‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 372 sur 433 · AnnaL, IV, chap. xi · texte numérisé non relu

AnnaL, IV, chap. xi

monde, à Rome, attribuait à Domitien la mort d'Agri- CQla, le gendre de ce grand homme déclare loyalement qu'il ignore ce qu'il faut penser de ce bruit". La même impartialité morale éclate dans tout le récit de la mort d'Agrippine. Quoi qu'on en dise. Tacite aime à croire à la vertu. Peut-être même,. dans les portraits qu'il trace de Sénèque, de Thraséas, de Burrhus, pourrait-on lui reprocher un excès d'indulgence; peut-être ferme-t-il trop facilement les yeux sur ce qu'il y a eu, dans la vie de ces hommes illustres, de faiblesses et de regrettables concessions. Il sait donc tenir compte des intentions honnêtes, de la difficulté des temps et des circonstances, et il a bien rempli ce rôle qu'il assigne à Thisloire dans un beau chapitre de ses Annales; l'historien est bien, dans ses ouvrages, une sorte de juge public, ayant mission et pouvoir de récompenser les belles actions par la gloire, et de châtier le crime par la honte :

Mon dessein, dit>il, n'est pas de rapporter toutes les opinions ; je me borne à celles que signale un caractère particulier de noblesse ou d'avilissement, persuadé que le principal objet de Thistoire est de préserver les vertus de Toubli, et d'attacher aux paroles et aux actions perverses la crainte de Tinfamie et de la postérité ^,

Les observations qui précèdent trouveront leur application dans un rapide examen d'une des parties de l'œuvre de Tacite, du livre I" des Annales, Et d'abord le tableau de l'avènement d'Auguste est admirable de profondeur et d'impartialité. La poHtique tortueuse du prince, les moyens qu'il employa pour gagner tous les ordres de l'État, sont retracés avec

1. Agricola, xuii. « Nobis nihil comperti, quod affirmare ausim. »

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