‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 2 sur 433 · CARACTÈIŒS GÉNÉRAUX DE LA LITTÉRATURE ROMAINE DIVISIONS PRINCIPALES · texte numérisé non relu

CARACTÈIŒS GÉNÉRAUX DE LA LITTÉRATURE ROMAINE DIVISIONS PRINCIPALES

La littérature romaine. — La littérature romaine ou latine est la littérature du peuple fameux qui, de la ville de Rome, s'eat. répandu par la conquête sur le Latium, puis sur l'Italie tout entière, puis sur les contrées voisines de cette péninsule, qui, enfin, a imposé son empire et son nom à la plus grande pailio du monde connu des anciens.

Môme lorsque Tempire romain eut disparu sous les coups des nations barbares qui l'envahirent, l'influence de Rome se perpétua par sa langue qu'elle imposa, en quelque sorte, à ses vainqueurs, et qui a fourni à la plupart des idiomes modernes de l'Europe occidentale, à l'italien , à l'espagnol , au portugais, au français, au valaque, à l'albanais, leurs principaux éléments.

Origine des Romains. — Il est démontré aujourd'hui que, si on laisse de côté l'homme des âges pré-

^lïlSIÏMRE DE L> LITTÉRATURE ROMAINE

historiques, Tltalie, comme la Grèce, fut peuplée dans les temps les plus anciens de l'histoire par une race originaire du plateau central de TAsie, qui se répandit au sud dans THindoustan et Tlndo-Chine, au nord dans la Perse, TAsie Mineure et la plus grande partie de l'Europe. C'est la race indo-européenne ou aryenne. Sous le nom de Pélasges, elle forma le fond de la population primitive de l'Italie comme de la Grèce. Le nom même d'Italie, ou pays des bœufs \ est dû à une tribu pélasgique, les Itali, qui s'établit dans le sudouest de la péninsule, et qui plus tard a donné son nom au pays tout entier.

Les deux grandes branches de la race pélasgique en Italie étaient les Osques, laboureurs du Latium et de la Campanie, souche commune des peuplades appelées Ôpiques, Volsques, Falisques, Latins, JEnotriens, Ausonés, et les Sabelliens, bergers nomades des montagnes, qui comprenaient les Sabins, les SamniteSy les Marses, les EqueSy les Hlrpim^ les Picentins,

Mais à ce premier élénvent les contrées voisines, l'Espagne, la Gaule, la Germanie^ mêlèrent d'autres populations, qui se rattachent, il est vrai, comme les Pélasges, à la race aryenne. Les tribus ibériennes des Ligures arrivèrent d'Espagne par le défilé occidental des Alpes et se fixèrent dans les montagnes du Nord- Ouest. Les Ombriens, originaires de la Gaule, s'établirent sur les deux rives du Pô et sur l'Adriatique, où de nouvelles tribus gauloises (Insuhriem, Boiens, Sénons) vinrent plus tard les rejoindre. Les Etrusques^ ou Tyrrhéniens^ ou Rhasènes, dont l'origine, germanique ou pélasgique, est encore contestée, dominèrent avant les Gaulois dans la vallée du Pô. Chassés par eux, ils occupèrent la région située entre l'Arno, l'Apennin et

1 . VitulUB en latin signifie « jeune taureau » ; le vieux mot grec italos ou itulos a le même sens et doit remonter aussi <i la langue primitive des Aryas.

la Méditerranée, région qtii' prit le nom d'Etrurie. Si rhisloire des Etrusques est enoore enveloppée d'épais nuages, rien n'est plus certain que l'influence .qu*ont exercée leur religion, leurs lois et leurs arts sur les populations pélasgiques du centre de l'Italie. Il est à peu près démontré qu'ils ont dominé pendant un assez long cours d'années les Osques etjes Sabelliens. A ces tribus diverses jui contribuèrent à former le peuplé romain, il faut joindre encore les colonies helléniques arrivées, les unes après la guerre de Troie, les autres trois siècles plus tard. Elles couvrirent de leurs établissements les rivages de la Sicile et les côtes méridionales de Tltalie qui leur durent le nom de Grande-Grèce.

• Parmi les populations que nous venons d'énumérer, celle qui l'emporta en Italie et qui absorba toutes les autres, ce ne furent ni les Grecs, si heureusement doués, ni les Gaulois, si aventureux et si bravas, ni les Étrusques, puissants par leur organisation : ce furent les Pélasges, patients, énergiques, disciplinés, habiles d'ajlleurs à s'assimiler les qualités de leurs voisins. La fusion des laboureurs de la plaine et des rudes berg^r^ de la montagne, des Latins et des Sabins, prépara au peuple romain la domination de ritalie et du monde.

