Cicéron, BfMtw, cbap. xli et xlii
LES CORllESPONDÀNTS DE CICÉRON. 289
nements du vieux jurisconsulte; ses réflexions stoïciennes, ou plutôt romaines, sur la vanité des choses ; le tour singulier de la pensée, les images frappantes dont elle est revêtue ; l'énergie de l'expression , Tallure vive et pittoresque de la phrase , tout enfin semble imprimer à ce morceau je ne sais quel caractère grandiose. Ce gont de très-belles pages, d'une éloquence originale, et qui sent merveilleusement son antique. Je préfère , il est vrai , la réponse de Cicéron , qui n'est que touchante ; mais Sulpicius écrit trop bien pour qu'on n'ait pas un plaisir infini à l'entendre, même quand il écrit ce que nous n'aurions pas pensé à sa place. Après avoir gourmande Cicéron de son abattement, il lui rappelle que la république n'est plus , et qu'il n'est guère désirable de laisser après soi des enfants destinés à végéter, inutiles à leur patrie et à eux-mêmes. Puis il continue en ces termes : « Je veux te faire part d'une chose qui m'a grandement consolé , et qui servira peut-être aussi à diminuer ta douleur. En revenant d'Asie, comme je naviguais d'Égine à Mégare, je me mis à contempler de tous côtés les contrées qui m'environnaient. Derrière moi était Égine ; devant moi , Mégare ; à ma droite, le Pirée ; à ma gauche Gorinthe. Ces villes, durant un certain temps, ont été très-florissantes : aujourd'hui elles gisent sous nos y^ux, renversées et détruites. A ce spectacle, je fis un retour sur moi-même. Eh quoi ! me dis-je, nous nous indignons, nous, êtres chétifs, si quelqu'un de nous vient à mourir ou à être tué, nous dont la vie doit être si courte; et voilà, sur un seul point, tant de cadavres de villes gisant reversés ! Ne veux-tu pas, Servius, contenir tes plaintes, et te souvenir que tu es né homme? — Crois-moi, cette réflexion n'a pas médiocrement servi à me rendre mon courage. Mets-toi, je te prie, le même spectacle devant les yeux. Une foule d'hommes ont péri naguère en quelques instants ; l'empire du peuple romain a perdu presque toute sa grandeur et sa force ; toutes les provinces ont été ébranlées ; et tu te laisses émouvoir à ce point parce que le faible souffle qui animait une faible femme est venu à s'éteindre! Suppose qu'elle n'ait -point passé en ce temps son dernier jour ; encore lui eût-il fallu mourir dans peu d'années, puis-
qu'aussi bien elle était née mortelle... Enfin, n'oublie pas que tu es Cicéron ; que tu es un homme accoutumé à donner aux autres le conseil et l'exemple : n'imite pas les mauvais médecins , qui prétendent savoir l'art de guérir les maladies d'autrui, et qui ne peuvent se guérir eux-mêmes, etc^ » Ce qui suit n'est ni moins vigoureux, ni moins heureusement exprimé ; et Sulpicius , d'un bout à l'autre de la lettre, nous donne un véritable modèle de ce qu'on pourrait nommer le style romain.
Appendlee.
Il y a deux noms que nous avons omis à dessein dans cette revue , ceux de Varron et de César. Il nous reste , grâce à Dieu , de quoi parler de ces deux écrivains , autrement qu'à titre de correspondants de Cicéron. Nous leur réservons à l'un et à l'autre leur large place dans les chapitres qui vont suivre. La liste des correspondants se compose , comme on vient de le voir, de presque tous les écrivains célèbres du tempis , à Texception de Salluste , de Corrlélius Népos, de Lucrèce et de Catulle. Il y a pourtant quelques hommes qui n'ont pas manqué de renommée, qui n'y figurent pas, et que nous ne retrouverons point ailleurs. Il convient, je crois, de leur consacrer ici quelques lignes à chacun , du moins à ceux que Cicéron a trouvés le plus dignes de ses éloges.
Caïus Licinius Macer était, d'après Cicéron, un historien plus que médiocre; mais son éloquence, dans les causes judiciaires , se recommandait par des qualités estimables : t Son imagination, sans être abondante, n'était pas stérile ; sçn style n'était ni brillant ni entièrement négligé ; sa voix, son geste , toute son action , manquaient de grâces ; mais il apportait, à l'invention des preuves et à leur distribution, un soin si admirable, que je citerais difficilement un orateur qui sût mieux approfondir et orner un sujets »
Marcus Calidius est encore mieux traité par Cicéron: M Ce n'était pas un orateur de la classe ordinaire. Que