‹ Histoire de la Louisiane (volume 2)Chapitre 10 sur 49 · L^^AP. iir · texte numérisé non relu

L^^AP. iir

1684. ne détermination. Enfin Tintrépide Lasallê, d^nt les difficultés ne faisaient qu'accroître l'ardeur au liçu de la diminuer, prit avec lui une douzaine d'hommes d'élite et résolut de chercher, en marchant le long du rivage, ce fleuve majestueux sur lequel il avait en quelque sorte concentré toutes ses espérances et toutes ses affections: La nature ne le favorisa pas dans son entreprise, car le temps était brumeux, la' terre était basse, plate et marécageuse et l'eau douce ne se trouvait que

*• dans des étangs impurs. Après avoir erré pendant un

jour entier, il retourna à la flotte et continua de faire de vains efforts pour déterminer Beaujeu à rétrograder.

Ne pouvant pas l'y décider, Lasalle prit la résolution de débarquer cent vingt hommes, et leur donna For- * dre de marcher le long du rivage, jusqu'à ce qu'ils ar-

rivassent au Mississippi. La flotte devait suivre la même direction. Il confla le commandement de cette

1685. petite troupe à Joutel, qui arriva le^8 janvier 1685 sur les bords d'une rivière assez large, où il fit halte pour attendre la flotte qui parut bientôt. Beaujeu, ayant sondé l'embouchure de la rivière et la trouvant assez profonde pour admettre sa flotte, voulut l'y faire entrer. Le Joli et la Belle passèrent' aisément sur la barre, mais l'Aimable s'échoua. Un vent violent s'étant élevé peu de temps après, le navire fut mis en pièces et La^

â^, salle eut le chagrin de perdre une grande quantité de

provisions, de munitions et d'outils. Vers le 15 marâ, Beaujeu, qui avait toujours fait tout ce qu'il avait pu pour nuire à l'entreprise de Lasalle, partit pour France dans le Joli. D laissa à Lasalle douze pièces d'artillerie, mais pas un seul boulet, sous le prétexte^u'ils étaient à fond de cale et qu'il ne pouvait tes en retirer sans nuire à la sûreté de son vaisseau auquel ilÉ servaient de lest

Après le déj)art de Beameu, Lasalle fit d'autres tenta^ tives pour découvrit ,1e M^sissippi. Etant arrivé, le 15.' avril, sur les bords d'une rivière où, 'û trouva un tron-

OAAP. ni.J 55

peau immense de bétes à cornes, tl la nomma la rivière i685. des Vaches. L'on croît que c'était la rivière que les Espagnols nommèrent depuis : Rio Colorado de Texas. Dans le cours de ses explorations, Lasalle avait découvert la baie de St.-Bemard ou M atagorda, et il y avait bâti un fort dans lequel il avait laissé une garnison de cent Hommes sous le commandement de M%rangiès, son neveu. Ce fut à ce fort qu'il revint après son excursion sur le Colorado.

Plusieurs rivières se déchargeaient dans la baie de St-Bemard où cette colonie était étabUe. Lasalle se flatta qu'elles pouvaient être des branches du Mississippi et résolut de les visiter. Le 13 février 1686, il igsG. campa sur les bords d'une rivière tellement large qu'il crut que c'était le fleuve qu'il cherchait, mais ce qu'il apprit des Indiens le ccjnvainquit que sa conjecture était erronée.

Sur ces entrefaites, le chevalier de Tonti, qui avait appris au Canada que Lasalle était parti de France ' avec une colonie qu'il comptait établir à la Louisiane, descendit le Mississippi jusqu'à la mer pour rejoindre son ancien chef. Mais n^ayant pu découvrir ses traces, et les Indiens lui ayant dit qu'ils n'avaient vu aucun visage blanc depuis long-temps, il s'en retourna 'avec douleur au Canada après avoir relevé la colonne sur laquelle Lasalle avait fait peindre les armes de France et qu'un orage avait renversée.

De toute la petite flotte que le roi avait mise à la disposition de Casalle, il ne lui restait que la Belle. Mais la fatale destinée qui le poursuivait lui préparait un nouvel éphec. Un ouragan terrible s'éleva, et la Belle fut mise en pièces. Il n'y eut que le chapelain et quatre hommes de l'équipage qui échappèrent du naufrage. Alors, Lasalle résolut d'aller par terre aux Illinois, et se mit en rout^ le 22 mai, accompagné de son frère, de son neveu, Morangiès, de quinze autres Européens, et de

1686. deux Indiens fidèles qui Tavaient suivi du Canada. Au moment du départ, une messe fut dite avec toute la solennité possible, et Ton invoqua la bénédiction du ciel sur le voyage dont on devinait tous les dangers. Le 25, Lasalle rencontra quatre Indiens qui étaient à cheval, et qui appartenaient à la nation des Quostquis. Ils étaient vêtu» de pBaux, et ils avaient aussi des espèces de bottines, des selles et des boucliers de peaux. Leurs étrierà étaient en bois, et les mors de leurs b^des étaient faits avec des dents d'ours ou de loups. Ces Indiens, qui paraissaient être arrivés à un certain degré de civilisation, invitèrent Lasalle à visiter leur village, où ils le traitèrent avec une affectueuse cordialité.

Les voyageurs s'étant remis en route, un jour qu'ils marchaient péniblement au travers d'un bois touffu, l'un des deux Indiens qui accompagnaient Lasalle s'arrêta tout à coup et poussa un cri d'effroL Aussitôt il tomba, et en peu de minutés enfla d'une manière prodigieuse. L'autre Indien chercha avec empressement quelques herbes, et les ayant trouvées, les mâcha, et les appliqua.' sur une petite morsure que son compagnon paraissait avoir reçue. Le serpent qui l'avait infligée était celui que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de serpent , à sonnettes. Cet accident força Lasalle de s'arrêter deux jours. Ce fut la première fois qu'il eut la preuve de la merveilleuse efficacité de l'antidote que possèdent les Indiens contre la morsure des serpents, et dont il avait souvent entendu parler.

Après de longues fatigues, Lasalle arri^ au village des Céhis. Au moment où il y entra, les JBxdiens revenaient d'une partie de chasse. Ils étaient tous à cheval et chacun avait sa femme en croupe. Ces Indiens reçurent très bien les Français, auxquels ils apprirent qu'ils., connaissaient déjà les hommes blancs, avec lesquels ils faisaient un grand conundl*ce. En effet, ils montrèrent aux Français des piastres, des fourchettes, des cuillers.

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de la vaisselle» et une quanta d'autres aftieles de ca l^^* genre. Lasalle trouva même dans une des cabanes H copie d'une bulle par laquelle le pape dispensait le» ]if exicains de jeûner pendant tout Tété. Les Indiens tracèrent sur Fécorce d'un arbre la carte de leur pays, et firent* comprendre aux Français qtfils étaient à peu de jours de marche des établissements espagnols.

