‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 7 sur 80 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Population primitive de l'Italie. — Migration des peuplades mêlées aux Autochtones : Pélasges, Ombriens, Étrusques. — Colonies légendaires. — Peuples de l'Italie formés des éléments pélasgiques, ombriens, étrusques, argiens et phrygiens : Aborigènes, Osques, Sabins, Marses, Hirpins, Samnites, Campaniens, Lucaniens. — Caractère physique, intellectuel et moral de la race italienne.

A forme allongée de la presqu'île italienne, rameau détaché du système alpestre, dont les cols et les défilés septentrionaux livraient passage aux immigrants du Nord, ses havres formés par des découpures échancrées sur le littoral des deux mers

I,ITTERATORB ROMAINE.

qai la baignent à l'O. et à i'E., ont, de temps immémorial, exposé les premiers habitants de cette belle contrée à l'invasion des peuplades voyageuses de la Gaule, de l'Iliyrie et de la Grèce.

La plus ancienne de ces migrations, consignée dans l'histoire, date de près de vingt siècles avant l'ère chrétienne. Entrée dans la presqu'île par les Alpes carniques, elle était formée d'un groupe de chasseurs, de pâtres et de laboureurs, illyriens ou pélasges, originaires d'Asie. Les Pélasges, appelés collectivement « fils de la terre noire » ou « cigognes errantes », semblent avoir été, avant leurs pérégrinations dans l'Europe occidentale, un peuple attaché à ses demeures, vivant du produit de ses champs, élevant des troupeaux, fondant des villes et des temples, établissant des lois et pratiquant la justice. Leurs tribus émigrantes, qui se répandirent au N. et à TE. de l'Italie, étaient les Liburnes, les Vénètes et les Sicules. Les Liburnes et les Vénètes se fixent sur les deux rivages de l'Adriatique (Croatie, Dalmatie, Venise) : les Sicules, race de pirates, occupent, sous le nom de Tyrrhéniens o sangliers de mer », une partie du Latium, (lattis, la plaine) et s'étendent sur les bords marécageux du Tibre, du côté de la mer, tandis que d'autres, poussant jusqu'à l'extrémité de la péninsule, traversent le détroit, et pénètrent dans l'île de Trirtacrie, qui prend d'eux le nom de Sicile. Quelques siècles après, une population ibérique, les Sicanes, venus, dit-on, des bords du Sicanos ou Sicoris, fleuve pyrénéen, pénètre en Italie par la côte occidentale, occupe la Ligurie, et, refoulée par d'autres émigrations, va partager l'île aux trois pointes avec les Sicules qui s'en étaient emparés.

Vers l'an 1400 avant Jésus-Christ, des peuplades celtiques ou gauloises. Ambrons, Isombres, Ombriens « les vaillants, les nobles » hommes de haute stature, aux yeux bleus et aux moustaches fauves, descendent dans l'Italie septentrionale par les défilés du Tyrol. Cette région subalpine offrait aux regards, comme aujourd'hui, un vaste bassin dont les plaines fertiles,

OMBRIEN8. — iÉTRUSQ^UEf.

arrosées par le Padus (Pô), ont été renommées de tout temps par les pâturages, les vignes, les champs d'orge, les peupliers et les forêts de chênes, où s'engraissaient de nombreux troupeaux de porcs, nourriture principale des tribus italiques. La race gauloise, vigoureuse et énergiquement trempée, y fonde entre l'Adda et le Tessin, la ville de Mediolanum (Milan), et imprime à tout le pays conquis par le brenn Bellovèse ($87) un caractère qu'il n'a jamais perdu : le fond des populations de cette contrée est demeuré gaulois. Des plaines du nord de l'Italie quelques tribus ombriennes se dirigent vers le centre et vers le midi, et, se ramifiant à gauche et à droite, s'emparent des pays qui sont plus tard l'Étrurie et le Picenum. La contrée située entre l'Étrurie et la mer Adriatique fut appelée Ombrie, du nom de ses conquérants. Le trait remarquable de leur invasion, c'est qu'on voit poindre dès lors un commencement d'unité de race et de langue. LMdiome commun aux peuplades des deux versants des Apennins et de la Campanie, c'est-à-dire la langue osque, qui a des affinités avec le celtique, est parlé, durant longtemps, depuis Rome jusqu'à Tarente, semblable à la voie Appienne, qui traversait l'Italie dans foute sa longueur.

