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Lucain met dans sa bouche le mot de Tibère : « Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent * I » mot contraire à tout ce que l'histoire nous raconte de cette douceur qui a fait dire à Pline TAncien qu'il fut clément jusqu'à être forcé de s'en repentir, mot démenti par cette belle parole que nous avons citée * : « Changeons les traditions de la victoire; prenons pour appuis le pardon et les bienfaits. » Partout, à partir du livre V, c'est-à-dire après sa rupture avec Néron, c'est par le mot de crime que Lucain désigne la cause de César. Avant Pharsale, il l'apostrophe ainsi : « Mais toi, quels sont les dieux du crime, quelles sont les Euménides que tu invoques ^? » Plus loin, il le montre volant autour de ses bataillons, pour ne rien perdre de ses crimes *. « Ici, dit-il ailleurs, les frères, les pères, les enfants se mesurent; ici se rassemblent la fureur, la rage et tous tes crimes, ô César ^. »
Par suite de ce parti pris de dénigrement, Lucain dénature et calomnie les plus généreux mouvements de César. Appien et Plutarque racontent qu'il détourna les yeux quand on lui présenta la tète de son rival et qu'il lui fit élever un tombeau. Plutarque ajoute qu'en regardant le cachet de Pompée, il ne put retenir ses larmes. Lucain voit là une odieuse hypocrisie :
César ne condamna point par son premier regard. le présent qu'on lui apportait, il ne détourna pas les yeux; il les attacha sur cette tète pour s'assurer du crime; mais lorsqu'il l'eut vérifié et qu'il put paraître sans danger beaupère sensible, il répandit quelques larmes que la douleur ne