‹ Histoire de la Louisiane (volume 2)Chapitre 16 sur 49 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

CRÉATION DE LA COMPAGNIE DES INDES ou DU MIBSISSIPPI.-BIElf- VILLE EST RENOBfMÊ GOUVERNEUR DE LA LOUISIANE.— IL FONDE LA NOUVELLE-ORLÉANS.

1717^ La compagnie OccidentcJe, on compagnie des Indes devait être composée d'actionnaires, à cinq cents livres par action^et ces actionnaires pouvaient être non seulement des siyets du roi de France, mais des étrangers. Le capital était de cent millions. Les articles suivants étaient les principaux de la charte.

La compagnie av€dt le privilège exclusif de fiEure le ^ commerce avec la Louisicme pendant vingt-cinq ans ; elle avait aussi le privilège exclusif d'acheter les peaux de castor du Canada, et ce privilège devait durer depuis le premier janvier 1718 jusqu'au 81 décembre 1742. Le roi se réservait le droit, après avoir pris tous les renseignements nécessaires, de fixer la quantité de peaux que la compagnie serait tenue d'acheter des Canadiens, et le prix que Jes Canadiens en pourraient demander.

Elle avait le pouvoir de faire la guerre ou la paix avec les Indiens. On lui accordait la propriété absolue de toutes les' mines qu'elle pourrait découvrir et exploiter.

Elle avait la faculté de fEÛre des concessions de terres, de construire des forts, de lever des troupes, de nom-

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mer les gouverneurs de la colonie et les antres offi- 1717. ciers, qui cependant ne pouvaient être commissionnés que par le roi, sur présentation faite par les directeurs de la compagnie.

Elle était autorisée à construire des bâtiments de guerre et à faire couler des pièces d'artillerie.

Elle pouvait nommer les juges inférieurs et tous les autres officiers de justice, le roi s'étant réservé seulement la nomination du conseil supérieur.

Les militaires pouvaient entrer au service de la compagnie sans perdre pour cela leur grade dans l'armée ou dans la marine, et les services qu'ils rendraient à la compagnie devaient leur être comptés conune s'ils avaient été rendus au roi.

On ne pouvait saisir, ni entre les mains des directeurs de la compagnie, ni entre celles de son caissier, de ses c<mmiis et préposés, les effets, actions ^et profits des actionnaires, excepté en cas de faillite, banqueroute ouverte, ou décès des dits actionnaires.

Pendant la durée de la charte, les habitants de la Louisiane devaient être exempts de tout impôt, et les marchandises de la compagnie devaient être libres de tous droits d'entrée ou de sortie.

Quant aux droits de la compagnie sur le sol de la Louisiane, dans toute son étencftie, elle avait le privilège d'en posséder toutes les portions sur lesquelles elle ferait des améliorations permanentes.

Enfin, la compagnie était revêtue de toute espèce de pouvoirs et de privilèges, à condition qu'elle jureredt foi et hommage au roi et fournirait, à chaque nouveau règne, une couronne d'or de trente marcs.

La Louisiane, quant à la juridiction ecclésiastique, devait continuer de faire partie du diocèse de Québec ; la compagnie devait bâtir des églises et en payer le clergé. Elle s'engageait à faire transporter

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1717. dans la colonie, pendant la durée de sa charte, six mille blancs et trois mille noirs ; mais il lui était défendu de faire venir des autres colonies françaises aucun blanc, noir, ou individu quelconque, sans la permission du gouverneur de la Louisiane.

Pendant les deux premières années de l'existence de la compagnie, les directeurs devaient être nonunés par le roi ; ensuite ils devaient être élus, tous les trois ans, par les actionnaires. Chaque actionnaire avait droit à une voix par cinquante actions.

Les premiers directeurs nommés par le roi lurent Law, directeur général de la banque de France ; d'Artaguette, receveur général des finances d'Auch ; Duché, receveur général des finances de la Rochelle ; Moreau, député du commerce de la ville de St. Malo ; Piou, député du commerce de la ville de Nantes ; Castaignes et Mouchard, négociants de la Rochelle.

La compagnie, étant ainsi organisée, expédia trois navires à la Louisiane, portant trois compagnies d'infanterie et soixante-neuf colons. Ces navires arrivè-

1718. ^^^ ^® ^ février 1718, et firent revivre dans la colonie l'espoir de jours meilleurs. Le gouvernement de la Louisiane était définitivement et pour la seconde fois accordé à Bienville. Les colons s'estimèrent heureux de cette nommation d% Bienville comme gouverneur. Ayant passé vingt ans dans la colonie, il en connaissait toutes les ressources, tous les besoins, et s'était rendu cher à tous les habitants. Le premier acte de son administration fut de chercher un lieu favorable sur les bords du Mississippi, pour y fixer l'établissement principal de la colonie. Il choisit l'endroit où se trouve maintenant la Nouvelle-Orléans et y laissa cinquante hommes pour nettoyer le terrain et construire des baraques. En cela, il eut la hardiesse d'agir contre les préventions de la cour qui penchait pour Manchac. Bienville eut assez de sagacité pour deviner les'res-

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sources et les avantages futurs du site qu'il avait choisi, 1718. et Févènement a prouvé qu'il avciit été heureusement inspiré.

Les trois Canadiens, Deléry» Lafrénière et Beaulieu, qui étaient* partis en 1716 pour la province de Nuevo Léon, avec mission de chercher une seconde fois i entamer des relations de commerce avec les Espagnols, revinrent cette année à la Mobile. A peine s'étaientils mis en route pour accomplir leur mission, qu'ils avaient été rejoints par l'infatigable et persévérant St. Denis. Après s'être pourvus de mules et de chevaux aux Natchitoches, ils s'étaient hâtés de continuer leur voyage. Lorsqu'ils arrivèrent au premier village des Assinais, où ils furent forcés de s'arrêter pour se reposer et refaire leurs provisions, St. Denis, pressé de revoir sa femme, qu'il avcdt laissée au Presidio del Norte, se sépara de ses compagnons et continua sa route, en empor^ tant une partie de ses marchandises. Lorsque Deléry, Beaulieu et Lafirénière arrivèrent au Presidio, ils apprirent que les marchandises de St. Denis avaient été saisies, et que lui-même était parti pour Mexico, dans l'espoir d'obtenir qu'elles lui fussent rendues. Pour éviter la saisie qui avait frappé St. Denis, ils cachèrent leurs denrées, qu'ils confièrent à des moines, et réussirent ensuite à les vendre à des marchands de Bocca de Léon. Us en attendaient le paiement, lorsqu'ils furent informés que St. Denis avait été emprisonné à Mexico. Cette nouvelle les fit partir subitement, de sorte qu'ils n'emportèrent que de vaines créances en échange de leurs marchandises. Ils furent assez heureux pour arriver en sûreté à la Mobile, après un voyage aussi long que pénible et dangereu»

Plus tard, 8t. Denis revint aussi de Mexico. A son arrivée dans cette ville, il n'avait plus trouvé, pour viceroi, le duc de Linarez, qui l'avait si bien traité la première fois. Le successeur du duc était le marquis de

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1718. Valero. Pendant quelque temps. St. Denis eut l'espoir d'obtenir la levée de la saisie de ses marchandises. Mais don Martin de Alacome, gouverneur du Texas, irrité de ce que St. Denis avciit traversé la province soumise à son gouvernement, sans daigner lui présenter ses devoirs et sans chercher à gagner ses bonnes grâces, écrivit à Mexico, et le représenta comme un honmie suspect, qui avait des intentions hostiles et dangereuses. Il n'en fallait pas tant pour éveiller les susceptibilités jalouses du gouvernement espagnol, d'ordinaire si méfiant envers les étrangers. On écouta les représentations de don Martin, et St. Denis fut incarcéré. Après un mois de détention, on le relâcha, et on lui rendit ses marchandises, qu'il vendit à un prix très élevé. Malheureusement, le paiement en fut fait à un agent infidèle, qui ne lui en rendit jamais compte. Exaspéré par cette série d'infortunes. St. Denis eut l'imprudence de se répandre en invectives contre les Espagnols, et de se vanter du mal qu'il pourrait leur faire, s'il voulait user de son influence sur les Indiens. Ces menaces de St. Denis provoquèrent un ordre d'arrestation de la part des Espagnols. Mais les parents de sa femme l'en informèrent à temps, et lui fournirent les moyens de s'échapper. Il revint rendre compte à la compagnie, qui avait succédé à Crozat, du résultat de son expédition. Tout le fruit qu'elle en put retirer consista en renseignements relatifs aux établissements espagnols.

On ne saurait se refuser à payer un tribut d'admiration à St. Denis. Cet homme remarquable a droit à une des premières places parmi les fondateurs de la colonie. C'était une ame de chevalier dans un corps de fer. Aucune entreprise ne paraissait imposable à son audace ; aucun revers ne pouvait ébranler sa persévérance. Certes, il ne fallait pas être un homme ordinaire pour oser, à cette époque, aller deux fois de la Mobile à Mexico par terre, et en revenir par la même route, au tra-

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vers de tant de dangers et d'obstacles sans nombre ! ni8.