Lasalle reprit son voyage, après avoir passé six jours au village des Cénis, dont les fenunes étaient d'une beauté * remarquable. A peine avait - il ^fait quelques lieues, qu'il s'aperçût que plusieurs de ses compagnons avaient déserté, sans doute pour revoir les belles Cénites. Lors- ^ qu'il parvint au village des N^sSonites, lui et son neveu * étant tombés malades, et les munitions dont ses compagnons s'étaient pourvus étant épuisées, il fut résolu, d'une voix unanime, de retourner au fort St. Louis, sur la baie de St. Bernard, bien qu'on en fût éloigné de 450 milles en ligne directe. Les voyageurs arrivèrent au fort le 17 octobre 1687, et trouvèrent la colonie dans une situation florissante. Des maisons conmiodes avaient été bâties, la terre était cultivée avec soin, et les Indiens vivaient en bonne intelligence avec les colons.

Après un séjour de deux mois parmi les colons, Lasalle prit la résolution de retourner ^,u Canada, d'où il comptait partir poiu* France, afin de solliciter de nouveaux se- <^urs. ^ Accompagné de son frère, d'un père récollet, de son neveu, de dix-sept soldats et des deux Indiens ses serviteurs, il reprit la route qu'il avait déjà faite. "Comme ils fureift à trois journées des Nouadichés (dit le che-. valier de Td6Si,qui raconte minutieusement tous les détails de la mort de JUasalle, ainsi qu'il les tenait de témoins oculsdres), se trouvant court de vivres, il envoya ^ M- de Morangiès, son laquais et le Chaouanon (c'était un de ses serviteurs indiens), pour chasser dans un bouquet de bois, avec ordre de eevenirle ^ir. Conune ils eurent tué

quelfues bo^oâ; ils se mirent après pour saler la viande. 8 ^

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58 ; «^ [(MJm. m.

168*7. M. de Lajsalle était inquiet de ne pas les votr ireyenlr. Cest pourquoi il demanda aux Français quels étaient ceux qui voulaient les aller chercher. Duhaut et Laa- " quetot projetaient depuiç long-temps de tuer M. de Lasalle, parce que, dans un voyage que fît M. de Lasalle^ le long de la mer, Û obligea le ficère de Lanquetot,jquF ne pouvait suivre, à retourner au camp; lequel, 'comme il s'en retournait seul, fut massacré par les sauvages. Ce qui fit jurer à Lanquetot qu'il ne pard(Wierait jamais la mort de son frère. Comme dans les voyages de long cours il se trouve toujours beaucoup de mécontents dans une troupe, il trouva aisément des partisans. C'est pourquoi il s'ofirit avec les siens d'aller chercher M. de Mo- • rangiès, afin de faire leur coup. Lorsqu'ils eurent trouvé M. de Morangiès et ses compagnons, il leur dit que M. de Lasalle était en peine d'eux ; mais comme ceuxci lui remontrèrent qu'ils ne pouvaient partir que le lendemain, ils convinrent ensemble de coucher là. Après souper, ils conclurent, pour la faction, qpe M. de Morangiès commencerait, ensuite le laquais de M. de Lasalle, et après, le Chaouaniwi. Quand ils eurent fait leur faction, et qu'ils furent endonnis, les autres les massacrèrent comme gens attachés à M. de Lasalle. Vers le soir, ils entendirent quelques coups de pistolet, que M. de Lasalle, qui venait avec le père récollet, tira pouf savoir où ils épient. Ces misérables, se doutant que c'était lui, se mirent sur le chemin en embuscade, aprèa avoir posté devant eux le laquais de Duh^;. Comme M. de Lasalle fut arrivé à lui, il demandajt était M. de Morangiès. Ce valet lui répondit, le chapeau sur la tête, qu'il était à la dérive. Comme M. de X-asalle se voulut approcher de lui pour le faire rentrer dans son devoir, il reçut trois balles dans la tête, dont il tomba mort. Le père récollet, cjpyant passer le pas, se jeta à genoux devant les meurtriers, pour leiir demander uh quart d'heure pour mettre ordre à sa conscience. Us lui

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répondirent liu'ils étaient contents, et que, pour lui, il i«87. avait la vie sauve. Ils ^^n furent de compagnie où était M. de Cavalier, et, à leur arrivée, ils crièrent : Bas les armes I M. de Cavalier s'avança au bruit, et, ayant appris la mort de son £rère, il se jeta aussi à ge-

'^OLoux devant les meurtriers, pour leur demander la même chose que le père récollet. Ils lui accordèrent la vie, mais lui refusèrent la permission d'aller donner la sépultures au défunt. Voilà la destinée d'un des plus grands hommes de ce siècle, d'un esprit admirable, et capable d'entreprendre toutes sortes de découvertes. Ce meurtre donna dudbagrin à trois Nouadichés que M. de Lasalle avait trouvés en citasse, et qui voulaient l'accompagner jusqu'au village^ de leur nation. Après que les meurtriers

- eurent commis cet assassinat, ils se saisirent de tout l'équipage du défunt, et le reste des Français continua sa route jusqu'au village des Nouadichés, où ils trouvèrent deux Français habitués parmi les sauvages, et qui avaient déserté du temps de M. Lasalle, il y avait deux ans. Après avoir été quelques jours dans le village, les sauvages leur proposèrent d'aller en guerre contre les Quanouatinos. Ce que les Français acceptèrent, de crainte que les sauvages ne les maltraitassent ' Comme ils étaient prêts à partir pour eJler à la guerre, un flibustier anglais, que M. de Lasalle avait toujours aimé, dit aux meurtriers que les sauvages allaient bientôt partir en guerre, et qu'il les priait de lui donner, ainsi qu'à ses camaittdès, quelques chemises. Ils lui refusèrent tout plat. Ce qui doi^tta du chagrin à l'anglais. Il ne put s'empêcher de le Iniioigner à ses camarades. Ils convinrent ensemble de faire une seconde demande, et s'ils ne l'accordaient,Sle venger ïa mort de M. de Lasalle. Ce qu'ils firent quelques jours après.

"L'Anglais ayant pris deux pistolets à sa ceinture, acccMnpagné d'un Français avec un fusil, ils furent de dessein.préinédité'^ la cabane des meurtriers, qu'ils trouvè-

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1687. rent dehors, tirant de la flèche. Lanqaetot lenr doiina le botyour, et leur demanda comment ils se portaient. Us ' hd répondirent qu'ils se portaient assez bien, et que pour eux (les meurtriers), il ne fallait pas demander comment ils se portaient, puisqu'ils mangeaient toigours de bons poulets d'Inde et de bon chevreuil. Ensuite, l'Anglais:" leur demanda s'ils ne voulaient pas donner quelques muétions et quelques chemises, puisqu'ils s'étaient saisis de toutes choses. H^ répondirentque M. de Lasalle leur devait, et que ce qu'ils avaient pris leur appartenait Vous ne voulez donc pas ? dit l'Anglais. Us répondirent que non. Sur quoi, l'Anglais dit à Lanquetot.: Tu es un misérable, tu as tué mon maître ! et lui lâcha un coup de pistolet qui le tua tout raide. Duhaut voulut gagner la cabane, mais l'autre Français lui lâcha son coup de pistolet dans les reins. Etant renversé par terre, M. Ca- - valier et le père Anastcuse coururent pour lui donner secours. Duhaut à peine se confessa, car le père Anastase ne lui eut pas sitôt donné l'absolution, qu'il ftit achevé d'un coup de pistolet à la sollicitation des sauvages (les deux Chaouanons, domestiques de Lasalle), qui ne 2>ouvaient souffrir qu'il vécut après avoir donné la mort à leur chef. L'Anglais resta maître de tout, et en donna une partie à M. Cavalier qui se retira aux Illinois, et l'Anglais resta, lui septième, aux Nouadichés."

