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CHAPITRE II

LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE LES PÈRES DE l'éGLISE LATINE

Avant de présenter le tableau des Pères de l'Église chrétienne, il convient d'apprécier rapidement les poètes et les historiens que la religion nouvelle a comptés pendant cette période.

Prudence. — Le plus remarquable des poètes chrétiens est Prudence {Aw^elius Prudentius Clemens), né en Espagne, en 348. D'abord avocat, puis gouverneur civil et criminel de deux villes importantes, il eut à la cour de l'empereur Honorius un emploi élevé. Avancé en âge, il renonça aux honneurs pour se livrer entièrement aux exercices de la piété et au culte des lettres. Il mourut vers 410. Il a composé des odes en l'honneur des martyrs, des hymnes où il emploie les mètres d'Horace, des poésies dogmatiques (Sur la Trinité, Sur rOrigine du péché, etc.), polémiques {Contre Symmaque), historiques (A^wr des événements et des personnages de V Ancien et du Nouveau Testament). Sa langue est souvent barbare; il manque souvent aux lois de la prosodie. Il y a cependant quelquefois dans ses poésies de l'imagination, de l'esprit et du goût.

Sidoine Apollinaire. — Né à Lyon (vers 430X

mort en 488, Sidoine Apollinaire (C Sollius ApoUinajns Sidonius) appartenait à une famille illustre dans les Gaules. Son père avait été préfet du prétoire des Gaules. Il remplit lui-même de hautes charges : son beau-père Avitus étant devenu enpereur, il fut nommé préfet de Rome ; il reçut de nouveaux honneurs sous les empereurs Majorien et Anthémius, dont il a fait les panégyriques en vers. Quoique laïque et marié, il fut élu, en 472, évéque de Clermont. Il abandonna ses dignités, se sépara de sa femme, prit les ordres et se consacra au gouvernement de son diocèse. Il vit bientôt sa ville épiscopale prise par les Wisigoths; chassé, dépouillé de son évèché,il fut rétabli. L'Église Ta mis au nombre des saints.

On a de lui des poèmes dont les principaux sont des panégyriques composés en l'honneur des divers empereurs qu'il a servis, et un recueil de cent quarantesept lettres divisées en neuf livres et mêlées de quelques morceaux de poésie. Les lettres ont un grand intérêt pour l'histoire des mœurs et des événements contemporains. Le style de Sidoine est affecté et obscur ; sa prose surtout, qui se rapproche davantage de la langue vulgaire, est pleine d'expressions et de tournures barbares. Ses vers sont beaucoup plus corrects, mais ils restent loin de l'élégance de Glaudien, que Sidoine semble avoir pris pour modèle.

Fortunat. — Bien plus barbare encore est le style de Fortunat {Venantius Fortunatus), né à Trévise, en 530, mort avant 610, à Poitiers. Elevé à Ra.venne, Fortunat vint en Gaule vers 565, fut bien accueilli par Sigebert, roi d'Austrasie, célébra dans un épithalame le mariage de ce prince avec Brunehaut et sut toujours se concilier la faveur des rois et des grands par des vers composés en leur honneur.

Il devint aumônier du couvent de Sainte-Croix, fondé à Poitiers par Radegonde, femme de Clotaire I«, et

dans lequel, après six ans de mariage, se retira cette pieuse reine, élevée plus tard au rang des saintes. •Les poésies de Fortunat renferment de curieux détails sur son commerce littéraire avec Tabbesse de Sainte- Croix. Les vertus et les talents de Fortunat le désignèrent ensuite pour l'évêché de Poitiers, qu'il administra jusqu'à sa mort avec autant de zèle que de sagesse. Il a été aussi canonisé.

