‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 233 sur 433 · A Mécène · texte numérisé non relu

A Mécène

âme une impression toujours la même; les joies de Properce sont plus violentes, ses déchirements et ses fureurs plus pathétiques. Nul doute que par la variété, par les mouvements impétueux, par la flamone de ses élégies, par la générosité même et l'élévation de ses sentiments, il ne l'emportât sur Tibulle auprès de tous les lecteurs, si l'abus de la science et des détails mythologiques n'avaient souvent gâté chez lui l'effet de ces grandes qualités. Il met trop souvent entre Gynthia et lui tous les dieux, tous les héros de la fable; il est trop docile élève de CalHmaque et de Philétas, qui lui sont si inférieurs pour la passion et la véritable poésie, il imite trop leur érudition froide et bavarde. Cette science dont il est fier refroidit ses œuvres et en rend parfois la lecture fatigante. Il faut dire aussi que son style, plein de mouvement et de feu, ne coule pas avec la douceur et la facilité limpide du style de Tibulle. Il faut un effort pour le lire; les vers de Tibulle bercent doucement nos esprits et nos oreilles.

M. Plessis, qui, le premier peut-être chez nous, après André Ghénier, a dignement apprécié Properce, fait remarquer finement qu'il a été élevé par une femme * :

Son goût dominant pour l'amour, ses enthousiasmes généreux, son admiration émue pour les vertus domestiques, ses faiblesses et ses fiertés sont autant de marques de cette éducation.

Il montre aussi que son cœur est ouvert à toutes les émotions, qu'il sait louer le talent de ses amis, raconter la mort malheureuse de Pœtus *, célébrer les vertus d'JElia Galla ^ et de Gornélie *, qu'enfin, « après

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