CHAPITRE IV
HISTORIENS {Suite)
Cornélius Népos, — Salluste.
Entre César et Salluste nous placerons, d'après l'ordre chronologique, un historien bien inférieur à Tun et à l'autre, Cornélius Népos.
Vie d6 Cornélius Népos. — Né dans la Haute-Italie, probablement en 94, mort vers Tan 30, Cornélius Népos vécut le plus souvent à Rome, dans la société de Cicéron, d'Atticus et du poète Catulle, qui lui a dédié son livre. Il n'entra pas dans la carrière des honneurs. Placé à Técart, comme Atticus, sans doute aussi il put comme lui rester spectateur inactif, sinon indifférent, des guerres civiles, et traverser sans atteinte personnelle tant de révolutions fatales à la fortune et à la vie des plus illustres personnages de Rome.
Ses ouvrages.— Nous n'avons aujourd'hui de lui qu'un mince recueil ; mais ses ceuvres étaient considérables, et paraissent avoir embrassé la géographie, les antiquités, l'histoire littéraire, aussi bien que l'histoire proprement dite et les antiquités. Catulle, dans sa dédicace, fait allusion à la science laborieuse de son ami, et ce poète gracieux et abandonné, ami des vers faciles et
des riens aimables, célèbre avec un peu d'effroi ces vastes recherches historiques :
A qui dédier ce petit livre badin, dont la pierre ponce vient de polir l'enveloppe ? A loi, Cornélius : car tu daignais faire quelque cas de mes bagatelles, quand déjà, seul des Italiens, tu osais exposer toute Thistoire du monde en trois tables, et des tables savantes, par Jupiter, et laborieuses !
Ce livre se trouve cité sous le nom de Chroniques où à'Annales par différents écrivains de l'antiquité. Plusieurs passages de^ apologistes chrétiens prouvent que Tauteur y avait recueilli les traditions des temps les plus reculés, et que, suivant l'exemple du Grec Evhémère, il y exposait avec une grande liberté l'origine humaine de quelques-uns des dieux du paganisme, et en particulier de Saturne. C'étaient sans doute des résumés chronologiques, dans le gearc 4e ceux d'Atticus et de Varron. On a conjecturé que ces trois tableaux dont parle Catulle reproduisaient la division des recherches historiques chez les Grecs et répondaient à leurs trois époques, incertaine, mythique^ historique.
On trouve encore cités sous le nom de Cornélius Népos des Livres d'exemples {Exempla), Aulu-Gelle y a recours lorsqu'il parle du respect des Romains pour leurs serments * : c'était donc, comme l'ouvrage d'un écrivain postérieur, Valère Maxime, une sorte de naorale en action. Les géographes anciens, Pline, Pomponius Mêla, Solin, s'appuient souvent sur Tautorité de Cornélius, et il leur arrive aussi de la combattre. Il s'était donc occupé de géographie. On possédait encore, au IV® siècle, un recueil de sa correspondance avec Gicéron. Nous savons par Pline le Jeune que, comme l'orateur romain, il cultiva aussi la poésie.