Les poèmes de Fortunat dont le style, à la fois barbare et fleuri, subit l'influence du temps, sont un monument historique précieux, et servent comme de complément aux Chroniques de Grégoire d-e Tours. Ils se composent d'abord de onze livres de vers, épîtres, descriptions, épithalames, panégyriques, épigraphes, hymnes, etc. (Carminum, epistolarum, ex^ positionum libri XI), Il est juste de signaler les deux belles hymnes que l'Église chante le dimanche de la Passion et à la fête du Saint-Sacrement : Vexilla Régis prodeunt et Pange, Ungua^ gloriosi, Fortunat a écrit encore un poème en quatre chants sur la Vie de saint Martin^ les biographies de plusieurs saints, entre autres celle de sainte Radegonde . Fortunat n'a pas dédaigné les futiles exercices d'une époque de décadence, les acrostiches, les poésies figuratives des formes les plus compliquées.

Sulpice Sévère — Orose. — Plus d'un siècle avant Fortunat, les chrétiens avaient eu deux historiens, ou plutôt deux abréviateurs, l'Aquitain Sulpice Sévère [Sulpicius Severus), vers 400, et son contemporain l'Espagnol Orose (Paulm Orosius), Ces résumés, qui embrassent l'histoire universelle, depuis Adam jusqu'au siècle même où vivaient les auteurs, ont très peu de valeur.

Cassîodore.— Cent ans plus tard, un homme beau-

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coup plus considérable, Cassiodore {Magniis Aurelitis Cassiodorius ou CasseWorus) (480-575), écrivait des ouvrages historiques d'une importance supérieure. Après avoir joui de la plus grande faveur sous Théodoric, roi des Ostrogoths, sous Amalasonte et Théodat, ne pouvant réussir à protéger l'Italie contre les Goths et les Grecs, il se retira dans ses domaines de Calabre, et y fonda une sorte d'académie monastique dont il a formulé la règle dans un de ses ouvrages : De institutione divinarum litterarum. Il y montrait que la piété peut se concilier avec l'étude dés lettres et il y traçait tout un plan d'études, analogue à celui de Martianus Capella. Outre l'étude des sciences sacrées et profanes et de l'agriculture, Cassiodore imposait aux moines la tâche de copier les manuscrits de l'antiquité païenne et des Pères de l'Église.

Comme historien, Cassiodore a donné une Chronique ecclésiastique, sèche et inexacte, qui va depuis Adam jusqu'à l'an 519 de l'ère. chrétienne. On a perdu malheureusement son Histoire des Goths, dont Jornandès, Goth lui-même, a donné, vers 550, un abrégé très insuffisant. Ses lettres, conservées en douze livres BOUS le titre de Varia, fournissent des documents précieux sur l'état et les mœurs des Romains sous la domination des Goths. On a encore de lui un traité de VAme, une version des Psaumes, et un traité de l'Orthographe.

Sa langue est encore assez correcte, mais le style a la recherche, la subtilité, l'ambition que nous avons signalées chez les poètes du même temps.

Grégoire de Tours. — Il convient de nommer encore, parmi les historiens, le Breton Gildas, qui écrivit au vi« siècle une histoire de la Bretagne, à partir de l'an 449 après Jésus-Christ, et surtout notre Grégoire de Tours, né en Auvergne (539), qui fut évê-

que de cette ville à partir de 573. Son Histoire ecelésioi^ tique des Francs est un monument précieux pour FMstoire du vi® siècle. Elle est divisée en dix livres; les trois premiers sont une revue fort peu intéressante de l'histoire universelle; mais les sept autres, de 547 à 597, présentent le tableau naïf et très attachant de rhistoire et des mœurs du temps. On sait quel parti en ont tiré nos historiens Augustin et Amédée Thierry. Le style est lourd, incorrect et souvent barbare. Saint Grégoire de Tours avait compasé beaucoup d'autres ouvrages, dont plusieurs sont perdus:: il reste des Biographies des PèreSy des Traités des mirades de saint Martin de Tours et d'autres saints, etc.