Pendant que les Ombriens donnent à leurs établissements une permanence, gênée toutefois par la configurs^tion du sol, par les sinuosités des montagnes, les contours des rivages et la variété même des caractères nationaux, une troisième immigration contribue à cette stabilité relative. C'est celle des Raséna, peuplades pélasgiques du pays appelé depuis Rhétie, aujourd'hui les Grisons, avec une partie du Tyrol et de la Bavière : elle a lieu vers le xi^ siècle avant l'ère chrétienne. Ces Raséna, que les anciens affirmaient ne se rattacher à aucun peuple du monde, et qui se disaient eux-mêmes autochtones ou fils de la terre, étaient, à en juger par les personnages représentés sur les vases de Tarquinies et de Ciusium ou sur les basreliefs antiques, des hommes trapus, de petite taille.

IITT^RATURE ROMAINE.

ayant les bras épais, une grosse tête, le nez long et fort. Vainqueurs des Ombriens, ils établissent une première colonie dans les plaines du Padus, d'où ils sont chassés par Bellovèse. Mais ils fondent un établissement durable entre TArno et le Tibre, et prennent alors le nom de Tusci ou Étrusques. Les conjectures étymologiques ne sont pas d'accord sur le sens de cette dénomination. Suivant les caprices des dérivations, on voit dans les habitants de l'Etrurîe des a bâtisseurs de tours », des « sangliers », des u Tyriens » et même des « Tudesques ». En réalité, c'était un peuple grave, sérieux, industrieux, ayant toutes les tendances religieuses et sociales qui conduisent à la civilisation, mais entachées de quelques pratiques sombres et cruelles. Étranger à la famille gréco-italique, à quel rameau connu l'Étrusque se reliait-il? La science sur ce point est muette. On croit savoir néanmoins que, restreints d'abord au N. par l'Arno, à l'O. par les contreforts de l'Apennin, et au S. par la forêt Ciminienne, chaîne de collines boisées entre Viterbe et le Tibre, les Etrusques entretinrent longtemps avec les Latins, les Sabins et les Ombriens des rapports internationaux de sujétion ou d'alliance. Après quoi, ils franchissent le Tibre, traversent le Latium, et occupent, vers l'an 300, la Campanie, où ils organisent une confédération de douze cités, dont la principale était Capoue. Une réaction des Osques détruit cette puissance méridionale des Etrusques^ et dès lors leur établissement central, subsistant seul sous le nom d'Étrurie, dure jusqu'à la défaite que Dolabella leur fait subir près du lac Vadimon (282).

Plusieurs légendes fabuleuses et allégoriques, embellies par la poésie ou par la vanité romaine, s'ajoutent aux données positives de l'histoire. Caton l'Ancien, Nsevius, Cicéron, Tite-Live, Virgile et d'autres écrivains latins parlent du règne de Saturne, forcé de quitter la Crète et de se cacher dans le Latium, où il reçoit l'hospitalité du roi Janus. On raconte aussi comment Hercule, après la défaite de Géryon, géant à trois

OfQ.UBS. — SABINS. 5

corps, qui possédait un troupeau de bœufs rouges d'une grosseur merveilleuse, conduit cette superbe capture sur les bords du Tibre, où il fixe ensuite son séjour, près de la caverne d'un monstre demi-homme et demi-satyre, d'une taille colossale, nommé Cacus, qui infestait la région située au pied de l'Âventin. Cacus vole à Hercule quatre paires de bœufs, dont les mugissements trahissent le larron. Le héros soulève rénorme rocher qui fermait la caverne de Cacus, l'en arrache, l'étouffé, et demeure tranquille possesseur du pays. Puis viennent à la tête de colonies, placées sous l'égide des dieux, l'Arcadien Evandre, qui bâtit Palantium ou Palatium sur une colline du Tibre; le Grec Diomède, qui fonde Hippion, connu ensuite sous le nom d'Arpi; l'Argien Tibur, fils d'Amphiaraos, qui construit une ville de son nom ; le Troyen Anténor, qui fonde Padoue, et enfin son compatriote Enée, fils de Vénus, dont le fils Ascane est chef de la lignée des rois d'Albalonga, les ancêtres de Romulus.

