CHAPITRE PREMIER
Premiers poètes : Andronicus, Naevius, Ennius. Poème épique.
Commencements de Tinfluence grecque. ~ C'est du commencement des guerres puniques (264 av. J.-C.) que nous faisons partir la seconde période de l'histoire e la littérature romaine. A cejnoment^ en effet, l'influence de Ja Grèce sur Rome est incontestable ; Tin-ï vasion des arts et de la littérature grecque a commencé, elle a pénétré jusque dans l'éducation des enfânlsJ/DjÊS esclaves grecs deviennent précepteurs des:^ jeunes Romains, des écoles sont ouvertes où les fils de plus d'une famille patricienne vont étudier la langue de la Grèce. Bientôt les édiles firent repré-
22 niSTOIKE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE
sentcr une tragédie empruntée à la Grèce, et, malgn Tardente opposition de quelques personnages et particulièrement de Gaton l'Ancien, les progrès sont très rapides.
' ' Mais les relations des Romains avec les Grecs avaient / comitiéncè bien avant "te conquête de Tareute (272) ^ et rinvasîoh delà Sicile. Dès l'année 450, une.ambas-^ * sade parcourâîria Grèce pour étudier les législations P helléniques. En 394, afin d'accomplir un vœu de Camille avant le dernier assaut donné à la ville de Veïes, le sénat envoyait au temple de Delphes un cratère en or. La prise de la ville de Palépolis (plus . tard Neapolis, Naples), la ville grecque par excellence, ., commença le contact journalier des Romains avec la '-'^ civilisation grecque. On signale à la même époque un • patricien romain, Fabius, qui commence à pratiquer "| : les arts de la Grèce : il décore le temple de la déesse i^; SaluSy et reçoit pour cette nouveauté audacieuse le ,^,
surnom de Pictor. |',-
/ Livius AndronicTis. -^ Dans la littérature, un £ I homme surtout personnifie ce commencement de la \ conquête de Rome par la^Grèce, c'est le Tarentin \ Andronicus.
Il était tout jeune lorsqu'il fut transporté à Rome après la prise et le pillage de Tarente. Il entra comme esclave dans la famille du sénateur Livius (peut-être Livius Salinator). Bientôt affranchi par son maître, il joignit, suivant l'usage, le nom de la famille Livia à son nom grec d'Andronicus. Il était devenu le précepteur des fils du noble Romain, et la langue grecque figurait au premier rang dans leurs études. Plus tard il ouvrit une école que fréquentèrent les enfants de . plusieurs familles patriciennes. Ses leçons ramenèrent à traduire en latin quelques-uns des monuments littéraires de son pays, épopées, tragédies, co-
todies, et il devint ainsi comme un précurseur qui
itroduisitàRome les principaux genres poétiques.
Jn 240, les Romains virent pour la première fois re-
(résenter une tragédie grecque traduite en vers saturiens par Andronicus. Les é(Jiles s'étaient prêtés à ette innovation qui réussit ; le poète donna ainsi un grand nombre de pièces, tragédies et comédies, dans lesquelles il jouait lui-même un rôle. Dix-neuf nous sont connues par leur titre, et il en avait composé ou plutôt mis en latin beaucoup d'autres.
Encouragé par ces premiers succès, il traduisit également eii vers ^aimmejis^Xûdyssée (TlTorïï^r^rTr restelt peine de cetteTrâduction une dizaine de vers incomplets. On comprend, en les lisant, le jugement de Cicéron, qui compare l'œuvre de Livius à ces statues de Dédale précieuses seulement par leur antiquité. Il déclare d'ailleqrs que les tragédies ne méritent pas d'être lues plus d'yne fois *. Horace leur gardait raixcune en souvenir de son eufance et des coups de son maître Orbilius : « Certes, je ne suis point Fennemi de Livius; je ne dis pas qu'il faille effacer ses vers, que me dictait dans nion enfance, la verge à la main, le terrible Orbilius ; mais qu'on les regarde comme polis, beaux, très voisins de la perfection, voilà ce qui m'étonne 2. » Comment se faitil que Livius fût chargé encore, au siècle de César, de former le goût de la jeunesse romaine? Outre la routine qui souvent perpétue dans les écoles des ouvrages très imparfaits, l'absence d'une autre traduction d'Homère explique sans doute cette faveur si peu méritée. Les grammairiens latins, à défaut du texte grec qui restait en dehors de leurs leçons, prenaient les vers saturniens de Livius. Mais les jeunes gens de bonne