Crozat avait fait de vains efforts pour commercer avec les Espagnols du Mexique, et pour découvrir des mines de métaux précieux. Les tentatives infructueuses de Crozat servirent de leçon à la compagnie, qui, pour le moment, s'abstint S€kgement de suivre ses traces. Elle sentit que le conmierce exclusif qu'on lui avait accordé avec une province, d'une étendue immense, mais qui n'avait presque pas d'autres habitants que quelques tribus sauvages, ne pouvait donner aucun profit ; parce qu'il ne peut pas y avoir de commerce important, là où il n'y a pas d'hommes soumis aux besoins de la civilisasation, et pas d'importation surtout, là où il n'y a rien ou peu de chose à recevoir en rétour. La compagnie jugea avec raison qu'il fallait encourager l'agriculture, et crut atteindre ce but, en faisant de fortes concessions de terres à plusieurs des personnes les plus riches et les plus paissantes du royaume. En conséquence, elle concéda quatre lieues carrées, sur la rivière des Arkansas, au fameux Ecossais Law, qui jouissait alors d'un grand crédit auprès du régent, qu'il avait fasciné par ses projets de finance. Elle fit plusieurs concessions sur la rivière des Yazoux à une compagnie composée de Le Blanc, secrétaire d'Etat, du cmnte de Belleville, du marquis d'Auleck, et de Le Blond, qui vint ensuite à la Louisiane, comme commandant en chef du corps des ingénieurs de la province. Aux environs des Natchez, elle fit des concessions à Hubert, le conunissaire-ordonnateur, et à une compagnie de marchands de St. M àlo ; aux Natchitoches, sur la rivière Rouge, à Bernard de la Harpe ; aux Tunicas, à St. Reine ; à la Pointe-Coupée, à de Meuse. L'endroit où est située maintenant la ville de Bâton-Rouge fut concédé à Diron d' Artaguette ; cette partie de la rive droite du Mississippi, qui est vis-à-vis le bayou Manchac, à Paris Duvemay ; les Tchoupitoulas, à de Muys ; les Oumas, au marquis d'Anconis ; les

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1718. Cannes-Brûlées, au marquis d'Ârtagnac ; la rive opposée, à de Quiche, de la Houssaie et de la Houpe ; la baie St. Louis, à Mme de Mézières, et les Pascagoulas, i Mme de Chaumont.

n avait été stipulé entre la compagnie et Law, qu'il établirait sur les terres qu'elle lui avait concédées quinze cents Allemands, et qu'il entretiendrait un petit corps de cavalerie et d'infanterie pour les protéger. Toutes les autres personnes à qui des concessions avaient été faites, devaient aussi fournir un certain nombre de colons, chacune suivant l'étendue de sa concession. Cette épreuve ne réussit pas. Quelques paysans furent en effet envoyés à la Louisiane par ces grands propriétaires, mais la plupart périrent victimes du climat, et les autres, qui n'étaient pas surveillés par leurs patrons absents, ne se livrèrent à aucune occupation utiles

La compagnie eut donc à tourner toute son attention vers la traite des nègres, et parmi les marchandises qu'elle devait envoyer à la Louisiane, elle eut à déterminer comment serait classée la marchandise vivante qu'elle devait transporter d'Afrique. En conséquence, elle publia ce règlement :

**La compagnie considère comme pièce â!Inde tout nègre de dix-sept ans et au-dessus, sans défaut corporel, ainsi que toute négresse de quinze à trente ans.

'^Trois négrillons ou négrites, de huit à dix ans, feront deux pièces d!Inde,

'^Deux négrillons, au-dessus de dix ans, feront pièce â^Inde.

^H sera accordé aux anciens habitants un an de terme pour la moitié du prix. L'autre moitié devra être payée comptant.

''Sont réputés anciens, les colons qui sont établis depuis deux ans.

''Les nouveaux habitants auront un an et deux ans de terme."

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Au mois de juin 1718, des colons, des condamnés et 1718. des troupes arrivèrent dans trois navires ; en tout, il y avait huit cents personnes destinées à résider dans la colonie. La note officielle qui suit, copiée dans les archives de la marine, fait voir comment furent répartis les nouveaux venus :

**Etat de la distrUmtion qui a été faite à la Louisiane des nouveaux habitants qui ont passé sur les frégates la Victoire^ la Duchesse de NoaiUes, et la flûte la Marie :

Aux Natchitoches^ près du poste.

De Laire & Go., avec leurs gens, . . 100 hab. Bernard de la Harpe et ses gens, . . 40 ** Brossardet sesgens, 11

Aux Tazoux^ près les troupes.

Messieurs Scourion de la Houssaye et

leurs gens, 82 **

A la Nouvelk'Orléans.

Goy et ses gens, 9 **

Pigeon, 1 "

Rougé et sesgens, 6 "

Duhamel et ses gens, 3 ^

Bugnot et ses gens, 9 "

Dufour et sa famille, 6 **

Marlot de Vemelle et son valet, . . . 2 **

Le Gras et ses gens, 4 "

Le Page et ses gens, 10 "

Couturier et ses gens, 4 "

Robert, son fils et sa fille, 3 "

Les trois frères Orillaut, et trois hommes

à eux, 6 **

Un maçon, un perruquier, un chirurgien

avec leurs aides, 5 "

Total 68 "

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1718. Au bas de cette note est cette apostille : ^à placer le plus près possible de la ville, ou en ville même, avec des jardins." *

IlpELrait,du reste, que les colons envoyés à la Louisiane n'étaient pas exactement d'im caractère tel que l'aurait désiré Bienville. Car, dans une dépêche du 26 septembre, il se plaint de ce que la compagnie n'envoie point des charpentiers et des laboureurs, ^attendu, dit-il, que tous les gens employés à la main d'œuvre dang le pays, se font payer de dix à quinze livres par jour. Ce qui retarde les améliorations et cause d'énormes dépenses à la compagnie. "

1719. Au mois d'avril 1719, deux navires, appartenant à la compagnie, arrivèrent de France et apportèrent la nouvelle que la guerre avait éclaté entre cette puissance et l'Espagne. Une dépêche de Bienville, en date du 20 d'octobre, raconte tout ce qui se passa dans la colonie, en conséquence de cet événement:

"J'ai reçu, dit-il, le 20 d'avril dernier, l'ordre du Roi portant déclaration de guerre à l'Espagne, et des exemplaires du manifeste motivant cette guerre. Par suite et sur l'avis de- la Compagnie d'Occident, du 7 janvier, de profiter de cette circonstance pour m'emparer du fort de Pensacola, nous nous préparâmes pour cela. Mon frère Sérigny, chargé comme moi du commandement de cette colonie (1), appareilla de l'île Dauphine, le 13 mai, dans le Philippe, suivi du comte de Toulouse et du maréchal de Villars, commandés par M. Méchin et par le chevalier de Grieux, dans lesquels nous fîmes embarquer cent cinquante soldats. Moi, je fus en chaloupe, avec quatre-vingts hommes. Nous nous rendîmes devant Pensacola, le 14. Le lendemain, le gouverneur nous remit la place, sur les quatre heures après-midi, et le gouvernement en fut donné à mon frère de Chateaugné.

(1) Il était surtout chargé de faire un relevé des côtes.

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^Suivant la capitulation que nous avions faite avec l'^i^* le gouverneur, les deux commissaires et les officiers de Pens€kcola, nous nous étions engagés de remettre leur geumison au port le plus proche. En conséquence de ce traité, nous fimes embarquer tous les Espagnols dans le Gpmte de Toulouse et le Maréchal de Villars, commandés par M. Méchin et M. de Grieux. Lorsque ces deux vaisseaux fiirent arrivés à la Havane, le gouverneur fit mettre i terre tous les équipages français, et s'empara des deux vaisseaux, sans avoir égard à la capitulation, et, après les avoir armés de soldats et d'équipages espagnols, les a renvoyés nous assiéger à Pensacola. Ce sont même les deux plus gros vaisseaux de leur escadre. Mon frère Sérigny envoie au conseil tous les documents relatifs à la capitulation, pour prouver la mauvaise foi des Espagnols.

'^J'avais eu l'honneur de marquer an conseil que notre embarras était de fortifier Pensacola, de façon à la pouvoir défendre contre les efibrts que nous ne pouvions douter que les Espagnols feraient pour la reprendre, en attendant que la compagnie pût nous secourir. Mais ils ne nous en ont pas donné le temps, et sont revenus l'assiéger, le 6 août, avec trois vaisseaux, (y compris les deux vaisseaux qu'ils avaient si traîtreusement surpris aux Français), neuf brigantins ou balandres, et dix-huit cents hommes de débarquement Ils firent leur descente le lendemain. Aussitôt, cinquante soldats Français s'échappèrent du fort, lurent se joindre à eux, et leur dirent qu'ils n'avaient qu'à se présenter, que le reste de la garnison leur livrerait la place. Ils envoyèrent sur le champ sommer mon frère Chateaugné de se rendre ; lequel n'eut pas d'autre parti à prendre que de capituler, se voyant abandonné de tous ses soldats. La capitulation a été, de sortir du fort avec tous les hcmneurs de la guerre ^t d'être menés à la vieille Espagne. Nous y

avcms perdu la flûte la Dauiribine, qui si'est l^lée par

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1719. accident, et le 8t bouis qui a été pris. La moitié des soldats qui étaient dans le fort ont pris parti avec les Espagnols contre nous. Aussitôt que le sieur de Char teaugné eut livré la place» le commandant de l'escadre fit partir trois brigantins chargés de monde, pour venir prendre File Dauphine et le Philippe qui y était mouillé. U envoya en même temps une sommation de se rendre au capitaine du Philippe. Celui-ci çbligea l'officier qui était porteur de la sommation, d'aller à terre parler à M. de Sérigny, qui le renvoya sur le champ, avec ordre de dire à son commandant qu'il pouvait venir quand il lui plairait, et qu'il était prêt à le bien recevoir.

''Pendant la nuit, deux de ces brigantins entrèrent dans la baie de la Mobile, et mirent a terre chez un habitant, qui est à moitié chemin de l'ile Dauphine à la Mobile, trente-cinq hommes pour le brûler et le piller. Heureusement pour lui, ce fut dans le temps que j'envoyais àf mon frère Sérigny un secours de quelques Français et de soixante sauvages, qui arrivèrent presque en même temps qu'eux et les attaquèrent Ils en tuèrent cinq, dont les sauvages enlevèrent la chevelure ; six se noyèrent en voulant regagner leur bord ; on m'en amena dix-huit prisonniers. Tous les soldats français de la garnison de Pensacola, qui venaient de prendre . parti pour les Espagnols, et qui furent pris les armes à la main contre leur roi, ont eu la tête cassée, n'ayant point de bourreau pour les pendre. Le reste de l'escadre espagnole arriva i l'ile Dauphine deux jours après les trois brigantins. Après avoir resté devant 111e pendant quatorze jours à canonner le Philii^ et le brârg, mais à hors de portée, par la pem. qu'ils ont eue d'une batterie en barbette et du Philippe, qui était embossé a xme portée de pistolet de terre, et de deux cents sauvages que j'avais envoyés pour secourir mon fjpère, qui n'avait que cent soixante hommes, y compris quatre-vingts soldats, dont partie beaucoup plus à craindre que les

o»AP, vin.J 171

enimmis mômes, ils ont enfin appareillé, le 26, pour s'en 1719. reUramer, sans avoir osé faire de descente, après phisieurs tentatives, dans lesquelles ils ont perdu bien du monde,**

TroiA vaisseaux de ligne, sous les ordres du comte de Ghampmeslin, escortant deux navires de la compagnie, furent signalés le 1er septembre.

