‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 27 sur 48 · PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE

PLATON' et ARISTOTK.

Les orateurs ne contribuèrent pas seuls au progrès de l'art d'écrire en prose. Depuis un siècle environ avant Périclès, la pbilosopbie, dont les premiers essais avaient été des poëmes composés par Xénophane , Empédocle, Parménide, s'exerçait à exposer dans le langage affrancbi du rhythme les abstractions de la science, les lois de la pensée ou les vérités de l'ordre moral. Nul maître ne servit plus fortement cette tendance que Socrate. Les sopbistes, les pbilosopbes mêmes, Tbalès, Anaximandre, Pjtbagore, laissaient souvent leur esprit s'envoler dans les régions des hypotbèses et des rêveries spéculatives. La raison saine et droite, le bon sens lumineux de Socrate ramena la pbilosopbie à l'étude de riionune intérieur. La maxime : « Connais-toi toi-même, > inscrite en lettres d'or sur le temple d'Apollon, voilà le principe et le but du système de Socrate. Son enseignement est donc éminemment pratique. Pour lui, la tbéorie ne cesse jamais d'être subordonnée aux exigences de l'action et de la vie quotidienne. Aussi n'écrit-il rien : il cause, il discute en plein air, sur l'agora, dans les palestres, sous les portiques, dans l'atelier du peintre Parrbasius, du statuaire Cliton, de

l'arniurier Pistias, dans l'échoppe du cordonnier Simon : admirables entretiens, que Xénophon a transcrits dans ses Mémoires , inimitables causeries , où se déploient une abondance de parole vive, animée, une finesse de raillerie, une urbanité délicate, abandonnée et familière, sous laquelle se cache une instruction féconde et solide. De Técole de Socrate, véritable créateur de la philosophie morale, sortirent Técole cyrénaïque, dont le chef Aristippe rapportait tout au plaisir; l'école cynique, fondée par Antisthène et poussée à l'exagération par Cratès et par Diogène; puis, plus tard, deux sectes qui eurent une grande influence sur la vie pratique, l'une, celle d'Epicure, qui professait le culte de la volupté, l'insouciance des affaires publiques et l'indifférence des dieux pour les hommes; l'autre, celle de Zenon, qui, sous le nom de philosophie du Portique ou de stoïcisme, réhabilitait la grandeur morale de l'homme en faisant appel à sa liberté. A ces noms d'illustres philosophes, Bossuet ajoute celui d'Hippocrate, le père de la médecine, « qui éclata, dit-il, au milieu des autres dans ces heureux temps de la Grèce » .

Mais les deux colonnes, en quelque sorte, de l'édifice philosophique construit par Socrate sont Platon, chef de l'Académie, et son disciple Aristote, chef du Lycée ou de l'école péripatéticienne. L'influence de ces deux grands hommes sur la postérité a été immense : elle dure encore ; l'idéalisme de Platon et l'empirisme d'Aristotc, double élément de la philosophie grecque, sont les deux pôles immuables de toute espèce de philosophie.

Platon, que la sublimité de sa doctrine a fait surnommer le divin, naquit à Athènes l'an 430 avant

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Jésus-Christ; il était d'une des plus illustres familles de sa ville natale. Il descendait de Codrus par son père Ariston et de Solon par Périctioné, sa mère : nommé d'abord Aristoclès , sa haute taille et la largeur de ses épaules lui firent donner le surnom qu'il a rendu immortel. Durant sa jeunesse, il s'appliqua à la poésie, mais il jeta au feu tous ses premiers essais, quand il eut pris la résolution d'être et de rester philosophe. Socrate le détermina à suivre cette dernière vocation. Après plusieurs voyages en Grèce, en Italie, en Egypte et en Sicile, il revint à Athènes, où il ouvrit, dans les jardins d'Académus, une école, qui fut pendant de longues années une pépinière d'hommes vertueux et de penseurs distingués. Il y enseigna lui-même durant près d'un demi-siècle et mourut âgé de plus de qualre-vingls ans, laissant son école florissante aux mains de Speusippe, son disciple et son neveu.

Les ouvrages de Platon , écrits la plupart sous la forme du dialogue, sont le chef-d'œuvre de l'esprit poétique et de l'esprit philosophique réunis. Son génie vaste et brillant y sait allier tout le charme de l'imagination aux conceptions les plus hautes de la pensée. u II semble, dit Thomas, qu'il eût vu et contemplé de près cette beauté éternelle dont il parle sans cesse, et que, par une méditation profonde, il l'eût transportée dans ses écrits : elle anime ses images , elle préside à son harmonie , elle répand la vie et une grâce sublime sur les sons qui représentent ses idées. Souvent elle donne à son style ce caractère céleste que les artistes grecs donnaient à leurs divinités. Comme l'Apollon du Vatican, comme le Jupiter Olympien de Phidias, son

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expression est grande et calme; son élévation paraît tranquille comme celle des cieux. On dirait qu il en a le langage. Son style ne s'élance point, ne s'arrête point; ses idées s'enchaînent aux idées ; les mots qui composent les phrases, les phrases qui composent le discours, tout s'attire et se déploie cnscmhle ; tout se développe avec rapidité et avec mesure, comme une armée bien ordonnée qui n'est ni tumullueusc ni lente, et dont les soldats se meuvent d'un pas égal et harmonieux, pour avancer au même but. »

Le but de Platon, dans ses dialogues, c'est de réfuter les sophistes, d'instruire la jeunesse, de faire pénétrer ses discours au cœur de l'âge mur. Ses doctrines sont fondées sur le dogme de l'unité de Dieu et de l'immortalité de l'àme. La vertu pour l'homme est l'imitation de Dieu ou l'effort de l'humanité pour atteindre à la ressemblance avec son Créateur. Il n'y a qu'une vertu , composée de quatre éléments, justice, sagesse, courage, tempérance, où nous fait atteindre notre liberté, c'est-à-dire l'énergie morale qui nous élève au-dessus des intérêts sensibles. La vertu peut s'apprendre : d'où il suit que l'éducation est une culture libre et morale de l'esprit. La politique est l'application en grand de la loi morale : l'Etat est la réunion d'une masse d'hommes sous une même loi : son but est la liberté et la concorde. Dans les arts, qui sont une application des forces de la pensée humaine dirigée vers l'idéal et réalisable par les procédés matériels, le principe fondamental est la beauté. La beauté est donc la représentation sensible de la perfection physique et morale, qui ne fait qu'un avec le vrai et avec le bien.

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