ECBIVALNS DU DEUXIÈME SIÈCLE. 6U
et spirituelle finesse. Mais quel style que le style d'Aulu- Gelle ! et surtout quelle langue! Nous gémissions tout à rheure sur ce qui manquait à Quintilien, aux Pline, à Tacite même, en comparaison de leurs immortels devanciers, les Cicéron , les*César, les Salluste, les Tite Live : or, nous voici à mille lieues, non pas seulement de V Orateur ou des Décades^ mais du Panégyrique de Trajan et de l'Institution oratoire ! Aulu-Gelle est maniéré , prétentieux et obscur ; il est plein, comme Fronton, et plus encore que Fronton, de locutions étranges, de tours forcés et vicieux; il a surtout la manie de Tarchaïsme , et il pratique cette rhétorique à i*envers dont j'ai parlé ailleurs, à propos des imitateurs du vieux Caton. Mais ces défauts, je le répète, n'empêchent pas que les Nuits attiques soient un livre des plus utiles et des plus intéressants.
On ignore la date de la naissance d'AuIu-Gelle, ainsi que la date de sa mort. Il était d'une famille riche et distinguée, et probablement de Rome même. Après avoir fait, à Rome, ses études de grammaire et de littérature, il alla se perfec^ tionner à Athènes. Il passa en Grèce de longues années, dans le commerce des savants et des gens de lettres, et particulièrement du fameux rhéteur Hérode Atticus. A son retour en Italie, il mit la main aux affaires. Il se donne , en certains passages de son livre , pour un magistrat fort occupé. Cependant il ne manquait pas d'un certain loisir, puisqu'il trouvait le temps de courir les bibliothèques et les musées ; de visiter les étalages des libraires , et de conver^ ser longuement , dans les lieux publics , avec les grammai* riens et les rhéteurs. Sa vie, de son propre aveu, fut avant tout une vie d'érudit et d'amateur ; et ce n'est pas à nous de lui en faire un crime, puisque c'est à sa passion pour les livres et les curiosités littéraires que nous sommes redeva^ blés des Nuits attiques,
Apalée.
La barbarie, que lious venons de voir poindre dans le style et dans la diction de Fronton et d'Aulu-Gelle, s'étale complaisamment chez Apulée , et prend , pour ainsi dire ,
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possession de la langue romaine. Il est vrai que Lucius Àpuiéius n'était pas un Romain de Rome , ni «même d'Italie : c'était un Africain. Il était né en Tan 114, à Madaures, pe* tite ville située entre la Numidie et la Gétulie. Il passa sa jeunesse à voyager pour s'instruire , et il Ht de longs séjours à Athènes et à Rome. A trente-quatre ans, il vint s'établir à Carthage , et il s'y fit bientôt , par ce qu'il nomme son éloquence, une prodigieuse réputation. On lui éleva des statues. Une riche veuve l'accepta pour époux. Le vulgaire, émerveillé de ses talents et de sa science, le prit pour un être d'une nature supérieure, ou tout au moins pour un magicien et un thaumaturge. Il eut beaucoup d'ennemis, mais il triompha de toutes les haines. Il prolongea sa vie jusqu'à un assez grand âge, déclamant, enseignant, écrivant, et entouré des admirations les plus passionnées. C'est en 184, à soixante et dix ans, qu'il mourut, sous le règne de Commode.
Quand Apulée eut épousé Pudentilla, Pontianus, fils de sa femme, le traduisit en justice, devant le pronconsul Claudius Maximus. Il l'accusait d'avoir employé la magie pour se faire aimer de la riche veuve. Apulée a écrit le discours qu'il avait prononcé en réponse aux attaques de Pontianus , et qui l'avait fait absoudre par le tribunal. Ce discours est intitulé Apologie. Apulée, racontant sa vie et ses aventures, est assez homme pour que nous l'écoutions avec plaisir, malgré sa vanité fabuleuse , malgré son style africain, malgré sa langue composée de toutes les langues, ou, si l'on veut, de tous les patois dont il s'était imprégné durant ses voyages. Il y a même çà et là de véritables traits d'éloquence. Il avait été inspiré, suivant l'expression d'un critique, par le sentiment du danger que couraient son honneur et sa vie.
Apulée orateur a cherché à se survivre, non pas seulement dans V Apologie^ mais dans un recueil où il a ramassé toutes les fleurs de ses autres discours, et que, pour cçtte raison, il a intitulé Florides. Ce sont vingt-quatre morceaux fort courts , sur des sujets divers, mais où il n'y a guère à glaner que quelques faits curieux pour l'archéologie ou