Boêce. — Parmi les écrivains chrétiens contemporains des Pères de TÉglise, nous ne devons pas oublier le fameux Boêce {Anicius Manlius Torquatus Sève- Hnus Boetius)j né à Rome vers 470, consul en 510, condamné à mort en 525 sur Tordre du roi Théodoric, qui Faccusa d'intelligences avec l'empereur grec Justin. Boëce était gendre d'un célèbre rhéteur païen, Symmaque, qui fut consul en 391, dont nous avon$ des discours, et un recueil de lettres, et qui s'efforça de faire rétablir dans le sénat l'autel de la Victoire. Boëce, malgré son admiration pour l'antiquité classique, était fermement chrétien. Une des causes de sa disgrâce fut le courage avec lequel il défendit auprès de l'empereur les catholiques persécutés par les Ostrogoths ariens. Longtemps prisonnier, avant de périr dans d'horribles tortures, il composa, dans les loisirs de sa prison, le traité qui a le plus contribué à sa réputation^ de Consolatione philosophica^ dialogue en prose et en vers, où l'auteur, parlant de la Providence, s'élève à une grande hauteur de pensées et de sentiments. On a encore de lui plusieurs traités philosophiques, et des traductions d'Aristote, accompagnées

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de commentaires. Ses ouvrages, comme ceux de Gassiodore, ont servi de base à renseignement des écoles au moyen âge. Le style de Boëce, surtout dans le Traité de la Consolation y a une correction et une élégance bien rares à cette époque.

Pères de l'Église. — L'importance et la gloire de ces écrivains, même de Boëce, pâlissent à côté do l'éclat des Pères de l'Église.

Saint Cjrprien. — Minucius Félix et TertuUien avaient commencé avec force et avec talent dans l'Église latine la série des apologistes. Un homme d'un grand caractère et d'une éloquence souvent frappante, saint Cyprien [Thaxius Csecilius Cyprianus) fit beaucoup par ses discours et par ses écrits, comme par sa bienfaisance et par les exemples de sa vie, pour la propagation du christianisme.

Né à Carlhage au commencement du m* siècle, Cyprien fut d'abord maître de rhétorique. Gagné par les écrits de TertuUien à la croyance nouvelle, en 246, il consacra alors sa vie aux oeuvres de charité, à la prédication, à la conversion des païens. En 248, il fut nommé évêque de Carthage. Lors de la persécution de Décius, il céda aux instances de son clergé et s'éloigna, non sans avoir tracé aux fidèles des règles qui ont été admiréespar saint Augustin et par P^nelon. ic Mais, pendant son absence, r%lise de Carthage fut déchirée par des hérésies; il revint les combattre. Lors de la persécution de Valérius, en 258, il fut ; amené devant le proconsul de la province : il refusa / de sacrifier aux idoles, et eut la tête tranchée. C'est lui qui a prononcé le mot sublime que Corneille a * nais dans la bouche de Polyeucte. « Marche à la mort! * s'était écrié le proconsul. — A la gloire! » répondit le «aint évêque.

Parmi ses nombreux écrits, il faut citer les traités de V Unité de V Église, de l* Oraison dominicale, de la Grâce de Dieu, les trois livres de Témoignages contre les Juifs, Un des plus remarquables est le livre contre les * Spectacles, dont on a contesté l'authenticité. Avec plus i d'énergie encore que Tertullien, il s'indigne contre les cruautés et les infamies des représentations scéniques de l'époque, et contre l'idolâtrie dont elle$ sont entachées. Le style de saint Cyprien est plus simple et moins subtil que celui de Tertullien, qu'il appelait son maître . Fénelon a caractérisé rapidement son éloquence :

Quoique son style et sa diction sentent Fenflure de son temps et la dureté africaine, il a pourtant beaucoup de force et d'éloquence. On voit partout une grande àme, une âme éloquente qui exprime ses sentiments d'une manière noble et touchante. On trouve, il est vrai, dans son style des ornements affectés et trop de fleurs semées; mais dans les endroits où il s'anime fortement, il laisse là tous les jeux d'esprit ; il prend un tour véhément et sublime.

