‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 6 sur 124 · PRÉFACE. Y · texte numérisé non relu

PRÉFACE. Y

Je n'avais aucune raison sérieuse de modifier mon ancien plan ; j'avais même une nouvelle raison de faire que ce livre fût en tout le pendant du premier. La vaste collection dont ils font partie aura un volume entier consacré à l'histoire de la littérature sacrée. Ceux qui ont regretté que je me fusse abstenu de parler des Pères de l'Église , auront donc de quoi se consoler. Un homme compétent, et très-compétent, leur contera un jour ces grands hommes, et leur analysera ces grandes œuvres.

Plusieurs se sont étonnés de ne pas trouver, dans mon premier livre, ces indications bibliographiques dont les manuels de littérature sont ordinairement si prodigues. J'ai cru qu'il était un peu plus utile de faire connaître les ou-^ vrages, que de donner le catalogue de leurs éditions. La seule mention des éditions principales grossirait déme*surément chacun de mes deux volumes. On me dit que j'aurais dû indiquer la meilleure édition de chaque écrivain. Mais quelle est l'édition la meilleure? J'avoue humblement que je n'en sais rien; et j'ai quelque soupçon que plus d'un, qui croit le savoir, ne le sait pas plus que moi. J'aurais pu, tout aussi bien qu'un autre, décider la question au hasard ; mais je n'ai jamais songé à me donner pour un bibliographe. J'ai passé plus de temps à lire des livres, qu'à conférer des textes et à peser des variantes. 11 y a des livres que je n'ai jamais lus ni vus que dans des éditions médiocres, ou même assez mauvaises. J'ai eu l'occasion et aussi le devoir d'en lire quelques-uns, non pas seulement dans une édition, mais dans toutes les éditions, du moins dans toutes celles qui sont estimées des bibliographes. C'est là que je me suis aperçu que la bibliographie n'était guère qu'une affaire do mode et de caprice. La différence d'une édition médiocre à une bonne édition ou à une édition réputée telle, n'est rien

VI PUÉFACE.

quelquefois, ou n'est que bien peu de chose; et souvent c'est la bonne prétendue qu'il faudrait appeler médiocre ou môme mauvaise. La meilleure édition d'un texte n'est pas , selon moi , celle qui a le plus beau papier, ou le plus beau caractère , ou les notes les plus savantes : c'est celle qu'on lit, c'est surtout celle qu'on relit. Une longue pra« tique m'a démontré Texcéllence de ce principe. On avouera du moins qu'il n'entratne pas de bien graves inconvénients, notamment pour la bourse. C'est là tout mon système, en fait de bibliographie ; et je m'en trouve trop bien pour ne le pas préconiser.

Quelques critiques, plus que bienveillants d'ailleurs, auraient voulu savoir de moi quelle est la meilleure traduction française de chaque ouvrage. Ce qu'ils demandent ne pourrait se faire qu'avec un certain détail, et entraînerait, par conséquent, les mêmes inconvénients que la multipli^^ cité des mentions bibliographiques. Car je ne suppose pas qu'on me demande de dire, autrement qu'après une discussion sérieuse , pourquoi telle traduction vaut mieux que telle autre. Je ne suis qu'un simple mortel, et je ne sais pas prononcer des oracles. J'ajoute que ces dissertations seraient tout aussi bien placées dans un chapitre de l'histoire des lettres françaises que dans celle des lettres grecques ou des lettres latines. Je n'ai donc pas esquivé une obligation incombant spécialement à ma personne. Il me semble, du reste, que j'aurais quelque plaisir à écrire le catalogue raisonné de nos traductions de l'antiquité classique. Je n'éprouverais aucune sorte d'embarras à caractériser celles que je connais, surtout les miennes, et à en dire tout le bien et tout le mal que j'en pense. Je crois, en général, que les traductions des auteurs anciens, surtout celles des poètes, ne sont pas bonnes, et que les meilleures ne valent pas grand'chose. Les plusmo-