^M. de Ghampmeslin, continue Bienville, trouva encore dans la baie deux balandres espagnoles, qui étaient revenues pour empêcher la communication de cette fie avec la Mobile, mais qui, à la vue de son escadre, se sauvèrent à Pensacola. Ausntôt que je sus son arrivée, je me rendis i son bord avec M. de Sérigny. Il fit assembler un conseil, dans lequel se trouvèrent tous les capitaines de vaisseaux. Il y fht résolu que nous irions enlever les deux forts fie Pensacola et la flotte qui était * dans le port II fut arrêté que nous ne partirions que le 14 du m(HS, afin que Ton pût décharger la moitié de la cargaison, que les vaisseaux fissent l'eau et le bois dont ils avaient besoin, et que j'eusse aussi le temps de faire aux sauvages leurs vivres et de les rassembler. Nous ooniHInmes que M. de Ghampmeslin joindrait à son escadre FUnion et le Philippe, vaisseaux de la compagnie, et que nous laisserions sur les vaisseaux du roi deux cent cinquante hommes de troupes nouvelles que la compagnie nous a envoyées. Quant à moi, il fut convenu que j'irais en chaloupes jusqu'à la rivière Perdido, avec les soldats et les volontaires que je pourrais rassembler, pour y joindre cinq cents sauvages commandés par le âeur de la Iiongueville, auquel j'avais donné l'ordre de s'y rendre, et que j'y trouvai en effet à mon arrivée. J'envoyai un détachement de Français avec des sauvages investir le grand fort, pour empêcher personne de sortir, et pour incommoder l'ennemL Le 17, M. de Ghampmeslin entra dans le port, et, après un combat assez chaud, d'environ deux heures, le petit fort de la

173 Iciuf. vm.

1719. pointe de 111e Ste. Roee» et les bâtiments qui étaient embossés devant Itle, au nombre de quatre vaisseaux et cinq balandresi se rendirent à luL Le toitt que j'attaquais depuis deux jours se rendit peu après. Cette prise a fait un très bon effet parmi nos sauvages» qui ne laissaient pas que d'être épouvantés par les quinze cents Espagnols que nous pouvons avoir pris.

^Quatre jours après la prise de cette place, il est arrivé dans ce port une balandre de la Havane» par laquelle j'ai reçu une lettre de mon frèrct de Chateaugné» qui me marque que le gouverneur de la Havane n'a voulu lui fournir aucune subsistance» ni aux officiers» ni aux matelots» et que ces derniers sont forcés de charier de la pierre ou de prendre parti dans leurs bâtiments pour subsister.

^Dans les vaisseaux espagnols pris par M. de Ghampmeslin» il s'est trouvé trente cinq de nos déserteurs firançais» qui ont été jugés par un conseil de guerre de marine. Douze ont été condamnés à être pendus» et les autres» à servir de forçats.

^Le conseil me permettra de lui représenter qu'il est bien désagréable pour un officier» chargé d'une colonie» de n'av<Mr pour la défendre qu'une bande de déserteurs» de fianxsauniers et de coquin8»qui sont toigours prêts non seulement à vous abandonner» mais encore à se tourner contre vous. Quel attachement» aussi» peuvent avoir pour le pays des gens qu'on y envoie par force et auxquels il ne reste plus d'espérance de retourner dans leur patrie 1 Peut-on croire qu'ils ne feront pas tous leurs efforts pour se retirer d'une pareille situation» surtout dans un pays aussi ouvert que celui-ci l'est» soitpour aller du côté des Espagnols» soit de celui des Anglais. Il me paraît qu'il est absolument nécessaire» si l'on veut conserver au roi cette colonie» de n'y envoyer» autant qu'on pourra» que des gens de bonne volonté» et de tacher de procurer plus de douceurs pour

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la vie en ce pays, qtfil n'y en a eu jusqu'à présent II ni 9. faut, pour cela, y faire passer des bestiaux de manière i pouvoir y tenir une boucherie, et y envoyer des vivres plus exactement et en plus grande quantité que par le passé, sans quoi on y sera toiyours très misérable. IVaiUeurs, le peu de monde que nous avons dans cette colonie est si répandu dans les différents établisssements, que les seules forces que nous avons sont les sauvages, desquels nous ne pouvons nous servir dans le temps présent, par rapport à la disette des vivres. Si nous en avions suffisamment, nous serions en état de nous soutenir contre tous les efforts que pourraient faire les Espagnols, quoiqu'ils soient très puissants, étant très voisins de la Havane et de la Y era-Cruz, pourvu cependant qu'ils ne croisassent pas avec de gros vaisseaux sur nos côtes pour nous enlever nos secours qui nous viennent de France. Ce qui est bien leur idée, suivant ce que nous avons appris des déserteurs firançais que nous avons i»is. De cette 'manière, il serait facile de nous jeter dans la dernière extrémité et de nous mettre hors d'état de pouvoir conserver la colonie, d la compagnie ne nous envoie pas des secours assez puissants pour mettre les c6tes en sûreté."

Ainsi finit l'expédition contre Pensacola. Le commandement en tat laissé à Delisle, lieutenant de vaisseau.

Sur ces entrefaites, les directeurs de la compagnie ayant appelé l'attention du gouvernement sur les changements que de nouvelles circonstances demandaient dans l'ancien régime de la colonie, le conseil supérieur de la Louisiane fût réformé par un édit du mois de septembre.

D'après cette ordonnance royale, le nouveau conseil devait être composé des directeurs de la compagnie qui se trouveraient dans la colonie, du gouverneur, des deux lieutenants de roi, de quatre conseillers, d'un procureur général et d'un greffier. Le quorum en fut fixé

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^'^^^ à trois membres pour les affaires civiles et à cinq pour les affaires criminelles. Au cas qu'il ne pût pas y avoir de quorum, à cause d'absence ou de maladie, les membres présents avaient le pouvoir de se compléter en choisissant parmi les notables de la colonie. Le conseil avait juridiction en dernier ressort et devait siéger tous les mois. Jusqu'alors, le conseil avait été le seul tribunal de la province, mais la population ayant augmenté, il fallut créer des tribunaux inférieurs, et l'on institua comme juges les directeurs de la compagnie ou leurs agents, dans les différentes localités où ils pourraient résider, lesquels, avec deux habitants notables du voisinage, pouvaient prendre connaissance d'une affaire civile. Dans toute affaire criminelle, il fallait qu'ils s'adjoignissent quatre habitants ayant les mêmes qualifications que pour une affaire civile. Mais leurs jugements pouvaient, dans tous les cas, être revisés en appel par le conseil supérieur, bien qu'ils pussent être exécutés provisoirement U est à remarquer qu'il était stipulé que les jugements du conseil supérieur devaient être rendus sans frais.

Le premier conseil supérieur, sous l'administration de la compagnie, fiit composé de BienviUe, gouverneur, d'Hubert, commissaire-ordonnateur et premier conseiller, de Boisbriant et Chateaugné, lieutenants de roi ; L'Ârchambault, ViUardo et Leg€is, étaient les autres conseiUers. Le procureur général était Cartier de Baune. Couture était le secrétaire du conseil.

Quoique le gouverneur occupât la place d'honneur au conseil, le premier conseiUer en était le véritable président. Il recueillait les voix et prononçait les jugements. Dans toutes les procédures préliminaires, comme l'apposition des scellés, les inventaires et autres actes semblables, il remplissait les fonctions de juge de première instance.

Bienville désirait vivement transporter le siège du gouvernement sur les bords du Mississippi, sur le site

cfjAP. vui.] 175

actuel de la Nouvelle-OrléaiiSy à Fendrolt où il avait en- 1719. voyé cinquante hommes. Tannée précédente, pour déblayer le terrain. Mais il trouva de l'opposition dans les ofliciers qui partageaient avec lui le oonmiandement et qui étaient soutenus par le commissaire-ordonnateur Hubert, ainsi que par les directeurs de la compagnie. Une crue considérable du fleuve, qui couvrit le terrain dcmt on discutait les avantages, trancha pour le moment la question. Les adversaires du projet de Bienville donnèrent pour raison, que la colonie n'avait pas les moyens nécessaires pour élever les digues dont il faudrcdt entourer cet établissement Hubert voulait que le siège du gouvernement fût établi aux Natchez, mais comme il y avait de larges ccmcessions de terres, on se méfia des motifs de sa prédilection. L' Archambault, Yillardo et Leg€is, dont les vues se portaient plutôt sur le commerce que sur l'agriculture, ne voulaient pas quitter le littoral de la mer et recommandaient le côté Est de la baie de Biloxi. Cette opinion ayant prévalu, l'on y envoya un détachement pour y construire des logements et des casernes. Cet endroit fut ensuite connu sous le nom de nouveau Biloxi, pour le distinguer du premier établissement, qui fut appelé, depuis lors, le vieux BiloxL

A cette époque, la colonie commençait à sortir un peu de son état de langueur. On travaillait à la terre dont on avait remarqué l'extrême fertilité et on l'avait trouvée admirablement adaptée à la culture du riz, de l'indigo, du tabac et du coton. Mais les laboureurs européens avaient presque tous succombé à la malignité du climat, de sorte que la compagnie avait été contrainte de compter seulement sur les bras qu'elle emprunterait à l'Afiique, pour cultiver la terre, sous un soleil brûlant que l'honune blanc ne paraissait pas pouvoir sup- {xâter. Elle avait, à plusieurs reprises, envoyé chercher des nègres en Gkiinée et avait introduit dans la colonie un millier d'esclaves qui» par leur travail, avaient

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1719. répondu à ses espérances. Cependant, ragricultore seule n'occupait pas l'attention des directeurs. Il y en avait que vingt ans d'expérience n'avaient pas détrompés au si\jet des mines qu'ils supposaient exister dans la Louisiane. Ce feu follet, enfanté par la cupidité, s'amusait encore à tourmenter l'imagination de quelques têtes exaltées. De nouvelles dépenses et de nouveaux efforts furent faits poqr découvrir les métaux précieux dont on rêvait l'existence. Mais les efforts furent infiructueux et les dépenses inutiles.

A la fin de cette année, la compagnie, entendant tenir la main à la stricte exécution de la charte qui lui concédait le privilège du commerce exclusif de la Louisiane, fit publier partout un édit royal, en date du 26 novembre, qui défendait à tout bâtiment étranger d'aborder dans la colonie, sous peine de confiscation.

