‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 316 sur 433 · Ibid,, 550 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid,, 550 et suiv

Pompée, c'est la seconde victime qu'on envoie à ton ombre ; mais ce n'est pas assez pour toi... Jusqu'à ce que les glaives du sénat soient enfoncés dans les entrailles de César, Pompée ne sera pas vengé *.

La haine du poète va jusqu'à faire des vœux contre la patrie, jusqu'à demander la victoire des ennemis de Rome : « Parthes, venez vaincre pour Pompée; à ce prix Rome appellera sa défaite ^. »

Ces violences, qu'on ne rencontrerait pas dans les premiers livres de la Pharsale, doivent s'expliquer surtout par le ressentiment de la disgrâce. Mais il faut y voir aussi l'habitude de ces hyperboles chères aux déclamateurs. Lucain rencontrait l'occasion de belles apostrophes, d'antithèses frappantes. Tenait-il beaucoup au fond des idées? Puis, dans la doctrine stoïcienne, à côté du sage impassible se trouve toujours un tyran destiné à faire ressortir l'inflexible constance du sage. C'est l'unique ressort des tragédies stoïciennes de Sénèque. Il semble que Lucain ait composé son César sur ce type du tyran, de même que Caton a réalisé dans son poème l'idéal du sage.

Caton, en effet, est le véritable héros de Lucain. C'est le stoïcien par excellence; rien ne l'effraye, rien ne l'abat. Il est l'âme du parti, il en est le dieu, et ce dieu, nous l'avons vu dans le langage de Lucain, efface les dieux de l'Olympe qui se sont faits les complices de César. En somme, malgré la solennité un peu ridicule de son attitude et de ses paroles, malgré le ton d'oracle qu'il prend partout, c'est le plus vrai des portraits qu'a tracés Lucain. L'enflure du poète convenait pour peindre ce caractère honnête, mais inintel-

Page 1