Ainsi le crime fut aussitôt vengé que commis. Telle^ fht la fin malheureuse de celui qui avait brayé tant de fatigues et de dangers pour conquérir un empire immense et en doter la France, sa patrie, q^ ne sut pas conserver le plus beau fleuron de sa couronne. Mais si la France n'a pas profité des travaux immortels, des peines et des fatigues sans nombre de ce fils héroïque, si digne de sa mère, du moiiis ces travaux n'ont pas été , sans résultat pour la mémoire de Lasalle.» Hs n'ont.pasété aussi sans résultat pour le bonheur des générations qui lui ont succédé. Car le génie 4i la civilisation devait soi*

CBAF. ni.] 61

vre pas à pas les traces de celui ^ui en ftit le pionnier i^^* et Favant conreur. La ville de Washington dans le Tçxas s'élève tout près du lieu où il fut assassiné;' le 19 mars 1688, et la liannîère étoilée, ce symbole et cette garantie des libertés humaines, flotte maintenant, sans .^terruption, depuis les lacs 4u Canada jusqu'à cet endroit oit Lasalle rendit sa grande âme à Dieu. ^

OHAPITR]? IV.

*IPNDATK)N DE LA COLONIE DE LA LOïTISIANB PAE IBERVILLIt-. SA MORT. — SAUVOLLE, PREMIER GOUVERNEUR. — SA MORT. — BIENVILLE LUI SUœÈDE. — LASALLE, PREMIER COMMISSAIRE- ORDONNATEUR.— DIRON D»ARTAGUETTE LE REMPLACE.

1688. .A l'époque de la mort de M. de Laaalle, voici ce que le chevalier de Tonti écrivait sur les ressources de .la Louisiane :

"Je ne saurais exprimer, dit-il dans ises méiooiiH^ la beauté de tous les pajrs dont j'ai fait mention^ et si je les avais pratiqués, je marquerais en quoi ils peuvent être utiles. Pour ce qui est du Mississippi, il peut produire tous les ans pour deux mille écus en pelleteries, quan- ' tîté de plomb, des bois pour les navires. L'on pou|nrait • y établir un commercç de soie, xm port pour retirer les navires et faire la course dans le golfe du Mexique. On trouvera des perles, et, quand même le froment ne pourrait venir en bas, le haut de la rivière en fournirait, et l'on pourrait approvisionner les iles de ce qu'elles auraient besoin, comme planches, légumes, grains et^ bœufe salés."

Dans ces beaux pays préconisa par Tcmti, la France . devait éprouver plus tard combien il {ui serait difficile d'jétablir et de faire prospérer dea coloméis.^ I^ premier essai ne fut pas heureux. Car les colons que Lafliftlle avait laissés au fort St.-Louis, ne recevant auctuis secours de France et ayant 'épuisa toutes leurs munitions, ne purent se défendre plus long-temps contre les Indiens, par qui ils fiirent to» massacrés. En effet.

g«Af. IV.] 6tf

Louis XrV qui avait eu à combattre l'Europe entière, 1668. n'avait pu donner aucune sidte à ses projets de colonisation en Amérique. Mais enfin la paix de- R3rswick avait donné quelqiiB espoir de repos à la France, que ses victoires avaient épuisée autant que ses défaites, lorsqu'un officier français, nommé Iberville, qui dans plusieurs combats sur terre et sur mer contre les An- .glais avait déployé la valeur la plus brillante, offrit &a cabinet de Versailles de mettre à exécution les desseins , V de Lasalle. Sa proposition fut acceptée et le comte de Pontchartrain, ministre de la marine, donna Tordre que • Ton équipât à la Rochelle, pour cette exp^tion, deux frégates de trente canons et deux autres petits bâtiments. Iberville eut le commandement de Tune des frégates et celui du reste de la flotte fut donné au coDote de Sugères. <3es navires portaient deux cents colons, en comptant les femmes et If^ enfants. La plupart de ces colons étaient des Canadiens qui s'étaient enrôlés dans les troupes que l'Amérique avaient fournies à la France pendant la guerre ^ que l'on avait licenciées, lorsque , la paix fut signée.

Cette petite flotte partit le 24 septembre 1698 pour l^^le cap Français, dans l'île de St.-Domingue, où elle arriva après une traversée de soixante et douze jours. Là, elle fut renforcée par un vaisseau de cinquante deux canons, commandé par Château Morant, et se remit en route le 1er de l'an 1699. Le 25 janvier, elle jeta l'an- ^^^' cre devant 111e qui porte aujourd'hui le nom de Ste.- Rose, et Ibernlle envoya une déput?ition à Don André de la Riolle qui venait de s'établir à Pensacola avec trois centj^ Espagnol*, sur l'ancien site qu'occupait la ville des Anchusi, du temps de Soto. Deux bâtiments de guerre s'y trouvaient à l'ancre sous la protection d'une batterie nouveflement construite. Don André reçut la députation avec beaucoup de eivilité, mais, conune ses forces navales étaient très inférieures à celles des Fran-

1619. çaisy il ne vonlat pas permettre que lenr flotte entrât dans le port. En conséquence de ce refos, les Français firent voile vers le sud-ouest et arrivèrent à deux îles appelées aigourdliui les iles Chandeleur. La^ la flotte jeta Tancre, et le chenal entre Tîle aux Vaîsôeaux et rîle aux Chats ayant été soudé, les petits bâtiments de' l'expédition y passèrent Alors, le vaigseau de cinquante deux canons retourna à St.-Domingue et les deux frégates restèrent devant les îles Chandeleur. Iberville débarqua avec une partie de son monde à l'île aux Vaisseaux où il construisit des huttes, et envoya quelques soldats examiner le rivage du continentà Ceux-ci furent bien reçus par des Indiens qui leur apprirent qu'ils appartenaient à la nation des BiloxL Le jour suivant, ils virent d'autres Indiens qui leur dirent qu'ils étaient de la tribu des Bayagoulas, qu'ils habitaient lès bords d'un fleuve immense et que, pour le moment, ils faisaient partie d'une expédition destinée à agir contre les Mobiliens avec qui ils étaient en guerre.

