‹ Histoire de la Louisiane (volume 2)Chapitre 9 sur 49 · SECONDE EXPÉDITION DE LASALLE. — 8A MORT · texte numérisé non relu

SECONDE EXPÉDITION DE LASALLE. — 8A MORT

Lorsque Lasalle remonta le fleuve, pour retourner au 1684. Canada, il courut plusieurs fois de grands dangers de la part des Indiens, qui lui dressèrent des embûches, aux-^ quelles il n'échappa que par sa prudence et son courage. Arrivé au fort Prudhomme, LasaUe y fit une longue maladie, qui l'y retint deux mois. Mais destiné à une mort tragique, il recouvra sa santé, et retourna à Québec, où son arrivée, à la fin de septembre, causa la joie la plus vive. On ne se lassait pas de prodiguer des témoignages d'adnuration à l'homme courageux qui avait exploré le Mississippi jusqu'à son embouchure. Impatient de revoir la France, et d'y porter la nouvelle de sa grande découverte, il se déroba aux félicitations et à Fenthousiasme des Canadiens, et partit pour aller faire à son souverain l'hommage des contrées immenses qu'il lui avait acquises. Mais à cette époque l'on était loin de se douter de leur importance, ainsi que le prouvent les instructions suivant^ envoyées paur le gouvernement français à M. Lefèvre de La Barre, gouverneur du Canada :

"Plusieurs particuliers, habitants du Canada, excités par l'espérance des profits qu'ils trouveraient dans le commerce des pelleteries aVfec les sauvages, ont entrepris en différents lieux des découvertes dans le pays des

Nadouessioux, la rivière Mississippi et autres endroits

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1684. de r Amérique septentrionale ; mais comme Sa Majesté n^estime pas que ces découvertes soient avantageuses^ et qu'il vaut mieux s'appliquer à la culture de la terre dans les habitations défrichées, Sa Majesté ne veut pas que M. de La Barre continue à donner de ces permissions de découvertes, mais seulement qu'il laisse achever celle commencée par M. de Lasalle, jusques à l'embouchure de la rivière Mississippi, en cas que, par l'examen qu'il en fera avec l'intendant, il estime que cette découverte puisse être de quelque utilité J'^

Arrivé en France, Lasalle fut présenté au roi, qui lui fit l'accueil le plus flatteur; il fut caressé et fêté àl'envi par la grandeur et la beauté. Il y eut réaction dan» l'opinion publique, et, au lieu de mettre aucun obstacle ^ux découvertes, c'était à qui aurait voulu y donner des encouragements, ou même se charger d'en faire. Les récits éloquents de Lasalle furent écoutés avidement, et il ne fut plus question à la cour que des cataractes, des forêts mystérieuses et des mines d'or et d'argent du nouveau monde, enfin de toutes les chimères brillantes que se créent des imaginations ardentes dans d^s moments d'exaltation. Louis XIV, àont on a dit qu'il avait l'ambition d'un grand roi, s'il n'en avait pas le génie, donna au ministre de la marine, le marquis de Seigneley, fils de l'illustre Colbert, l'ordre de faire préparer une expédition à La Rochelle, destinée à porter une colonie française à la Louisiane, sous le commandement de Lasalle. Il était loin de se douter alors, le plus fastueux et le plus absolu de tous les despotes, que dans ces déïierts de l'Amérique, où il envoyait quelques colons, le genre humain retrouverait ses titres perdus depuis si long-temps, et que la voix de la liberté les proclamerait à la face du monde ; qu'au son de cette voi^ tous les trônes de l'Eu, rope seraient ébranlés, et qiie le sien surtout écraserait sous ses ruines la tête couronnée de l'un de ses descendants !

Digiti

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Les volontés du roi furent prômptement exécutées, et 1€84. le vaisseau le Joli, la frégate l'Aimable, le brick la Belle et le quaiche le St. François mirent à la voile pour cette expédition, spus le conmiandement de Beaujeu. Douze jeunes gens de bonnes familles accompagnèrent Lasalle comme volontaires. Le gouvernement lui accorda une compagnie de cinquante soldats, et avança libéralement de l'argent, des provisions de toute espèce, et une grande quantité d'outils aratoires à douze familles qui consentirent à émigrer. Des ouvriers, et cinq ministres de la religion, parmi lesquels se trouvait un frère de Lasalle, firent aussi partie de l'expédition. A part les officiers et les équipages, cette troupe se composait de deux cent cinquante personnes. C'est avec ces faibles moyens que l'on allait chercher à coloniser un pays dont l'étendue, ^ comparée à Celle de la France, l'eût fait paraître conmie un point dans l'espace.

11 était facile de prévoir, d'après la mésintelligence qui régnait entre les chefs de cette expédition, qu'elle ne réussir^-it pas. On en peut juger par ces deux lettres adressées au ministre par Beaujeu, qui conunandait la flotte : 4

Beaujeu au ministre,

30 mai 1684.

