LES CORRESPONDANTS DE GICÉRON
dis-je? il faisait presque à lui seul une classe à part. Ses preuves profondes et originales étaient revêtues de formes légères et transparentes. Rien de si aisé, rien de si flexible que le tour de ses périodes. Il faisait des mots tout ce qu'il voulait ; et nul orateur ne savait aussi bien que lui se rendre maître de sa phrase. Sa diction était claire comme le ruis* seau le plus limpide. Elle coulait avec une aisance dont jamais rien n'interrompait le cours. Pas un mot qui ne fût mis à sa place, et comme enchâssé, selon Texpression de Lucilius , dans un ouvrage de marqueterie. Pas un terme dur, inusité, bas ou recherché. Au lieu du mot propre, il employait l'expression figurée , mais avec tant de bonheur, que jamais elle ne paraissait usurper une place étrangère : elle venait tout naturellement se'mettre à la sienne.... Si la perfection consiste à parler avec grâce , il ne faut chercher rien de plus accompli que Calidius^ »
Caïus Licinius Calvus conserva pendant longtemps une grande réputation. Quintilien dit même que quelques-uns le préféraient à tous les autres orateurs. Calvus était le fils de Macer; mais ce n'est pas précisément son père qu'il avait pris pour modèle oratoire. Il voulait passer pour un orateur attique. Cicéron conteste qu'il ait été un attique dans le sens vrai et complet du terme, un attique à la façon d'Hypéride, d'Eschine ou de Démosthène. Ce que Cicéron dit du style de Calvus explique très-bien pourquoi cet orateur fut si goûté dans les écoles : c'était un écrivain trèscorrect, très-châtié, un modèle parfait dans le genre simple, un de ces classiques qu'on ne saurait trop recommander à la jeunesse. Mais, si nous possédions ses œuvres , nous y chercherions peut-être en vain quelque chose qui ressemble à réloquence; et peut-être n'y trouverions-nous guère plus à admirer que dans celles d'Isocrate ou de Lysias. « Calvus, plus savant en littérature que Curion, avait aussi une diction plus travaillée et plus finie. 11 maniait son genre, certes, avec beaucoup de talent et de goût : cependant, à force de s'observer et d'exercer sur lui-même une critique minutieuse,