‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 43 sur 80 · VITRUVE · texte numérisé non relu

VITRUVE

type aux théâtres romains, et par des détails très précieux sur la musique. Le sixième, relatif à la construction des maisons de la ville ou de la campagne, jette un jour intéressant sur la vie domestique des anciens. Le septième commence par un éloge des lettres et ua hommage aux savants, qui ont transmis à la postérité ]es événements et les découvertes du passé ; puis il contient des indications infiniment curieuses sur la peinture appliquée aux édifices et aux tableaux. Le huitième livre est consacré à l'hydraulique; le neuvième à la gnomonique ou orientation des cadrans, des horloges et des clepsydres ; le dixième à la mécanique appliquée à l'architecture et aux machines de guerre.

Le style de Vitruve est souvent obscur, moins à cause de la tournure d'esprit de l'auteur qu'en raison de la nécessité où il est de créer des mots techniques, étrangers à la langue latine. Il résume, du reste, dans une sorte d'introduction, placée en tête de son premier livre, les qualités exigibles d'un bon architecte : connaissance des lettres, du dessin, de la géométrie, de l'optique, de l'arithmétique, de l'histoire, de la philosophie, de la musique, de la médecine, de l'astronomie. Et il ajoute :

« Peut-être les ignorants regarderont-ils comme une merveille que Tesprît humain puisse parfaitement apprendre et retenir un si grand nombre de sciences; mais lorsqu'ils auront remarqué la liaison, l'enchaînement qu't^lles ont les unes avec les autres, ils auront moins de peine à croire que la chose ait lieu. En effet, le savoir encyclopédique se compose de toutes ces parties comme un corps de tous ses membres. Aussi ceux qui, dès leur jeune âge, se livrent à l'étude de plusieurs sciences à la fois, y reconnaissent-ils certains points qui les rattachent entre elles. »

On le voit, Vitruve est à la fois un homme expert dans son art et un penseur judicieux, aussi habile à construire un raisonnement qu'à élever un édifice.

3* Agriculture. Terentias Varron n'est pas seulement remarquable par ses Satires et son Traité de la langue latine, c'est un agronome d'une très grande valeur. Après l'ouvrage du vieux Caton, celui de Varron, qui a pour titre De re rustica, est un des meilleurs écrits qu'ait laissés l'antiquité dans cet ordre de faits. L'auteur ne s'enferme pas, comme Caton^ dans un cadre exclusivement technique, il est écrivain, littérateur. Ses quatre-vingts ans, qui donnent plus d'autorité à ses conseils, n'enlèvent rien à la fraîcheur de ses idées et de son style. Virgile, qui savait choisir ses modèles, s'est de si près inspiré de Varron, qu'il lui a emprunté son plan et ses divisions principales : ce qui fait que tous deux marchent de pair, et que, malgré le charme de son génie propre, le poète ne fait pas tort au prosateur. Peut-être même la forme du dialogue donne-t-elle à l'ouvrage de Varron une physionomie plus voisine de la réalité, et lui permet-elle de revêtir d'un tour plus animé les conseils techniques et les sentences morales, qu'il adresse aux laboureurs. Les trois livres du traité de Varron sont dédiés à sa femme Fundania, mais le second est particulièrement écrit pour Niger Turranius, son beau-père, et quelques amis. On aurait tort de croire que les exigences imposées à l'auteur pai* le côté technique du sujet gênent la souplesse de son esprit et de son style. Il a l'air de s'en faire un jeu, et il mêle au sérieux du livre des plaisanteries ingénieuses, des finesses aimables et des descriptions charmantes, particulièrement velle d'une volière. Voici, sur les mœurs des abeilles, un passage du livre III de Varron, que Virgile avait assurément sous les yeux, quand il écrivait le quatrième livre des Géorgiques.

« Les abeilles vont pâturer au dehors, mais c'est dans l'intérieur de la ruche que s'élabore le doux produit, si agréable auX dieux et aux hommes. Le miel trouve place sur les autels aussi bien que sur nos tables, au début d'un repas comme au second service. Les abeilles ont des institutions

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semblables aux nôtres, une royauté, un gouvernement, une société organisée. La propreté est leur essence. Jamais on ne les voit se poser dans le voisinage d'immondices ou d'exhalaisons fétides. Ce n'est pas qu'elles recherchent les parfums; on les voit piquer, au contraire, quiconque s'approche parfumé de leurs cellules. Elles n'ont pas l'indifférente avidité des mouches, aussi ne vont-elles jamais s'abattre, comme celles-ci, sur la viande, le sang ou la graisse. Les aliments d'une saveur douce peuvent seuls les attirer. Incapable de nuire, l'abeille ne gâte rien de ce qu'elle effleure et butine. Timide par nature, elle n'en résiste pas moins à outrance, si on essaye de la troubler dans son travail. Elle a pourtant le sentiment de sa faiblesse. On les appelle avec raison les favorites des Muses, parce que, s'il arrive qu'un essaim se disperse, on n'a qu'à frapper sur des cimbales, ou les mains l'une contre l'autre pour les réunir. Et de même que les hommes ont assigné à ces déesses l'Hélicon ou l'Olympe pour leur séjour, de même la nature assigne à ces insectes les montagnes incultes et fleuries. Elles suivent leur roi partout, le soutiennent quand il est fatigué et le portent sur leur dos quand il ne peut plus voler ; tant elles attachent de prix à sa conservation. Elles aiment le travail et détestent les paresseux, aussi les voit-on constamment faire la guerre aux bourdons et les chasser loin d'elles, car ils dévorent le miel sans aider à le faire.»

Il nous semble que dans ce morceau la précision des détails n'enlève rien à la grâce du style, et nous ne voyons que Lucien qui, dans son Eloge de la mouche, puisse être comparé à Varron.

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JURISPRUDENCE

Jurisprudence : Trebatius Testa, Aulus Cascellius, Alphenus Varus, Aulus Ofilius, Antistius Labeo, C. Ateius Capito.

La science du droit, développée dans la deuxième période de l'histoire de la littérature romaine, compte des jurisconsultes distingués au siècle d'Auguste.

C. Trubatius Testa, ami de Jules César et de Cicéron, qui écrivit pour lui ses Topiques, se recommandait à l'estime de ses concitoyens par une prodigieuse mémoire et par deux écrits importants, l'un sur le Droit pontijicaly et l'autre sur le Droit civil, où, suivant l'expression même de Cicéron, « il s'était installé comme chez lui ».

Aulus Cascellius, loué par Horace pour son savoir, et par Valère Maxime pour la fermeté de son caractère, était très versé dans la science du droit civil. Aussi attacha-t-on une grande importance à son refus de rédiger une formule de ratification aux dons qu'avalent laits les triumvirs.

P. Alphenus Varus, de Crémone, avait écrit, sous une forme coulante et facile, quelques livres de droit, dont quelques fragments ont été conservés dans le Di' geste de Justinien.

Aulus Ofîlius, lié avec César et avec Cicéron, vécut dans une condition privée, composa des livres importants d^ jurisprudence et servit de maître à plusieurs légistes.

- M. Antistius Labeo, le plus remarquable des jurisconsultes du siècle d'Auguste, avaitcomposé huit livres sur \ts Probabilités, ainsi qu'un ouvrage relatir aux fonctions du préteur urbanus et du préteur peregrtnuSy dont il est fait mention dans le Digeste,

Son influence était en concurrence avec celle de

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C. Ateius Capito, disciple d'Olîiius, auteur de livres sur le droit poniilical^ sur celui des sacrifices, et sur d'autres points intéressants de droit romain.

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