I7â0. La compagnie, au commencement de 1720, lança dans la province 'une proclamation, notifiant aux colons les prix auxquels ils pourraient obtenir, dans ses maga* sins à la Mobile, à l'ile Dauphine et à Pensacola, les marchandises nécessaires à leurs besoins. Si ces marchandises étaient vendues délivrables à la Nouvelle- Orléans, les colons devaient payer cinq pour cent de plus ; aux Natchez, dix pour cent ; aux Yazoux, treize pour cent ; au Missouri et aux Illinois, cinquante pour cent Les habitants étaient tenus d'envoyer à la Nouvelle-Orléans, à Biloxi, à l'Ile aux Vaisseaux et à la Mobile leurs produits, que la compagnie promettait de prendre aux prix suivants : la soie, suivant sa qualité, au taux de 7 livres 10 sous à 10 livres ; le tabac de première qualité, à 25 livres le cent ; le riz à 20 livres; la farine superfine de blé, 15 livres; le froment, 10 livres; l'orge et l'avoine, i 90 sous le cent ; la peau de chevreuil, de 15 à 25 sous la pièce ; préparée, sans la tête ou la queue, 30 sous ; les peaux de bêtes à cornes, 8 sous la livre. Ainsi, les malheureux que l'on envoyait à la Louisiane

OBAP. rni.] ITt

avaient non seulement à braver l'insalubrité du climat I7â0. et la cruauté çles sauvages, mais ils étaient encore tenus dans le plus oppressif esclavage. Ils ne pouvaient acheter que de la compagnie^ et au prix qa^élle fixait ; ils ne pouvaient vendre qu!à eUe^ au prix qui lui convenaitf et ne pouvaient sortir de la colonie qu^avec sa permission, (i'était là ce qu'on appelait alors le régime coloniaL Au temps où nous sommes, nous ne pouvons découvrir en quoi les blancs que la compagnie transportait d'Europe, différaient des noirs qu'elle faisait venir d'Afrique, du moins quant à leurs rapports avec la compagnie ; car ces deux classes d'hommes ne travaillaient également que pour un maître, la toute puissante compagnie t

Cette année, les Français renouvelèrent encore leurs tentatives de commerce avec les provinces espagnoles, et essayèrent même d'étendre leurs établissements de ce c6té. Quoique la France et l'Espagne fussent en guerre, on pensait qu'il serait peut-être dans l'intérêt de leurs colonies américaines, ou du moins dans l'intérêt des chefs de ces colonies, d'entretenir entr'elles un commerce qui leur serait réciproquement avantageux. Dans cet espoir, Bernard de la Harpe se rendit dans le Texas, et construisit, avec l'aide des Indiens, qui détestaient les Espagnols, un petit fort, par le 33e degré 35' de latitude, à environ deux cent cinquante miUes des Natchitoches. De là, il envoya faire des offires de service à don Martin de Alacome, gouverneur du Texas, et lui adressa des propositions de commerce. Don Martin répondit par des compliments, mais, en même temps, fit observer à la Harpe qu'il était étonnant que les Françcds s'avisassent de s'établir sur un territoire faisant partie du Mexique. En conséquence, il priait la Harpe d'avertir son che( au nom duquel il prétendait agir, que la force serait employée pour maintenir les droits de la couronne d'Espagne, si les Français ne se retiraient pas volontairement

176 [CHAP. VlU.

1730. dans leurs limites. A rétonnement manifesté par don Martin de Alaoome, Bernard de la Harpe répondit» à son toOTi qu'il était tout aussi étonné des assertions et des prétentions du prétendu gouverneur du Texas, attendu que les Français avaient toi\|ours oomtidéré le Texas comme une partie de la Louisiane» depuis que Lasalle en avait pris possession. Il igouta que» jusqu'à présent» le gouvernement français n'avait jamais compris que les prétentions de l'Espagne pussent s'étendre au-delà du Rio Bravo, parce que toutes les rivières qui se déchargent dans le Mississipi», ainsi que tout le territoire qui en dépend* devaient incontestablement être regardés oomme appartenant à la France.

n est digne de remarque que le gouvernement français soutint la Harpe dans la position qu'il avait prise, et que la compagnie» avec l'autorisation expresse du roi, ordonna que l'on prit possession de la baie de St Bernard. On en fit la tentative en 1723» mais on fut obligé d'y renoncer, à cause de l'insurmontable hostilité des sauvages» et parce que cet établissement aurait été trop éloigné pour être susceptible d'une protection efficace. Il n'en est pas moins vrai que la France a toujours contesté à l'Espagne les droits que cette puissance a prétendu» avec tant de ténacité, avoir au Texas.

Connaissant l'activité, l'énergie et la capacité de St. Denis, la compagnie lui confia le commandement du poste des Natchitoches»dont la prospérité naissante pouvait exciter la jalousie des Espagnols» et qu'elle considérait, par conséquent, comme le point le plus menacé.

La compagnie parut prendre au sérieux l'obligation qu'elle avait cmitractée de peupler la colonie, car, dans le courant de l'année, elle y fit transporter plus de mille personnes. De ce nombre, il y en avait plus de trois cents pour les concessions des Natchez» soixante pour celle de M. de Guiches cent cinquante pour celle de M. de St. Reine, aux Tunicas, et deux cent cinquante pour

CHAF. vni.] 179

lee oQQceaEdons (k Le Blanc et de quelques autres aux nâo. Yazoux.

Jusqu'à présent, depuis la fondation de la colonie, les Indiens n'avaient fait aucune opposition aux noureaux venus. Mais le moment était arrivé où leur amitié, ou plutôt leur indifférence, aUait se changer en une animosité qui devait imposer aux Français une lutte de tous les instants, une lutte sourde et cachée, qui éclata plusieurs fois en guerres ruineuses et désastreuses. Tant que la colonie était restée faible, tant qu'elle paraissidt devoir succomber d'elle-même, et pai? le vice radical de sa con^tution, les An^ais ne s'en étaient pas préoccupés ; mais aussitôt qu'elle donna quelques signes d'une vitalité durable, et qu'elle parut devoir s'organiser plus fortement sous l'administration plus vigoureuse de la compagnie, ils commencèrent à s^en inquiéter. D'ailleurs, les coureurs de bois, les facteurs anglais et français se rencontraient déjà sur tous les points parmi les nations indiennes. De là était née une rivalité qui devait faire verser des flots de sang. A partir de ce moment. Anglais et Français devedent, pendant des an^ nées, chercher à s'égorger par l'entremise des Indiens. Ainsi les Caroliniens poussèrent les Chickassas à déclarer la guerre aux Français. Le premier acte d'hostilité de ces sauvages fut le massacre d'un officier, nommé Sorvidal, qui, par l'ordre de BienvUle, résidait parmi eux. Après bien des effoftSf Bienville réussit à leur ^poser les Ghactas. Ces deux nations étaient les plus puissantes de la colonie. Les autres tribus sauvages restèrent neutroi.

Far une ordonnance nqrale, les forces de la colonie avaient été portées à vingt compagnies de cinquante hommes. Voilà, avec les quelques colons répandus sur Fimmense tenritoire de la Louisiane, les forces que l'on pouvait oppoaev aux sauvages et aux autres ennemis qui pourraient la menacer.

180 [oHAP. vni«

1720. Outare les mille personnes blanches, transportées cette année dans la colonie par la compagnie, elle y avait introduit cinq cents nègres.

Les colons se plaignant surtout de manquer de femmes, la compagnie avait autorisé la sœur Grertrude, et, sous elle, les sœurs Louise et Bergère, à conduire à la Louisiane des filles élevées à l'hôpital général de Paris, ^lesquelles, disait la compagnie dans son ordre d'autorisation, y passent volontairement pour s'y établir, et devront être sous la surveillance spéciale de la sœur 6ertrude, jusqu'à ce qu'elles soient établies. Ce qu'elles ne pourront faire sans son consentement"

Les/colons honnêtes qui se trouvaient à la Louisiane se plaignant aussi du caractère des recrues et compagnons qu'on leur envoyait, le roi, à la requête de la compagnie, rendit l'ordonnance suivante :

^Etant informé que la compagnie des Indes est en état de faire travailler promptement à la culture des terres de la Louisiane, où d'ailleurs il se présente un grand nombre de familles étran^res et françcdses, qui offrent de s'établir dans les concessions que la compagnie a accordées à différents particuliers ; et que les concessionnaires révisent de se charger des vagabonds et criminels qui ont été condamnés à servir dans la colonie, parce que ce sont ^ens fainéants et de mauvaise vie, moins propres au travail qu'à corrompre les autres colons, et même les naturels du pays, qui sont une nation douce, industrieuse, laborieuse et amie des Français, le roi ordonne que dorénavant il ne sera plus envoyé de vagabonds ou de criminels à la Louisiane."

1721. Le 3 de janvier 1721, un navire de la compagnie arriva avec trois cents colons, qui devaient s'établir sur la concession de Mme de Chaumont aux Pascagoulas. Mais en favorisant l'accroissement de la population de la Louisiane, le gouvernement avait soin de veiller à ce qu'on ne s'y livrât à aucune culture qui pût entrer en

CHAP. YlII.] 181

(Mmcurrenoe avec les produits du sol de la France, nai. Ainsi» le 9 janvier, il rendit une ordonnance qui défendait de cultiver è la Lonisiane, la vigne, le chanvre, le lin, etc., etc.

Au mois de février, quatre-vingts filles, sorties d'nne maison de correction de Paris, appelée la Salpétrière, arrivèrent à la Louisiane. Il parait que Ton considérait les femmes c(»nme étant en dehors de Tordre récent du conseil qui défendait d'y transporter des vagabonds et des personnes de mauvaise vie.

G(»nme par le passé, la plus violente mésintelligence s'était manifestée entre tous les officiers et employés publics à la Louisiane. Ce qui avait considérablement nui à la marche des afiaires. Les rapports, qui fUrent faits en France sur la triste situation où se trouvait la colonie, avaient excité de grands murmures parmi les actionnaires. On reprochait à la direction d'avoir fait de grandes dépenses qui n'avaient rien rapporté, et d'avoir choisi pour chefe de la colonie des gens beaucoup plus soigneux de leurs intérêts que de ceux de la compagnie. Les actions étaient tombées dans un grand discrédit et un mécontentement général en avait été la conséquence. Aussi, les directeurs écrivaient-ils à Bienville que le régent s'était plaint de ce qu'il n'avait pas rendu des services effectifs ; ils ajoutaient qu'on avait bien voulu l'excuser auprès de Son Altesse Royale en lui faisant connaître que les agents de la compagnie avaient entravé et paralysé tous les plans du gouverneur de la colonie; qu'en conséquence, on allait envoyer de nouveaux agents qui lui seraient subordonnés ; qu'il aurait alors l'occasion de prouver son savoir faire et de mériter des récompenses, mais qu'il ne devait pas perdre de vue qu'il n'y avait que des services réels qui lui feraient mériter le grade de brigadier et le grand cordon de St-Louis qu'il ambitionnait et que le régent avait promis de lui tenir en réserve. Les di-

182 [cHAP. vm*

1721. recteurs espéraient obtenir dlienreiiz résultais en stimulant ainsi Fambition de Bienville.