Arnobe. — Arnobe {Amobius), de Sicca, en Numidie, était né, comme saint Cyprien, dans la religion païenne. Il se convertit à la foi nouvelle dont il devint l'apologiste. Sa vie est peu connue; on sait seulement qu'il enseigna la rhétorique et fut le maître de Lactance. Son ouvrage, intitulé : Sept livres contre les Gentils [LÀbri septem adversus génies), est moins une défense du christianisme qu'un traité contre les païens. L'auteur y fait l'histoire de toutes les divinités allégoriques ou populaires du polythéisnae romain. Ce qui donne du prix h son livre, c'est que les sources où il puise seraient presque complètement ignorées sans . lui. Son style est savant, mais laborieux, déclamatoire, plein de néologismes.

Lactance. — On a vanté, au contraire, la pureté

du style d'un autre apologiste, que saint Jérôme appelle le Cicéron chrétien. Lactanee (Luçius Cœlius Lactantius Firmianus), né vers le milieu du m® siècle^ fut d'abord païen et professeur. Dioclétien lui donna, vers 290, une chaire d'éloquence à Nicomédie. Vers 300, il se convertit au christianisme, et Constantin le chargea, vers 318, de Téducation de son fils Crispus.

Les ouvrages de Lactanee, surtout ses Institutions divines (Divinarum institutionum libri VII), témoignent d'une connaissance approfondie des meilleurs écrivains classiques; ils prouvent aussi la largeur et la tolérance de son e«prit. Les trois premiers livres des Institutions chrétiennes contiennent la réfutation du paganisme; les trois suivants exposent le dogme, la morale et le culte des chrétiens ; le septième traite de l'état de l'homme après cette vie. La partie apologétique de ce traité est regardée comme très supérieure à la partie dogmatique.

Parmi les autres écrits qui nous sont parvenus, les plus remarquables sont le traité de VCEwore de Dieu [de Opificio Dei), où il démontre la Providence par l'étude du corps et de l'âme de l'homme, et le livre sur les Morts des persécuteurs.

Malgré quelques locutions barbares, Lactanee est bien supérieur aux écrivains de son temps pour la pureté, l'élégance et l'harmonie.

Nous arrivons maintenant à l'époque des Pères dogmatiques. La religion chrétienne est fondée et victorieuse, elle n'a plus à se défendre contre l'erreur ou la calomnie; c'est le dogme qu'établissent sur des bases solides les chefs éloquents de l'Église. Les Pères dogmatiques de l'Église latine sont nombreux. Nous citerons les plus remarquables.

Saint Hilaire. — Saint Hilaire, né èi Poitiers, au commencement du iv® siècle, d'une famille noble mais

païenne, s'appliqua d'abord à Tétude des sciences profanes, puis il embrassa le christianisme avec ardeur. Ses hautes vertus le firent nommer, vers 350, évéque de sa ville natale. Il se voua dès lors à la défense de la foi attaquée par les Ariens. Il fut TAthanase de l'Église d'Occident, comme lui, plein d'une fougue et d'une impétuosité qui le faisaient appeler par saint Jérôme « le Rhône de l'éloquence latine ». Comme saint Athanase il subit l'exil; comme lui, il revint en triomphateur dans sa ville épiscopale. On lui a reproché d'avoir manqué de mesure dans ses rapports avec le pouvoir politique, et d'avoir lancé contre l'empereur Constance des invectives d'une violence extrême. 11 y avait du moins quelque courage à combattre ainsi un maître qui avait touto puissance pour se venger et pour punir. Saint Hilaire a lutté aussi avec ardeur contre l'archevêque arien de Milan, Auxence, qui fut remplacé par saint Ambroise. Nous ne citerons pas ses nombreux ouvrages. Son traité sur la Tnnité a. fixé la foi catholique sur ce mystère.

Saint Ambroise. — Une des plus grandes figures du IV® siècle est celle de saint Ambroise [Ambrosius)^ né vers 340 dans le palais de son père, préfet du prétoire des Gaules, mort en 398. Après une brillante éducation, il fut consul et gouverneur de la Ligurie. Milan, capitale de cette province, était divisée entre la foi de Nicée et Farianisme. A la mort de l'archevêque Auxence, les deux partis se disputèrent violemment l'élection. Ambroise, renommé par son esprit de justice et par sa douceur, cherchait à les calmer. Tout à èoup un enfant s'écria: Ambroise évêque! On regarda cette exclamation comme la voix de Dieu; tous le nommèrent et, malgré sa longue résistance, Ambroise, qui n'était encore que catéchumène, fut forcé d'accepter.