Le 27 février, Iberville et son frère Bienville partirent, chacun dans une barque, pour aller, chercher le ^ Mississippi. Ds étaient accompagnés du même père AnaBtase ou Âthanase qui avait suivi Lasalle lorsqu'il descendit et remonta le fleuve, lorsqu'il fit son voyage de France, et qui était encore son compagnon lorsqu'il fut assassiné. Le troisième jour après leur départ, ils entrèrent dans une rivière dont l'eau était trouble et lé lit extrêmement profond. Ce qui fit présumer au père Anastase, et avec raison, qu'ils étaient suries domaines du vieux Meschacébé. Après avoir remonté le fleuve pendant huit ou dix jours, ils arrivèrent au village des Bayagoulas qui les reçurent avec bienveillance et leur . montrèrent des vêtements qui avaient appartenu aux ' compagnons de t#asalle. Cependant Iberville craignait toujours que le fleuve dans lequel il était ne fut pas le Mississippi et que le père Anastase ne se fut tram|)^

ciur. IV,] • 65

lorsque ses doutes forent disâlpês envoyant un livre de 169t. prières sur lequel le nom à!vai des compagnons de Lasalle était inscrit. On lui remit aussi une lettre du chevar - lier de Tonti, datée du village des Quinipissas, le 20 d'avril 1685. Dans cette lettre, le chevalier apprenait à Lasalle que, suivi de vingt Canadiens et de trente sauvages, il avait descendu le fleuve pour rejoindre son ancien chef, et lui exprimait son chagrin d'avoir été déçu dans son attente. Ibervillevit aussi une cotte de mailles qu'il conjectura avoir appajjtenu à la troupe de Soto, d'après une tradition qui circulait parmi les Jndiens.

Après avoir passé le bayou Plaquemines et le bayou Mi^nchac, Iberville arriva à une partie de la rive qui s'avançait en ligne courbe dans le fleuve. Au travers de cette jetée naturelle qui avait fait dévier le cours du fleuve, il y avait une issue que les eaux s'étaient frayée, mais qui était cependant encombrée par des arbres. IberviHe, l'ayant fait nettoyer, y fit passer ses barges. Oette issue, s'étant agrandie, devint par la suite le lit du fleuve etie morceau de terre qui fut ainsi détaché du reste du sol forma une Me que l'on voit encore, et qui est maintenant habitée par une population nombreuse. C'est ce qui fit donner à cette partie des bords du fleuve le nom de Pointe-Coupée.

Continuant leur voyage, IberviHe et Bienville arrivèrent ensuite à une autre courbé conisidérable au travers de laquelle les Indiens avaient fait une route pour transporter leurs pirogues. Cet isthme n'avait environ qu'un arpent de largeur. Les Français lui donnèrent le nom de Portage de la Croix, parce qu'ils y plantèrent une croix en signe de prise de possession. L'on pense que cette partie du fleuve est celle qui est vis-à-vis l'embouchure de la rivière Rougfe. Les Indiens Oumas avaient prés de là un village considérable où les Français furent

• j?eçua avec hospitalité.

66 • [cHAP* ir.

1707 Iberville, ne Jugeant pas convenable d'aller plus loi» pour le moment, redescendit le fleuve en se laissant emporter par le courant jusqu'au bayou Manchac. Là, Iberville et Bienville se séparèrent. Bienville continua de descendre le fleuve jusqu'au golfe. Iberville entra dans le bayou Manchac, et, ayant traversé deux lacs qu'il appela Maurepas et Pontchartrain, il arriva à xme baie qu'il nonmia St.-Louis. De là, il se rendit à sa ^ flotte où il fut bientôt rejoint par Bienville.

Alors, on tint un grand conseil, dans lequel il fut résolu d'établir le point principal de la colonie à l'extrémité orientale d'une baie qui fut appelée la baie de Bi-* loxi, d'après le nom des Indiens qui demeuraient aux environs. Cette baie est située entre la baie de Pas^ cagoulas et celle de St.-Louis. L'on procéda, de suite à la construction d'un fort à quatre bastions qui fut armé de douze pièces d'artillerie. Sauvolle, frère d'Iberville, fut nommé cofnmandant du fort, et Bienville, le plus jeune des trois frères, fut promu au gradé de soa lieutenant. Les colons s'établirent autour du fort ; la bêche creusa la terre et la cognée fit tomber l'arbre antique de la forêt Dès que les premières maisons fur rent construites et que la colonie eut pris un air de stabilité, Iberville et le comte de Sugères partirent pour France avec les deux frégates et laissèrent le reste de la flotte pour le service de la colonie.

Sauvolle, après le départ de son frère, expédia Yxm& de ses embarcations pour St.-Domingue, avec l'ordre de s'y procurer des provisions. Ensuite il tourna son attention vers les sauvages et chercha à se mettre en relations d'amitié^ avec eux. Dans l'espoir d'atteindre ce but désiré, il envoya son jeune frère Bienville, avec quelques Canadiens et un chef des Bayagoulas, vers les Colapiss£LS qui demeuraient sur le rivage Nord du lac Pontchartrain et qui étaient assez nombreux pour met* tre sur pied trois cents guerriers. Lorsque les Cola? #

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<JHA? IV.) 67

pissfus aperçurent Bien^lle et sa troupe, ils se rangé- 1C99. rent en bataille. Celui-ci s'arrêta, et leur envoya demander ce que signifiaient ces démonstrations d'hostilité. Les Colapissas répondirent que trois jours auparavant, deux hommes blancs, qu'ils supposaient être des Anglais de la Caroline, étaient venus attaquer leur village à la tête de deux cente Chickassas et avaient emmené en esclavage plusieurs de leurs compatriotes $ que c'était à cause de cette circonstance qu'ils s'étaient mis en posture de défense, parce qu'ils avaient pris Bienville et ses compagnons pour des Anglais qui revenaient les attaquer. Le chef des Bayagoulas les détrompa et leiu: apprit que les étrangers qui venaient ainsi leur rendre visiffe étaient des Français, et, de plus, ennemis des Anglais. H leur assura que les Français n'avaiCnt d'autre intention que celle de solliciter leur amitié et de contracter alliance avec eux. Alors, les Colapissas mirent bas les armes et chacun se disputa à qui ferait un accueil plus amical aux Français.

Bienville, après avoir cimenté par des présents son union avec les Colapissas, retourna au fort, où il se reposa quelques jours. Ensuite il reçionta la rivière Pascagoulas dont les rives étaient habitées par ime branche des Biloxi et par la nation des M oélobies, et poussa son voyage jusque chez les Mobiliens. Toutes ces tribus firent un accueil amical aux Français.

Depuis la navigation de Lasalle sur le Mississippi, des chasseurs Canadiens ou coureurs de bois étendaient leurs excursions jusqu'au bord de ce fleuve, et des missionnaires auxquels leur zèle pieux ne permettait pas un instant de repos, tant qu'il y avait des honunes qtii ignoraient les bienfaits de la religion du vrai Dieu, s'étaient établis* parmi les Indiens sur le Ouabache, les Illinois et d'autres rivières qui versent leurs eaux tributaires dans le Mississippi. U y en avait même plusieurs qui s'étaient fixés sur les- bords du grand fleuve. Le

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08 [cHAF. nr.

169». 1er juillet, San voile eut le plaisir inattendu de recevoir la visite de deux de ces missionnaires qui résidaient chez les Taensas et les Yazous. Ces hommes saints qui étaient venus depuis peu porter la parolcde l'Evangile parmi les Oumas, ayant entendu dire qu'il y avait une colonie Française sur le rivage de la mer, s'abandonnèrent au courant du fleuve et arrivèrent au fort de Biloxi, après avoir traversé les lacs. Leurs noms étaient Montigny et Davion. Ce dernier avait son humble cellule sur une éminence située sur la rive orientale du Mississippi, entre les villfM» actuelles de St.- Francisville et des Natchez. Cette circonstance fit que Ton appela ce monticule la roche à Davion. C'est ' là que fut construit, depuis, le fort Adams. Ainsi la modeste hutte du solitaire^fit place à la caserne du sol* dat Sur cette éminence, le pasteur des trfbtis indiennes remplissait ses fonctions sacerdotales. Là, il enseignait les dogmes du christianisme aux sauvftges, et lorsqu^il avait dérobé une ame à Fidolâtrie, il puisait l'eau régénératrice du baptême dans le Vieux M eschacébé, et lavant la tache originelle, il versait sur le front du néophyte, l'innocence et l'inmiortalité du chrétien. Telle était la vénérati<Hi que les Indiens avaient pour cet honmie saint, que, même après sa mort, ils portaient leurs nouveau-nés sur la colline sacrée pour attirer sur leurs têtes les bénédictions du ciel.

