reste inconnu, propos légers ou regards indiscrets letés sur la vie secrète de la cour impériale, Ovide, âgé de cinquante ans, est envoyé en exil à Tomes (To« misvar), dans la Chersonèse taurique, à ^embouchure de Pister. Ni les supplications ni les larmes dont sont mouillés ses Tristes et ses Pontiques ne peuvent fléchir l'empereur : Tibère est également inexorable; et Ovide meurt l'an 17 après J.-C, sans avoir revu, sa patrie.

Comme poète didactique, Ovide se place à un rang très honorable par ses quinze livres des Métamorphoses : il rappelle Homère et Virgile. Narrateur des histoires fabuleuses, depuis le chaos jusqu'à la mort de Jules César, il emprunte ses matériaux aux Grecs, principalement à Nicandre et à Parthénios; mais il donne à la collection de ces pièces diverses une beauté d'ensemble, un tout harmonique, dans lequel l'infinie variété des épisodes se fond à l'aide de transitions ménagées avec la plus ingénieuse habileté. A peine quelques redondances et négligences de style, quelques traits d'un goût douteux déparent-ils ce fin tissu de broderies charmantes : à une ordonnance claire et facile s'unissent les qualités d'esprit et de sentiment dont les bons poètes ont le secret. On comprend tout le plaisir que dit avoir éprouvé Montaigne, qui fit des Métamorphoses son premier livre de lecture. Les épisodes de Phaéton, de Ceyx et Âlcyone, d'Ajax, d'Hécube, de Pyrame et Thisbé, d'Écho, de Narcisse, de Dédale et Icare, ont des richesses de description ou des mouvements pathétiques dignes des plus grands maîtres. Quant à l'épisode de Philémon et Baucis, quel plus bel hommage rendu à Ovide que l'admirable imitation de notre La Fontaine !

On peut ranger encore parmi les bonnes compositions didactiques les Fastes d'Ovide, commencés avant son exil, achevés durant ses loisirs forcés et publiés sous les auspices de Germanicus. Les Fastes avaient douze livres : depuis le IV» siècle, il n'en reste que les six premiers. Le mot fastes désignait chez les Romains

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le recueil des annales nationales, l'ensemble des traditions civiles et religieuses. Ovide les résume dans ses vers, en s'astreignant à l'ordre du calendrier, avec de courtes observations sur le lever et le coucher des étoiles. Le cadre naturel et modeste, adopté par le poète, lui interdit l'introduction des digressions et des tirades, mais il ne réussit pas moins que dans les Métamorphoses à embellir le fond de son sujet par le charme d'un style élégant et gracieux. On y distingue, entre autres, la Fête des champs ou Sementales, l'épisode de Lucrèce, se donnant la mort pour sauver son honneur, les divers attributs de Janus, etc. En somme, le poème d'Ovide est une source précieuse pour la connaissance des anciennes religions de l'Italie.

On a, sous le nom de Gratius Faliscus, c'est-à-dire de Paieries, contemporain d'Ovide et imitateur de Virgile, un poème didactique de cinq cent quarante vers, intitulé Cynégétiques : la versification en est agréable. Le début, placé sous les auspices de Diane, explique le dessein du poète de chanter l'art des chasseurs et de leur donner d'utiles conseils. Parmi les morceaux remarquables se trouvent la description du chien et l'épisode de l'antre, où Vulcain guérit les animaux malades.

A ses talents politiques et militaires l'illustre Germanicus joignait une heureuse disposition à la poésie. II reste un fragment considérable de l'imitation assez heureuse qu'il avait faîte du poème d'Aratus de Soli,, ayant pour titre les Phénomènes, et déjà traduit par Cicéron.

iEmilius Macer, de Vérone, contemporain de Virgile, avait écrit, en s'inspirant du poète grec Nicandre, un poème sur les plantes vénéneuses : cet ouvrage est perdu.

Marcus Manilius, qui vivait probablement à Rome sous Tibère, est auteur d'un poème en cinq livres intitulé Astronomicouy où les erreurs scientifiques sont rachetées par un véritable talent. Montaigne faisait grand cas de Manilius, et il lui emprunte plusieurs citations

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heureuses. Le plao de l'ouvrage se recommande par la clarté : des épisodes intéressants, des vers bien frappés en rehaussent le mérite. Le spiritualisme platonicien, qui respire dans un grand nombre de pages, semble avoir suggéré à Fénelon quelques idées de son traité de VExistence de Dieu Manilius croit que le monde est gouverné par une puissance divine et non par les caprices aveugles du hasard : il en a pour garantie Tordre et l'harmonie de l'univers. Il proclame que Dieu habite dans le cœur de l'homme, et que, grâce au dogme de la responsabilité morale, inscrit dans notre conscience, chacun de nous reçoit le châtiment ou la récompense due aux actes imputables à sa volonté.

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Varron* — Horace. — Phèdre.

La satire, créée par Ennius et parLucîlius, n'ayant pas un caractère exclusivement déterminé, il ne fut pas impossible aux poètes des âges suivants d'y introduire quelques modifications importantes.

Varron {Marcus Terentius Varro), le plus savant des Romains, l'ami de Cicéron et des hommes distingués de cette période, tt proposa de traiter un autre genre que celui de ses devanciers. Né à Réate, dans le pays des Sabins, l'an ii6 avant J.-C, élevé par les meilleurs maîtres de Rome, investi des plus grandes magistratures, dévoué à Pompée, vaincu par César, qui se montra généreux envers lui, proscrit par Antoine, auquel il parvint à échapper, il finit par être préposé par Auguste à la direction de la bibliothèque gréco-latine, ébauchée par César et réalisée par son successeur. C'est dans l'exercice de ces utiles fonctions que Varron mourut, à l'âge de quatre-vingt-dfx ans (27 ans avant J.-C.). De remarquables travaux signa-

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