Telles sont les migrations, vraies ou légendaires, des peuples qui se substituent ou qui se mêlent à la race primitive et indigène de l'Italie. De cette fusion, plus ou moins étroite, d'éléments illyriens, ombriens^ étrusques, argieas et phrygiens sortent les Aborigènes, « Montagnards ou Anciens », distribués en plusieurs tribus : Osques ou Opiques, Sabins et Sabelliens, Marses, Hirpins, Samnites, Campaniens, Lucaniens, destinés tous à subir la prépondérance et la domination du peuple à qui est réservé l'empire du monde, c'est-à-dire les Latins.

S'il faut en croire Varron, qui fait d'Ops le synonyme de Terra, auquel il rattache le mot opus (œuvre, travail) les Osques (Osci, Ohsci et Ovici), répandus sur le territoire sud-ouest du Latium, sont les « hommes de la terre et du labeur » . Les Volsques et les iEques font partie du même groupe. Tribus de mœurs patriarcales, ils ont des habitudes pacifiques et rangées. Leur religion est simple et douce : ils adorent la Terre^ le Soleil, la Lune^ Saturne, }anus, Vortum*

I,lTTiRATURE ROMAINE.

nus OU dieu du Changement, la Bonne Fortune et Annus (l'Année), qui donne les provisions nécessaires à la vie {Annona). Mais ils se distinguent surtout par leur sagesse agricole, c'est-à-dire par la culture du sol, subordonnée à des pratiques intelligentes, dont les procédés se propagent sous la forme de maximes et d'oracles. — Mauvais agriculteur, qui achète ce que peut lui donner sa terre. — Mauvais économe qui fait de jour ce qu'il peut faire de nuit, — Pire encore, qui fait un jour ouvrable ce qu'il doit faire un jour de fête. — Le pire de tous^ qui^ par un temps serein, travaille sous son toit plutôt qn'aux champs, — Qu'est-ce que bien cultiver? Bien labourer. Et en second lieu? Labourer? Et en troisième lieu? Fumer la terre. Quel est le profit le plus certain? L'élève des troupeaux et le bon pâturage. Et après? Le pâturage médiocre. Et enfin ? Le mauvais pâturage. — Trois maux également nuisibles; la stérilité, la contagion, le voisin. On reconnaît, dans les auteurs de ce bréviaire du cultivateur, les ancêtres du vieux Caton.

Les Sabins ou Sabelliens (de Sab, terme voisin de sœv-us, sev-erus), sont un peuple fier, belliqueux, plutôt armé de la flèche, de l'épieu et de la lance que de la pioche et du hoyau. Le nom de Cures, ville principale de leur confédération, est expressif : il vient dequir, qui signifie lance. Romulus en reçut le nom de Quirinus, et les Romains celui de Quirites. Virgile représente les Sabins comme une nation farouche, maniant avec vigueur un poignard court et une broche de combat. Rien qu'en voyant de Rome les montagnes escarpées et nues où ils vivaient, on comprend quelle fut la rudesse de leur humeur guerrière. Â la race sabellienne se rattachent, par des mélanges ou par des colonies, les Marses, situés au cœur de l'Apennin, peuple insoumis, indompté, toujours prêt à se révolter contre Rome, et dont on disait : a Qui pourrait triompher des Marses ou sans les Marses?» puis les Herniques, de herna rocher, habitant les montagnes de

8AMNIUM. — CAMPANIB.

FApennin, entre le lac Fucin et leTrérus, nation brave qui résista longtemps et énergiquement à la domination romaine; enfin, vers le midi, les Hirpins, de hirpus loup, peuple batailleur, répandu sur la lisière du territoire des Samnites^ auxquels il avait fini par s'incorporer.

