‹ Histoire de la litterature romaineChapitre 12 sur 36 · MERCI" HE · texte numérisé non relu

MERCI" HE

Tu ne cesseras pas de faire le bel esprit? Que cherches-tu auprès de cette demeure ?

sosie.

Qu'y cherches-tu toi-même ?

MERCURE

Le roi Créon met ici toutes les nuits une sentinelle.

SOSIE

Grand merci d'avoir protégé notre logis en notre absence ! Mais tu peux t'en aller à présent; dis-lui que les gens de la maison sont de retour.

MERCURE

Je ne sais à quel titre tu peux en être ; mais si lu ne t'éloignes au plus vite, notre ami, tu ne seras pas reçu en ami de la maison.

SOSJE.

Mais je demeure ici, te dis-je, et je suis serviteur des maîtres de ce logis.

MERCURE

Prends garde, tu vas être battu; dépêche-toi de partir.

SOSIE

Comment! tu voudrais, quand j'arrive, m'inlerdire l'entrée de chez nous?

MERCURE

C'est ici ta demeure ?

SOSIE

Je te dis que oui.

MERCURE

Qui donc est ton maître?

SOSIE

Amphitryon, maintenant général des Thébains, époux d'Àlcmène.

MERCURE

Dis-moi quel est ton nom?

SOSIE

A Thèbes, on m'appelle Sosie, fils de Dave.

EXTRAITS DE PLAUTE. 75

0 comble de l'effronterie ! tu te repentiras de venir avec un tissu de fourberies et de mensonges.

SOSIE

Point du tout, je viens avec un tissu de laine et non de mensonges.

MERCURE

C'est toi qui mens, car tu viens avec tes pieds et non avec un tissu de laine.

SOSIE

Oui-dà.

MERCURE

Oui-dà, tu mérites d'être rossé.'pour tes impostures.

SOSIE

Oui-dà, je m'en passerai.

MERCURE

Oui-dà, tu le seras malgré toi. Tiens, voilà qui est fait; on ne te demande pas ton avis. (// le bat.)

SOSIE

Grâce ! par humanité !

MERCCRE.

Oses-tu dire encore que tu es Sosie, quand c'est moi qui le suis ?

SOSIE

Je suis perdu !

Tu n'y es pas encore : ce sera bien autre chose. A qui appartiens-tu maintenant?

SOSIE

A toi, puisque ton poing t'a mis en possession de ma personne. 0 Thébains ! citoyens 1 à l'aide !

MERCURE

Tu cries, bourreau I parle : pourquoi viens- lu?

SOSJE.

Pour exercer ton humeur battante.

MERCURE

A qui appartiens-tu?

SOSIE

A Amphitryon, te dis-je, moi, Sosie.

MERCURE

Je t'assommerai pour mentir ainsi. C'est moi qui suis Sosie. Ce n'est pas toi.

sosie, à part.

Plût aux dieux que tu le fusses au lieu de moi, comme je t'étrillerais I

Tu murmures.

SOSIE

Je me tais.

MERCURE

Qui est ton maître ?

SOSIE.'

Qui tu voudras.

MERCURE

Et ton nom ?

SOSIE

Aucun, que celui qu'il te plaira que je porte.

MERCURE

Tu me disais que tu étais Sosie à Amphitryon.

SOSIE

Je me suis trompé ; c'est associé à Amphitryon que je voulais dire.

MERCURE

Je le savais bien que nous n'avions pas d'autre esclave Sosie que moi. Tu as perdu l'esprit.

sosie, à part.

Que n'en as-tu fait autant de tes poings !

MERCURE

C'est moi qui suis ce Sosie que tout à l'heure tu prétendais être.

SOSIE

Je t'en supplie, permets-moi de te parler en paix, et sans que les poings soient de la partie.

MERCURE

Eh bien ! faisons trôve pour un moment, et parle.

SOSIE

Je ne parlerai pas que la paix ne soit conclue ; tu es trop fort quand on en vient aux coups.

EXTRAITS DE PLAUTE

MERCURE

Dis tout ce que tu voudras, je ne te ferai pas de mal.

SOSIE

Tu me le promets?

MERCURE

Oui.

SOSIE

Et si tu me trompes?

Qu'alors retombe sur Sosie la colère de Mercure.

SOSIE

Écoute donc. A présent je peux parler librement sans rien déguiser. Je suis Sosie, esclave d'Amphitryon.

MERCURE

Encore !

SOSIE

J'ai fait la paix, j'ai fait un traité. Je dis la vérité.

MERCURE

Mille soufflets !

SOSIE

Ce que tu voudras, comme tu voudras, tu es le plus fort. Mais tu auras beau faire; par Hercule! je ne me renierai pas.

