‹ Histoire de la litterature romaineChapitre 7 sur 36 · LIVIUS ANDRONICUS · texte numérisé non relu

LIVIUS ANDRONICUS

Le premier introducteur de la littérature grecque fut LiviusAndroniais, Grec de Tarente, amené à Home après la prise de cette ville en 482, par Livius Salinator, qui l'affranchit et lui donna son nom. Il était de son métier acteur et copiste. 11 se fit maître d'école, d'abord des enfants de son patron, puis de ceux de ses amis. Il enseignait ensemble le latin et le grec, mettant aux mains de ses élèves le texte de V Odyssée et la traduction latine qu'il en avait faite. Il semble avoir joui d'une certaine considération si Ton en juge par l'honneur qu'il eut de composer, sur les ordres du Sénat, le chœur chanté par vingt-sept jeunes filles pour obtenir des dieux l'éloignement d'Asdrubal. Ce fut lui qui fit connaître aux Romains

la tragédie grecque. La première pièce traduite du grec fut représentée en 514, à la fin de la première guerre punique. Que pouvait être pour des Romains de ce temps une œuvre d'une civilisation si raffinée, écrite dans le rude idiome national ?

Ce fut cependant ce pastiche informe qui donna le ton à toute la littérature de cette époque. De rares essais de tragédie nationale furent tentés, et il ne semble pas qu'ils aient eu du succès, puisque de bonne heure cette voie fut abandonnée. Il faut bien se souvenir, en effet, que la poésie était, et fut encore pendant longtemps, considérée comme une vaine et puérile occupation, et surtout que les Romains ne pouvaient s'imaginer qu'elle dût ou pût toucher sans profanation à des sujets nationaux ; que ceux-ci d'ailleurs n'admettaient pas les ornements et les fictions; et enfin, que sur ce sol ingrat du Latium, la légende n'avait jamais pu prendre racine. Livius Andronicus donna donc le signal de la littérature d'imitation qui, du moins en ce qui concerne la poésie, était à vrai dire la seule possible. Bien que nous ne puissions en juger par nous-mêmes, il est certain que cette lutte avec l'idiome grec aux rhylhmes si variés, dans l'épopée homérique, dans la tragédie euripidéenne, fut favorable à la langue latine. L'hexamètre commença à poindre ; l'ïambe et le trochée, qui se trouvaient déjà dans le vieux Saturnin, se débrouillèrent et s'isolèrent davantage : une certaine souplesse fut acquise, qui devait se développer de plus en plus (1).

(1) Voici d'après Otto Ribbeck (Fragmenta Latinorum tragicorum) les titres des pièces de L. Andronicus : Achilles, jEgysthus, Ajax, Andromcda, Danae, Eguus Trojunus, Hermiona, Tereut.

LIVIUS ÀNDRONICUS. — N^VIUS. — ENNIUS. 30

§IV

NJEVÏUS.

Cicéron compare les poèmes de Livius Àndronicus à ces statues de Dédale, immobiles, roides, les bras collés au corps ; mais il admire fort Naevius : « Sa guerre punique, dit-il, nous cbarme encore comme une statue de Myron ; il a écrit avec grâce (luculente) et Ennius l'a pillé plus d'une fois sans en rien dire. » Naevius est le favori de Niebuhr : il salue en lui le poète national, courageux, indépendant, qui se détourne avec mépris des modèles de la Grèce pour se plonger aux sources vives de l'inspiration patriotique, bien différent en cela de ce demi-Grec Ennius, imitateur de l'étranger et flatteur de l'aristocratie. Celte op'xmon, qui sourit à l'imagination, est celle de presque tous les critiques allemands modernes, et particulièrement de Klusmann (1), le dernier éditeur des fragments du vieux poète. Il faut avouer qu'elle est assez vraisemblable. Mais évitons de bâtir sur des hypothèses, si ingénieuses qu'elles soient, tout un système de poésie nationale romaine. Naevius était campanien: c'est Aulu-Gelle qui nous l'apprend. Klusmann en veut faire un Romain, afin de mieux l'opposer au Calabrais Ennius. Il était citoyen romain, cela est incontestable. De plus, il était l'ennemi acharné et mordant du parti des nobles ; les Métellus et les Scipions tenaient déjà alors dans la république une place considérable : honneurs, dignités de toute nature semblaient leur être réservés par droit de naissance. Le courageux Naevius ne craignit

(1) Nœvii vita et reliquiœ. Descripsit et edidit Kl us ma m. Ten»,

pas d'attaquer en face les puissantes familles, a A Rome les Métellus naissent consuls, » disait-il :

Fato Metelli Rom» flunt consules.

A quoi les Métellus répondirent par cette menace qui ne fut pas vaine. Les Métellus sauront bien punir le poète Noevius :

Malum dabunt Metelli Naevio poetœ.

Il osa même, dans une allusion transparente, rappeler un scandale de la vie privée de Scipion l'Africain. « Cet homme, qui a accompli glorieusement de sa propre main tant de grandes choses, cet homme dont les exploits sont encore tout vivants, qui seul attire les regards dfts peuples étrangers, cet homme, son père Ta fait sortir de chez son amie, n'ayant pour tout vêtement qu'un manteau. » De là des haines violentes contre lui, et la persécution. Il est jeté en prison ; délivré par l'intercession des tribuns, il revient à la charge ; cette fois il est exilé, et va mourir à Utique en 550. Fut-il réellement maltraité dans sa prison? faut-il voir en lui ce poète barbare auquel Plaute fait allusion ? [Miles glorîosus, act. II, se. n, vers 56.) On ne sait. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait de lui-même une haute opinion, si l'on en juge par l'épitaphe qu'il se composa :

S'il était permis aux immortels de pleurer les mortels, Les divines Camènes pleureraient Naevius le poète. Depuis qu'il est devenu la proie de l'Orcus, On a oublié à Rome de parler la langue latine.

Prétendait-il opposer son œuvre toute nationale, toute romaine, aux imitations grecques qui allaient prévaloir? Niebuhr et d'autres l'ont prétendu. Je ne vois dans ces

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