‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 311 sur 433 · Pharsale, V · texte numérisé non relu

Pharsale, V

plus fortes que dans le tableau de la bataille de Pharsale. Sans admettre sur parole Tévaluation de César, qui compte du côté de Pompée quinze mille hommes tués et vingt-quatre mille prisonniers, tandis que lui-même ne perd que deux cents soldats et trente centurions, on ne peut accepter l'épouvantable boucherie que Lucain se plaît à étaler, ces fleuves de sang, ces monceaux de cadavres qui égalent la hauteur des collines *, la joie barbare de César qui le lendemain se repaît de cet odieux spectacle et qui, par un raffinement de cruauté que l'historien Appien a formellement démenti, défend de brûler les corps, les livre en pâture aux bêtes de proie et attire ainsi la peste sur la Thessalie.

Cette altération des faits dans la Pharsale nous a déjà permis d'apprécier l'altération des caractères. Au début de son œuvre *, Lucain avait tracé un portrait équitable et vigoui*eux de Pompée et de César :

Toi, Pompée, tu crains que tes triomphes d'autrefois ne pâlissent devant des exploits d'hier, et que les lauriers conquis sur les pirates ne disparaissent devant la Gaule subjuguée. Toi, César, l'habitude non interrompue des travaux excite ton audace ; ta fortune ne se résigne pas au second rang. César ne veut plus de supérieur, Pompée ne veut pas d'égal. Qui- s'arma pour la plus juste cause? On n'a pas droit de le rechercher. Tous deux s'appuient sur un grand suffrage : le vainqueur eut pour lui les dieux, mais le vaincu avait Caton.

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