CODE NOIR
Article 1er.
Ordonne l'expulsion des Juifs de la colonie.
Aet. 2.
Ordonne de faire instruire les esclaves dans la religion.
Interdit tout autre culte que le catholique romain^
1724. Art. 4.
Tout préposé à la conduite ou direction des nègres sera catholique, sous peine de confiscation des nègres.
Art. 5.
Oblige d'observer strictement les dimanches et fêtes, et de les faire observer par les esclaves, sous peine de confiscation des esclaves trouvés travaillant.
Art. 6.
Détendons à nos sujets blancs, de Fun et de l'autre sexcj de contracter mariage avec les noirs, sous peine de punition et d*amende arbitraire, et à tous curés, prêtres, ou missionnaire*^ séculiers ou réguliers, et même aux aumôniers de vaisseaux, de les marier ; défendons aussi à nos siyets blancs, même aux noirs afiranchis ou nés libres* de vivre en coucubinEtge avec des esclaves. Voulons que ceux qui auront eu un ou plusieurs enfants d'une pareille conjonction, ensemble les maîtres qui l'auront souifert, soient condamnés chacun aune amende de trois cents livres ; et s'ils sont maîtres de l'esclave de laquelle ils auront eu les dits enfants, voulons que, outre l'amende, ils soient privés tant de l'esclave que des enfants, lesquels seront adjugés à l'hôpital des lieux, sans pouvoir jamais être afiranchis ; n'entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l'homme noir, afifranchi ou libre, qui n'était point marié durant son concubinage avec son esclave, épousera, dans les formes prescrites par l'Eglise, la dite esclave, qui sera aflfranchie par ce moyen, et dont les enfants seront rendus libres et légitimes.
Art. 7.
Les solennités prescrites par l'ordonnance de Blois, et par la déclaration de 1639, pour les mariages, seront observées, tant à l'égard des personnes libres que des
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esclaves, sans néanmoins que le consentement du père 1734. et de la mère de Tesclaye y soit nécessaire, mais celui du maître seulement
Art. 8.
Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s'ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres; défendons aussi aux maîtres d'user d'aucune contrainte sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.
Art, 9.
Les enfants qui naîtront des mariages entre les esclaves seront esclaves, et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leurs mariç, si les maris et les femmes ont des maîtres différents.
Art. 10.
Voulons, si le mari esclave épouse une femme libre, que les enfants, tant mâles que femelles, suivent la condition de leur mère, et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur père, et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement
Voulons que les maîtres fassent enterrer en terre sainte leurs esclaves baptisés.
Art. 12.
Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes, au profit de celui qui les aura saisies, à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues.
d06 [qbav. IX.
1724 AxT. 13.
Défendons pareillement aux esclaves appartenant a différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit» sous prétexte de noces ou autrement, soit chez Tun de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de pimition corporelle, qui ne pourra être moins que le fouet, et de la fleur de lys en cas de fréquentes récidives, et en cas d'autres cir^ constances aggravantes, pourront être punis de mort. Ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Eigoignons à tous nos sigets de courre sus aux contrevenants, de les arrêter et conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers, et qu'il n'y ait encore contre les dits contrevenants aucun décret
Aet. 14.
Les makres qui seront convaincus d'avoir permis ou toléré de pareilles assemblées, composées d'autres esclaves que de ceux qui leur appartiennent, seront condamnés, en leur propre et privé nom, à réparer tout le dommage qui aura été fait à leurs voisins, à l'occasidn de ces assemblées, à trente livres d'amende pour la première fois et au double en cas de récidive.
Art. 15.
Défendons aux nègres de vendre aucune denrée sans la permission écrite ou marque connue de leurs maîtres, et condanmons les acheteurs à 1,500 liv, d'amende.
Art. 16, 17, 18, 19.
Ces articles pourvoient longuement à la subsistance et à l'habillement des esclaves.
Art. 20.
Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et en-
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tretenus par leurs miûtreB, pourront en donner avis an 1734. proenrenr général du conseil ou aox officiers de justice inférieure, et mettre leurs mémoires entre leurs mains, sur lesquels, et même d'office, si les avis leur viennent d'ailleurs, les maîtres seront poursuivis à la requête du dit procureur général, et sans frais. Ce que nous voulons être observés pour les crimes et les traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves.
Art. 21.
Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres, et en cas qu'ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront ac^ugés à l'hôpital le plus proche, auquel les maîtres seront obligés de payer huit sous par jour pour la nourriture et l'entretien de chaque esclave ; pour le paiement de laquelle somme, le dit hôpital aura privilège sor les habitations du maître.
Art. 22.
Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leurs miutres, et tout ce qui leur vient par leur industrie ou par la libéralité d'autres personnes ou autrement, i quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leurs maîtres, sans que les enfants des esclaves, leur père et mère, leurs parents et tous autres, libres ou esclaves, puissent y rien prétendre par succession ou disposition entre vifs, ou à cause de mort ; lesquelles dispositions déclarons nulles, ensemble toutes les promesses et obligations qu'ils auraient faites, comme étant faites par gens incapables de disposer et de contracter de leur chef.
^''^- Art. 23.
Venions néanmoins que les maîtres soient tenus de ce que leurs esclaves auront fait par leur commandement, ensemble de ce qu'ils auront géré ou négocié dans leurs boutiques, et pour l'espèce particulière de commerce à laquelle leurs maîtres les ont préposés ; et en cas que leurs maîtres n'aient donné aucun ordre, et ne les aient point préposés, ils seront tenus seulement jusqu'à concurrence de ce qui aura tourné à leur profit ; et si rien n'a tourné au profit des maîtres, le pécule des dits esclaves, que leurs miutres leur aurait permis d'avoir, en sera tenu, après que leurs maîtres en auront déduit, par préférence, ce qui pourra leur être dû, sinon que le pécule consistât, en tout ou en partie, en marchandises dont les esclaves auraient permission de faire trafic à part, sur lesquelles leurs maîtres viendront seulement par contribution, au "sol la livre, avec les autres créanciers.
Art. 24.