Iberville,en remontant le fleuve, avait remarqué trois' issues, l'une sur le côté oriental, et deux autres sur le côté occidental, qui furent appelés le bayou des Chétimachas et le bayou Plaquemineâ. A son départ, il avait recommandé à SauvoUe de les faire explorer. En conséquence» celui-ci ordonna à Bienville et à des Canadiens de partir pour cette expédition.

A son retour, Bienville rencontra un bâtiment de guerre anglais, de seize canons, commandé par le capitaine Bar, qui luî £4;)prit qu'il avait laissé au bas du

fleuve un autre bâtiment de guerre de la même force, et 1699. que le but de son voyage était de sonder le lit du Mississippi, afin de s'assurer des facilités et des avantages qu'il y aurait à établir des colonies anglaises sur le bord de ce fleuve. Le capitaine anglais demanda à Bienville si le fleuve dans lequel il se trouvait était celui qu'il cherchait Celui-ci lui répondit que le Mississippi était beaucoup plus à l'ouest, que l'erreur dans laquelle il était tombé l'avait conduit dans une dépendance des colonies françaises du Canada, et que les Français avaient déjà un fort considérable et plusieurs ^autres établissements très étendus sur les bords du fleuve dans lequel il naviguait Le trop crédule Anglais ajouta foi à ce que lui dit Bienville, et rebroussa chemin. L'endroit où BienviUe fit cette rencontre était une pointe très avancée qui avsdt forcé le bâtiment anglais à s'arrêter, parce que le vent avait cessé d'être favorable pour la contourner. Telle fut l'origine du nom de Détour des Anglais, que porte aujourd'hui cette partie du fleuve, à cause du détour que les Anglais auraient eu à faire pour continuer de le remonter. Bienville réussit ainsi à déjouer les projets du capitaine Bar, qui fut la dupe d'im mensonge heureux.

Lorsque Bienville était à bord du bâtiment anglais, un mgénieur français, qui y était employé, lui remit un méifioire qu'il Iç pria d'envoyer à la cour de France. Ce mémoire était signé par quatre cents familles protestantes, qui s'étaient réfugiées dans la Caroline après la révocation de l'édit de Nantes. Elles demandaient au gouvernement la permission de s'établir à la Louisiane, à condition que la liberté de conscience leulr serait accordée. Le comte de Pontcha£train leur répondit, au nom du roi, son martre, que son souverain n'avait pas chassé les protestants de son royaume en Europe, pour qu'ils formassent une république dans ses domaines américaiiKK. CesX^ sous ces tristes auspices de l'intolérance

1699. religieuse et du despotisme, que la colonie de la Louisiane fut fondée, et c'est leur maligne influence qui l^a fait languir si long-temps dans une douloureuse enfance. Le 7 décembre 1699, on entendit des coups de canon en mer qui annonçaient l'approche d'une flotte. Cette flotte était française, et apportait la nouvelle que le roi avait nommé Sauvolle gouverneur de la Louisiane, Bienville lieutenant-gouverneur, et Boisbrîant major du fort Biloxi.

1700. Iberville, qui était revenu avec cette flotte, ayant appris que les Anglais méditaient un établissement sur le Mississippi, résolut de les prévenir, cjt partit dans ce dessein le 17 janvier 1700. Sauvolle, donnant au ministre connaissance de cette expédition d'Iberville, s'exprime ainsi dans une dépêche du 1er avril :

**Je souhaite que son bonheur l'accompagne en cette occasion, ^our le bien du roi, et qu'il trouve de quoi le dédonunager des dépenses qu'il a faites. Je suis sûr que personne ne peut se donner plus de peine qu'il ne fait. Rien ne lui est difBcile. S'il y a quelque possibilité d'exécution dans ce qu'il entreprend, on peut y cèmptier sûrement. Je suis outré de n'être point de ce voyage, pour les lumières que j'en eusse pu tirer. J'espère que la cour me mettra à portée, l'année prochaine, si l'on s'établit dans la rivière, de faire quelques découvertes. Cô que je né saurais faire ici, Biloxi, tant les environs sont peu de chose 1"

Sauvolle, en efiet, deyait être mécontent de l'endroit que l'on avait si maladroitement choisi pour fonder un établissement, car, outre que le pays ne pouvait offrir aucune ressource, il y faisait si chaud au 1er d'avril» q[ue les Français ne pouvaient travailler que deux heures le matin et deux h* res le soir pour défricher autour du fort. * D'ailleurs, tout le monde était malade de dyssenterie ; si le printemps se montrait sous un aspect aussi peu favorable, l'hiver n*en avait pas été m<Aûa rigoo-

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reux. n avatt été très venteux et très firoid. Le vent 1700. du nord s'était fait sentir très vivement pendant tout le piois de février, et avait tellement refroidi l'atmosphère, que Teau glaçait dans les verres en les rinçant. Souffrant de ces alternatives de chaleur ou de froid intense, il n'est pas étonnant que les colons, jetés sur ime plage sablonneuse et aride, soient tombés d^-ns le découragement. En effet, ils ne devaient savoir quel parti tirer de leur position. Car les populations sauvages qui les environnaient n'étaient pas assez riches pour alimenter un commerce actif. Sauvolle lui-même écrit à ce sujet au ministre :**Plus j'ai de connaissance-^ de ces espèces de nei^ tions, plus leur misère me saute aux yeux. Si l'espoir de trouver quelque mine ne réussit point, la cour ne saurait être remboursée des dépenses qu'il lui faut faire, hormis qu'elle ne permette la descente du castor par ici, ce qui ne sera pas ruineux pour le Canada. ' La laine de bœui* est encore un article à ne pas négliger. Les sauvages en peu de temps en feraient des amas, au lieu de la laisser perdre quand ils ont tué des bêtes, et ils nous les descendraient pour rien ou du moins pour des bagatelles."

Voilà toutes les ressources que Sauvolle découvrait à cette époque dans la Louisiane. Du point de vue où il était placé, du rivage de Biloxi eu il était confiné, il ne pouvait en apercevoir d'autres. C'était sur le Mississippi qu'il fallait s'établir, et Iberville avait eu raison d'y porter de suite son attention. Il était donc parti avec^ cinquante Canadiens pour cette exploration, après avoir oidonné à Bienville de traverser les lacs, et d'aller demander aux Bayagoulas des guides pour lui faire connaître la partie du fleuve la plus rapprochée de la mer, qui ne fttt pas sigette aux inondations. Bienville réussit dans sa mission, et fut conduit (ptr les Indiens à une terre hante qui se trouvait à. cinquante-quatre inilles de la mer. Là, il fut bientôt rejoint par Iberville, qui y ordonna Térection d'un fort.

