‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 10 sur 433 · Il, 32 : « prisco illo dicendi et horrido modo · texte numérisé non relu

Il, 32 : « prisco illo dicendi et horrido modo

la parole fut devenue un instrument de pouvoir. Sans doute les brillants discours que Tita Live prête aux tribuns et à leurs adversaires sont complètement fictifs ; mais si la proportion du développement, si la logique vigoureuse des idées, si la perfection du style appartiennent à rbistorîen, il est certain que les orateurs, pour entraîner la foule qui les écoutait, ont dû avoir quelque chose de la fougue et de la passion que Tite Live leur prête.

/ On peut donc affirmer avec Cicéron dans son His- I toire des orateurs romains que l'éloquence, comme I talent, sinon comme art, a existé de bonne heure à y Rome. Mais aucun monument n'en a été conservé. Le premier qu'ait trouvé Cicéron est le discours d'Appius Claudius, qui, vieux et aveugle, se fit porter au sénat pour combattre le traité avec Pyrrhus. Le critique, malgré son Mmiration complaisante pour tous les souvenirs littéraires de son pays, parle assez dédaigneusement de ce discours *. Aussi ne faut-il pas en voir une traduction exacte dans celui que Plutarque * et Appien ^ donnent sous le nom du vieux sénateur. Ils Font certainement amplifié à la façon de Tite Live. Il est cependant vraisemblable qu'ils ont conservé Texorde, pour lequel ils se rencontrent : « Jusqu'ici je supportais avec peine la perte de mes yeux; aujourd'hui je regrette de n'être point sourd comme je suis aveugle, et d'avoir à entendre vos délibérations et vos avis honteux qui souillent la gloire de Rome. » Le poète Ennius avait aussi reproduit dans son poème le discours d'Appius, et Cicéron nous en a conservé deux vers énergiques : « Où donc vos âmes, droites

1. De Claris oratoribm, 16. a A moins qu'on ne trouve de l'agrément dans le discours d'Appius l'aveugle sur Pyrrhus et dans quelques éloges funèbres. >»

Page 1