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voulu avant tout présenter le tableau politique de l'empire romain. C'est le gouvernement, ce sont les affaires publiques qu'ail se propose de retracer. Son histoire peut être regardée, sous le rapport des faits, comme un relevé des acta senatus, comme un récit de tous les événements qui occupaient Rome. Quant à la vie des Romains à cette époque, quant à l'état de la famille, à la situation des provinces, aux mœurs publiques, à la richesse du pays, il n'en instruit pas ses lecteurs : ces détails ne font pas du moins l'objet particulier d'une partie de ses livres. Cependant Tacite n'en est pas moins un profond observateur, un peintre de mœurs sans rival. Il ne s'arrête pas, sans doute, dans sa marche pour juger, à l'aide d'une dissertation, les faits qu'il vient d'exposer : il n'a pas, comme beaucoup d'écrivains modernes, un chapitre spécial pour les riiœurs, un autre pour l'esprit public, un autre pour les ressources de l'État. Il bit mieux : il peint tout en racontant ; au lieu de promener successivement un flambeau sur les diverses parties du tableau, il éclaire À la fois l'ensemble d'une vive et pleine lumière. Nul, par exemple, n'a jamais mieux fait connaître l'esprit militaire, l'influence des soldats sur le gouvernement, et en même temps le caractère et la puissance de la populace. De là, en effet, naissaient pour Rome des dangers qui, objet de l'attention du sénat et des plus graves soucis du gouvernement, appartenaient au domaine de l'histoire, telle que Tacite l'a conçue.
Un autre trait distinctif de son génie, c'est qu'il est, plus que les autres historiens de l'antiquité, un écrivain moraliste. Salluste s'inspirait de l'esprit de parti; il rattachait tout dans ses récits aux agitations du forum,''àux luttes entre l'aristocratie et l'élément populaire. Il se complaisait dans la peinture des fautes, de la corruption, de la décadence de la no-
blesse : tel était manifestement son but en racontant rhistoire de la guerre de Jugurtha. L'inspiration de Tite-Live est celle du poète épique ; c'est le sentiment patriotique de la grandeur de son pays, c'est le noble orgueil de l'écrivain ému au récit de tant de succès, d'un si prodigieux développement de puissance ; c'est Tadmiration et l'enthousiasme du beau. Tacite, au contraire, par la nécessité de son sujet et de son temps, se rapproche du poète satirique. Ce qui domine chez lui, c'est une indignation amère, c'est le dégoût de la bassesse et de l'infamie, dont à chaque pas il rencontrait le triste spectacle. Il a senti et signalé, nous l'avons vu, cette différence entre son histoire et celle de Tite-Live. Elle était inévitable ; et ce n'est pas le hasard qui a réuni da,ns le même siècle, d'une 4)art Tite-Live et Virgile, de l'autre Tacite et Juvénal.
Mais, dans sa politique et dans sa morale, Tacite montre toujours un esprit sage , modéré, positif, éloigné de toute exagération. Il n'a rien de cette emphase hyperbolique, de cette exaltation de sentiments qui paraissent dans les déclamateurs. Tout en donnant des regrets à la république, il reconnaît la nécessité de l'empire :
Après la défaite de Brutus et de Cassius, dit-il, la cause publique était désarmée. Le monde était fatigué de discordes; Auguste le reçut sous son pouvoir ^
Tacite n'a donc pas d'effervescence, pas de parti pris dans son opposition même aux plus mauvais princes. Toujours digne par son caractère , mais éclairé par l'étude de l'histoire et la connaissance de la politique, il se tient dans la limite de la modération et de l'honneur. Il a accepté des charges sous
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Domitien et, en jugeant la conduite de son beau-père Agricola, il a parfaitement caractérisé et justifié la sienne :
La prudence et la modération d' Agricola étaient bien éloignées de cet esprit et de cette vaine ostentation de liberté qui appellent la renommée et délient le destin. Que les admirateurs de tout ce qui brave le pouvoir apprennent que, même sous de mauvais princes, il peut y avoir de grands hommes, et que la déférence et la soumission, si le talent et la vigueur les accompagnent, mènent aussi bien à la gloire que cette témérité qui, sans fruit pour TÉtat, se jette à travers les précipices, et semble briguer l'honneur d'une mort éclatante *.
Plus tard, il professait encore les mêmes principes dans un passage de ses Annales *, où il apprécie le caractère de Marcus Lépidus, personnage considérable de l'âge de Tibère, qu*'Auguste avait désigné comme digne de l'empire, mais sans aucun goût pour ce fardeau ^.
Dans sa morale, Tacite n'est pas plus exagéré que dans sa politique. On a trop dit de lui qu'il supposait aux actions des intentions fausses, qu'il croyait aisément au mal et difficilement au bien. Plus d'une fois il a réfuté lui-même bien des accusations odieuses portées contre Tibère. C'est ainsi qu'il le défend avec force contre les bruits populaires qui lui attribuaient la mort de son fils Drusus *. Il reste aussi dans une réserve très scrupuleuse en racontant la mort de Germanicus, et, loin de faire remonter le crime jusqu'au prince, à peine ose-t-il accuser Pison. Quand tout le