Ne pourront les esclaves être pourvus d'office ni de commission ayant quelque fonction publique, ni être constitués agents par d'autres que par leurs maîtres, pour gérer et administrer aucun négoce, ni être arbitres ou experts ; ne pourront aussi être témoins ni au civil ni au criminel, à moins qu'ils ne soient nécessaires, et seulement à défaut de blancs ; mais, dans aucun cas, ils ne pourront servir de témoins pour ou contre leurs maîtres.
Art. 25.
Ne pourront aussi les esclaves être parties, ni ester en jugement en matière civile, tant en demandant qu'en défendant, ni être parties en matière criminelle, sauf à leurs maîtres d'agir et de défendre en matière civile, et poursuivre en matière criminelle la réparation des ou-
€HAr. ul] 909
trages et excès qui auront 6t6 conunls contre leurs es- 17d4. daves»
Art. 26.
Pourront les esclaves être poursuivis criminellement, sans qu'il soit besoin de rendre leurs maîtres parties, si ce n'est en cas de complicité, et seront les esclaves accusés, jugés en première instance par les juges ordinaires, s'il y en a, et, par appel, au conseil, sur la même instruction et avec les mêmes formalités que les personnes libres, aux exceptions ci-après.
L'esclave qui aura frappé son maitre,sa maîtresse, le mari de sa maitresse ou leurs enfants, avec contusion ou effusion de sang au visage, eera puni de mort
Art. 28.
Quant aux excès et voies de fSût qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort» s'il y échmt
Art. 29.
Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, nmlets, bœu& on vaches, qui auront été faits par les esclaves on les affranchis» seront punis de peine afflictive, même de mort, si le cas le requiert.
Art. 80.
Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, grains, fourrages, pois, fèves, ou autres légumes ou den* rées, faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol par les juges, qui pourront, s'il y échoit, les condamner i être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lys.
210 [OBAP IX.
iia4. Aet. ai.
Seront tenus les maîtres» en cas de vols ou d'autres dommages causés par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves» de réparer le tcùrt en leur nom, s'ils A'aiaient mieux abandonner TesclaVe à celui auquel le tort aura été fidt; ce qu'ils seront tenus d'opter dans trois jours, à compter de celui de sa condamnation, autrement ils en seront déchus.
Art. 32.
L'esclave, qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé à la justice, aura les (H*eilles coupées, et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule ; et s'il récidive pendant un autre mois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; la tpoisième fois, il sera puni de Bu>rt.
AxT. as.
Voulons que les esclaves qui auront encouru les peines du fouet, de la fleur de lys et des oreilles coupées, soient jugés en dernier ressort par les juges ordinaires et exécutés, sans qu'il soit nécessaire que les jugements soient confirmés par le conseil supérieur, nonobstant le contenu en l'article 26 des présentes, qui n'aura lieu que pour les jugements portant condamnation de mort ou de jarret coupé.
Art. 34.
Les afirancbis ou nègres libres, qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs seront condamnés par corps envers leurs maîtres, en une amende de trente livres par chaque jour de détention, et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en dix livres d'amende aussi, par chaque jour
ooM. IX.] 311
de détention, et faute par les nègres afiVanchis on libres vn^ de pouvoir payer Famende, ils seront réduits à la condition d'esclaves et vendus. Si le prix de la vente passe l'amende, le surplus sera délivré à PhôpitaL
Art» 85.
Permettons à nos stqets du dit pays, qui auront des esclaves en quelque lieu que ce sdit, d'en &ire faire la recherche par teUes personnes ou à telles conditions qu'ils jugeront à propos, ou de la faire eux mômes ainsi que bon leur semblera.
L'esclave, condamné à mort sur la dénonciation de son maître, lequel ne sera point complice du crime, sera estimé avant l'exécution par deux principaux habitants, qui seront nommés d'office "par le juge, et le prix de l'estimation en sera payé. Pour à quoi satiitfaire, il sera imposé par notre conseil supérieur, sur chaque tète de nègre, la s(»nme portée par l'estimation^ laquelle sera réglée sur chacun des dits nègres et levée par ceux (pii seront commis à cet effet ,
Art. 87.
Défendons à tous officiers de notre conseil et autres nos officiers de justice, établis au dit pays, de prendre aucune taxe dans les procès criminels contre les esclaves, à peine de concussions.
Art. 88.
Défendons aussi à tous nos si^jets du dit pays, de quelque condition qu'ils soient, de faire donner, de leur autorité privée, la question ou torture à leurs esclaves, sous quelque prétexte que ce soit, et de leur faire ou fSedre faire aucune mutilation de membres, à peine de
218 [oHAf. IX.
I7ft4. confiscation des esclaves et d'être jMrocédé contre eux extraordinairement Leur pennettons seulement, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité, de les faire enchaîner et battre de verges ou de cordes.
Akt. 89.
Eiqoigaons aux officiers de justice, établis dans le dit pays, de procéder criminellement contre les maîtres et les commandeurs qui auront tué leurs esclaves ou leur auront mutilé les membres, étant sous leur puissance ou leur direction, et de punir le meurtre selon l'atrocité des circonstances, et en cas qu'il y ait lieu à l'absolution, leur permettons de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs, absous, sans qu'ils aient besoin d'obtenir de nous des lettres de grâce.
AftT. 40.
Voulons que les esclaves soient réputés meubles, et, comme tels, qu'ils entrent dans la communauté, qu'ils n'y ait point de poursuite par hypothèque sur eux, qu'ils se partagent également entre les co-héritiers sans préciput'et droit d'ainesse et qu'ils ne soient point scgets au douaire coutumier.
Sont relatifs à des formalités judiciaires.
Art. 43.
Voulons néanmoins que le mari, sa femme et leurs enfSetnts impubères ne puissent être saisis ni vendus séparément, s'ils sont sous la puissance du même maître, et déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui pourraient en être faites. Ce que nous voulons aussi avoir lieu dans les ventes volontaires, à peine contre ceux qui feront les dites ventes d'être privés de celui ou de ceux
CHAF. IX.] 21S
qalls auront gardés et qui seront a^jngés aux acqué- 1724. reurs» sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément de prix.