Itangue latine. — De même que les Pélasges de la péninsule hellénique et les Pélasges de Fltalie ne faisaient à Torigine qu'une seule famille, la langue grecque et la langue latine sont deux sœurs issues l'une et l'autre de cet idiome primitif né dans le centre de l'Asie et souche des langues appelées aryennes ou indo-européennes *. Il est certain les éléments primitifs de la langue latine ont été

1. Voir notre Histoire de ta littérature grecque, ch. ii, p. 7.

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modifiés par le mélange des Pélasges avec les populations italiques que nous avons énumérées/H est ! certain aussi qu'elle a rencontré dans la Grande- ? Grèce, après une enfance de cinq siècles, les dialectes ] helléniques arrivés déjà à leur perfection, et qu'elle a dû à ce contact des qualités de souplesse, d'abondance, d'harmonie, qu'elle n'aurait jamais puisées dans son propre fonds.

Malgré ces transformations, la parenté du latin avec ! le sanscrit est encore sensible ; elle se marque surtout par les radicaux, tandis que les rapports du grec avec * la langue littéraire et religieuse de l'Inde ancienne se :; manifestent particulièrement dans les formes gram- : maticales.

Si on la prend à l'époque de sa maturité, la langue latine, pauvre en expressions abstraites, peu soucieuse même de celles qu'elle possède, n'est par caractère ni philosophique ni poétique : elle se prête difficilement à exprimer les opérations de Tesprit replié sur lui-même ; elle n'a pas non plus cette hardiesse d'i- ^, mages, cette variété et cette vivacité d'allures qui t conviennent à la rêverie et à la passion. Elle est exacte ! et précise, grave et solennelle ; elle conserve souvent quelque raideur dans la causerie et dans le dialogue. Elle semble convenir avant tout à la tribune ; même avant d'avoir étudié son histoire, on devinerait qu'elle a été faite par des orateurs. Ses mots sont simples et d'une composition facile; ils conservent presque tou* jours dans leur valeur usuelle l'empreinte fortement marquée d'un sens primitif qui rappelle un objet matériel ou un mouvement du corps ; par conséquent ils sont expressifs et pittoresques.

Les constructions latines sont claires et naturelles en même temps que variées. Ce n'est pas la nature grammaticale du mot qui détermine la place qu'il doit occuper dans la phrase, c'est la valeur de l'idée qu'il

exprime et son importance dans le raisonnement ou d.ais le tableau qu'on veut présenter à l'esprit. Le latin se prête aisément au développement de la période ; il se complaît dans cette forme qui lie les propositions les unes aux autres comme, dans une sorte de syllogisme oratoire dont les variétés sont infinies. Toutefois, lorsqu'il a besoin de rapidité, il n'y a pas de langue qui puisse être plus concise. Un verbe suffit souvent à y faire toute une phrase *. Moins sonore que le grec, plus monotone dans son accent, plus lourd en général dans la quantité de ses syllabes, le latin sans doute laisse à désirer sous le rapport musical et poétique, mais il a tout ce qui peut servir à l'action oratoire.

Caractères de la littéraitiire romaine. — La littérature romaine se ressent des qualités de la langue et de celles du peuple auquel elle appartient. Rome, qui vit surtout par l'action, ne voit dans les idées qu'un instrument de domination et de puissance. Elle réfléchit pour soumettre, conduire et organiser. Aussi sa littérature est-elle éminemment positive et, pour ainsi dire, pratique. La poésie est à Rome une importation étrangère ; l'éloquence et l'histoire sont des fruits du sol, des conséquences de l'organisation de la société. Même dans le temps où tous les genres sont cultivés, la connaissance du cœur humain fait le principal mérite de la littérature romaine. Ce qui la distingue peut-être par-dessus tout, c'est le bon sens parfait et cette justesse d'esprit dont ses meilleurs critiques ont fait la base de l'art d'écrire et la première condition du talent. Elle n'admet rien de fantastique, rien qui s'écarte de la vie réelle ; elle craint Vexcès plus que la froideur, et pour ejle la première

1, VenifVidi, vici,

de toutes les règles est celle qui prescrit d'éviter les extrêmes. Dans les genres sérieux, pleine de grandeur et de fermeté, mais toujours un peu en scène, donnant beaucoup au dehors, elle fait tout pour le public. Dans les genres légers, où les convenances de la vie politique ne la retiennent plus, elle a l'esprit que donnent l'expérience xiu monde, l'habitude d'une société polie et cultivée, la connaissance des passions; mais elle a en même temps les sentiments grossiers d'une civilisation matérialiste et la licence des camps.

Divisions de la littérature romaine. — LMiistoire de cette littérature se divise naturellement en deux grandes périodes, séparées par la révolution qui donna l'empire à Auguste. Rome libre cultive de préférence et presque exclusivement les genres qui se rattachent à la vie politique ; l'éloquence y domine. Rome sous lesempereurs donne plus aux sentiments individuels et aux études silencieuses ; c'est le tour de la poésie et de la philosophie.

Mais chacune de ces deux grandes moitiés' de l'histoire littéraire, qui correspondent si naturellemerfl aux deux âges principaux de l'histoire politique de Rome, se subdivise elle-même en plusieurs période* bien distinctes. '

La première, qui s'étend de la fondation de Kome aux guerres puniques (753-264), est pauvre -en monuments littéraires. Rome tout occupée de combattre d'abord pour son existence, puis pour l'extension de son territoire, ne songe guère à la culture de l'esprit et à la poursuite de l'idéal. Ses philosophes sont ses légistes; sa morale, l'obéissance à la loi et auxj)rincipes de l'économie domestique et rurale; sa poésie, ce sont ses triomphes.

