‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 255 sur 433 · Prosemium · texte numérisé non relu

Prosemium

dation, nous trouvons de riches fictions poétiques plutôt que des monuments certains et authentiques ; je n'ai l'intention ni de le défendre ni de réfuter ces traditions^ Il en est de même pour les présages et les prodiges, qu'il rapporte avec une exactitude qu'on a souvent critiquée; c'est à ses yeux une partie de rhistoire des temps qu'il raconte, ces détails en complètent la physionomie. D'ailleurs ces vieux Romains, si respectables par leurs mâles vertus, n'attachaientils pas beaucoup d'importance aux prodiges? « Et, dit Tite-Live, quand je vois des hommes si sages traiter ces événements en aflFaires d'État, j'ai scrupule de les trouver indignes de mes annales ^ » )(13uant à la place qu'il accorde dans le plan de son ouvrage à ces origines et aux premiers siècles de Rome, une simple observation suffira pour le justifier : toute l'histoire des rois est renfermée dans le premier livre ; les dix premiers embrassent, nous l'avons vu, un espace de quatre cent soixante ans, tandis que cinquante années d'une période plus connue et plus importante, depuis la seconde guerre punique jusqu'à la défaite de.Persée, ont suffi à remplir vingtsix livres. Les proportions ont donc été bien observées, et sur ce point Tite-Live est irréprochable.

Il l'est moins sans doute, quand son patrioti^^" l'entraîne à dissimuler ou à pallier les torts de ftome, et quelquefois à déguiser ses défaites. Exp^se-t-il la perfidie, avec laquelle Rome,, après les K/^tTrches Caudines, viola la foi des traités; rend-jlf^mpte de l'indigne fourberie du consul Postifumius dans cette négociation : il s'abstient de t»tite condamnation, de tout blâme, il présente l^f ai ts sous le jour le plus favorable, sonréciJUêfStun plaidoyer. Il n'est pas plus impaffiaMîans l'appréciation des causes de la

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guerre punique. Il lui était facile de savoir la vérité sur un fait humiliant pour l'orgueil romain, celui de la conquête de Rome par Porsenna. Tacite *■ nous Tatteste comme Pline TAncien, et ce dernier cite même un article du traité imposé aux vaincus par le roi étrusque; il leur défendait l'usage du fer,, excepté pour l'agriculture *. Tite-Live rencontrait même une vieille formule de droit : « Vendre les biens du roi Porsenna », très facile à expliquer par une conquête suivie d'une révolte ', mais très embarrassante, si Ton suppose, comme lui, que l'ennemi s'est retiré devant l'héroïsme des Horatius Coclès et des Clélie. Cependaint il adopte, sans hésiter, la version la plus agréable à son patriotisme, et il donne de la formule une interprétation ambiguë et sans valeur *.

Il n'est pas plus sincère, quand il arrive à un autre souvenir désastreux de l'histoire de son pays, l'invasion et la conquête des Gaulois. Rien de plus brillant et de plus dramatique que l'intervention subite de Camille, au moment où l'on pèse dans les balances l'or qui doit racheter Rome, rien de plus éloquent que le discours du dictateur exhortant les citoyens au '>mbat, rien de plus fier que le ton de l'historien, ^U annonce la victoire des Romains :

I /; . /.. i » [. 1^ 1 Porsenna, dedita urbe. Annal., XI, 24 : Tuscis

2. PliiiP, .'» • • f'-T 'SfflV, 39. In fœdere quod, expulsis regibus, IKip'ii- "'• ^> JoïH^Porsenna, comprehensiim invenimus ne fern- , >- ^" '|^^N^tu, uterentur. Eliani stilo scribere vetitum >cîi»V«^'^i'ni auclSS^rodiderunl.

3. Il est bien établi rmjounrriMi que. .Porsenna ne perdil Rome qu'après une expecK >" ii^ulbcureio^-slans le Latium. Les Romains délivrés vendin^^t J !• u* lière I s >^yets que le roi Porsenna avait laissés à Rome: i}*'. ifi f.eîlti !n'miiîe>îj>scure, encore en usage du temps d'Auguste, rt*nnH*»m e. ^ f.x «^ntes publiques les biens de Porsenna, (Voir Plut., Vol. PubL. f '- i.> ••.

•-'^Hal., V, 4.)

^ ïîb. II, c. 14.

Les dieux etleshommesempêchèrent, dit-il, les Romains de vivre rachetés ^

Mais si Ton rapproche de ces brillants et pathétiques tableaux le simple et rapide récit de Polybe, on voit aussitôt de quel côté est la vérité.

Les Gaulois, dit Thistorien grec, venaient de s'emparer de Rome et l'occupaient tout entière, à l'exception du Capitole. Mais les Romains, au prix cVun traité que leur dictèrent les vainqueurs, recouvrèrent leur ville ^,

Et ailleurs :

Les Gaulois prirent la ville de Rome, à l'exception du Capitole; mais une invasion subite des Vènètes sur leur territoire fit diversion à cette guerre; ils conclurent la paix avec les Romains, leur rendirent leur ville et se retirèrent chez eux ^ .

Ici nulle mention de Théroïsme de Camille et de sa brillante victoire : les Romains ont donné l'or, les Gaulois se sont retirés d'eux-mêmes, appelés par une invasion. Et ce témoignage d'un historien si consciencieux et si grave est confirmé par ceux de Tacite, de Suétone et de Justin *.

1. Lib. V, 49. Diique et homines prohibuere redemptos vivere Romanes.

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