Art. 44.
Voulons aussi que les esclaves âgés de quatorze an% et au-dessus jusqu'à soixante ans» attachés à des fonds et habitations et y travaillant actueUement, ne puissent être saisis pour autres dettes que pour ce qui sera du prix de leur achat, à moins que les fonds ou habitations ne fassent saisis réeUement, auquel cas, nous enjoignons de les comprendre dans la saisie, et défendons, à peine de nullité, de procéder par saisie réelle et a^udication par décret sur des fonds ou habitations, sans y comprendre les esclaves de Tftge susdit» y travaillant actuellement»
Art. 45, 46, 47, 48, 49.
Sont relatifs à des procédures judiciaires.
Art. 50.
Les maîtres, âgés de vingt-cinq ans,-pourr<mt affiranchir leurs esclaves par tous actes entre vifs, ou à cause de mort ; et cependant, comme il se peut trouver des maitres assez mercenaires pour mettre la liberté de leurs esclaves à prix, ce qui porte les dits esclaves au vol et au brigandage, défendons à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, d'affiranchir leurs esclaves sans en avoir obtenu la permission par arrêt de notre dit conseil supérieur, laquelle permission sera accordée sans jfrais, lorsque les motifs, qui auront été exposés par les maîtres, paraîtront légitimes ; voulons que les affiranchissements qui seront faits à l'avenir sans ces permissions soient nuls, et que les affiranchis n'en puissent jouir, ni être reconnus pour tels; ordonnons, au contraire, qu'ils soient tenus, censés et réputés esclaves.
214 [oBAiu ce.
1724. que les maîtres en sment privés^ et qu'ils sdent confis*' qués au profit de ht compagnie des Indes.
Aet. 51.
Voulons néanmoins que les esclaves qui auront été nommés par leurs maîtres tuteurs de leurs enfants, soient tenus et réputés, comme nous les tenons et repu* tons, afihtnchis.
Art. 52.
Déclarons les affranchissements faits dans les formes ci-dessus prescrites, tenir lieu de naissance dans notre dite province de la Louisiane, et les afiranchis n'avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avan-* tages de nos si\jets naturels dans notre royaume, terres et pays de notre obéissctnce, encore qu'ils soieirt nés dans les pays étrangers ; déclarons cependant les dits afl[ranchis, ensemble le nègre libre, incapables de recevoir des blancs aucune donation entre vifs, à cause de mort ou autrement ; voulons qu'en cas qu'il leur en soit fait aucune, elle demeure nuUe à leur égard, et soit appliquée au profit de l'hôpital le plus voisin.
Art. 53.
Commandons aux afiranchis de porter un respect ônguKer à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leursr enfants, en sorte que l'injure qu'ils leur auront faite, s(»t punie plus grièvement que si elle eût été faite à une autre personne ; les déclarons toutefois firancs et quittes envers eux de toutes charges, services et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre, tant sur leurs personnes que sur leurs biens et successions, en qualité de patrons.
Art. 54,
Octroyons aux afiranchis les mêmes droits^ privilèges
SI 6 [OHAP. IX.
et immunités dont Jouiss^dt les perscHmes nées libres; 1724. voulons que le oiérite d'une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres siyets.
Au nom du roi :
bienville, de la chaise, fazende, bruslI:, perry.
La compagnie, qui, dans le cours de cette année, s'occupa de la législation de la Louisiane beaucoup plus qu'on ne l'avait encore fait depuis la fondation de la colonie, obtint du roi l'ordonnance suivante en date du 29 mai :
Ordonnance du roi concernant la violation des lettres.
''Les directeurs de la compagnie des Indes ayant fait représenter qu'il se commet dans notre province de la Louisiane beaucoup d'infidélités sur les lettres et pa^ quets que l'on reçoit d'Europe et sur celles qu'on écrit dans la dite colonie, pour être remises dans notre royaume ; que quelques personnes mal intentionnées, ou par une curiosité très condcunnable, les interceptent, et, après les avoir ouvertes, rendent public ce qu'elles contiennent, ce qui cause des querelles et des animosités dans la colonie, nous avons crû devoir arrêter le cours d'un abus si préjudiciable au commerce et si contraire à la bonne foL A ces causes, nous avons dit, déclaré et ordonné que toutes personnes, officiers, employés, habitants on aotrest qui seront convaincus d'avoir retenu ou intercepté une ou plusieurs lettres ou paquets, soient condamnés, savoir : les officiers ou employés à l'amende de cinq cents livres, et qu'ils sentit en outre cassés de leurs charges ou révoqués de leurs emplois, et déclarés incapables d'en posséder aucun à l'avenir, et, à l'égard
916 [cHAP. a.
1734. des haMtants et antres, qu'Us soient ccmdaiimés aa carcan et en outre à une pareille am^ide de cinq cents Uvres.'*
Pour récompenser l'ingénieur Pauger des excellents mémoires qu'il avait envoyés sur le pays et sur l'em» bouchure du Mississippi, il lui fut envoyé des lettres patentes qui lui accordaient séance et voix délibérative dans le conseil supérieur de la Louisiane. Le besoin d'arpenteurs se faisant de plus en plus sentir dans le pays, le gouvernement, au mois de juin de cette année, breveta en cette capacité les firères de Lassus.
Le 6 septembre, les forces militaires de la colonie étaient réduites à dix compcignies. Voici la Uste des capitaines qui les commandaient, avec la date de leurs conunissions :
Marigny de Mandeville.
De la Tour ; D'Artaguette.
Du Tisné ; Lamarque.