^, "Vous m'aviez ordonné, monseigneur, d'apporter toute hk facilité que je pourrais à cette entreprise. J'y contri- • buerai autant qu'il me sera^ossible. Mais permettezmoi de m'en faire un grand mérite auprès de vous, car /ai biçt^^e la peine à me soumettre aux ordres du sieur Lasalle que je crois brave homme, mais enfin qui n'a jamais fait la guerre qu'à des sauvages, et qui n'a aucun caractère^ au lieu qu'il y a treize ans que je suis capitaine de vaisseau et trente ans que je sers tant par terre que par mer. Outre cela, il m'a dit, monseigneur, que vous lui aviez substitué au commandement le sieur de Tonti, en cas qu'il vînt à mourir. En vérité,

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1684. cela m*est bien nide> car quoique je n*aie point connaissance de ce pays là, allant sur les lieux, je serais un bien malhabile homme, si je n'en savais pas autant qu'eux au bout d'un mois. Je vous supplie donc, du moins, monseigneur, que je partage le commandement avec eux et qu'il ne s'y fasse rien pour la guerre sans moi, car, pour leur commerce^ je ne veux ni ne prétende en avoir aucune connaissance. Je crois même que cela sera utile au service du roi, car si nous sommes attaqués par les Espagnols, je ne puis pas me persuader que des gens, qui n'ont jamais fait la guerre, leur puissent résister et s'y servir des ave^ntages que les occasions et l'expérience donnent dans le métier. C'est la grâce que vous demande, et suis avec respect, monsei-

^ gneur, &c., fec."

Beaujeuau ministre,

24 juin 16&I.

"Le Joli est enfin prêt, et j'espère le descendre demain à la rivière. Il ne tiendra qu'à M. de Lasalle de partir quand il lui plaira. On n'a pu mettre dessus qâe six mois de vivres pour cent soldats et Jiuit pour soixante et dix matelots. Comme M. de Lasalle, jusqu'ici, ne m'a point fait, part de son dessein et qu'il change à tout moment de résolution, je ne puis peis ré^ pondre si cela suffira pour son entreprise. C'est un homme si défiant et qui a tfllement peur qu'on ne pénètre dans ses secrets, que je n'ose lui rien demander, s'étant scandalisé de ce que je lui dis un jour qu'il serait à propos de savoir de quel côté nous devrions tourner pour choisir un pilote qui ait été siw les lieux. Jusqu'ici, il ne s'est point voulu expliquer clairement, et nous n'en avons point encore. Sa délicatesse a été jusqu'à me dire qu'il fallait empêcher <pi que* ce soit de prendre hauteur sur le bord, ©t sijr ce que je lui répondis que je retirerais tous les instruments pour cela, n[iais qu'il

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était impossible de l'empêcher à des gens du métier, puisque deux bâtons suffisaient, à moins que de cacher le soleil, il me témoigna n'être pas satisfait de 1684. ma réponse. Je vous avais représenté, monseigneur, par ma dernière lettre, le tort que cela pourrait me faire d'obéir à M. de Lasâlle, qui n'a aucun caractère et qui n'a jamais conmiandé qu'à des écoliers, et vous priais de partager au moins le commandement entre nous.''&c., &c. De Bbaujeu.

On n'eut point égard aux représentations de^M. de Beaujen qui partit de France, le 4 juillet 1634, et se dirigea vers l'île d'Hispaniola. Mais avant d'y arriver, il fut assailli par une tempête affreuse qui dispersa sa petite flotte. L'Aimable, la Belle et le Joli réussirent i

à entrer dans le port du Petit Goave ; le St.-François, qui était mauvais voilier, fut pris par un corsaire espagnol. Une indisposition assez grave força Lasalle de passer quelque temps au Petit Goave. Dans cet intervalle, ses compagnons dont un climat brûlant faisait fermenter le sang, se livrèrent à toute espèce d'excès et plusieurs en devinrent les victimes. Là flotte remit en mer le 25 novembre, et le 27 décembre, elle se trouva dans lé 28ème degré de latitudeNord et^ dans trente brasses d'eau. Lasalle et Beaujen, s'étant dirigés alors veis le ouest-nord-ouest, aperçurent la terre le 29 et se trouvèrent dans six brasses d'eau.

Personne ne connaissait la côte, et Lasalle, ayant remarqué qu'il y avait un fort courant vers l'Est, présuma qu'il était près des Apalaches. La terre paraissait être très basse et boisée. Continuant de cingler vers le ouest-nord-ouest, il chercha, mais en vain, l'entrée du Mississippi pendant plusieurs jours. Lasalle, craignemt d'avoir paasé le fleuve, proposa à Beaujeu de rétrograder, mais celui-ci ftit d'ime opinion .différente. Six jours s^écooJér^t sans que les deux che& eussent pris aucu-

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