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CHAPITRE IV

CE qu'on entend par le siècle de périclès.

On a donné le nom de siècle de Périclès à cette période brillante de Thistoire grecque où les lettres, les sciences et les arts ont été portés à leur perfection par les hommes de génie et de talent que produisit la Grèce, pendant que le reste du monde connu était encore plongé dans la barbarie. C'est un moment unique de grandeur et de gloire pour Tesprit humain, en même temps qu'un exemple à jamais mémorable pour la postérité. Cette époque florissante commença quelques années avant la vie de Périclès, et se continua, lui mort, jusque sous Philippe et sous Alexandre; mais Périclès a rhonneur de lui donner son nom, parce que, contemporain des poètes, des philosophes, des historiens et des artistes qui rendirent ce siècle immortel, il prit l'initiative, comme chef d'Etat, des grands ouvrages d'art, qui sont les monuments durables, les témoins vivants de cette période fameuse.

Nous avons nommé les écrivains et les orateurs qui l'ont illustrée; autour d'eux se groupe une glorieuse phalange de pcinlres et de statuaires, qui ne sont pas moins dignes de mémoire.

L'intendant et le directeur de tous les beaux travaux d'architecture et de sculpture, entrepris et exécutés par Périclès, était Phidias, auteur de la statue de Minerve Poliade, placée dans l'Acropole d'Athènes ; de la Minerve du Parthénon , statue colossale, dont les draperies étaient en or, les parties nues en ivoire et les yeux

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formes de deux pierres précieuses, le bouclier représeulant ie combat des Amazones ; enfin du Jupiter Olympien, autre statue colossale, faite d'ivoire et d'or. Le Parthénon fut érigé par Callicrate et par Ictinus; le temple des Mystères à Eleusis, commencé par Corébus, qui dressa le premier étage de colonnes et posa les arcliitrai es , fut continué par Métagène , qui y plaça le cordon et éleva le second étage de colonnes , et par Xénoclès , qui termina le faîte du sanctuaire ; TOdéon , ou théàlre de musique, dans l'intérieur duquel il y avait plusieurs rangs de sièges et de colonnes , avec un toit en pointe, fut construit, dit-on, à l'image de la tente du roi de Perse et sur un plan tracé de la main même de Périclès : il existe encore; les Longs-Murs, ou grande muraille qui reliait le Pirée à la ville , furent exécutés par Callicrale ; les Propylées de l'Acropole furent achevées en cinq ans par l'architecte Mnésiclès. D'autres statuaires sculptaient des chefs-d'œuvre : Praxitèle, sa Vénus de Cnide, dont la Vénus de Médicis peut donner une idée; Alcamène, la Vénus des Jardins, remarquable par l'exquise pureté des lignes, l'heureuse proportion du corps, les doigts ronds et effilés ; Calamis, sa Sosandra, statue d'une pudeur ravissante et d'un admirable sourire; Polyclètc, ce fameux modèle qui, sous le nom de Canon, servait de type à tous les sculpteurs, à cause du merveilleux agencement et du concert harmonieux de toutes les parties; Lysippe, un des trois artistes auxquels Alexandre permit de sculpter ses traits.

Dans le même temps , Polygnote donne l'essor à la peinture dans sa Cassandrc de Delphes, aux sourcils gra-

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cieux, aux joues animées, aux vêlements fins et légers; Parrhasius fait son tableau allégorique du Peuple cF Athènes, son Méléagre et Atalante; Prologène, son chasseur lalysos, avec ce chien, dont l'écume est vantée comme un effet intelligent du hasard ; sa Perdrix vers laquelle volèrent en criant des perdrix vivantes; ses portraits d'Alexandre et de la mère d'Aristote; Zeuxis, sa Centauresse, et Aétion, sa Roxane, dont Lucien a fait une description si exacte qu'on croit avoir les deux tableaux sous les yeux ; Euphranor, sa Junon à l'admirable chevelure; Apclles, sa belle Gampaspe, au corps dont la blancheur de lis était relevée par une teinte chaude et vivante; Timanthe , dont le Cyclope et le Sacrifice d'Iphigénie ravirent les suffrages de l'antiquité tout entière .

Telle est la pléiade d'artistes qui resplendit autour de la tète olympienne de Périclès : telles sont les œuvres qui consacrent son nom et son siècle à l'immortalité. Ci Par sa beauté, dit Plutarque, chacun de ces ouvrages à peine achevé sentait déjà son antique; et par sa fraîcheur, aujourd'hui même, chacun d'eux a l'air récent et nouvellement fini : il y brille je ne sais quelle fleur de jeunesse qui conserve , à travers les âges , comme un aspect virginal : on dirait qu'il y circule un souffle toujours nouveau, une àmc qui ne saurait vieillir. »

Les biographes de Platon disent que ce grand philosophe rendait grâces aux dieux de trois choses, d'être né homme plutôt que brute, Grec plutôt que Barbare, et d'avoir vécu du temps de Socrate. Que d'Athéniens, que de Grecs durent remercier le ciel d'avoir vécu du temps de Périclès !

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