Leblanc ;
Desliettes ;
Marchand de Courcelles;
Renault dllauterive ;
PradeL La compagnie ne se borna pas à pourvoir à la légis> lation de la colonie, mais elle fit, presque coup sur coup, relativement aux finances, plusieurs règlements, dont il est difficile de préciser au juste la cause ou le but Ces règlements, qui jetaient la plus grande incertitude dans la valeur des eq;>èoes ayant cours dans le pays, ne pouvaient avoir et n'eurent en effet que des résultats dé-
OHAP. IX.] 217
plorables. Les monnaies espagnoles étaient presque les 1*7^* seules qui circulaient dans le pays. La ccHupagnie, non contente d'avoir, par un édit du 23 février de l'année précédente, haussé subitement le taux de ces espè- ' ces à presque le double de ce qu'il était auparavant, (car elle avait porté la piastre de 4 livres à 7 livres 10 uom)f jugea convenable de tout changer de nouveau : ainsi, d'après un décret du 26 février de cette année, la pistole, qu'elle avait fixée un an auparavant à 30 livres, fiit réduite à 28 livres,' et la piastre de 7 livres 10 sous à 7 livres. Le 2 mai suivant, tout fut encore bouleversé, et les colons virent avec étonnement surgir un autre arrêt qui rédidsait la piastre de 7 livres à 5 livres 12 sous, et la pistole de 28 livres à 22 livres 8 sous. Quant aux jdèces de cuivre, les pièces de vingt au marc, dcmt le poids était de 18 deniers, ne devaient valoir dorénavant que 12 deniers, et ainsi de suite. Les colop»s croyaient en être quittes, pour cette fois, mais à peine étaient-ils revenus de leur étonnement, que, le 30 octobre, on leur lançait une autre ordonnance qui détruisait ce qui venait d'être fait, et qui réduisait encore la pistole de 22 livres 8 sous à 18 livres, et la piastre de ô livres 12 sous à 4 livres 10 s. Ainsi, dans moins de deux ans, il y avait eu dans la circulation monétaire du pays, et cela par le fait de décisions arbitraires de la compagnie, une hausse et une baisse d'environ 80 pour 100. U est iacile de se faire une idée de la perturbation qu'une pareille fluctuation dans la valeur de l'or et de l'argent jeta dans toutes les affaires, et surtout dans les relations de créanciers et de débiteurs. Sous quelque face que l'on envisage la quei^on, il est hors de doute que toutes * ces ordonnances, si contraires les unes aux autres, ne pouvaient être d'aucune utilité pour le pays. £1 est donc permis de présumer que la compagnie, qui avait le commerce exclusif de la Louisiane, et qui, à cet avantage, joignait celui de fabriquer de la monnaie de papier ou
1794. de carton, avait en vue, par cette altération successive des métaoxy de faciliter quelque <^ration, qui lui rapporta probablement de gros bénéfices.
Uannée 1724 peut, à bon droit, être appelée Pannée aux édits, et son histoire ne peut être que la récapitulation de ces édits. Aux précédents, dont il est déjà fait mention, il en fut igouté un autre, provoqué par la disposition d'eaprit où étaient la plupart des colons, de tuer tous les animaux domestiques pour s'en nourrir, au lieu d'en propager la race. Ds s'étaient tellement habitués à l'idée qu'ils devaient être nourns par la mère-patrie, que tous les bestiaux envoyés dans la colonie pour peupler, disparaissaient en peu' de temps ; de sorte que le roi, à la demande du conseil siq>érieur, rendit un arrêt punissant de mort toute personne qui aurait volontairement tué ou même blessé tout cheval ou bête à corne qui ne lui appartiendrait pas; et toute personne qui, sans permission d'une autorité compétente, tuait sa propre vache, ou brebis, ou leurs petits, s'ils étaient femelles, était passible d'une amende de 300 livres.
Quelque nécessité qu'il y eût de préserver des animaux utiles, qui étaient extrêmement rares, on ne peut qu'être étonné de la sévérité draconienne de cet édit II est d'ailleurs évident que les hommes étaient pour le moins tout aussi nécessaires à la prospérité de la colonie que les chevaux et les bœufs, et qu'ils étaient en assez petit nombre pour qu'on veillât encore plus soigneusement sur leur existence que sur celle de tout animal domestique, quelque précieux qu'il fût. Cependant, on voit qu'après la promulgation de cet édit, il n'en aurait pas coûté davantage pour tuer un homme que pour tuer un bœuf. On ne peut comprendre l'application de la même peine, là où il y avait si peu de parité dans les causes qui avaient provoqué le châtiment.
H. PÊRIER EST N0MH6 GOUVERNIUR.— ARSIVtB DES URSUUNES ET DES JÉSUITES X LA LOUISIAKB.— M. DE LA CHAISE» 00MM1S8AIILB OKDONNATBUR.— MASSACEB DBS FRANÇAIS PAB LES NATCHBZ.
En 1725, le conseil supérieur était présidé par de ^,j^^ ia Chaise, qui avait succédé à Duveigier comme commissaire-ordoimateur. U était neveu du fameux père la Chaise, confesseur de Louis XIY. Bruslé, Perry, Fazende, Fleuriau qui avait remplacé Cartier de Baune, comme procureur général, faisaient partie du conseil, dont Rossart était le secrétaire. Le conseil était tenu de siéger une fois par mois, mais indépendamment de ces sessions mensuelles, il avait été autorisé par un édit récent à désigner deux de ses membres qui siégeraient une ou deux fois par semaine afin de prendre connaissance des petites affaires dont le montant n'excéderait pas cent livres.
Appelé en France pour se justifier, Bienville présenta un mémoire dont voici quelques extraits :
''Il y a trente-quatre ans que le sieur de Bienville a l'honneur de servir le rcM» dont vingt*8ept en qualité de lieutenant de roi et de commandant de la colonie.
''En 1692, il fut reçu garde de la marine ; il l'a été sept ans et a fait sept campagnes de long cours, en qualité d'officier, sur les frégates du roi armées en course.
1735. ^Pendant ces sept campagnes il s'est trouvé à tons les combats que le feu sieur d'Iberville, son frère, à livrés sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, llle de Terre-Neuve et baie d'Hudson, et entr^autres, à l'action du Nord contre trois vaisseaux anglais, dont un de 54 canons et deux de 42, qui attaquèrent le dit sieur d'Iberville, conunandant une fi^gate de 42 canons, avec laquelle, dans un combat de cinq heures, il coula à fond le vaisseau de 54 canons, prit l'un des deux autres, et l'autre, dématé, se sauva à la faveur de la nuit Le sieur de Bienville fut dangereusement blessé à la tête.
