ÉCRIVAINS DU DEUXIÈME SIÈCLE
l'histoire. Quant à l'espèce de talent dont les Florides révèlent les symptômes, il consiste surtout à trouver le moyen d'exprimer les* idées les plus simples sous les formes les plus compliquées, les plus contournées et les moins naturelles, quelquefois aussi les plus ampoulées , et toujours en latin d'Afrique, ou plutôt en latin cosmopolite.
Les ouvrages philosophiques d'Apulée sont d'une nullité encore plus profonde que les débris de ses monuments oratoires. Le seul qui ait quelque originalité, et quelle originalité ! est le livre intitulé du Dieu de Socrate, Apulée croit que Socrate avait réellement un génie; et ce qu'il cherche, dans son livre, c'est 'à déterminer à quelle classe de démons ce génie appartient. Les trois livres intitulés de la Doctrine de Platon ne sont que des extraits de la République et des Lois, complétés et commentés par d'autres extraits qu'ont fournis Aristote et les stoïciens. Le petit livre intitulé du Monde est une simple paraphrase du traité d'Aristote qui porte le même litre.
L'ouvrage qui fera vivre le nom d'Apulée, c'est le roman en onze livres où il a développé le sujet si vivement esquissé par Lucien, les tribulations d'un âne qui avait été un homme, et qui finit par reprendre sa dignité de bipède. Les Metamorphoses, autrement dit Y Ane d*or^ sont un tableau complet de la vie et de la société au ii* siècle ; non pas, certes un tableau fait de main de maître, mais peint pourtant avec une certaine fougue méridionale, et je ne sais quelle agréable et spirituelle jovialité. Il y a de très-plaisantes figures parmi celles qu'Apulée fait passer sous nos yeux. Il y a de très-bons contes parmi ceux qu'il déduit, nonobstant l'exécrable procédé de style qui lui sert à gâter sans cesse les meilleures idées et les meilleurs mots. Je ne parle pas des contes où l'esprit est mêlé d'ordures, mais de cçux que tout le monde peut lire, et dont se sont souvenus Cervantes et d'autres modernes. Il y a, dans les Métamorphoses^ mieux encore que de bons contes : il y a ce mythe de Psyché, qui est une des plus belles merveilles de l'imagination antique. Je ne prétends pas qu'Apulée ait inventé ce mythe ; mars il l'a conté avec facilité et avec agrément, et même avec une
sorte de simplicité relative : les trois livres à travers lesquels il déroule les aventures de Tamante de Cupidon sont incontestablement les meilleurs de son ouvrage, et pour la matière, et pour le style même. La Fontaine n'a eu qu'à mettre un peu de sa poésie et de sa bonhomie naïve à la place de Fesprit d'Apulée, pour faire un chef-d'œuvre du récit de l'écrivain de Madaures. On a beau être Africain , quand on a eu des bonnes fortunes comme celle d'Apulée avec sa Psyché , on ne peut plus périr, car on laisse une œuvre et un nom.
Yeut-on savoir quelle sorte d'écrivains nous pourrions encore citer, si nous tenions à énumérer tous ceux qui , durant le ii* siècle, ont écrit en latin? Ce serait, par exemple, le jurisconsulte Gaïus : encore n'est-il pas bien sûr que Gaïus soit de ce siècle ; ce serait Frontin, le tacticien, l'auteur des iS/ra/a^^me5 ; ce serait Acron et Porphyrion, les commentateurs d'Horace ; que sais-je? quelques autres grammairiens, ou même quelques rhéteurs, mais parfaitement inconnus.