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Dès lors commence pour lui une vie remplie par les travaux et les devoirs de Tépiscopat. Il lutta contre les ariens et les fit condamner au concile d'Aquilée, malgré la faveur de la cour pour cette secte. Après le massacre de Thessalonique, seul il osa protester contre cette cruelle vengeance ; il écrivit à Théodose une lettre pleine de modération et de force et lui interdit l'entrée de l'église de Milan. Cet acte d'un évêque arrêtant sur le seuil du temple un tout-puissant empereur est une des belles et sublimes scènes de rÉglise primitive.

Parmi les ouvrages de saint Ambroise, un des plus remarquables est sa lettre à l'empereur Valentinien contre Symmaque, qui demandait le rétablissement de l'autel de la Victoire. Il faut citer aussi ses Typait es sur les Devoirs des prêtres, sur* les Vierges, sur les Veuves ^ ses Commentaires sur les Écritures, son Hexaméron ou traité sur la création, un recueil de lettres. Saint Ambroise n'échappe pas à la recherche et au faux goût de son temps; mais la vivacité, la fermeté, la tendresse de son âme passent dans ses écrits, et lui donnent un charme qui séduisait déjà ses auditeurs. M. Villemain, après Fénelon, a donné une appréciation délicate du talent de saint Ambroise.

Bien que ses écrits n'aient été presque tous que des actes mêmes de sa vie, inspirés par les devoirs de son ministère et par les événement publics, bien qu'il n'ait pas la science et Tart des Pères de l'Église grecque, ses contemporains, sa renommée d'éloquence ne fut pas moindre, ni son autorité sur les âmes. Son talent était agrandi par sa vertu, et nous entendons saint Augustin témoigner du charme et de la douceur de sa parole, qui nous semblerait aujourd'hui souvent subtile et déclamatoire. Dans la réalité, il n'est pas un éloquent lettré comme saint Jérôme; il n'est pas un philosophe, un métaphysicien rehgieux comme saint Augustin. Sa puissance de

parole est différente, sa grâce est autre; elle tient au mouvement d'une âme vive et tendre, que Ton sent unie à une fermeté de raison politique et sénatoriale. Chez lui, la sensibilité vraie prédomine sur tous les défauts que cependant elle ne prévient pas, et répand l'intérêt et le pathétique où vous seriez tenté de voir le faux goût K

Saint Jérôme. — La figure de saint Jérôme fait Contraste avec celle de saint Ambroise. ISé vers 331 en Dalmatie, d'une famille riche et chrétienne, mort en 420, saint Jérôme {Hieronymus) étudia à Rome à l'âge de dix-huit ans. Sa nature fougueuse et ardente le lit tomber dans quelques désordres qu'il a expiés plus tard par les rigueurs de la vie monastique. Il Qt de longs voyages en Gaule, en Bretagne, en ïhrace, en Asie, et se fixa dans le désert de Chalcis près d'Antioche, où il passa quatre années consacrées à la prière et à l'étude. Chassé de sa retraite par les schism a tiques qu'il avait combattus, il voyagea encore, fit un séjour à Constantinople où il trouva les conseils et Tamitié de saint Grégoire de Nazianze. Il assista en 382 au concile convoqué par le pape Damase, près duquel il remplit des fonctions analogues à celles de secrétaire {Référendaire aux lettres latines), c'est-à-dire chargé de correspondre avec tous les évêques de la catholicité. Après la mort de Damase (385), il retourna en Orient, et, âgé seulement de trente-six ans, il se retira à Bethléem, vivant dans une pauvre cellule, travaillant de ses mains pour gagner le pain et les légumes dont se composait sa nourriture. Une correspondance avec les plus illustres personnages, des écrits polémiques contre diverses hérésies, des travaux d'érudition, remplissaient, avec le jardinage, les instants qu'il ne

J. Éloquence chrétienne au IV^ siècle,

donnait pas à la prière. Il vécut ainsi jusqu'à soixantequatorze ans.