**En 1698, il s'embarqua avec le sieur d'Iberville qui commandait deux fi^gates du roi pour la découverte , de l'embouchure du fleuve Mississippi que feu M? de Lasalle avait manquée. Etant arrivé à la côte, il fut dét€iché avec son frère dans deux chaloupes, avec lesquelles, après des risques infinis, il découvrit le fleuve."
Ici, M. de Bienville passe en revue tout ce qu'il a fait à la Louisiane, puis il termine ainsi son mémoire :
^Le sieur de Bienville ose dire que l'établissement de la colonie est dû à la constance avec laquelle il s'y est attaché pendant vingt-sept ans sans en sortir, après en avoir fait la découverte avec son frère d'Iberville. Cet attachement lui a fait discontinuer son service dans la marine, où sa famille est bien connue, son père ayant été tué parles sauvages du Canada, et sept de ses frères étant morts aussi dans le service de la marine, où il reste encore le sieur de Longueil, gouverneur de Montréal au Ccmada, le sieur de Sérigny, capitaine de vaisseau, et le sieur de Chateaugné, enseigne de vaisseau, lieutenant de roi à la Louisiane.'*
Pendant l'absence de Bienville, les choses n'en allaient pas mieux à la Louisiane, et Boisbriant qui le remplaçait par intérim, écrivit au ministre, en date du 24 d'octobre, pour se plaindre de l'esprit de coterie, d'injustice et d'insubordination dont était animé le conseil
cuAP. x-l 221
qui, disait-il, ne se plaisait qu'à le contrecarrer et a op- 1726. primer les habitants. Il en attribuait la principale cause à de la Chaise.
Il parait que Tinsubordination gagnait aussi les troupes, car, le 20 novembre, le roi, sans doute sur Texamen des faits qui avaient été portés à sa connaissance, rendit une ordonnance qui défendait les assemblées d'officiers à la Louisiane.
Sur ce qu'on avait fait courir le bruit que les sauvar 1726. ges s'étaient réjouis du départ de BienviUe et que son retour pourrait occasionner des hostilités de leur part contre les Français, M. de Noyan, son neveu, présenta une requête au conseil supérieur, pour faire entendre les sauvages Oumas, Tunicas, Natchez, &c., afin de réfuter hautement ces calomnies contre un parent, dont la réputation lui était chère. Le conseil supérieur ayant fait droit à la requête de M. de Noyan, les sauvages ftire&t entendus par interprète, et déclarèrent que toutes les nations regrettaient M. de Bienville. Néanmoins, le mémoire de M. de Bienville, ses propres démarches, et tout ce que ses amis purent faire en sa faveur, ne l'empêchèrent pas d'être destitué. M. Perler ftit nommé gouverneur à sa place, en date du 9 août 1726. Le gouvernement ne s'arrêta pas là. Cha^ teaugné, frère de Bienville, perdit sa place de lieutenint de roi, et Diron d'Artaguette lui succéda. L'ordre fut donné de casser les sieurs de Noyan, tous deux neveux de Bienville, l'un capitaine, l'autre enseigne, et de les renvoyer en France. On voulait ainsi détruire l'influence de Bienville à la Louisiane et lever tous les obstacles qui auraient pu gêner la marche de l'administration dt son successeur.
En attendant l'arrivée de M. Périer, M. de Boisbriant, coiyoîntement avec le commissaire-ordonnateur M. de la Chaise, lança une proclamation par laquelle il mvifait tous les habitants de la colonie à porter dans les
1736. magasiiis de la Nouvelle-Orléans et de la Mobile, toutes les munitions de guerre et de bouche qu'ils pourraient fournir, afin, disait-il, de poiuroir aux éventualités d'une guerre entre l'Espagne et l'Angleterre, dans laquelle la France se trouverait appelée à prendre fait et cause avec l'Espagne en vertu du traité d'alliance.
La compagnie, afin d'intéresser Périer à la prospérité de la colonie, et afin de s'assurer de ses bons et loyaux services, voulut rendre sa place tellement lucrative qu'il craignit de la perdre en ne faisant pas son devoir, et décréta, en date du 24 août, qu'en outre' de ses appointements, il aurait une concession de dix arpents de terre sur le fleuve avec la profondeur ordinaire et qu'il lui serait donné huit nègres par an pendant la durée de son administration.
On doit se rappeler que M. de la Chaise avait été en^ voyé à la Louisiane avec de grands pouvoirs inquisitoriaux pour prendre des informations sur la ccmduite des principaux officiers de la colonie et pour en faire son rapport au gouvernement Aussitôt, tous ces gens là, qui étaient divisés entr'eux, s'étaient réunis et n'avaient formé qu'un faisceau pour s'opposer à l'ennemi commun et paralyser tous les eflforts qu'il pourrait faire pour arriver à la vérité. Mais le gouvernement, en ayant été informé, agit avec vigueur, et le conseil d'Etat rendit un arrêt contare tous cefUL qui s'étaient opposés à l'exécution des pouvoirs illimités dont M. de la Chaise avait été revêtu. En conséquence, Boisbriant (le gouverneur par intérim), Perrault, Perry, l'ingénieur Pauger, le procureur-général Fleuriau, membres du conseil supérieur, furent censurés. Boisbriant fut rappelé en France pour rendre compte de sa conduite. Perrault, Fazende et Perry Airent destitués. La place de procureur général, dont M. Fleuriau s'était démis, iut pour le moment supprimé. Tous devaient rendre compte de leur conduite, en ce qui concernait les effets de la
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compctgnie, par-devant Messieurs Périer et de la Chaise, 1726. ou telles autres personhes qu'il leur plairait de désigner. Ensuite, Perrault et Perry devaient être renvoyés en France. Il était permis au sieur Fazende de rester dans la colonie comme simple habitant.