Au mois de mars, deux cents Allemands arrivèrent dans la colonie. Ils étaient envoyés par Law pour peupler les terres qui lui avaient été concédées. Us furent, peu après, suivis de cinq cents nègres qui venaient d'Afrique. Cet accroissement de la population eut été mieux accueilli de la colonie qu'il ne le fut, si on n'avait pas souffert dans ce moment d'une grande rareté de vivres.

Parmi cette troupe allememde se trouvait une femme, dont on a beaucoup parlé dans le temps et dont les aventures en Europe et en Amérique sont racontées dans plusieurs mémoires de l'époque. On disait qu'elle était la femme du Czarowitz, Alexis Petrowitz, fils de Pierre le Grand. Il est certain que sa ressemblance avec cette princesse était très grande. Le bruit courait que, pour échapper aux mauvais traitements du prince, qui l'accablait de coups, elle avait eu récours à une mort simulée, mais qu'elle était sortie de sa tombe pour s'enftdr en pays étranger. Cette femme épousa a la Louisiane un chevalier d'Aubant, qui avait vu la princesse à St.-Pétersbou]^ et qui crut la reconn^tre sous l'incognito qu'elle avait pris et qu'elle semblait vouloir garder. Après une longue résidence à la Louisiane, elle suivit son mari à Paris et à l'île Bourbon, où il fut envoyé avec le grade de msgor. Devenue veuve en 1764, elle revint à Paris avec une fille qu'elle avait eue de son mariage. Elle y mourut dans une grande pauvreté en 1771.

Vers la fin de cette année 1731, il arriva à Biloxi un officier français qui rendit compte d'un navire de la compagnie, parti pour la Louisiane en 1718, avec des troupes et cent condamnés, et dont on n'avait jamais entendu parler. Il parait que le commandant de ce navire avait manqué l'emboui^ure du fleuve et était entré par le 39me degré de latitude, dans une large

OUF. viu.] 183

baie, où il avait déoouTert trop tard son erreur. Pour l7ai. comble de malheur, une épidémie contagieuse éclata parmi les oondanmés et fit tant de ravages» que cinq officiers nommés Bellisle, Allard» Delisle, Legendre et Gorlat, pensèrent qu'il était moins dangereux de se faire mettre à terre avec des armes et huit jours de provisions que de rester i Ixml. Ils espéraient rencontrer quelque indien qui leur servirait de guide jusqu'aux établissements français» mais ils furent cruellement trompés dans leur attente. Tous moururent de &im et de fatigue, à l'exception de BeUisle. Après avoir enseveli le dernier de ses compagnons, il erra plusieurs jours sur le bord de la mer, en ne vivant que de coquillages et de racines. Il finit par tomber entre les mains de trois Indiens, qui le dépouillèrent et le menèrent prisonnier à leur village, où ils le gardèrent dix-huit mois et le traitèrent avec cruauté. Enfin, un Indien, ayant volé une petite boîte d'étain dans laquelle BeUisle conservait son brevet d'officier et quelques autres papiers, la vendit à un Indien de la tribu des Âssinais. Bellisle n'eut qu'à se féliciter de ce vol ; car cette boîte étant tombée par hasard entre les mains de St Denis qui commandait aux Natchitoches, cet officier envoya quelques Indiens qui traitèrent de la rançon de son malheureux compatriote.

Les afi*aires de la colonie étant loin de se trouver dans un état de prospérité, on crut qu'il fallait faire quelques modifications dans les règlements de régie et l'on publia celui-ci, en date du 5 septembre :

Règlement sur la régie ^ des affaires de la Louisiane.

^Le conseil de la régie générale des affaires «sera composé du commandant général, du lieutenant au gouvernement, du sieur Duvergier, directeur-ordonnateur, du sieur de L'Orme, directeur, et sous directeur des comptes.

184 [OBAP TIU.

1731. ^Le conseil se tiendra nécessairement, tons les jours, au nouveau Biloxi où résideront les membres, sauf M. de Bienville, commandant général, dont la résidence habituelle est à la Nouvelle-Orléans.

^n sera tenu registre des délibérations du conseil et des copies en seront envoyées en France.

^Les marchandises seront vendues à Biloxi, à la Mobile, à la Nouvelle-Orléans, à 60 pour cent de bénéfice sur la facture de France ; aux Natchez, et aux Yf^ zoux, à 70 pour cent ; aux Arkansas, à 100 pour cent ; aux Âlibamons, à 50 pour cent, vu la proximité des Anglais."

Le 27 du même mois, ce règlement fiit suivi d^un autre, ainsi conçu :

Règlement de régie.

''Il est décidé qu'on vendra les nègres aux habitants au prix de 660 livres (pièce d'Inde), pour le prix desquels ils fourniront leurs billets payables en trois ans par parties égales, en tabac ou en riz, suivant les conditions.

''Si après deux termes échus, il n'a pas été payé un à compte d'un tiers, les nègres seront revendus sur un simple commandement, après publications et annonces. Si le produit ne couvrait pas la compagnie, le débiteur serait contraignable par corps pour le surplus.

"Le tabac en feuilles, bon et marchand, sera payé aux habitants à raison de 25 livres le quintal, livré aux magasins du nouveau Biloxi, de la Nouvelle-Orléans ou de la Mobile.

"Le riz sera payé 12 livres le quintaL Le vin sera vendu 120 livres la barrique, et le quart d'eau-de-vie 120 livres.

"La Louisiane sera divisée en neuf quartiers, qui sont la Nouvelle-Orléans, le Biloxi, la Mobile, les Alibamons,

CHAF. mu] 185

les NatcheZy les Yazoux, les Natchitoches, les Arkansas 1721. et les Illinois.

''H y aura dans le chef-lieu de chaque quartier un commandant et un juge, du jugement duquel les appels seront portés au conseil suprême établi au nouveau BiloxL

*^et ordre est établi pour donner aux habitants une protection et une justice à leur portée.**

A la fin de cette année 1721, voici quel était l'état de la colonie, présenté par la compagnie elle-même :

'^Lorsque M. Grozat remit la Louisiane à la Compagnie, il pouvait y avoir environ quatre cents personnes hommes, fournies et enfants français 1

''Par les vaisseaux que la compagnie des Indes y a envoyés depuis le 25 octobre 1717, jusqu'au mois de mai 1721, elle y a fait passer, soit sur quarante-trois vaisseaux à elle, soit sur l'escadre de M. de Saiyon 7,020 personnes.

''Y compris les 400 qui étaient déjà dans la colcmie 7,420 *^

**Sur ce nombre, il peut en être mort, déserté ou retourné en France, 2,000 **

'^Partant» il reste dans la colonie environ 5,420 personnes.

"**I1 pouvait y avoir, au 1er janvier 1721, dans la c<donie, en fait de nègres, environ 600 individus.

On voit que la c<Mnpagnie avait pris au sérieux la colonisation de la Louisiane. Malheureusement les dépenses àiormes qu'elle fit, Airent trop mal dirigées pour inroduire aucun résultat satisfaisant

Les dépenses seules d'administration, à la Louisiane» se montèrent cette année à 474,274 livres.

UB ÊSÈGH DU OOUYBRNEIfBNT EST TEANBltRft A LA NOUVELLE- ORLÉANS. -OUKAOANB TVRRIBLE8. — SECONDE OUSRRB CX>NTRB LES NATOHBZ. — BIBNVILL£ EST DESTITUÉ DE NOUVEAU ET RAPPELÉ EN FRANCE. — PUBLICATION DU CODE NOIE.

172a. Le 12 mars 1722, la compagnie rendit une <Nrdonnance qui défendait aux habitants de vendre leurs nègres aux Espagnols ou à d'autres étrangers» pour les fitire sortir de la colonie, sous peine de mille livres d'ar monde et de confiscation du siget

Le 20 avril, Bienville, qui était alors au fatt Louis à la Mobile, écrivit au ministre pour lui exposer les difficultés de décharger les navires saac les rivages plats de Biloxi, et pour £etire ressortir les avantages de la navigation du Mississippi Cette dépêche est assez intéressante pour ôtre consignée ici :

Bienville au Ministre.

^J'ai eu l'honneur d'ii^annet le ooMeil, par mes dernières lettres, sur l'entrée du fleuve, et de l'assïirer que des vaisseaux ne tirant pas plus de tmze jnedfi d'eau y pourraient entrer à pleines viHles sans toucher ; qa*îl ne serait pas dificile de rendre la passe praticable poir de plus gros vaisseaia, le fend n'étant qu'une vase moUe et mouvante. J'y aurais déjà fait travailler, si Messieurs les mgénieuM, qui s<mt particuHdrement chargés des travaux, avaient été de ce sentiment Mais

cnAP. fx.] 187

ils s'ooeupeiit aniquemeiit de ceux de Bilozi, qu'cm sera vrask. obligé, je crois, d'abandoBner. Si on continue d'y fiôre des déchargemente, cela retardera Fétablissemei^ de cette colonie, et nons jettent dans de grandes dépenses, à cause de Téloignement de Hic aux Vaisseaux, qui est à cmq lieues de la grande tene où noiu sommes étaUis; nous sommes obligés, pour décharger les navires, d'y envoyer des travemem qui, à leur retour, ne peuvent ^prêcher de terre que de trois quarts de lieue. On envoie ensuite des chaloupes pour décharger ces traversiers, et ces mêmes chaloupes échouent à près d'une portée de carabine au large. Le conseil c<nmaltra par là de quelle ocmséquence il serait de foire entrer tous les vaisseaux qui viennent de France dans le fleuve, où ils seraient déchargés dans deux jours. J'ai pris sur moi d'y envoyer deux flûtes, une de trois cents et l'autre de quatre cents tonneaux, qui y ont entré à pleines voiles. J'aurais &it la même chose des autres qui viennent d'arriver, si on ne nous avait pas donné des ordres si précis de fiiire décharger ces vaisseaux i BiloxL"

Le 20 mai, il flit décrété qu'il y aurait cinq conseillers au conseil supérieur, au lieu de quafare, et ces conseillers forent : Bruslé, Fazende, Peny, Guilhet, Maselary.

