LE CINQUIÈME ET LE SIXIÈME SIÈCLE
Livius Andronicus. — Nœvius. — Eonius. §1.
C'est vers la fin du quatrième siècle que commence l'histoire authentique de Rome ; c'est aussi vers cette époque que Rome entre en communication avec la Grèce par les villes de la Campanie, de l'Italie méridionale, de la Sicile, et que des modifications importantes s'introduisent dans la constitution, les lois, les mœurs, les usages. Quel intérêt n'aurait pas l'élude détaillée des transformations graduelles opérées au sein de ce peuple qui doit soumettre tous les autres peuples !
M. Mommsen a réuni presque tous les éléments de ce travail qui, s'il était exécuté à part, jetterait la plus vive lumière sur l'histoire littéraire : je ne puis ici qu'en signaler l'importance.
Les premiers écrivains dont les noms et quelques fragments nous soient parvenus appartiennent aux premières années du sixième siècle ; et, autant que nous en pouvons juger, la plus grande partie de leurs œuvres consiste dans une imitation plus ou moins libre des modèles grecs. Ainsi ce n'est qu'après cent cinquante ans environ de rapports avec le monde hellénique, que la lit-
LIVIUS ÀNDRONICUS. — NjEVIUS. — ENNIUS. 33
térature proprement dite apparaît. Ce fut à vrai dire la
dernière chose que les Romains eurent l'idée d'emprunter à la Grèce : pourquoi ? C'était de toutes la plus superflue. Aussi ne conquit-elle droit de cité à Rome, que le jour où tout ce qui constitue le luxe eut aussi pénétré dans la cité. Il ne faut pas se figurer les vieux Romains du cinquième siècle comme systématiquement hostiles aux importations étrangères; loin de là, ils étaient tout prêts à adopter ce qui leur semblait bon et utile; mais les arts proprement dits ne leur semblaient ni l'un ni l'autre. Le Sénat avait recours aux divinités de la Grèce ; il envoyait, consulter l'Apollon de Delphes (360), il faisait élever un temple à l'Esculape d'Épidaure (463), des statues à Pythagore et à Alcibiade, singulier rapprochement (41 1) ; il comptait même dans son sein des membres qui parlaient grec, témoin les députés envoyés à Tareute, et d'autres qui se paraient de surnoms grecs, Philippos^ Philon, Sophos; on installait à Rome un calendrier molaire apporté de Calane (491); enfin la civilisation hellénique pénétrait jour par jour la société romaine, mais il fallut une communication incessante de cent cinquante années avant qu'une œuvre littéraire en sortît.
Un personnage d'une puissante originalité représente assez bien le moment indécis où le vieil esprit romain commence à sortir du cercle étroit où il enfermait sa vigoureuse activité, c'est le censeur Appuis Claudius Caecus. Ce défenseur violent et obstiné des privilèges de sa caste est en môme temps le promoteur d'innovations fort remarquables, un homme de progrès, comme on dirait de nos jours. Politique et financier, il songe à l'extension de la cité et de la fortune publique ; jurisconsulte éminent, il est aussi célébré comme le premier ora-
leur de son siècle. On lisait et on admirait encore an temps île Cicéron la harangue qu'il prononça dans le Sénat à
l'occasion de la paix demandée par Pyrrhus vainqueur. Ennius en a reproduit quelques traits ; on peut en voir un résumé énergique dans P\uidLrque(Vie de Pyrrhus y ch. xix). Appius s'occupa môme de grammaire : c'est à lui qu'on attribue le changement de Ys en dans les mois Furius, Valerius, etc. 11 paraît même qu'il traduisit dans son rude langage latin les sentences morales de Pythagore. Voilà dans quelles limites un Romain de ce temps songeait à cultiver son esprit. Le droit national, l'éloquence, un peu de grammaire et de morale. Ajoulonsy certaines connaissances pratiques en agriculture : tel est le point où l'on jugeait qu'il était bon de se tenir. Poésie, philosophie, musique, arts plastiques, c'est cent ans plus tard seulement que ces superfluités furent introduites à Rome, non sans soulever d'énergiques protestations.
Au commencement du sixième siècle, l'extension de la puissance romaine et de la population de la ville, qui nécessite la création d'un préleur pour les étrangers, le grand mouvement d'expansion qui suit la fin de la seconde guerre punique, impriment un élan remarquable à la civilisation. La langue grecque est connue et parlée à Rome ; elle était indispensable au commerçant qui trafiquait avec la Sicile, à l'homme d'État qui rencontrait des Grecs partout. De nombreux esclaves originaires de la Grèce et de l'Italie du sud, introduisent la connaissance de leur langue nationale dans les classes inférieures de la société. Les comédies de Piaule sont pleines de