Ch. xxtii
partie (1564) et rendit possibles par ses corrections et ses savants commentaires la lecture et Tinterprétation du poète. Cependant, beaucoup de passages étaient restés très douteux. Notre siècle aura la gloire de fixer, autant qu'il est possible, une œuvre que les contemporains eux-mêmes du poète n'ont pas eue parfaite. On le devra surtout aux travaux de deux illustres érudits, Lachmann, de Berlin (1838-40), et M. Munro, de Cambridge (1864).
Au xvii" et au xviii® siècle, Lucrèce a été surtout jugé et discuté comme philosophe. Le fameux Gassendi, adversaire du cartésianisme, propagea sa doctrine parmi les esprits forts de son temps. Molière, élève de Gassendi, avait, dit-on, entrepris de traduire le poème De la nature ; il a du moins transporté un passage du quatrième livre dans la scène du Misanthrope^ où Eliante raille les illusions des amoureux *, Au xvjii® siècle, le matérialisme de Lucrèce excita l'enthousiasme des encyclopédistes, tandis que le cardinal de Polignac, dans un poème latin élégamment versifié, qu'il intitula VAnti- Lucrèce^ essayait de le réfuter. « Bien moins poète que Lucrèce, dit Voltaire, aussi mauvais physicien que lui, le cardinal de Polignac ne fit qu'opposer erreurs à erreurs. »
Le XIX* siècle, plus impartial et moins passionné que les précédents, a mieux apprécié le poème De la nature^ et a surtout mis en lumière les grandes qualités poétiques de cette œuvre. D'éminents critiques Tont jugée avec délicatesse et profondeur ; plusieurs traductions en prose ont fait oublier la traduction bien faible que Lagrangeen avait donnée au siècle dernier; des poètes ont essayé, souvent avec succès, de lutter contre cette œuvre si serrée et si pleine, et ont transporté le poème, soit tout entier, soit en partie, dans