Le 4 de juin, il arriva, par un navire de la compagnie, deux cent cinquante Allemands, cmnmandés par le chevalier d'Arensbourg, officier suédois. Ce navire ramenût aussi Marigny de Mandeville, qui était allé en France, où il avait obtenu la croix de St Louis et le commandement du firart Condé à la Mobile.

Ce navire avait apporté la nouvelle que la fiuneuse banque royale que Law avait fondée en France, sous le patronage du gouvernement, avec un capital immense, était en faillite complète, et que Law lui-même était parti de France chargé de l'exécration publique. On sait que cet Ecossais, profitant de l'engouement qu'il avait inspiré au duc d'Orléans, régent de France, s'était

186 [gbap. ix«

ttss. fidt placer à la tête des affiedres de la banqae, et qa*il avait réussi i y faire incorporer la non moins célèbre compagnie d'Occident, connue aussi sous le nom de cornpagnie des Indes; laquelle devait avoir tous les privilèges possibles, et monopoler en quelque sorte le c<»n* m^ce de la France avec la Chine, les Grandes-Indés et l'Amérique. Gette compagnie fbt connue également sous le nom de compagnie du Mississippi, d'après le grand fleuve qui traversait le pays où devaient s'opérer lesmerveilles dont on échauffait les imaginations des actionnaires. L'habile charlatan qui avait conçu le plan gigantesque qu'il avait eu le talent de faire si bien goûter du gouvernement et du public, avait persuadé à toute la France que la banque et la compagnie devaient réaliser des bénéfices énormes ; de sorte qu'une espèce de folie s'était emparée de toutes les tètes. G'était à qui serait actionnaire, parce qu'une seule action de cette merveilleuse compagnie devait donner une grande et rapide fortune. On a peine à croire ce que racontent à ce sujet les historiens de l'époque. On s'entassait, on s^étouffait, on s'écrasait, on se battait dans la rue Quincampcnx, où étaient les bureaux de la compagnie, pour arriver à s'y inscrire. Ce qui porta cette firénésie à son dernier degré d'intensité, c'est que les directeurs, considérant comme réalisés les bénéfices ftiturs qu'ils comptaient faire, déclarèrent un dividende de deux cents pour cent Aussi, l'illusion fut telle, que les actions montèrent à soixante fois leur valeur primitive. Ce fiit un délire de spéculations dans tous. les rangs, dans toutes les classes. Séduit lui même par son système, Law avait fabriqué tant de billets, dit Voltaire, que la valeur chimérique des actions de la Banque royale représentait, en 1719, quatre-vingts fois tout l'argent qui circulait dans le royaume. Mais enfin, les privilèges et les autres avantages ccmmierciaux, sur lesquels on avait échafaudé tant d'espérances, ayant été trouvés plus

aup. IX.] 1S9

onéreux que productifs, et les opérations de finance ^"^â^n'ayant pas répondu en pratique à ce qu'elles paraissaient être en théorie, les actions de la Banque perdirent la valeur factice qui leur avait été donnée, et les papiers que l'on avait pris au taux de l'or, redevinrent ce qu'ils étaient auparavant : du papier. L'édifice firagile, dont un vernis brillant avait caché la faiblesse, croula tout à coup, et couvrit la France de ses débris. Toutes les fortunes furent bouleversées, et un choc terrible fit fiiir les songes dorés dont on s'était bercé.

La colonie fiit accablée de cette nouvelle. Elle craignit d'être entièrement abandonnée à ses propres ressources, et que l'on n'aperçut pas ses besoins, dans la détresse où était la France. Cependant l'événement ne confirma pas les craintes qu'elle avait conçues. Quel^ qnes faibles secours continuèrent d'arriver cette année i la Louisiane. Le 15 de juillet, Duvergier qui avait été nonmié directeur-ordonnateur et commandant de la marine, débarqua à Pensacola, portant des croix de St- Louis à Boisbriant, à St-Denis, et à Chateaugné qui avait été fait prisonnier, comme on sait, à la prise de Pensacola par les Espagnols, et qui, ayant été échimgé, était revenu dans la colonie.

n paraît que les plaintes du curé de la Vente et de M. de Lamothe Cadillac, fondées sur ce que les colons aimaient mieux s'unir aux sauvagesses et créer ainsi une race abâtardie, que d'épouser des Françaises, ne doivent pas être reçues sans réserve ; car on trouve encore dans les cartons du ministère de la marine en France plus d'une lettre demandant avec instance l'envoi de femmes à la Louisiane. Comme exemple, il est . peulrètre convenable de citer l'extrait d'une lettre écrite des Illinois par un M. de Chassin, en date du 1er juillet:

100 LcaAP. IX.

M. DE ChA88IN au MimSTRB.

1722. ^Voiis voyez» Monseigneur, qu'il ne manque plus pour fSure un établissement solide à la Louisiane, qu'un certain meuble qu'on se repent souv^it d'avoir pris et dont je me passerai comme les autres, jusqu'à ce que, comme j'ai d^à eu l'honneur de vous le dire, la cconpagnie nous envoie des filles qui aient au moins quelque apparence de vertu. Si, par l^asard, il sr en trouvait quelqu'uiDie de votre connaissance, qui voulut faire le voyage pour l'amour de moi, je lui en aurais bien de l'obligation et ferais assurément de mon mieux pour lui témoigner ma reconnaissance."

On se demande quel est ce M. de Chassin qui se per^ mettait d'écrire d'un ton si familier au ministre.

Depuis le départ de Law, les afi*aires de la compagnie étaient tombées dans un grand désordre et l'on avait négligé d'envoyer à la Louisiane une quantité suffisante de vivres. Comme, sous ce rapport, la colonie ne pouvait encore produire ce dont elle avait besoin, il s'ensuivit une grande disette. Il fallut éparpiller les troupes parmi les Indiens et sur les bords des rivières, pour qu'elles vécussent de pèche et de chasse, n en résulta des actes d'insubordination et de révolte. Vingt-six soldats, qui étaient en garnison au fort Toulouse, parmi les Âlibamons, réduits au désespoir par la famine à laquelle ils étaient en proie, massacrèrent Marchand, leur capitaine, et se mirent en route avec armes et bagage pour la Caroline. Mais Villemont, leur lieutenant, s'étant adjoint les Indiens, parmi lesquels il s'était réftigié, courut après les révoltés pour s'opposer i l'exécution de leur projet II y eut un combat meurtrier, dans lequel la plupart de ces déserteurs forent tués pte leurs farouches adversaires. Heureusement, vers la fin de septembre, la colonie fut soulagée par l'arrivée d'un bâtiment chargé de provisions et

CUAP. IX.] ^ 101

de immitioiiui. Ce navire i^f^Knta la oûuvelle que le 1782. r^ent avait confié les affaires de la oomtNignie à la direetion de trois commissaires qui étaient : Ferrand, Faget et Machinet

Le ao octobre» de rOrme,iuidespriBcipaiiz employés de la oompagnieà la Louisiane» écritit une Irague lettre, dans laquelle il faisait le détail des pertes considérables qu'un ouragan effioyable avait causées à la campagne, ainsi que des désertions continuelles des soldats» ouvriers et matelots. Il igoutait qu'il ne voyait point d'autre remède à ce mal que d'accorder un passage libre sur les vaisseaux de la c<»npagnie à tous ceux qui Voudraient retourna en France.

On voit, par l'état de détresse dans lequel était la colonie, que le poste des trois commissaires nommés par le régent pour rétablir les affaires de la compagnie, ne devait pas être une sinécure. Les Natohez recommençaient la guerre contre les Français ; l'on venait d'ap> prendre qu'ils en avaient massacré trois et attaqué llia- Intation KoUy, où ils avaient tué beaucoup de bestiaux et un ouvrier. Le papier, qui servait de circulation monétaire dans lacolonie» était tombé dans un tel discrédit, qu'il y avait {Masque cessation complète d'aïfSûres. Il fallait parer à toutes ces éventualités. On n'imagina rien de mieux que de remplacer les billets discrédités par des cartes, qui devaient plus tard subir le même sort, et, le 4 décembre, la compagnie fit publier cette ordimnance :

^Pour parvenir i la liquidation des affaires en gênérai et à un arrangement utile au public, nous avons estimé qu'il convenait de savoir au juste à quoi se montent les dettes de la compagnie et de continuer la suppression des billets de toutes eqpèces. Pour cet effet» nous ordonnons que tous ceux qui seront porteurs de billets visés par nous, par les commandants des postes, et par les commis principaux, aient a les représenter à la

103 [OHAP. IX.

I72â. directioii, depuis huit heures du matin jusqu'à midi, au sieur Michel, qui les convertira en ccurtes, comme il a été exécuté ci-devant au fort Louis, en conformité du règlement du conseil du 20 d'avril dernier. Nous ordonnons de rapporter aussi, depuis deux heures après midi jusqu'à cinq heures, toutes les <mrtes qui ont été délivrées en échange de billets, depuis No. 1 jusqu'au No. 1057, signées Byon, qui restent à acquitter, pour être enregistrées conmie dettes passives et y être apposés un grand cachet et pctraphe, et ce, pendant le cours du présent mois de décembre, passé lequel temps les dits billets ou cartes des numéros ci-dessus, non enregistrés, ne seront plus reçus dans aucun comptoir ti dans le commerce, et les porteurs ne pourront en répéter la valeur, sous quelque prétexte que ce puisse être. Ordonnons en outre qu'à commencer de ce jour, jusqu'au 1er janvier 1728, les garde magasins n'acquitteront ni billets ni cartes, mais recevront des pEirticuliers ceux et celles qui seront dans les formes énoncées ci-dessus, en paiement de ce qu'ils devront aux magasins, dont ils retireront des reconnaissances pour leur décharge."

Le 8 décembre, il y eut une ordonnance du conseil d'Etat, qui envoyait à la Louisiane Messieurs du Saunoy et de la Chaise, pour faire rendre compte aux agents comptables de la compagnie, des marchandises envoyées par la dite compagnie, ainsi que de celles à eux remises par les commis de M. Crozat Parmi leurs instructions, on remarquait celle-ci : ^Ds partiront secrètement, et, à leur arrivée, se feront reconnaître du conseil général, puis se rendront aux magasins, où ils mettront des scellés sur tous les papiers."