PRÉFACB. VU

(lestes sont les plus utiles^ et, par conséquent, les meilleures. Les monuments de Tantiquité ont leurs détours, leurs difficultés, leurs ténèbres. Les traductions sont des guides plus ou moins fidèles, qui dirigent les pas du visiteur, qui Tempéchent de s'égarer. Mais ne les prenons que pour des guides. La meilleure traduction d'Homère ou de Yirgile , c'est très-peu Virgile ou Homère. Si exacte qu'on la suppose, il y manquera toujours la plus grande part de ce qui fait qu'Homère est Homère, que Virgile est Virgile. Ne jugeons pa$ les anciens sur des traductions, surtout les poètes, surtout les poètes grecs. Ce n'est pas la première fois que j'ai l'occasion de dire à ce sujet ma pensée : je l'ai exprimée jadis en tête d'une traduction qui ne passe pas pour mauvaise. Que si j'ai beaucoup cité, c'est-à-dire beaucoup traduit, dans mes deux livres sur la littérature classique, on remarquera, je l'espère, que j'ai toujours eu grand soin d'indiquer la place exacte de chaque passage transcrit en français : c'est déclarer assez quel rôle j'assigne à ces traductions ; c'est inviter le lecteur à les prendre pour ce qu'elles sont en effet, et à s'en fier uniquement aux originaux.

CéS notations sont les seules, ou à peu près, que j'aie crues indispensables. On me rendra toutefois cette justice, que je ne raconte pas l'histoire des lettres anciennes comme si je l'avais inventée. Il y a infiniment de choses, dans ces livres, outre la partie de pure érudition, qui ne sont pas de moi. Dès qu'une idée en vaut la peine, je dis quel est l'écris vain, ancien ou moderne, qui me l'a fournie; je fais plus encore : je donne , autant que je le puis , textuellement ses paroles. J'y gagne doublement, et le lecteur aussi : inutile d'expliquer pourquoi. Je voudrais n'avoir jamais eu qu'à résumer, qu'à commenter, qu'à compiler, qu'à transcrire. Je serais un peu plus sûr de mes jugements, et j'offrirais mes travaux

vin PREFACE.

au public avec quelque confiance. Malheureusement c'est moi, et ce n'est que moi, qu'on entend presque sans cesse. Que de questions où il m'a fallu avoir un avis personnel ! Que d'hommes il m'a fallu juger, qui n'avaient pas été, selon moi, bien jugés, ou même qui n'avaient jamais été jugés! Que d'œuvres à examiner! que d'opinions de toutes sortes à débattre! Je me suis aperçu trop souvent que-j'avais entrepris une rude tâche. Je ne parle pas de ce qui n'est qu'érudition. H y a des siècles que le premier venu , grâce aux Giraldi, aux Vossius, aux Fabricius, à vingt autres, n'a qu'ît se baisser pour recueillir tout ce qu'on sait d'essentiel sur les auteurs grecs ou latins, sur les titres et la nature de leurs écrits. Le peu qu'on a ajouté à ce que disent ces savants hommes n'est pas difficile à trouver : cela traîne, si je puis dire, partout. Je fais cette remarque pour ceux qui auraient été d'avis que je fisse connaître, à chaque détail, la source et* les autorités. Ces choses, je le répète, sont une sorte de domaine commun, et appartiennent de temps immémorial à tout le monde. A supposer d'ailleurs qu'il me prit fantaisie de satisfaire les amateurs de notes, et de transporter au bas de mes pages l'appareil prétendu critique, que d'autrdi ont transporté au bas des leurs, sans qu'il leur en ait infiniment coûté, sait-on ce qui arriverait? Il y a telle de mes pages qui en ferait deux, ou plus peut-être. Mes livres ne seraient donc plus ce qu'ils sont : ce n'est pas dans cette collection historique qu'ils auraient leur place ; ce n'est pas au public de simples lecteurs qu'ils s'adresseraient ; et la majesté de leur développement exigerait, j'imagine, et plus de volumes, et des volumes d'un format plus ample.

A propos de noies et de citations, un ami vient de me remettre en mémoireque plusieurs sontallésdisantqueje n'avais pas assez souvent confessé, ni assez haut, dans mon Histoire

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