SuasoruB, livre VII
mais elles disparurent toutes devant une image qui semblait la seule, l'image de Cicéron enlevé à la patrie. On se rappelle alors les grandes actions du consul, les serments des conjurés, le complot criminel dont il surprit le secret, l'attentat des patriciens qu'il étouffa, Céthégus puni, Catilina déjoué dans ses vœux sacrilèges. Que lui ont servi les acclamations, le concours du peuple et ces années changées d'honneurs, et cette vie consacrée à de nobles études? Un seul jour a éteint cette glorieuse existence; l'éloquence latine se tait, frappée avec lui et plongée dans le deuil. Il était jadis l'unique soutien, le salut des accusés ; il fut toujours la noble tête de la patrie, le défenseur du sénat, du forum, des lois, de la religion. Cette voix publique de la paix la voilà muette à jamais, étouffée par un fer cruel. Ce visage décomposé^ ces cheveux blancs indignement souillés de sang, ces mains sacrées, instruments de si grands travaux, un citoyen, ivre de son triomphe, les a foulés sous ses pieds insolents, et il n'a pas vu derrière lui les deslins qui changent et les dieux vengeurs ! Non, jamais les siècles, dans leur cours, n'emporteront le crime d'Antoine.
On attribue quelquefois à Cornélius Sévérus un autre poème dé plus de six cents vers, VFtna, où le volcan est décrit et où les causes de son éruption sont recherchées. Sénèque, en effet, cite ce poète comme l'auteur d'un poème sur l'Etna*. Mais, outre que la langue porte la trace d'un siècle postérieur, on rencontre dans ces vers des allusions à des événements contemporains des règnes de Claude et de Néron. D'autres critiques ' désignent donc comme auteur du poème Lucilius, procurateur de la Sicile sous Néron, ami de Sénèque, qui lui adressa son recueil de Lettre^^ soit que cet Etna fût un poème spécial, soit qu'il fit partie d'une œuvre plus vaste sur les curiosités nalu-