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LES DEUX PLINE

Dans le plan de notre ouvrage il sérail placer ici Pline le Jeune, qui est l'élève de C qui partage toutes ses doctrines littéraires contribué avec lui à la réaction classique écrivains de Tâge précédent. Pline l'Ancier traire, appartient encore par les défauts c les qualités de son style à l'école des décL la science lui fournit souvent l'occasion de veloppements, d'éloquentes tirades sur la fa l'homme, sur son avidité insatiable, sur cel insensée qui le précipite au milieu des dai la corruption et les folles dépenses de ses ( rains. Comme Sénèque, comme Lucain, com Maxime et Velleius, il aime le convicim Cependant il serait étrange d'intervertir 1' dates et de raconter la vie du neveu avan l'oncle, que nous connaissons en grande ] les lettres de Pline le Jeune. D'ailleurs, si ouvrage que nous avons conservé de Plin( rentre par son titre et son objet principal écrits scientifiques, le moraliste et l'homme nous venons de le dire, s'y montrent ai l'homme de science. Comme les Questions de Sénèque, VHistoire naturelle de Pline e un livre de littérature et de morale.

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Vie de Pline TAncien. — Caius Plinius Secundus, qu'on a surnommé r Ancien ou le Naturaliste, pour le distinguer de son neveu, naquit Tan 23 après J.-C, à Gôme (Novocomum), qui est aussi la patrie de Pline le Jeune et où de nombreuses inscriptions attestent encore le séjour de sa famille, Un passage de son livre, où il appelle Catulle, d*un terme familier, son pays [conterraneum suum)^ a fait supposer à tort qu'il était de Vérone. Cette erreur est consacrée par quelques manuscrits.

Il reçut probablement dans son municipe cette éducation de province qui prépara presque tous les premiers écrivains de Rome. Cependant il vint de bonne heure, vers la fin du règne de Caligula, chercher dans la grande ville le complément nécessaire que donnaient aux jeunes gens distingués la fréquentation des célèbres écoles des rhéteurs et des philosophes et le commerce d'une société d'élite. Déjà son esprit observateur portait son attention sur les productions de la nature et en particulier sur les mœurs de ces animaux singuliers que les empereurs faisaient paraître dans l'amphithéâtre.

Cependant son goût pour l'étude ne le détourna pas de la vie publique. A vingt-deux ans, il sert en Afrique ; l'année suivante, on. le retrouve en Germanie, combattant sous les ordres de Pomponius Secundus, son protecteur et peut-être son parent. Chargé du commandement d'un corps de cavalerie, il pénètre jusque chez les Chauques, visite les sources du Danube et, comme son avidité de connaissances s'empare de tout ce qui tombe sous sa main, il profite de son métier de soldat pour composer un traité sur le Maniement de la javeline à cheval {de Jaculatione equesfri) .

De retour à Rome avec Pomponius, qui reçut les honneurs du triomphe, il se livre à Tétude de la juris-

prudence et paye une dette de reconnaissance et d'amitié en écrivant en deux livres la vi général. Il donne ensuite, en vingt livres, des guerres de Germanie, dont il avait rec matériaux dans le pays même. Mais la réd cet ouvrage ne suffît pas à son activité : il p causes, il dirige Téducation de son neveu Ca lius, (ils de sa sœur et de Lucius Caecilius, qi lera plus tard, après la mort de Caecilius, e viendra par cette adoption Caius Caecilius I compose pour ce jeune homme un traité livres, Livres de V homme d'étude (Librl studic plutôt studiosi). Cet ouvrage, comme celui d lien, prenait l'orateur au berceau et le suiv conseils jusque dans les plus minutieux dé que ceux du vêtement et de la coiffure.

Néron ne donnait pas d'emploi à Pline d'historien devenait dangereux sous ce \ chercha donc dans les travaux de l'école i pation moins compromettante. Il publia su tion précise et la propriété des mots un tra matical intitulé : Bubii sermonis libri VIll cet ouvrage n'avait rien à craindre de la co délateurs, il souleva de violents orages parm losophes et les grammairiens; Pline, dans l de son Histoire naturelle, se moque d'une i dont on le menace depuis dix ans et qu encore vu le jour.

