‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 28 sur 48 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

Tel est l'ensemble du platonisme, dont on trouve les éléments répandus dans le Criton, le Phédon, VEutîjp/iron , le Phèdre, la Répuhlùjue , les Lois et dans cette immense série d'écrits, qui n'épuiseront jamais l'admiration des hommes.

Voici comment Platon , dans sa République, trace le

portrait idéal du méchant et de l'homme de bien :

Il faut d'abord que l'homme injuste se conduise comme font les artistes habiles. Un bon pilote, un bon médecin voit clairement jusqu'oii son art peut aller, ce qui est possible ou impossible : il tente l'un et il abandonne l'autre; puis, s'il a fait par hasard quelque faute, il sait adroitement la réparer. De même, l'homme injuste doit conduire ses injustices avec assez d'adresse pour ne pas être découvert, puisqu'il doit être injuste par excellence, et celui qui se laisse prendre en défaut doit passer pour malhabile. Car l'injustice suprême, c'est de paraître juste sans l'être. Donnons donc à l'homme parfaitement injuste l'injustice parfaite : ne lui ôtons rien de ses ressources. Permettons-lui , tout en commettant les plus grands crimes, de se faire la réputation du plus juste des hommes : s'il vient par hasard à broncher, qu'il sache se relever aussitôt; qu'il soit assez éloquent pour persuader son innocence à ses juges, si jamais on l'accuse de quelque crime; assez courageux, assez puissant par luimême, par les amis qu'il s'est faits, par la richesse qu'il s'est acquise, pour emporter de force ce que la force seule peut obtenir. En présence de cet homme ainsi doué , plaçons l'homme juste, c'est-à-dire un homme simple, généreux, et qui veut, S(;lon l'expression d'Eschyle, non point paraître vertueux, mais l'être. Ravissons-lui sa réputation d'honnête homme, dépouillons-le de tout, hormis de sa justice, et faisons-en l'opposé complet de notre méchant : que, sans commettre d'injustice, il passe pour le plus scélérat des hommes, afin que sa vertu soit mise à l'épreuve : que rien ne le fasse fléchir, ni l'infamie , ni les mauvais traitements; mais qu'il demeure inébranlable jusqu'à la mort, ayant toute sa vie le renom d'injuste, mais juste pourtant. Ce juste, tel que je le dépeins, on le fouettera, on le

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mettra à la torture, on le chargera de chaînes, on lui brûlera les deux yeux; puis, quand il aura enduré mille maux, on l'attachera sur une croix, pour lui faire sentir qu'il ne faut pas s'embarrasser d'être juste, mais de le paraître. Ainsi, voilà deux hommes parvenus au degré suprême, l'un de la justice, l'autre de l'injustice : décidez maintenant lequel est le plus heureux !

Peut-on poser d'une main plus vigoureuse et sous une image plus frappante les éternels principes d'une morale austère et sublime que le christianisme ne désavouerait pas?

Disciple assidu de Platon pendant vingt années, Aristote est souvent regardé comme un contradicteur perpétuel de son maître : c'est une erreur : loin de prendre sans cesse le contre-pied des doctrines platoniciennes, il n'a fait la plupart du temps que les ramener à des formules plus nettes, plus scientifiques, plus conformes à la sévérité rigoureuse de la raison. On ne doit pas croire non plus au reproche de sécheresse et de maigreur adressé à son style , dans lequel Cicéron , tout au contraire, admirait la finesse, la douceur, le poli du langage, les ornements et l'abondante Variété. Aristote exerça donc une influence des plus notables sur le développement de la prose, qui reçut de ses mains une transparence, une limpidité qui manque parfois aux ouvrages de son maître. Sa Bhéloriqne, entre autres, et sa Poétique, où il creuse les sources de l'éloquence et de la poésie, où il fait voir qu'être éloquent, c'est savoir prouver, et que le vrai poëte est celui qui , par l'imitation du réel , vise à un but moral , ces deux ouvrages, disons-nous, ramenèrent constamment aux principes de la dialectique et de la raison les imaginations portées à se perdre dans le vague de la parole et

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