Le 13 septembre, la compagnie fit le traité suivant avec les Ursulines de Rouen :
''La compagnie accepte les ofires faites par les sœurs Marie Tranchepain, St. Augustin, et Marie Le BouUenger Angélique, des Ursulines de Rouen, assistées de dame Catherine Brucoly de St. Amant, première supé^ rieure des Ursulines de France, de se charger de l'hôpital de la Nouvelle-Orléans, aux conditions suivantes :
1 ® . **La compagnie entretiendra au dit hôpital six religieuses, y compris la supérieure, et leur accordera à chacune cinq cents livres de gratification, une fois payée, pour leur faciliter les moyens de faire leur voyage. Elles auront leur passage gratis, et celui de quatre servantes, sur les vaisseaux de la compagnie.
2 ^ . ''A leur arrivée, elles seront mises en possession de l'hôpital en l'état où il est.
3 ^ . /'Elles s'arrangeront dans l'hôpital comme elles pourront, en attendant qu'on puisse leur faire construire un bâtiment convenable.
"La compagnie concédera en propriété au dit hôpital un terrain de huit arpents de face, sur la profondeur ordinaire, le long du fieuve, le plus près qu'il se pourra de la Nouvelle-Orléans, afin de former une habitation qui puisse pourvoir dans la suite à l'entretien des Ursulines, à cause du dit hôpital.
"En attendant que l'habitation soit en exploitation, la compagnie donnera six cents livres par an à chacune des , religieuses.
"La compagnie leur fournira huit nègres aux conditions ordinaires, bien entendu que la pendon de 600 livres cessera cinq ans après.
dd4 [OHAP. X.
1736. ''Si les religieuses cessaient de soigner les malades de l'hôpital, elles n'auraient plus aucun droit aux immeubles de l'hôpital et à l'habitation» mais seulement aux nègres et meubles."
En vertu de ce pacte, six dames ursulines arrivèrent à la Louisiane, l'année suivante. Ainsi, il y a cent dixhuit ans que, dénuées de tout, et faisant les fonctions de gardes-malades d'hôpitaux, elles mirent le pied sur le sol de la Louisiane. Ai:yourd'hui, elles forment une congrégation nombreuse, et possèdent de grandes richesses. Ce fait prouve toute la puissance de l'association religieuse. En effet, que de changements se sont opérés depuis lors à la Louisiane I La France et l'Espagne y ont tour à tour régné, mais n'ont fait qu'y passer. Des événements ont plusieurs fois changé la face du pays, et l'ont modifié de fond en comble. Il est sans exemple parmi nous qu'une fortune, quelque forte qu'elle f&t, soit passée à la troisième génération. Cependant, les Ursulines sont restées inébranlables, invulnérables. Elles ont continué, d'un pas ferme, de marcher dans la voie de l'agrandissement, et leur prospérité n'a fait que s'accroître, au milieu de toutes les vicissitudes qui ont frappé le pays sans les atteindre !
Le 30 septembre, la compagnie remit à Périer une série d'instructions pour lui servir de guide. En voici quelques extraits :
^Depuis que la compcignie a pris possession de cette colonie, elle a fait des dépenses immenses pour son éta^ blissement. Ces dépenses semblent avoir été inutiles, par le peu de progrès des entreprises où elles ont été employées, et par le mauvais usage que les chefs de cette colonie ont fait des f<Mids qui leur <mt été remis. Il en est résulté de grands malheurs pour le pays, et des pertes c<msidérables pour la compagnie. Tout cela, . parce que les ordres de la compagnie n'ont point été respectés ni suivis, et qu'il a toigours régné une fatale
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mésintelligence entre les gens de plume, le militaire et 1726. le génie. Les différentes formes données au gouvernement et à l'administration de la colonie n'ont pu remédier au désordre. La cause de ces maux ne pouvant venir que des sujets auxquels l'autorité était confiée, la compagnie se détermina à les changer. Les dispositions faites sur ce sujet furent suivies d'un nouvel arrangement pour le gouvernement du pays. Il fut conçu et réglé, sur la fâcheuse expérience du passé, qui faisait connaître la nécessité de renfermer toute l'autorité dans la colonie entre deux personnes, Tune pour le commandement du pays, l'autre pour la justice, la police et le commerce, en sorte que chacun de ces deux honmies pût, non seulement agir sans contrariété ni retardement dans les choses concernant ses fonctions, mais fût encore obligé de répondre personnellement à la compagnie de l'exécution de ses ordres sur la partie à lui confiée. Elle voulut essayer de M, de Boisbriant, lieutenant de roi, pour remplir les fonctions de conmiandant, et elle fit choix de M. de la Chaise, dont la probité, le zèle et Tintelligence lui étaient connus, pour remplir l'autre place ; mais ce règlement envoyé à la Louisiane ne fut exécuté ni par M. de Boisbriant, ni par les autres membres du conseil qui, au contraire, prirent la résolution d'exclure le dit sieur de la Chaise delà connaissance des affaires. Un pareil attentat à l'obéissance due à la compagnie lui fit sentir qu'il était impossible de remédier aux désordres passés, et qu'il serait imprudent de se fiatter pour l'avenir d'Un succès plus favorable, si elle n'envoyait pas un nouveau conmiandant sur l'affection et sur la fermeté duquel elle pût compter pour être obéie. C'est dans cette vue qu'elle a fait choix de M. Périer, etc.
^La compagnie lui recommande de ne point empiéter sur les attributions de ceux qui rendent la justice ou s'occupent de la police et du conunerce, et de vivre dans
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1726. la meilleure intelligence avec le sieur de la Chaise, dans l'intérêt de la colonie.
'^U est bon de prévenir M. Périer qu'il trouvera tout le corps des officiers, le génie, et une partie des gens de plume et des habitants, prêts à déclamer contre M. de la Chaise. Ces gens-là, accoutumés à tirer des magasins de la compagnie ce qui ne leur était point dû, ou à mener une conduite qui ne convenait ni au bien public ni à celui du service, ont regardé avec horreur un homme qui a eu le courage de i^opposer au désordre. La cause de leur haine ne pouvait manquer de lui attirer la confiance de la compagnie. Mais il n'en pourrait faire aucun usage, si M. Périer ne sentait pas, comme la compagnie, l'importance d'imposer silence aux ennemis de M. de la Chaise, qui ne peuvent être regardés que comme ceux de la compagnie.