La deuxième période, qui de la première guerre punique s'étend jusqu'à la mort de Sylla (264-lOi),

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présente un tout autre caractère. Les expéditions des Romains dans la Grande-Grèce et dans la Sicile ont éveillé leur curiosité par le spectacle nouveau d'une civilisation plus polie et plus brillante. La langue grecque', déjà répandue par le besoin de communications entre les deux peuples, initiait quelques esprits aux jouissances des études littéraires. Bientôt on entreprend de faire passer dans la langue romaine les chefs-d'œuvre de la Grèce : on représenté sur le théâtre romain les tragédies et les comédies des grands maîtres d'Athènes ; quelques belles créations . de ses peintres et de ses statuaires sont transportées à Rome. L'invasion de l'art grec rencontre pendant plus d'uii siècle une vive opposition. Cette seconde période a donc lé caractère d'une lutte de l'esprit romain contre des innovations suspectes aux partisans des mœurs anciennes.

La troisième période, de la mort de Sylla à la mort de Cicéron (101-43 av. J.-G.), est marquée par la défaite des vieux préjugés romains et par le triomphe de l'art grec. C'est l'époque où l'éloquence latine arrive à sa perfection et rivalise avec les modMeS de la Grèce. En même temps se développent les études de rhétorique, de philosophie, d'érudition. L'histoire et la poésie prennent un grand essor. C'est aussi l'épotjue où les institutions libres, battues en brèche par Fambitioil des Marius et des Sylla, des Pompée et des César, et plus encore par le changement des mœurs, par la formation d'une nouvelle plèbe mercenaire et sans patriotisme, sont en pleine décadence. Comme il était inévitable, cette période se dénoue par la chute de la république et par l'avènement du pouvoir d'un seul.

Avec Auguste commence pour Rome cette seconde moitié de son histoire : le régime monarchique, conséquence du changement des mœurs et de l'étendue de l'empire, remplace définitivement les institutions

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républicaines/Nous distinguerons encore dans cette longue suite d'années qui s'étendent jusqu'à la conquête des barbares (476) quatre périodes littéraires.

L'âge d'Auguste, qu'il n'est pas possible de confondre avec l'âge de César et de Cicéron, forme en réalité une. période particulière par l'épanouissement merveilleux de la poésie, dont les chefs-d'œuvre rivalisent avec ceux de la Grèce, et par l'éclat des monuments historiques. Courte en durée, elle est immense, si l'on considère le nombre et le talent des auteurs (43 av. J.-C.-14 après).

Nous comprendrons dans une seconde période l'âge qui s'étend de la mort d'Auguste à l'avènement des Flaviens (44-59). C'est l'époque où ies doctrines nobles mais ambitieuses du stoïcisme, jointes à l'emphase des déclamateurs, marquent fortement la littérature de leur empreinte. Sénèque, Lucain et Perse en sont les représentants les plus distingués.

A partir des Antonins, commence une troisième période (69-192) marquée par la réaction de l'esprit positif et utilitaire, et en même temps par l'invasion d'une littérature adulatrice ou puérile. Elle s'honore des noms de Quintilien, de Pline l'Ancien, de Pline le Jeune, et surtout de ceux de Tacite et de Juvénal. Mais, au-dessous de ces écrivains supérieurs qui maintiennent la grandeur des lettres romaines, se répand une poésie riche en descriptions, comme toutes les poésies de décadence, mais pauvre dans ses sujets et vide d'idées. La vie se retire des lettres profanes pour se porter vers une littérature naissante, animée par la force régénératrice de croyances nouvelles et par l'enthousiasme du martyre.

Nous comprendrons dans une quatrième et dernière période la longue décadence de la littérature païenne depuis le troisième siècle jusqu'à 1^ chute 4o l'empire d^Qccjdent (192-476),

Au milieu de Tanarchie et des invasions, la littérature va toujours s'affaiblissant. Toutes les intelligences actives et généreuses se jettent dans le christianisme, qui seul offre un aliment réel et fort à la pensée. La littérature païenne abonde en esprits cultivés, mais frivoles ; elle est avant tout un produit des écoles et se traîne d'imitations en imitations. La seule éloquence du temps, en dehors du christianisme, est celle des panégyriques, où excellent les rhéteurs gaulois. La poésie se borne aussi à des panégyriques, à des invectives ou à des exercices d'école, descriptions, centons, jeux d'esprit puérils et misérables. Mais, en même temps que le monde chrétien s'élève sur les ruines de la civilisation païenne, paraît l'éloquence des Pères de l'Eglise, dont l'éclat et la richesse font encore ressortir par le contraste l'impuissance sénile des rhéteurs païens. C'est le temps des saint Jérôme, des saint Ambroise, des saint Augustin.

Le tableau suivant rendra plus sensibles les divisions que nous avons adoptées.

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