VARRON
lérent cette carrière si honorablement remplie. Nou8 parlerons plus loin des traités De la langue latine et De V agriculture; nous ne nous occupons en ce moment que des Satires ménippées. Ménippe, philosophe grec de la secte cynique, souvent mis en scène dans les Dialogues des morts de Lucien, est inventeur d'an genre de satires mêlées de prose et de vers parodiés. Varron imita ce mode de composition, en écrivant, sous le titre de Satires ménippées, des boutades railleuses, alternées de prose et de vers grecs et latins, avec des titres burlesques : la Cuillère à pot du monde, le Combat des chèvres. Gare aux chiens l Le peu de fragments qui restent de ce travail érudit ne peuvent donner une idée appréciable ni du plan, ni des détails, ni du caractère général de ces compositions satiriques. On voit pourtant, par quelques comparaisons justes et bien choisies, que Varron a le sentiment de son art et qu'il a le secret du bon style. Des naufragés « renversés, courbés sous la tempête » se disent « semblables à des cigognes, dont le feu de la foudre a consumé les plumes et les ailes » : le vin est la « source délicieuse de la gaieté, le lien des festins 1» : Prométhée s'écrie : « Jje suis comme l'écorce du haut de l'arbre ou comme la cime du rouvre, mort de sécheresse dans la chênaie ». On reconnaît, même à ces brefs indices, un des mérites essentiels des grands poètes, qui est de représenter au vif ce qu'ils ont vu, et de donner une réalité pittoresque à l'abstraction morale de leurs idées.
Au xvi«siècle (i$94)deshommesd'e8prit, de raison, de savoir et de patriotisme, Pierre Le Roy, Jacques Gillot, Pierre Pithou, Nicolas Rapin, Jean Passerai, Florent Chrcstien et Gilles Durant donnèrent le nom. de Satire ménippée à un admirable pamphlet, dont la verve sarcastique, doublée de bon sens et relevée d'éloquence, tua la Ligue sous l'arme du ridicule et fraya la voie du trône à Henri IV, plus sûrement peut-être que la bataille d'Ivry. C'est un bel hommage rendu à la mémoire de Tereniius Varron.
Horace, envisagé comme satirique, ne dissimule pas
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ce qu'il doit à set prédécessears et spécialement à Lii> cilius, mais comme il les surpasse tous! Ses Satires ou plutôt ses conversations en vers (sermones) sont un cadre neuf, ingénieux, original, où le poète répand sur les préceptes de la raison ou sur les railleries dont il poursuit les ridicules, les travers et les vices, le charme exquis et le sel pétillant de la comédie grecque et latine. Aristophane, Eupolis, Cratinus, Ménandre et Térence y donnent la main à Platon, à Aristote, à Zenon. L'art et la nature, la verve et le savoir, l'esprit et le goût, le bon sens et le tour imagé de la pensée y forment le plus harmonieux concert. On y voit la société romaine, non plus dans le costume un peu officiel de l'histoire et de la philosophie, mais vivante, agissante, réelle, dans son train ordinaire, en déshabillé, avec le pêle-mêle des personnes et des choses, les embarras, le tumulte, les scènes changeantes de la rue. Le voyez-vous aux prises avec ce bavard qui l'accoste, flânant, suivant son habitude, sur la voie Sacrée, s'attache à lui comme à une proie, et ne le lâche qu'entraîné au tribunal par la rencontre soudaine de son adversaire? Les moindres incidents de cette délicieuse comédie ne sont point perdus pour Régnier, pour Molière et pour Boileau, qui savent, à leur tour, esquisser la figure et reproduire le langage des deux interlocuteurs.
Cependant, la grande cité s'éveille, les boutiques s'ouvrent, les chars commencent à rouler: les ouvriers, les entrepreneurs, le chasseur, qui rapporte le soir, en grand appareil, un sanglier acheté le matin au marché, les clients qui vont saluer leur patron, les enfants qui se rendent à l'école, les plaideurs aux tribunaux, les financiers au quartier de Janus, les flâneurs et les élégants au Champ de Mars ou au Pont Milvius, les amateurs de littératlireaux bains ou aux colonnes des libraires, et puis, dans cette foule empressée, remuante^ gesticulante, affairée, bavarde, Horace dessinant tout de son crayon moqueur ; tels sont les tableaux qui se succèdent sous nos yeux.