''Pour couper les principales racines de ces divisions si dangereuses, la compagnie remet à M. Périer une ordonnance qui renferme la manière dont elle entend que les auteurs de l'inexécution de s^ règlement du 11 juillet 1725 soient punis. Il s'y conformera, en prenant avec M. de la Chaise les mesures convenables, etc.
"M. Périer devra arriver à l'improviste, etc. . . .
'HJomme les maladies qui régnent pendant l'été à la Nouvelle-Orléans proviennent, à ce que Ton prétend, de ce que la ville manque d'air, étant étouffée par les bois qui l'entourent, il fera découvrir le pays le plus qu'il pourra jusqu'au lac Pontchartrain, etc. etc
''L'importance dont est le poste des Natchez exige que M. Périer y fasse un voyage le plus tôt posâble, parce qu'étant sur les lieux, il jugera plus aisément des moyens de remplir les vues de la compagnie, concernant ce poste, où elle veut s'établir en grand. Il sera bon
même qae, dans cette occasion, il se fasse comiaitre de 1796. la nation des Natchez, qui est assez nombreuse et qui, par la guerre qu'elle a déjà faite aux Français, mérite d'être observée. Elle se composé de trois principaux villages qui sont situés si proches des Français que cela a été la source des troubles passés et pourrait bien produire encore de nouveaux siyets de querelle. C'est ce qu'il examinera ; et s'il trouve du danger à laisser ces villages où ils sont, il fera un présent aux chefs pour les déterminer à s'éloigner.
^Pendant qu'il sera aux Natchez, il s'informera si le détachement de quinze hommes que la garnison de ce poste fournit aux Yazoux, situés à trente-cinq lieues plus haut, y est absolument nécessaire, parce que sans cela, il conviendrait qu'il fit revenir ce détachement La compagnie est persuadée qu'on pourra le faire sans danger, ou du moins diminuer cette garnison de moitié, aussitôt que la mission des jésuites y sera établie.
''Il demandera à M. de Boisbriant s'il a fait lever le poste des Arkansas, situé à quatre-vingts . lieues au-dessus des Yazoux, et si M. de Boisbriant ne l'a pas fait, il donnera l'ordre que cela soit exécuté, en y établissant une mission jésuite.
Tta compagnie désire que le sieur Marigny de Mandeville soit nonuné migor de la Nouvelle-Orléans, si les plaintes portées contare lui sont calonmieuses."
Le tableau que fait la compagnie de la situation de la colonie sera complet, en y s^outant un extrait d'un mém<Hre de M. Drouot de Valdeterre, ci-devant commandant de l'île Dauphine et de Biloxi :
''Les nouveaux habitants de ce pays, dit-il, ne se trouvant pas gouvernés et policés au nom de Sa Majesté, se prétendent déjà comme indépendants d'aucun souverain et sont républicains.
"Les troupes, sans discipline, sans subordination, sans armes, et le plus souvent sans habits, sont exposées à
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1736. chercher leur aise parmi les nations Indiennes. U n'y a aucun fort» ni lieu de retraite pour les rassembler en cas d'attaque. Les canons et autres ustensiles de guerre sont ensablés et abandonnés ; les magasins sont découverts, les marchandises avariées et gâtées, les vols, les pillages tant de ce qui regarde la compagnie que les habitants, tolérés ; les révoltes et désertions des troupes, autorisées ; les incendiaires des camps, postes et magasins, impunis ; des bâtiments chargés de marchandises, enlevés par des prisonniers de guerre dont on avait fait des matelots pour le service de la compagnie ; d'autres bâtiments, échoués volontairement ; les faussaires, voleurs et meurtriers, impunis ; enfin un pays qui, à la honte de la France, est sans religion, sans justice, sans discipline, sans otàre et sans police."
U est bon d'observer que l'esprit républicain, dont il est fait menti<mdans ce mémoire, parait de tout temps, avoir été inhérent à la Louisiane, car M. de Lamothe Cadillac s'en plaignait déjà en 1717.
Le SI octobre, le conseil d'Etat rendit ime ordonnance relative à la monnaie de cuivre, et pour en fcnrcer l'acceptation.
Arrêt sur la monnaie de cuivre.
^Sa Majesté, étant en son conseil, a ordonné et ordonne que la monnaie de cuivre, qu'elle a introduite en sa colonie de la Louisiane, sera reçue en toutes sortes de paiements sans distinction d'icelle avec les piastres et autres monnaies d'Espagne ; veut et entend que les porteurs de lettres de changes et autres billets ne puissent en exiger le paiement en autres espèces que celle de cuivre, pour le prix qu'elle a cours, à peine de concussion, nonobstant telles clauses qu'il puisse y avoir dans les lettres ou billets, sous peine de trois cents livres d'amende, applicables moitié au dénonciateur et l'autre moitié à l'hôpital, et sous peine de la confisca-
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tion des piastres, et d'être fouettés et marqués par la 1726. main du bourreau."
Puisque le conseil jugeait convenable de mettre la monnaie de cuivre sur le même niveau que la monnaie d'or et d'argent, il semble qu'U aurait suffi de décréter que tout créancier ne pourrait se refuser à recevoir du cuivre en paiement de sa créance, et qu'en cas de refus, il ne pourrait en poursuivre le recouvrement. Mais déclarer que si un débiteur payait, suivant l'obligation qu'il en aurait contractée, de l'or ou de l'argent à un créancier, ce créancier perdrait la somme qu'il aurait touchée, serait en outre passible d'une amende de 3000 livres, et serait fouetté et marqué de la main du bourreau, c'était se rendre coupable d'une tyrannie aussi absurde que barbare I
La Viérité est, que la compagnie était aux abois et sollicitait du roi une foule d'arrêts qu'elle croyait favorables à ses intérêts du moment, mais qui frappaient au cœur la colonie. Le gouvernement fit tout ce qu'il put pour soutenir la compagnie ; ce fut la compagnie qui se manqua à elle-même ; ou plutôt, elle avait fait une entreprise qui, par sa nature même, devait lui être onéreuse, en dépit des trois cent mille livres que le roi lui avait données annuellement pour payer les officiers, les garnisons, et entretenir les fortifications de la Louisiane.