72 OHAP. IV.]

1700. Vers le milieu de février, ils avaient eu le plaisir de recevoir parmi eux le chevalier de Tonti, qui avait descendu le fleuve avec sept hommes. Le brave compagnon de Lasalle avait entendu parler d'une colonie française établie à la Xiouisiane, et était parti pour s'assurer de la réalité du fait. Le chevalier, après s'être reposé trois jours, remonta le fleuve avec Iberville et Bienville. Us séjournèrent parmi les Bayagoulas jusqu'au 1er de mars, et se rendirent ensuite au village des Oumas, qui les reçurent avec hospitalité. Il existait entre ces deux nations une guerre cruelle que les Français eurent la satisfaction de terminer.

Des Oimias, les Français allèrent aux^Natchez. La nation qui portait ce nom avait été extrêmement nombreuse, mais elle avait été réduite par des guerres fréquentes, et ne comptait plus que douze cents guerriers. Un missionliaire, nommé St. Come, était arrivédepuis peu du Canada, et s'était fixé parmi eux. Le roi, ou le grand Soleil de la nation, informé de l'approche des Français, sortit de son palais; porté par quelques-uns de ses sigets, et, suivi de tout son peuple, il s'avança vers les étrangers qu'on lui avait annoncés, et les reçut avec courtoisie. Ces Indiens paraissaient être plus civilisés que toutes les nations qu'Iberville avait vues jusqu'alors. Ils conservaient dans un temple un feu perpétuel, que des prêtres étaient chargés de nourrir avec soin, et dépo- 43aient sur un autel consacré au sç^eû les prémices de leurs chasses.

Il est curieux d'observer les rapprochements qui existent entre les difierentes religions des hommes. On ne peut se défendre de quelque sentiment d'étonnement en trouvant dans les forêts de la Louisiane un culte du soleil semblable à celui #s anciens Persans et une institution qui rappelle le culte de Vesta chez les Romains. Cependant ces analogies n'ont rien de mystérieux ; ellesr s'expliquent iiatureHûpsient. Les hommes, en regar-

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dant antour d'eux, ouït deyîné la divinité et Font cher- ^Wi, chée dans les objets qui les environnaient De toutes lea merveilles de la création rien ne dut les frapper d'une admiration plus forte que cet astre superbe qui est Tame du monde et qui, suivant un auteur sacré, est l'ombre de Dieu dans le ciel. Aussi, on lui éleva des autels par toute la terre et des actions de grâces lui fhrent rendues avec des rites plus ou moins différents.

Pendant que les Français étaient parmi les Natchez, une scène épouvantable les glaça d'horreur. L'un des temples, ayant été frappé par la foudre, devint la proie des flammes. Les prêtres sollicitèrent les femmes Indiennes de jeter leurs enfants dans le feu pour apaiser la colère de leur divinité. Ils ne réussirent que trop à étouffer par le fanatique la plus puissante des affections, et des mères précipitèrent dans les brasiers de l'incendie le fruit de leurs entrailles. Quatre de ces innocentes victimes avaient déjà péri, lorsque les Français par des menaces et des prières empêchèrent la continuatiou . du sacrifice infernal.

Iberville, enchanté du pays des Natchez et convaincu que c'était la partie de la province qui convenait le mieux à l'établissement d'une colonie, traça le plan ' d'une ville sur une hauteur située au bord du fleuve, et lui donna le nom de Rosalie que pc^rtait la comtesse de Pontchartrain. Le 22 mars, IbervUle retourna au fort qu'il avait construit sur le Mississippi, et Bienville partit aveo^uelques Canadiens et un certain nombre d'Indiens pour le pays des Yatassés, qui habitaient la partie occidentale de la Louisiane. De-là, il poussa ses explorations jusqu'aux Ouachitas et jusqu'aux Natchitoches. Il n'aoquit qu'une connaissance imparfaite du pays et n'entendit parler d'aucun étabUdsement Espagnol dans le voiânage.

Sur ces entrefaites, Iberville partit pour France afin

d'y nhorcher de nouveaux secoius; et laissa à Bienville

I70t>. le commandement du fort qull avait fait construire sur le Mississippi. Les progrès de la colonie menaçaient d'être extrêmement lents ; les colons ne pensaient qu'à étendre leurs découvertes dans l'espoir d'arriver à quelque mine d'or- ou d'argent ; la terre n'était pas cultivée et c'est de St.-Domingue que les colons recevaient leurs moyens de subsistance. Aussi, ils fiirent souvent en proie à la famine la plus horrible ; la maladie se joignit à la misère et le nombre des colons diminua si ra-

1701. pidement, qu'en décembre 1701, il y avait à peine cent cinquante personnes daiis la province.

Sauvolle lui-même n'avait pu survivre à tant de malheurs. Il mourut le 22 juillet, et Bienville lui succéda comme gouverneur de la colonie. Telle en était la triste situation, lorsque Iberville revint avec deux vadsseaux de ligne et un brick, qui portaient des troupes et une quantité de provisions. D'après les volontés du roi qu'il transmit à Bienville, celui-ci laissa vingt hommes sous les ordres de Boisbriant au fort de Biloxi et transporta le siège principal de la colonie sur le côté occidental de la rivière de la Mobile, à peu près à l'endroit où est située maintenant la viUe de la Mobile. Outre ce nouvel établissement sur la rivière de la Mobile, on en fît un autre à l'ile du Massacre sur laquelle, lors de sa première découverte, on avait trouvé une très grande quantité d'ossements humains, et que l'on avadt appelée pour cette raison l'île du Massacre. Ce nom, qui parut de mauvais augure et qui sonnait mal à l'oreille, fut changé, et fit plaeç à celui de rîle Dauphine. Iberville, sentant qu'il fallait cultiver la^ terre pour prévenir le retour d'une disette semblable à celle qui avait déjà affligé la colonie, écrivit au gouvernement Français pour lui demander avec instance des laboureurs.— "Il faut trouver les moyens, disait-il, d'envoyer des laboureurs à la Louisiane. Car des gens à leur aise en Foince q^ voudraient pas volontiers y aller.

Ce n*est pas le penchant des Français de quitter pour si 1701. loin leur pays quand ils y ont leurs commodités. Ce qui fait que nos colonies avancent si peu, c'est qu'on n'y envoie que des gueux ptour s'y enrichir, qui y passent leur vie avant d'être en état de faire des entreprises et la colonie languit pendant ce temps là."

Iberville,qui mettait si bien le doigt sur la plaie des colonies Françaises, ne fit pas un long séjour dans la Louisiane, à laquelle il avait rendu la vie et l'abondance, filais où il avait eu la douleur de perdre son frère Sauvolle, et se hâta de repartir pour France.

Sur ces entrefaites, la Grande Bretagne avait dé- 1703. claré la guerre à la France et à l'Espagne. L'état de * faiblesse dans lequel se trouvait alors la colonie de la Louisiane n'empêcha pas BienviUe d'envoyer, en 1703, des secours efiectifs en hommes, munitions et provisions aux villes de Pensacola et de St.- Augustin que menaçaient les Anglais de la Caroline du Sud.