MERCURE

Par la mort, tu ne m'empêcheras pas aujourd'hui d'être Sosie.

SOSIE

Et toi, par Pollux, tu ne m'empêcheras pas d'être moi, et d'appartenir à mon maître. Il n'y a pas ici d'autre esclave nommé Sosie que moi, qui ai suivi Amphitryon à l'armée.

MERCURE

Il est fou.

SOSIE

Tu me gratifies de ton propre mal. Quoi, diantre ! est-ce que je ne suis pas Sosie, l'esclave d'Amphitryon? notre vaisseau ne m'a-t-il pas conduit ici cette nuit, du port Persique? mon maître ne m'a-t-il pas envoyé ici? n'est-ce pas moi qui suis devant notre maison ? n'ai-je pas une lanterne à la main? ne parlé-je pas? ne suis-je pas éveillé? ne m'a-t-il pas tout à l'heure meurtri de coups ? Vraiment oui, ma pauvre mâchoire ne s'en ressent que trop. C'est trop tarder, entrons chez nous.

MERCURE

Chez vous?

SOSIE

Oui, sans doute.

MERCURE

Non, tu n'as dit que des mensonges. C'est moi qui suis Sosie, esclave d'Amphitryon. Notre vaisseau est parti cette nuit du port Persique, et nous avons pris la ville où régna Ptérélas, et nous avons défait les légions des Téléboens, et mon maître a tué de sa propre main Ptérélas dans le combat.

SOSIE

Je m'en crois à peine, quand je l'entends parler de la sorte. C'est qu'il dit tout, de point en point, exactement. Mais voyons. Sur le butin enlevé aux Téléboens, qu a-t-on donné à Amphitryon ?

MERCURE

La coupe d'or qui servait au roi Ptérélas dans ses repas.

SOSIE

C'est cela. Et où est-elle à présent?

Dans un coffret scellé du cachet d'Amphitryon.

SOSIE

Et quel signe porte le cachet?

MERCURE

Un soleil levant sur un quadrige. Pourquoi toutes ces questions insidieuses, bourreau?

sosie, à part.

Voilà des preuves convaincantes. Je n'ai plus qu'à trouver un autre nom. D'où a-t il vu tout cela? Mais je vais bien l'attraper. Ce que j'ai fait tout seul, sans témoin dans notre tente, c'est ce qu'il ne pourra pas me dire. (Haut.) Si tu es Sosie, pendant le fort de la bataille que faisais-tu dans la tente? Je m'avoue vaincu si tu le dis.

MERCURE

Il y avait un tonneau de vin; je remplis de ce vin un grand flacon.

SOSIE

i/y voilà!

EXTRAITS DE PLAUTE

Et tel qu'il était sorti du sein maternel, je l'avalai tout pur.

SOSIE

C'est merveille, s'il n'était caché dans le flacon. Le fait est vrai. J'ai bu un grand flacon de vin pur.

MERCURE

Eh bien! t'ai-je convaincu que tu n'es pas Sosie?

SOSIE

Tu prétends que je ne le suis pas?

MERCURE

Oui, certes, puisque c'est moi qui le suis.

SOSIE

J'atteste Jupiter que je n'en impose pas.

MERCURE

Et moi j'atteste Mercure que Jupiter ne te croit pas. Il s'en rapportera plus, j'en suis sûr, à ma simple parole qu'à tous tes serments.

SOSIE

Qui suis-je donc, au moins, si je ne suis pas Sosie? je te le demande.

MERCURE

Quand je ne voudrai plus être Sosie, alors tu pourras l'être. Mais à présent que je le suis, je t'assommerai si tu ne t'en vas, mortel sans nom.

SOSIE

Par Polluxt plus je l'examine, et plus je reconnais ma figure. Voilà bien ma ressemblance, comme je me suis vu souvent dans un miroir. Il a le môme chapeau, le même habit. 11 me ressemble comme moi-môme. Le pied, la jambe, la taille, les cheveux les yeux, la bouche, les joues, le menton, le cou ; tout enfin. Vraiment, s'il a le dos labouré de cicatrices, il n'y a pas de ressemblance plus ressemblante. Cependant, quand j'y pense, je suis toujours ce que j'étais. Certes, je connais mon maître, je connais notre maison, j'ai l'usage de ma raison et de mes sens. Ne nous arrêtons pas à ce qu'il peut dire, frappons.

MERCURE

Où vas-tu?

SOSIE

A la maison.

MERCURE

Quand tu monterais sur le char de Jupiter, pour t'enfuir au plus tôt, tu aurais peine encore à éviter l'orage qui te menace.

SOSIE

Ne m'est-il pas permis de rapporter à ma maîtresse ce que mon maître m'a chargé de lui dire ?

