EpîsL, C
.l'Histoire romaine, que Ton disait conservé dans un trouvent de Hongrie ; mais ses recherches, heureuses
,pour tant d'autres auteurs latins, échouèrent pour celui-lÀ. A défaut du texte ancien, un célèbre érudit
;du yaII® siècle, Freinsheim, qui a complété Quinte-
î£urce, composa aussi, guidé par les sommaires, des suppléments aux livres perdus de Tite-Live. Jusqu'au
^ milieu du livre LXII^, il essaye de continuer la ma-
* nière de l'auteur en suivant rigoureusement la marche 'du sommaire-; mais, à partir du chapitre 44 de ce ' livre, il est réduit par l'insuffisance des matériaux à
* recueillir de simples débris.
* Caractères de Touvrage. — Tite-Live, en composant son Histoire, se proposait avant tout d'élever un monument à la gloire de son pays : « H voulait, dit-il lui-même dans sa préface, travailler, dans la mesure de ses forces, à perpétuer le souvenir des actions du peuple roi *. » Un patriotisme ardent, le sentiment enthousiaste de la grandeur romaine, voilà sa principale inspiration. Son œuvre est, à bien des égards, une vaste et majestueuse épopée, dont le héros, le peuple romain, paraît, à travers les âges, avec ces fortes qualités qui expliquent sa fortune, avec ses longues et opiniâtres guerres dont le prix
. fut la conquête du monde, avec ses luttes intérieures, sujets de tableaux dramatiques et d'éloquents discours pour l'historien qui les retrace. On devine sans peine ;rintérêt littéraire d'une histoire ainsi conçue; on '.sent combien elle prêtera à l'analyse profonde des sentiments et des passions, à la peinture des caractères, à. l'éclat des descriptions, à la richesse et au mouvement du style. Mais si ce point de vue expHque
1. Juvabit rerum gestarum mémorise principis terrarum populi, pro virili parte, et me ipsum consuluisse.
les grandes qualités de Tite-Live, il explique aussi les critiques que la science moderne a pu diriger \ contre son œuvre.
Objections et critiques. — Une de ces critiques porte sur le développement trop étendu qu'il a donné, dit-on, à l'histoire des premiers âges de Rome, et sur l'exactitude superstitieuse avec laquelle il a fait entrer " dans son récit toutes ces fables qui entourent le berceau du peuple romain. Tite-Live a répondu luimême à cette double objection. Loin d'aborder avec répugnance ces origines, dont l'histoire rebutera peut- ^ être la curiosité de plus d'un lecteur, il sera heureux J de s'attacher tout entier à ces âges antiques ^ Il se * complaît dans ces vieilles traditions ; il revêt, par ^ une involontaire sympathie, les idées et- les senti- ' ments de ces temps reculés. « En racontant des 7 choses anciennes, mon âme, dit-il, je ne sais com- 5 ment, devient antique *.'*\^ Il ne peut se défendre ; | d'un certain respect pour ces fables ?y II faut, dit-il, permettre à l'antiquité de mêler le ciel à la terre pour donner plus de grandeur à l'origine des villes jX plus qu'un autre, le peuple romain a lé droit d'en- ; tourer sa naissance d'un camctère sacré et de la faire j remonter jusqu'aux dieux; quand il choisit Mars pour -j son père et pour celui du fondateur de Rome, telle ' est sa gloire militaire que le monde souffre cette prétention aussi patiemment que son empire. » Malgré ■ ces flères paroles, Tite-Live fait ses réserves; il donnera place à ces fables sans les discuter, mais sans entendre aussi les adopter pour son compte \'f Avant la fondation de Rome et les temps voisins de sa fon-
1. Quœdam religio tenet quœ illi prodentissimi viri publiée suscipienda censuerint, ea pro dignis habere quœ in meos annales referam.