En 1704, la colonie éprouva une disette si cruelle 1704. que les habitants furent obligés de se séparer et de se répandre çà et là, le long des côtes, pour vivre du produit de leur pêche. Ds allaient peut-être succomber à l'excès de leur misère, lorsque le gouverneur de Pensacola leur envoya à son tour des secours et paya aiur si la dette de reconnaissance qu'il avait contractée l'année précédente. L'arrivée peu après d'im navire venant de France, sous le commandement de Chateaugné, frère de BienviUe et d'Iberville, et chargé de munitions et de provisions, rétablit l'abondance parmi les colons. Ce navire portait aussi dix-sept personnes qui venaient s'établir dans la colonie avec une ample quantité d'instruments aratoires, dont pn avait grandement besoin.

Malgré la guerre active qui se faisait en Europe, le gouvernement Français ne perdait pas de vue ses étsihUssements à la Loukiane ;^ m date (lu 30 janvier

TO [OUAP. IT

1704. 1704, le ministre écrivait à BieniriUe : ^Sa Majesté envoie vingt filles pour être mariées aux Canadiens et autres qui ont commencé à se faire habitants de la Mobile, a&n que cette colonie ptftsse s'établir solidement» Toutes ces filles sont élevées dans la vertu et la piété et savent travailler. Ce qui les rendra très utiles à cette colonie en montrant aux filles des saunages ce qu'elles savent faire. Afin qtfil n'en fut point envoyé que d'une vertu connue et sans^reproche, Sa Majesté a chaîné révoque de Québec de les tirer des endroits qitt ne peuvent être soupçonnés d'aucune débauche. Vous aurez soin de les établir le mieux que vous pourrez et de les marier à des h<»nmes capables de les faire subsister avec quelque sorte de commodité."

Cette lettre démontre combien est mal fon<^ l'impression générale qui admettait conmie chose prouvée que, dans la première période de la c<donisation, le gouvernement n'envoyait à la Louisiane que dés filles perdues, sorties des lieux de prostitution et de tous les réceptacles du vice.

1705. L'année 1705 fut malheureuse pour les colons. S'il leur arriva de France, dans un vaisseau de 50 canons conmiandé par Decoudrây, un surcroit de garnison de soixante-quinze soldats, vingt-trois filles, cinq prêtres, deux sœurs grises qui devaient être chaigées du soin de l'hôpital, et une grande quantité de vivres et de munitions de toute espèce, ils n'en eurent pas oobQîïis à sonfinr des attaques des Indiens qui leur tuèrent quelque monde, et^d'une cruelle épidémie qui leur enleva trente<inq personnes. Ce qui était une perte considérable, va leur petit nombre. Ils eurent aussi la douleur d'apprendre que les établissements Français sur le OuAr bâche avaient été entièrement détruits par les Indiens» alliés des Anglais.

1706. Vaxmée 1706 ne commença pas sous de meilleurs auspices. Les {ndienfkf^xtout les Chactas et les Chic-

SF^

i kassasy se battaient entr^eux avec fiireur. Les Fran- 1706. çais étaient souvent impliqués dans les querelles que faisaient naître les haines héréditaires des sauvages et perdaient quelques-uns des leurs dans les escarmouches qui. avaient lieu lorsqu'on s'y attendait le moins. La disette même se fit sentir, et Bienville écrivit à ce sujet au ministre : ^Les Espagnols n'ont pu nous aider que de blé dinde. Les hommes qui sont à la liouisiane s'accoutument à en manger, mais les femmes qui sont pour la plupart Parisiennes en mangent avec peine. Ce qui les fait beaucoup pester contre monseigneur l'évéque de Québec, qui leur avait fait entendre qu'elles seraient dans un pays de promission. Il est venu cinquante hommes du haut du Mississippi avec rintention de s'établir ici."

Pour comble de malheur, les colons, au lieu de s'unir pour résister aux sauvages, et pour combattre la famine qui les menaçait, se querellaient entr'eux ; la discorde régnait en souveraine parmi cette poignée d'honunes. M. de Lasalle, qui était le commissaire ordonnateur de la colonie, faisait tout ce qu'il pouvait pour nuire à Bienville, et écrivait au ministre^ en date du 7 septembre 1706 : "Iberville, Bienville et Chateaugné, les trois frères, sont coupables de toute espèce de méfaits, et sont des voleurs et des fripons qui dilapident les effets de Sa Ma^ jeaté!..."

Gomme si ce n'était pas assez de la mésintelligence qui existait entre le gouverneur et le conunissaire-ordonnateur, le curé de la Mobile, M. de la Vente, se mit de la partie, aiosi qu'en fait foi la dépêche suivante de M. de Boisbriant, conmiandant de Biloxi : ^Le curé de la Vente s'Mt défdafé ouverteBftent contre le sieur de Bienville sans en avoir sxQeU Je leur aurais laissé vider leur différend, ai le service de Sa Mi^esté ne s'y trouvait intéressé. Le sieur de Ta Vente a voulu persuader aux habitants qiie la misère où ils Qe^tttffinrent, faute de vivres.

78 [oBAP.. ly.

1706. vient de ce que le rieur de Bienville n'a pas infonné Sa^ Majesté de la nécessité qu'il y avait d'envoyer plus sou- \imt des vaisseaux à la Mobile ; mais sur ce qu'il n'a* rien pa gagner auprès d'eux, parce que le sieur de Bienville It's roulage autant qu'il le peut, et que d'ailleurs ils en sont fort contents, il s'est tourné du côté des soldats, dont un grand nombre est malade, et, sous prétexte d'entrer dans leurs peines, il leur a distribué l'argent qui lui a été remis par le sieur de Lasalle, écrivain, par ordre du dit sieur de Bienville, comme une charité qu'il leur faisait, leur faisant entendre qu'il représentait continuellement leur misère au sieur de Bienville, leqi^el n'en faisait aucun cas. Le curé se vante à tout le monde de faire rappeler le sieur de Bienville, et il a eu la hardiesse de l'en menacer lui-même, et cela avec de grands emportements ; à quoi M. de Bienville a répondu avec beaucoup de retenue. Tous les ecclésiastiques qui sont avec M. de la Vente souffrent beaucoup de sa mauvaise humeur. Un homme d'un pareil tempérament n'est guère propre pour l'établissement d'une pareille colonie. Tous les habitants demandent avec beaucoup d'empressement qu'il soit rappelé, et il y en a même plusieurs qui auraient quitté s'ils en avaient eu la commodité."

A côté de cette dépêche, dans les cartons du ministère de la marine, il en est une autre que l'on ne peut parcourir sans sourire, et qui fait voir que toutes les puissances de la colonie s'étaient liguées et coalisées iscmtre M. de Bienville. Ainsi, il n'est pas jusqu'à la Supérieure des filles envoyées à la Louisiane qui ne s'avise d'écrire au ministre que M. de Boisbriant, récemment promu au grade de major de la Mobile, avait eu dessein de l'é- * pouser, mais que le sieur de Bienville et son frère l'en avaient empêché. Elle ajoute naïvement : ^11 est clair que M. de Bienville n'a pas les qualités nécessaires pour gouverner la colonie."