Le 28, il y eut une autre ordonnance, qui enjoignait aux habitants de députer l'un d'entr'eux, avec pleins pouvoirs, pour assister au conseil qui devait être tenu dans le but de traiter de l'arrangement des affaires des habitants avec la compagnie.

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Les nouveaux commissaires, qui avaient succédé à 1723. la direction de la compagnie, et qui seuls en administraient maintenant les affaires, donnèrent gain de cause à Bienville, cette année, sur deux projets que depuis long-temps il avait fort à cœur. Ds l'autorisèrent i transporter, comme il l'avait toigours désiré, le siège du gouvernement à la Nouvelle-Orléans, et i faire aux Ârkans€ts un établissement, que Bienville avait eu en vue, pour relier les communications de la partie inférieure de la colonie avec les Illinois et pour faciliter l'introduction de bestiaux des provinces espagnoles. En conséquence de cette autorisation, Bienville ordonna à La Harpe, qu'il plaça à la tête d'un détachement de seize hommes, de remonter la rivière des Arkansas aussi loin qu'il le pourrait, de faire le relevé de tout le pays, de tâcher de découvrir s'il n'y existait pas des mines, et de faire connaître à tous les Espagnols qu'il pourrait y trouver établis, que tout le territoire, arrosé p€tr la rivière des Arkansas depuis sa source, étcdt réputé par la France comme lui appartenant, en vertu de la prise de possession faite par Lasalle, lorsqu'il descendit le Mississippi. «

En 1723, époque à laquelle le siège du gouvernement 1733. fut transféré à la Nouvelle-Orléans, cette ville aujourd'hui si florissante, ne renfermait dans ses limites qu'une centaine de cabanes et une population d'environ deux cents âmes. Les seuls établissements qui existcdent alors au-dessous des Natchez étaient : celui de St Reine et celui de Mme de Mézières un peu au-dessous de la Pointe-Coupée ; celui de Diron d'Artaguette, à Bâton- Rouge ; celui de Paris Duvemay, auprès du bayou Manchac, celui du marquis d'Anconis, au-dessous de Lafourche ; celui du marquis d'Artagnac, aux Cannes Brûlées ; celui de M. de Meuse, un peu plus bas ; et l'habitation des trois frères Chauvin aux Tchoupitoolas.

1738. Deptiis labcmqueroute de Law ef sa ftiite de France, les terres qoi lui avaient été concédées aux Aricansas avaient été entièrement négligées. La plupart des colons quHl y avait ftdt transporter de l'Alsace et de f Allemagne, se voyant abandonnés par leur patron, des- ' cendirent à la Nouvelle- Orléans, dans l'espoir d'y trouver passage pour la France, d'où ils enraient pouvoir regagner leur pays natal. Le gouvernement colonial ne voulant pas ou ne pouvant pas leur fournir des moyens de transport, on leur fit des concessions de terres sur les deux rives du fleuve, à environ une vingtaine de milles de la Nouvelle-Orléans. Le chevalier d'Arensbourg, oflicier suédois, qui était arrivé depuis peu, fut nommé commandant de ce nouveau poste. Telle fut l'origine de l'établissement de cette partie du fleuve qui est encore connue aujourd'hui sous le nom de Côte des Allemands et qui est divisée en deux paroisses : St. Charles et St-Jean Baptiste. Ces hommes laborieux se livrèrent à la culture de toute espèce de légumes, dont ils approvisionnaient le marché de la Nouvelle- Orléans. Tous les samedis, leur petite flotte descendait le fleuve, et, le dimanche matin, étalait aux yeux des habitants de la ville sa cargaison de légumes, de gibier et de laitage. Ces himibles cultivateurs de la terre ont disparu depuis long-temps et ont fait place à l'opulent sucrier qui commande souvent à presque autant d'esclaves, que le roi de France comptait aJors de sujets dans les limites actuelles de l'Etat de la Louisiane. Les commissaires de la compagnie, au commencement de cette année, publièrent une nouvelle ordonnance de régie, par laquelle il était déclaré que les nègres se vendraient dorénavant 676 livres, payables à un, deux et trois ans, en riz ou tabac. Le riz devait être reçu à 12 livres le baril, et le tabac à 26 livrçs. Le vin devait être vendu à 26 livres la barrique et l'eau -de vie à 120 livres.

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La proviaoe était divisée en neuf districts' civils et mi- 1123. litaires : les AlibanuMis, la Mobile et Biloxi, la Nouvelle^ Orléans, les Natchez, les Yazoux, les IlIinoiSt le Ooabache, les Arkansas et les Natcbitoches. U devait y avoir on Commandant et un juge pour chaque district

D y avait aussi trois grands districts ecdésiastiqueft. Le premier était confié aux capucins, et s'étendait depuis l'embouchure du fleuve jusqu'aux Illinois. Les carmélites avaient les Alibamons» la Mobile et Biloxi ; les jésuites, le Ouabache et les Illinois. On «urdonnàit la construction d'églises et de chapelles, les colons se plaignant d'avoir été obligés jusqu'alors de se réunir, pour inrier, autour de croix érigées en plein champ, faute d'un endroit plus convenable.

Le 12 janvier, un anrét du conseil d'Etat fixa, pour la Loaisian6,à 30 livres, la pistole de poids, monncde d'Espagne, et à 7 livres 6 soos la piastre de poids.

U est inconcevable que la colonie, après vingt-quatre ans d'existence sur un sol aussi fertile que celui de la Louisiane, ait été réduite, en 1723, à un tel degré de misère et de disette, que le ccmseil supérieur de la colonie, par une dépêche du 24 janvier, se soit cru obligé d'informer le gouvernement français que : ''L'habitant ne pouvait absolument subsister, si la compagnie n'envoyait pas, partons les vaisseaux, des viandes salées."

On voit que l'enfance de cette malheureuse colonie n'était qu'une agonie prolongée. Le principe de vie semblait lui manquer.

Le 25 janvier» l'ingénieur Pauger fit un rapport intéressant sur l'embouchure du fleuve. U dit : ''qu'à sa première visite, il a trouvé que des navires tirant quatorze, quinze pieds d'eau, et même plus, pouvaient y passer aisément

"Il regrette que, malgré les jeprésentaticms de M. de Bienville, la compagnie persiste à envoyer ses vaisseaux à Biloxi, ourles débarquements s'opèrent avec beaucoup

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1723. de difficultés, tandis qu'à la Nouvelle-Orléans, ils se feraient avec la plus grande facilité ; d'autant plus qu'il est extrêmement pénible et coûteux pour les habitants du fleuve, dont le nombre doit s'augmenter tous les jours, vu la fertilité des terres, d'aller à Biloxi chercher lAirs nègres et tout ce dont ils peuvent avoir besoin.

"Il ajoute que, sur ces considérations, il s'est déterminé à aller revisiter l'embouchure du fleuve. Il y a été accompagné par le père Gharlevoix, qui a vu ce qu'il a fait II a psLSsé en canot par la passe du Sud, et en a relevé le plan.

"Elle est, dit-il, plus droite que l'ancienne passe, mais plus étroite. Il y a des endroits propres à fortifier. A la sortie de cette passe, il y a une barre, sur laquelle il n'y a que neuf à dix pieds d'eau, de cent toises de large, qui joint un banc de sable, lequel est au milieu. Cette sortie est à trois lieues et demie de la véritable embouchure du fleuve, où je me suis rendu par dehors. L'on fait le N.-O. pour entrer la pointe à tribord ; sur laquelle embouchure est une petite ile de terre glaise, en forme de fer à cheval, où l'on pourrait faire une batterie de charpente ou risban, qui ne coûterait pas plus de 10 à 12,000 livres, ainsi qu'à la pointe de l'autre côté, éloignée de trois cents toises, où j'ai trouvé trente-sept pieds d'eau, diminuant dix-huit pieds vis-à-vis Pile de la Balize, qui est à bâbord, à cinq cents toises en dedans, et sur laquelle on pourrait établir un fort et des magasins, afin d'alléger les gros vaisseaux pour passer la barre. Cette ile a quatre-vingt-dix toises de long, sur trentehuit de lai^e, de terre glcdse, et n'inondant jamais. Devant elle, jusqu'au point de dehors, quinze à vingt navires peuvent mouiller à l'abri des lames et de tous vents, cet intervalle formant un port fond de vase, environné d'îles et de battures. Cette barre est de 400 toises plus en dedans que l'ile de la Balize, formée par l'affaiblissement du courant du Mississippi, qui se dé-

gage auparavant par quantité de passes, et qui, par la 1723. rencontre de la mer en cet endroit, y forme un dépôt de vase molle, de cinq à six cents toises de largeur, laquelle se pourrait rompre et emporter, en bouchant quelquesunes des passes du Mississippi par quelques vieux vaisseaux coulés à fond, et par des arbres dont il descfend une prodigieuse quantité pendant les deux premiers mois de l'année, que le Mississippi déborde par la fonte des neiges des pays d'en haut On pourrait faire des stacades de chaînes d'arbres, ou batardeaux, à tonte l'embouchure du fleuve, pour en faire un beau port, qui existe déjà nctturellement, et qui est formé par les arbres échoués à droite et à gauche du chenal. Je recommande à la compagnie de faire une enceinte de pilotis joints, qui, non seulement servircdt de quais et d'appui à tous les vaisseaux, mais aussi qui fixerait le courant du MississippL II est indubitable que, p€tr ce moyen, la passe se creuserait de plus en plus. Ce travail ne serait pas d'une grande dépense, les bords du fleuve étant remplis de beaux bois de cypre, qui est incorruptible et qui se travaille aisément"

Il doit être extrêmement curieux de comparer l'état actuel des embouchures du fleuve avec ce qu'il était à cette époque. Ce rapport, dans lequel il s'agit des moyens de creuser l'embouchure du Mississippi, est précieux pour la Louisiane comme document relatif à l'une des améliorations les plus importantes qui puissent se faire dans l'Etat La Nouvelle-Orléans est destinée, par sa situation, à devenir la première ville commerciale du Nouveau Monde. Elle sera le point de réunion où les marchands de toutes les parties du globe viendront échanger l'or et l'argent pour les denrées de ces régions immenses qu'arrose le Mississippi. Mais il faut que nos travaux hâtent l'accomplissement de ces hautes destinées. Car, quelque facile que puisse être le cours de nos prospérités, elles ne seront jamais assez dégagées de

1728. tout obstacle, pour ne pas exiger une constante sollicitude et une active surveillance. Ainsi, quels que soient les avantages commerciaux que la nature nous ait départis, nos marchands éprouvent des pertes considérables, et encourent quelquefois des dépenses très fortes, occasionnées par la difficulté qu'ont les gros navires à franchir la barre qui se trouve à l'entrée du fleuve. Non seulement les navires échouent, et sont exposés à des accidents funestes, mais il y en a qui sont obligés de se faire décharger par des bateaux à vapeur. Cet objet d'amélioration est pour nous d'une impcMtance vitale, et attirera sans doute un jour toute l'attention de nos citoyens. Si l'entrée du Mississippi était rendue assez profonde pour admettre les gros vaisseaux de guerre, alors nous aurions, ainsi que New York, Boston et Philadelphie, la glorieuse satisfistction de recevoir dans notre port les citadelles flottantes qui portent sur les mers la bannière étoilée. Alors, les rives du roi des fleuves verraient sans doute se former des chantiers qui rivaliseraient avec les plus célèbres de l'Union. La Louisiane, abondant en bois de construction de la meilleure qualité^ et réunissant tant d'autres avantages, ne doit pas désespérer de contribuer, pour sa bonne part, à donner naissance à ces vaisseaux américains qui sont destinés à être les futurs dominateurs des mers.

