XI
niSTOIBE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE 487
qu'ils sont l'œuvre d'un faussaire, le chanoine Florentin Piocchi, mort en 1452.
Arruntius. — Labiénus. — Parmi les nombreux historiens dont les noms sont cités encore, il suffira de nommer Arruntius, Labiénus, Crémutius Cordus. Nous avons déjà, dans notre chapitre sur Salluste S signalé Arruntius, auteur d'une histoire des guerres puniques, imitateur souvent puéril du style de Salluste. Nous avons mentionné aussi la disgrâce de Labiénus, dont l'histoire fut dénoncée à Tibère et brûlée par Tordre du sénat. Décrié pour ses mœurs et pour la violence de son caractère, il avait une éloquence à la fois brillante et nerveuse, et il compte parmi les orateurs comme parmi les historiens remarquables de cet âge. Telle était l'ardeur de ses passions et son habitude de déchirer et les particuliers et les classes, qu'on l'avait surnommé lîabienus (l'Enragé). Un jour qu'il faisait une lecture publique d'une partie de son histoire, il tourna des pages nombreuses du manuscrit en disant : « Ce que je passe sera lu après ma mort. » Sénèque le père, qui nous raconte ces détails *, ajoute : « Quelle devait donc être la liberté de ces pages, pour que Labiénus lui-même en ait eu peur! » Càssius Sévérus, écrivain et orateur non moins injurieux que Labiénus, admirait beaucoup cet ouvrage. Quand on le livra aux flammes, il s'écria : « Maintenant, c'est moi qu'il faut brûler tout vivant, car je le sais par cœur. » Sénèque nous raconte que Labiénus ne résista pas à l'affront qu'il avait subi, et qu'il se donna la mort dans le tombeau de sa famille (l!2 après J.-C).
Crémutius Cordus. — Tel fut aussi le sort d'un autre historien dont le caractère paraît avoir été plus hono-
i. Page 280.
2. Controverses, liv. V. Préface, — Voir notre Recueil de morceaux traduits, page 381.
rable que celui de Labiénus, Crémutius Cordus. Il avait écrit l'histoire des derniers temps de la république et de la fondation de Fempire. Séjan, contre lequel il avait tenu des propos hardis, le dénonça pour avoir appelé Brutus et Gassius les derniers des Romains. Il se défendit éloquemment en présence de Tibère courroucé. Tacite, dans ses Annales \ a donné sinon le texte exact, du moins les idées générales de ce beau discours. Après le décret du sénat, Crémutius se laissa mourir de faim. Mais un exemplaire du livre fut caché par Marcia, sa fille, et elle en donna une nouvelle édition sous Caligula.
Tous ces faits nous sont connus par Sénèque le philosophe, qui les rappelle avec grand intérêt à Marcia, dans un ouvrage adressé à cette noble femme dont le fils venait de mourir {Consolatio ad Marciam *).