1707. L'année 1707 n'aqy^|a^|^ère .d'amélioration dans le

MAF. IT.] 7U

%8ort des colons. Us contfainèrent de traîner une vie pé- no7. nible, et eurent encore le chagrin d'apprendre la mort de leur infatigable protecteur, Ibervi lie, tjui était pafjA^ de France pour attaquer la Jamaïque et Charleston, et qui s'était arrêté à St, Domingue, où jl ttait mort de la fièvre jaune. Les Alibamons menaçaient contiimellement leur existence, et leurs cœurs étaient attristés par les guerres terribles des Chickassas et des Chactns, qui se massacraient avec une férocité inouïf , D'un autre c6té, la guerre intestine entre les autorités de la province ne faisait que croître en intensité. Le père Gravierj jésuite, s'était décidé à prendre fait et cause pour Bienville, qu'il défendit auprès du ministre par une lettre du 27 février. Dédaignant toutes ces cabales, Bienville ne paraissait en avoir aucun souci, et, rendant compte au ministre de l'état de la colonie, par une dépêche en date du 20 février, il passa sous silence toutes ces intrigues, à l'exception de l'opposition qui lui était faite par M- de Lasalle :

"Je prends la liberté, monseigneur, écrivit-il au ministre, de rendre compte à votre grandeur de l'état où se trouve à présent la colonie. Nous manquons de vivres, et pourtant il en faut, non seulement pour ma garnison, mais^ncore pour les habitants, qui n'ont pas encore fait d'habitations assez grandes pour subsister d'eux-mêmes. Ils me représentent souvent leurs peines de n'avoir ni nègres ni bœufs pour apprêter leurs terres, que ce pays est très mal sain, et qu'ils se trouvent malades dans des temps où ils devraient faire leurs semences. Je leur assure que votre grandeur les secourra, et que la guerre

* seule leur cause tomt le mal qu'ils souffrent. L'espérance d^an avenir plus heureux les console. Ce qui est certain, c'es^que le retardement des vaisseaux destinés pour la Louisiane réduit cette colonie à des extrémités fâcheuses, auxqueUes on ne peut remédier que par des dépenses eonsidérable« au roi. '• . .

te ' . [CHAP. IV.

1*707.2 des habitants ce qui leur est dA. Il m'a* donné à enten- * dre que maintenant que M. d'Iberville était mort, je n'avais personne qui pût me protéger en cour, et qu'il ne me craignait pas du tout.**

L'événement fit preuve que M. de Bienville avait eu tort de se croire au-dessus de toutes ces intrigues et de ne pas entrer dans une défense plus vive et plus détaillée de sa conduite ; car, le 23 juillet, le ministre lançait pour l'arrestation de Bienville une ordonnance conçue en ces termes l

"Sa Majesté, ayant été instruite par plusieurs lettres écrites de la Louisiane que le sieur de Bienville, qui y commande, a prévariqué dans ses fonctions et qu'il s'est , appliqué plusieurs effets appartenant à Sa Majesté, a enjoint au sieur de Muys qu'elle a choisi pour gouverneur de ce pays de vérifier les faits avancés contre lui, suivant les mémoires qui lui sont remis, de le faire arrêter s'ils sont véritables et de l'envoyer prisonnier en France."

Il est à remarquer que le gouvernement préjugecdt la question et se prononçait contre Bienville avant de ravoir admis à faire sa défense. Tant les accusations sont crues facilement lorsqu'elles viennent de loin et qu'elles s'adressent aux jalouses méfiances des gouvernements despotiques I ï^n effet, il était dérisoire de laisser à son successeur le soin de décider s'il y avait lieu de le poursuivre et, dans ce cas, de l'envoyer» prisonnier en France. Les plus simples notions de justice voulaient qu'il fut simplement rappelé et loœmé de venir rendre compte de sa conduite. La nouvelle de sadisgrace lui étant secrètement parvenue, il voulut se hâter de prévenir le coup qui le menaçait, et, feignant de l'ignorer, il écrivit au gouvernement pour demander son congé et la permission de passer en France. Le^ habitants de la Mobile, ayant été informés de cette déinarche de Bienville^j^i^uel ils étaient ex^Qientent at-

tachés, adressèrent une requête au ministre, suppliant, 1707. si op accordait à Bienville sa demande, de le renvoyer • aussitôt qu'il se pourrait, parce qu'ils en étaient tous^ très contents et qu'il leur procurait tous les secours dont , ils avaient besoin.

Le 25 février 1708, M. de Bienville, ayant appris que 170S. M. de Muys, qui venait pour le remplacer, était mort à -la Hav^^ne, écrivit au ministre pour lui donner connaissance de cet événement. M. Diron d'Artaguette, que l'on avait a(]yoint comme commissaire-ordonnateur à M. de Muys, en remplacement de M. de Lasalle, des- titué, avait été plus heureux que son compagnon de voyage et était arrivé sain et sauf à la Louisiane. M. de Bienville, étant alors officiellement informé qu'il avait été porté plusieurs plaintes contre lui et que M, de Muys avait eu l'ordre d'en prendre connaissance, pria M. d'Artaguette, vu la mort de M. de Muys, de s'informer auprès des habitants des faits qui avaient été ' avancés contre lui et qu'il assurait être faux, attendu qu'il n'avait jamais eu d'autre but que de servir fidèlement Sa Majesté. M. de Bienville, dans la lettre qu'il adresse au ministre, en date du 25 février, pour lui annoncer la demande qu'il a feite à M. d'Artaguette, termine en disant, non sans quelque amertume : ^qu^U n'a

pu savoir du sieur (TArtaguette la nature des plaintes portées contre lui, le sieur d^Artaguette lui ayant répondu qu^û atvait ordre du gouvernement de ne les point cammuniquer ; et que^ par conséquent^ lui^ Bienville^ se trouve

^ dans la dure nécessité de ne pouvoir se justifiera

Bienville avait certainement raison de se plaindre de cette manière ténébreuse et inquisitoriale de procéder contre lui, laquelle était si contraire aux principes les plus vulgaires de justice et d'équité. Mais le rapport de d'Artaguette, fait le 26 février, fut loin de lui être défavorable. Ce rapport annonçait au ministre que toutes les accusations postées cootiie Bienville étaient de

1708 misérables calomnies. Le majoar Boisbriant y joignit une , lUtestation confirmant les conclusions de d'Artaguette. Mais M. de Lasalle, qui avait été destitué en même temps que BienviUe, ne se tint pas pour battu, et, renouvelant ses accusations, affirma que d'Artaguette ne devait pas être crû concernant M. de BienviUe, attendu qu'il s'entendait avec lui et que Fun ne valait pas mieux que Vautre. Non content d'attaquer avec violence Bienville et d'Artaguette, c'est-à-dire l'accusé et le juge d'enquè- ' te, il dénonça au ministre le chirurgien de la colonie, ' nommé Barrot, et le flétrit des titres : dUgnorant, (Tivro- . gne et de voleur Çui vend â son profit les remèdes du roi, La colonie, pendant que ses chefs luttaient ainsi de haine et d'hostilité, ne pouvait guère prospérer. Voici quel en était l'état, en août 1708, d'après l'exposé suivant, envoyé en France par l'ex-commissaire ordonnateur, M. de Lasalle :

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