Les passions du monde qui avaient troublé Fâme de saint Jérôme, l'agitation des voyages et des luttes neligieuses, les austérités du désert, toutes ces causes exaltèrent son imagination puissante, et donnèrent à son style une éloquence frappante et originale. C'est Ite caractère de sa version des Ecritures, appelée la Vulgate, adoptée par le concile de Trente comme seule canonique. Toute la fougue de saint Jérôme se montre dans ses écrits polémiques contre Jovinien, Pelage, Vigilance, etc. Ses Lettres, qui s'adressent souvent à de nobles dames romaines, Paula, Fabiola, Eustochie, etc., sont très intéressantes et peignent la société du temps avec une âpreté qui rappelle quelquefois Juvénal. Peu d'écrivains possèdent au même degré le don de saisir et de dominer le^ esprits. Nous devons citer parmi ses ouvrages historiques la traduction de la Chronique cfFusèbe, très utile pour la chronologie, bien qu'on puisse y suspecter des erreurs.

Saint Augustin. — Le plus beau génie du iv* siècle, lè plus grard des Pères de l'Eglise latine est saint Augustin {Aurelius Augustinus), Il naquit à Tagaste, près d'Hippone, en 354 et mourut en 430. Son père, Patrice, était païen; sa mère, Monique, mise depuis au rang des saintes, était chrétienne et s'efforça de communiquer à son fils sa tendre piété. Mais Augustin, entraîné par l'ardeur de ses passions et la fougue de son âge, tomba d'abord dans les plus grands désordres. Après neuf années d'erreurs, chargé de professer à Milan l'éloquence qu'il avait déjà enseignée à Tagaste et à Carthage, il connut dans cette ville Tévêque Ambroise, dont les prédications l'arrachèrent à l'abîme de misères où il était plongé et à l'hérésie des Manichéens. Le récit de cette conversion et des

circonstances qui la décidèrent, est un des plus beaux morceaux des Confessions de saint Augustin *. Agé alors de trente-deux ans, il se fît baptiser et retourna en Afrique auprès de sa mère.

Peu de temps après, malgré sa résistance, il fut ordonné prêtre par Valère, évêque d'Hippone, et chargé de la prédication, où son émouvante éloquence opéra des prodiges. En 395, il fut associé à Valère, puis il lui succéda, et jusqu'à sa mort il resta occupé de compositions théologiques, de prédications, de correspondances avec les empereurs, avec les papes, avec les évêques de tout le monde catholique, dominant et éclairant par son génie l'Église tout entière. Il mourut à l'âge de soixante-dix-sept ans, pendant ie siège d'Hippone par les Vandales.

Saint Augustin est un de ces rares génies qui ont tout embrassé, métaphysique, morale, littérature, art, histoire, antiquités, et partout il porte cette pénétration et cette vigueur qui s'allient chez lui à tant d'imagination et de verve passionnée. Personne n'a mieux analysé les facultés de l'esprit humain, mieux approfondi les affections de l'âme. Ses défauts sont ceux de sa nation et de son siècle, l'affectation, la subtilité, la barbarie; placé dans une autre civilisation, il eût été sans égal.

Ses nombreux ouvrages sont l'histoire de sa vie. Les Confessions^ ce livre si dramatique et si touchant, retracent ses erreurs et sa conversion. Ses traités sur la Grâce et sur le Libre Arbitre nous montrent ses combats contre les Donatistes et les Pélagiens. Ses Ser* mons et ses Lettres le peignent lui et son temps. La Cité de Dieu, chef-d'œuvre d'érudition et de génie, la plus noble peinture peut-être de la religion chrétienne, renferme presque toute sa doctrine. Peu d'ou-

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