A ta maîtresse, oui, tant que tu voudras ; mais pour la nôtre, ici, je ne souffrirai pas que tu lui parles. Si tu m'irrites, tu n'emporteras d'ici que les débris de tes reins.

SOSIE

J'aime mieux me retirer. 0 dieux immortels, secourez-moi ! que suis-je devenu? où m'a-t-on changé? comment ai-je perdu ma figure? est-ce que je me serais laissé là-bas par mégarde? car il possède mon image, celle qui fut mienne jusqu'aujourd'hui. Vraiment on me fait de mon vivant un honneur qu'on ne me rendra pas après ma mort. Allons retrouver au port Amphitryon ; je lui raconterai tout ce qui s'est passé, si toutefois il ne me méconnaît pas aussi. 0 Jupiter! fais-moi ce bonheur, et puissé-je aujourd'hui, devenu chauve par l'office du rasoir, me coiffer du chapeau d'affranchi (t) !

(Plaute, Amphitryon, acte I, scène i.)

L'Avare au marché.

EUCLIOff.

J'ai voulu faire un effort et me régaler pour la noce de ma fille. Je vais au marché, je demande : Combien le poisson ? trop cher. L'agneau? trop cher. Le bœuf? trop cher. Veau, marée, charcuterie, tout est hors de prix. Impossible d'en approcher, d'autant plus que je n'avais pas d'argent. La colère me

(I) Rapprocher cette scène de la scèno semblable de Y Amphitryon de Molière.

EXTRAITS DE PLAUTE

prend et je m'en vais, n'ayant pas le moyen d'acheter. Ils ont été ainsi bien attrapés, tous ces coquins-là. Et puis, dans le chemin, j'ai fait réflexion : quand on est prodigue les jours de fôte, on manque du nécessaire les autres jours; voilà ce que c'est que de ne pas épargner. C'est ainsi que la prudence a parlé à mon esprit et à mon estomac ; j'ai fait entendre raison à la sensualité, et nous ferons la noce le plus économiquement possible. J'ai acheté ce peu d'encens et ces couronnes de fleurs ; nous les offrirons au dieu Lare, dans notre foyer, pour qu'il rende le mariage fortuné. Mais que vois-je? ma porte est ouverte! Quel vacarme dans la maison ! Malheureux! est-ce qu'on me vole?

congmon (de l'intérieur de la maison).

Va demander tout de suite, chez le voisin, une plus grande marmite. Celle-là est trop petite pour ce que je veux faire.

EUCLION.

Hélas 1 on m'assasine. On me ravit mon or, on cherche la marmite; je suis mort, si je ne cours en toute hâte. Apollon, je t'en conjure, viens à mon secours. Perce de tes traits ces voleurs de trésors : tu m'as déjà défendu en semblable péril. Mais je tarde trop, courons avant qu'on m'ait égorgé. (Plaute, la Marmite, acte II, scène m.)

Désespoir de Tavare à qui on a volé son trésor.

ECCLION.

Je suis mort ! je suis égorgé ! je suis assassiné ! Où courir, où ne pas courir? Arrêtez! arrêtez! Qui ? lequel? je ne sais; je ne vois plus, je marche dans les ténèbres. Où vais-je? où suis-je? Qui suis-je ? Je ne sais ; je n'ai plus ma tête. Ah I je vous prie, je vous conjure, secourez-moi. Montrez-moi celui qui me l'a

ravie Vous autres, cachés dans vos robes blanchies, et assis

comme des honnêtes gens Parle, toi, je veux t'en croire;

ta figure annonce un homme de bien... Qu'est-ce? pourquoi riez-vous? On vous connaît tous. Certainement il y a ici plus

d'un voleur... Eh bien! dis, aucun d'eux ne l'a prise? Tu

me donnes le coup de la mort. Dis-moi donc, qui est-ce qui l'a? Tu l'ignores l Ah 1 malheureux, malheureux! C'est fait de moi ; plus de ressource, je suis dépouillé de tout ! Jour déplorable, jour funeste, qui m'apporte la misère et la faim ! Il n'y a pas de mortel sur la terre qui ait éprouvé un pareil désastre. Et qu'ai-je affaire de la vie, à présent que j'ai perdu un si beau trésor, que je gardais avec tant de soin ? Pour lui je me dérobais le nécessaire, je me refusais toute satisfaction, tout plaisir. Et il fait la joie d'un autre qui me ruine et qui me tue ! Non, je n'y survivrai pas. (Plaute, la Marmite, acte IV, scène îx.)

Dévouement de l'esclave Tyndare qui s'est fait passer pour son maître Philocrate et lui a fait rendre la liberté.

HÉGION, TYNDARE, ARISTOPHONTE.

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