Dans les dernières années de Néron, il fu procurateur d'Espagne et il conserva prob ces fonctions jusqu'à la seconde année du Vespasien. Dans cette province, il put se li danger à l'étude et recueillir des matériau: grand ouvrage qu'il méditait. Telle était so qu'à la fin de sa vie il laissa à son neveu plu soixante volumes d'extraits, d'une écriture

lorsqu'il était encore en Espagne, on lui offrit 400000 sesterces (80000 fr.) de ceux qu'il avait déjà rassemblés.

Rappelé à Rome, il vécut dans l'intimité de l'empereur et surtout de son fils Titus, qu'il n'accompagna pas cependant dans la guerre de Judée. Deux grands ouvrages Toccupaient alors. Le premier est une Bi^toire de son temps, en trente livres, commençant à Tibère et destinée à faire suite à l'histoire d'Aufîdius Bassus. Par un scrupule honorable, il ne voulut pas la publier de son vivant. Un récit des événements contemporains offrirait, pensait-il, plus de garanties, si Fauteur ne le destinait à paraître qu'après sa mort, alors qu'il n'aurait plus d'intérêt à être partial et à déguiser la vérité. Le second ouvrage est son grand traité en 37 livres, le seul qui nous soit parvenu, VBistoire naturelle. Il l'avait dédié à Titus. L'épître dédicatoire nous fait connaître d'intéressants détails d'histoire littéraire ; elle montre aussi, dans une lettre dont le ton est assez familier, le progrès de ces formes adulatrices dont nous avons trouvé déjà de si tristes exemples. Ici du moins elles ne s'adressaient pas à un Néron ou à un Domitien.

L'année qui suivit la publication de Y Histoire naturelle, celle où Titus succéda à son père (79), Phne commandait à Misène la flotte romaine, lorsqu'il périt victime d'une des plus terribles révolutions physiques dont l'histoire ait conservé le souvenir. Après un repos de plusieurs siècles, le Vésuve renouvela ses éruptions et détruisit les trois villes d'Herculanum, de Pompéi et de Stabies. Pour observer de plus près le phénomène, Pline fit appareiller un petit bâtiment, et s'avança jusqu'à Stabies, tranquille au milieu de l'épouvante générale, attentif à toutes les circonstances de l'éruption; et les dictant à des secrétaires à mesure qu'il les observait. Arrivé à Stabies chez un

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ami que les vents contraires empêchaient de s'embarquer, il se coucha pour prendre quelque repos; bientôt on le réveilla, car les pierres et la cendre menaçaient d'écraser la maison. Il fut asphyxié en cherchant à fuir. Il avait alors cinquante-six ans.

C'est par une lettre de Pline le Jeune * que nous connaissons tous les détails de ce funeste événement. Il les raconte à son ami Tacite, qui lui avait demandé ce document pour ses Histoires, Par une autre lettre du neveu de Pline *. nous pouvons apprécier la prodigieuse activité de cet homme qui, malgré tant de fonctions importantes, malgré sa mort prématurée, put attacher son nom à des travaux immenses. Personne ne fut plus avare de son temps. Il n'accordait que quelques heures au sommeil. Avant le jour, il se rendait chez l'empereur, il vaquait ensuite à ses occupations obligées, et tout le reste de sa journée appartenait à l'étude. Pendant ses repas, il écoutait un lecteur. 11 reprochait à son neveu de perdre, en sortant à pied, le temps de ses promenades. Pour lui, il se faisait toujours porter en litière, ayant à ses côtés un secrétaire, auquel il dictait ses notes.

L'Histoire naturelle. — Il ne faut pas que ce titre ou peut-être celui de Histoire du monde (Historia mundi), sous lequel il est quelquefois désigné, nous trompe sur le caractère de l'ouvrage de Pline. C'est une vaste encyclopédie qui embrasse toutes les connaissances des anciens : astronomie, géographie physique et politique, zoologie, botanique, minéralogie, médecine, agriculture, arts, métiers, industrie. Le

1. Liv, VI, 16. Voir nos Morceaux traduits, pages 519 et suiv.

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