Le Samnium était dans l'antiquité, et il est encore de nos jours, sous le nom de Principauté ultérieure et de Partie de l'Abruzze, la région de l'Italie marquée des caractères physiques les plus frappants. La plus grande partie est occupée par une masse énorme de montagnes, appelée aujourd'hui matese^ qui sort de la ligne centrale des Apennins. L'aspect en est parfois sinistre et sombre, l'impression d'une âpreté sauvage. Quelques-unes dénudées, hérissées de rochers semblables à des ruines écroulées, dressent en l'air leurs arêtes crues et tranchantes comme une lame. D'autres, entassées, superposées, étagées en amphithéâtre, offrent au voyageur les variétés de vue et de couleur les plus pittoresques, depuis les tons roux et fauves de la roche calcinée et les ombres foncées des massifs de châtaigniers et de chênes, jusqu'aux teintes douces des lointains bleuissants et aux splendeurs argentées des pics couronnés de neige. Quand on pénètre dans les intervalles libres de ces entassements, coupés par des cassures profondes, par des failles ténébreuses, par des ravins sans fond, où s'engouffrent les torrents, et par de vastes landes désolées, on rencontre quelques pâtres armés, des pêcheurs au guet sur le bord d'un lac creusé par une éruption, des chasseurs de sangliers, d'ours et de renards. C'est là que jadis habitaient les vieux Samnites, les hommes armés du saunion ou javelot, enveloppés dans leurs peaux de chèvre, les pieds entortillés de cordes, la barbe inculte, les yeux noirs et fiers; race pastorale, farouche, prèsque féroce, isolée des autres tribus italiques par le rempart de ses montagnes, la profondeur de ses vallées, l'impétuosité de sss cours d'eau, jusqu'au jour où, attirée dans la plaine par les richesses étalées en

pâture à la convoitise et à Paccroissement de sa population, elle déchaîne, au retour du printemps sacré (ver sacrum), des bandes d'envahisseurs sur la Campanie, où Rome, durant cinquante ans, ne cesse de les combattre qu'après les avoir exterminées.

On comprend, du reste, que ces loups des gorges et des hauteurs aient été séduits par l'aspect du merveilleux pays étendu sous leurs pieds. La Campanie, aujourd'hui Terra di Lavoro, terre de labour, passe à bon droit pour la plus riche contrée de la presqu'île italienne. Son territoire, dont le nom dérive du latin campus, plaine, ou du grec xa(iniQ, courbure, à cause des dentelures du littoral, est arrosé par les eaux jaunâtres du Vulturne et de ses trois affluents. Les collines sont couvertes d'excellents vignobles, Setia, Falerne, Massique, Calés, Gaurus et la côte de Sorrente. Le lac Lucrin, transformé en marécage, au XVI® siècle (i$38), par une convulsion volcanique, nourrissait des huîtres renommées. L'Averne, joint àla baie de Pouzzoles, offrait un abri sûr aux embarcations. Les golfes de Misène, de Caiète, de Baies, de Naples, avaient, comme aujourd'hui, des aspects -enchanteurs. Les beautés infinies et changeantes des montagnes, de la mer et du ciel y sont une fête continuelle pour les regards : Vedi e poi mort. Avant l'éruption du a^ août yç de l'ère chrétienne, le Vésuve élevait, en dehors des Apennins, ses flancs arrondis et tapissés de vignes; seul, le plateau qui en couronne le sommet, présentait des cavités remplies depierres couleur de suie et rongées par des feux, dont l'explosion inattendue ensevelit, sous un linceul de laves et de cendres, Pompéi, Stabies, Herculanum. L'aspect des champs phlégréens, tout hérissés de vieux cratères, complète la couleur et la physionomie de cette région tourmentée par les terribles oscillations du sol. Mais Capoue, métropole du pays, comptée jadis au rang des trois premières cités du monde avec Rome et Carthage, était bâtie, disait-on, au milieu d'un jardin. Les richesses du terrain, la douceur des mœurs, les

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