La paix ayant été rétablie entre la France et l'Espagne, M. de Bienville reçut l'ordre de restituer Pensacola aux Espagne^ U écrivit à ce sujet au ministre ' en date du 1er février:

"J'ai rendu Pensacola suivant Tordre que j'en avais reçu de la cour.

"Il ne s'est rien passé de considérable dans la colonie depuis ma dernière lettre, à la réserve de la défaite des Ghickassas. Les Chactas, que j'ai mis en mouvement cet hiver, viennent de détruire entièrement trois villages de cette nation féroce et belliqueuse, qui troublcût le

CHAT. iX.J lOe

commerce du fleuve. Ils omt rapporté environ quatre cents 17^3. chevelures et ont iait cent prisonniers. C'est un avantage important dans l'état des choseSy d'autant mieux que ce résultat a été obtenu sans risquer la vie d'un seul Français, par les soins que j'ai pris de faire €kgir ces barbares les uns contre les autres, seul et unique moyen d'avoir quelque sûreté dans la colonie, parce qu'ils se détruiront d'eux-mêmes dans la suite.

^S. A. R. ayant jugé à propos de faire l'établissement principal de la colonie à la NouvelleOrléans, sur le fleuve du Mississippi, Messieurs les commissaires de la compagnie des Indes nous ont envoyé des ordres sur cela par le vaisseau l'Aventurier, arrivé ici le 26 mai 1722, et nous avons en conséquence transporté ici, (à la NouveUe-Orléans,) tous les efiets qui étaient à BUoxi, où il ne reste plus qu'une compagnie. D me par rait qu'on ne pouvait prendre un meilleur parti, attendu la bonté du terrain, le long du fleuve,! propre à produire toute sorte de denrées et même de l'indigo, sans (KMnpter les avantages qui en résultent pour le déchargement, pa^ee que les vaisseaux peuvent venir à quai devant les magasins. Il y a maintenant treize pieds d'eau sur la barre, et nous travailloos à y établir des batteries et logements, pour y tenir une garnison et mettre par là cette entrée hors d'insulte."

Le 11 avril, l'ex-ccmunissaire ordonnateur Hubert présenta au ministre un mémoire dans lequel il rendait pleine et entière justice au pays, mais il n'en était pas de même pour Bienville qu'il attaquait avec une extrême violence.

^Le sieur Hubert, disait le mémoire, ne répéterait pa^ que c'est un'^ Ixm et beau pays, si les discours déâavsmtageux que beaucoup de gens en ont semés par diflérents motifs, n'avaient en quelque sorte altéré la vérité qui ne peut-être contredite que peur des gens mal LDtentionnés. Ces gens-là, sans connaissance de

I7d3. rintérieur du pays, n'ayant été que sur le sable de File Dauphine, de la Mobile, de Biloxi, ou tout au plus à la Nouvelle-Orléans, se sont dégoûtés. Le peu de vivres qu'ils y ont trouvés, avec beaucoup d'autres inconunodités qu'on rencontre dans les pays déserts et dans les nouveaux établissements, ainsi que les désagréments qu'on leur a fait sentir, dans des vues pernicieuses, les ont déterminés à se déchaîner contre ce pays qui n'y a nullement contribué. Chacun en a porté son jugement suivant sa connaissance, sa portée, son intérêt, ou sa haine pour le souvenir de ce qu'il a souffert, ou encore dans la vue de plaire ou de faire sa cour. Tous, remplis de mauvaise volonté ou de ténèbres, en ont parlé et décidé en maîtres, comme juges compétents. Mcds la vérité est que le pays n'est que trop riche. Car, c'est cette trop grande richesse qui a nui aux premières récoltes. Seulement il faudrait savoir le travailler.

^Les changements d'établissement ont été nuisibles ; par exemple, d'abord au bas du fleuve, puis au vieuï Biloxi, puis au nouveau, puis sur la rivière de la M^ bile, puis à dix lieues plus bas, là où il e^ aujourd'hui, puis à l'ile Dauphine, puis à la Nouvelle-Orléans. De là, dérangements, dépenses inutiles et énormes pour le gouvernement et ruine pour les colons."

A côté du mémoire précédent, il s'en trouve un autre qui démontre que, depuis 1699 jusqu'en 1714, les quelques Français qui se mouraient de faim à la Louisiane avaient coûté au roi plus de cent cinquante mille livres par an.

Malgré la pénurie dans laquelle ils se trouvaient à la Louisiane, les colons ne s'en livraient pas moins à la passion du jeu avec une telle fureur, que le gouvernement fut obligé d'intervenir et de prohiber par une ordonnance tous les jeux de hasard.

Les Français et les Natchez étant toujours en que-

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relies et se faisant une espèce de petite gaerre^ le con- i*?^* seil supérieur cnit pouvoir y mettre fin, en publiant cette ordonnance» en date du 21 juin :

^Sur ce qu'il a été représenté que plusiâurs habitants faisaient un commerce illicite aux Natcbez, ce qui causait un préjudice notable et ruineux à ce poste» et que plusieurs habitants et soldats faisaient des avances de marchandises aux sauvages» et leur faisaient des crédits» ce qui occasionnait dans la suite des querelles et des disputes qui peuvent avoir des conséquences dangereuses» sur ce» ayant délibéré» le conseil fait défense d'aller traiter au village des Natchez» sans la permission du commandant du lieu» ni de faire aucun crédit» ou des avances aux sauvages» sous peine» en cas de désobéissance, de quinze jours de prison."

Le seul firuit de cette ordonnance fiit de jeter entre les mains du conunandant de ce poste le monopole du conunerce des Natchez et de l'aider à fcdre ses affaires.

Le 11 septembre» il y eut un otbragan qui causa les plus afireux ravages dans la colonie. L'église» lliôpital et trente maisons de la Nouvelle-Orléans furent abattus. Trois navires qui se trouvaient dans le port fturent brisés sur le rivage. Non seulement les récoltes furent détruites» mais la plupart des maisons des planteurs et la plupart des édifices nécessaires à leurs exploitations furent jetés bas. Une si grande disette suivit ce fléau» que beaucoup de colons songèrent sérieusement à abandonner le pays, et qu'une compagnie d'infanterie» que l'on avait embarquée à Biloxi, pour la transporter à la Nouvelle-Orléans, se mutina et força le capitaine du navire d'aller la débarquer avec armes et bagages à Charleston.

Cette disette n'empêcha pas Bienville d'entreprendre au mois d'octobre une expédition contre les Natchez, pour les punir d'avoir tué plusieurs colons et d'avoir

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pillé leurs habitations. II partit avec sept cents hommes et ne revint qu'après avoir obtenu les tôtes des principaux coupables. Ce fut la seconde guerre des Natchez. Voici la liste des officiers qui étaient à cette expédition :

De Bienville, commandant générai

De Pailloux, major.

De Blanc» capitaine commandant

Renault, capitaine.

De Bemeval, capitaine.

Desliettes, capitaine commandant le poste des Natchez.

De Basse, lieutenant.

De Courtillas, "

Marquis, **

De Terrine, **

De Mouy, "

De Noyan, enseigne.

De la Tour, «

Bonaventuref, Tixerant, Pasquier, capitaines des volontaires.

De Manadé, chirurgien major.

1724. Le 6 janvier 1724, il fht expédié i M. de la Chaise, venu dans la colonie avec M. du Saimoy pour examiner la comptabilité des agents de la compagnie, des lettres patentes qui lui donnaient entrée au conseil, et, en février, il Alt nommé conseiller honoraire.

Lies querelles, qui avaient toigours existé depuis la fondation de la colonie entre les principaux officiers, et la part très active que toute la population y avait prise, avaient donné lieu à des écrits diffamatoires que Ton faisait circuler clandestinement. Tantôt, c'étaient des placards que Ton affichait au coin des rues, tantôt c'étaient des chansons satiriques que l'on colportait partout Les querelles n'en devenaient que plus envenimées et finissaient souvent par des duels. Aussi, le conseil supé-

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rieor jugea qu'il était temps d'y mettre un terme et pro- 1734. mnlgua une ordomiance décrétant des peines contre les délits de ce genre.

Le 16 février, M. de Bienville, que ses ennemis n'avaient jamais cessé d'accuser» reçut l'ordre de passer en France» pour rendre compte de sa conduite, et fiit requis de laisser le commandement à M. de la Tour» en attendant que M. de Boisbriant» nommé gouverneur par intérim» fitt revenu des Illinois. Mais» avant de partir» BienviUe fit publier en mars» au nom du roi» un code noir» dont la colonie commençait à sentir le besoin» vu le nombre de nègres qu'on y avait introduits. Ce qu'il y a de bizarre» c'est que le premier article de ce code noir ordonne l'expulsion des Juifs de la colonie» et que le Sème interdit tout autre culte que le culte romain. On se demande ce que les Juifs et la suprématie du ca^ tholicisme avaient de commun avec le code noir. Ce code» d'ailleurs» qui a eu force de loi à la Louisiane pendant près d'un siècle et dont plus d'une disposition est encore retenue dans notre code noir actuel» mérite d'être transcrit ici,presqu'en entier» sous plus d'un rapport» et comme faisant voir comment nos pères entendaient la législation sur un siget» qui» jusqu'à nos jours» n'a fait que croître en importance.

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