En 1726, la compagnie s'était beaucoup occupée des besoins spirituels de la colonie et avait fait un traité, non seulement avec les Ursulines, mais aussi avec les capucins et les jésuites, pour qu'ils vinssent porter à la Louisiane les préceptes de la morale évangélique. Le supérieur des jésuites de la province devait résider à la Nouvelle-Orléaps, mais il ne devait y remplir aucune fonction ecclésiastique, sans la permission du supérieur des capucins. La compagnie s'engageait à faire à l'ordre des jésuites, une concession de dix arpents de face au fleuve sur la profondeur ordinaire et à les trans-
1726. porter à ses frais au lieu de leur destination. Pendant les deux premières années, chaque jésuite devait recevoir un salaire de 800 livres, et, après, ce salaire devait être réduit à 600 livres ; ils devaient, en outre, au moment de leur départ, recevoir 150 livres comme gratification et comme frais de route. Ce traité entre la compagnie et les jésuites contenait aussi plusieurs stipulations au siget des chapelles et des maisons de résidence qui leur seraient accordées.
1727. Les jésuites et les ursulines, en conséquence des arrangements qui avaient été pris, arrivèrent à la Louisiane en 1727, dans un navire de la compagnie. Les révérends disciples de Loyola fiirent établis audessus de la ville, sur cette partie de la rive du fleuve où est maintenant la seconde municipalité. Une mais(m et une chapelle y fiirent bâties pour leur usagç. On construisit pour les ursulines un édifice qui existe encore, entre les rues du Quartier et de l'Hôpitcd, et qui est connu sous le nom de Couvent des Ursulines. Cet édifice est par conséquent le plus ancien du pajrs. Ces dames en prirent possession en 1730, et l'occupèrent jusqu'en 1824, époque à laquelle elles sortirent de la ville pour aller habiter un autre couvent plus spacieux, qu'elles avaient fait construire à trois mille? de la Nouvelle-Orléans.
Au commencement de 1727, l'emplacement où est située maintenant la Nouvelle-Orléans, n'étant pas pro* tégé par une levée, était siyet à des inondations annuelles et ne présentait que l'aspect d'un cloaque. Les eaux du fleuve et celles du lac se rencontraient à une terre haute qui s'était formée entre le bayou St.- Jean et la Nouvelle-Orléans et que l'on appela, par la suite, la Terre-Haute des Lépreux. Afin d'égoutter la ville, il y avait un, canal dans la rue Bourbon, et même chaque terrain était entouré d'un fossé. L'arrêt suivant, publié en vertu d'une requête présentée au conseil par
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Rossardy inspecteur de police, complétera Tidé'e que Ton 1727. doit se fcûre de la Nouvelle-Orléans à cette époque :
^Rossard, inspecteur de police, ayant exposé que, quelque attention que Ton ait eue jusqu'à présent à obliger les habitants de la Nouvelle-Orléans d'entretenir les rues propres, et de ne point souffrir de mauvaises herbes dans leurs cours et jardins, les dits habitants, néanmoins, au mépris des ordonnances plusieurs fois publiées, négligent, par une obstination outrée, de couper les herbes, ce qui fait qu'il est presque impossible de marcher dans les rues ; que même dans leurs cours et jardins, et dans plusieurs terrains inhabités, il y a de ces mauvaises herbes très hautes et en si grande quantité, que cela attire les bétes venimeuses, cause des maladies, et facilite aux malfaiteurs les moyens de s'y cacher, et d'éviter d'être pris, lorsqu'ils ont fait des 'vols qui ne sont que trop fréquents, et autres mauvais coups ; pour ce à quoi remédier, le conseil ordonne, etc. etc."
Avec quelle orgueilleuse satisfaction, un Louisianais doit comparer cette naissance obscure de la capitale de l'Etat avec l'éclat et la prospérité dont son adolescence est entourée ! Telle fut aussi l'humble origine de Venise, de la reine de l'Adriatique, de la superbe dominatrice des mers. Des palais succédèrent bientôt à la hutte du pécheur, le lion de St. Marc sentit pousser ses ailes ambitieuses, et Venise n'aspira plus à prendre dans ses filets que des rois et de riches provinces. Lorsque la Louisiane se sera étudiée à se former un esprit national, elle aura aussi ses jours de triomphe et de puissance, et les annales du Nouveau Monde lui devront quelques-unes de ses plus belles pages. La gloire conquise en 1815 dans les plaines de Chalmette en fait foi, et nous est une garantie de l'avenir.
La compagnie, ayant décrété que le siège principal du gouvernement colonial serait dorénavant à la Nouvelle-Orléans, s'occupa sérieusement d'arrêter les inon-
232 [cHAP. X.
1727. dations qui en menaçaient continuellement l'existence, et qui nuisaient à son accroissement. En conséquence, elle ordonna la confection de levées à la Nouvelle- Orléans et dans les environs. Le 31 mai, le conseil promulgua, à ce siyet, l'ordonnance suivante :
"Sur ce qu'il a été exposé que plus de deux cents arpents de terre bien labourées, vers les Tchoupitoulas (1), ne pouvaient rien produire, étant noyées, quoiqu'il y eût des levées devant les terres, parce que des personnes obtiennent des concessions qu'eUes ne cultivent point, auxquelles elles ne font point de levées, et parce que l'eau qui pénètre par ces concessions incultes, se répand de là sur les concessions cultivées, et les réduit à ne pouvoir rien produire ; attendu que le sieur Tixerant, les frères Carrières Raguet, Larche, Manadé sont dans ce cas, ayant de belles terres bien cultivées, bien soignées, et qui sont noyées par la faute des autres ; attendu que cette négligence causera une perte de plus de deux mille cinq cents barrils de farine (2), le conseil ordonne, etc."
Le 15 novembre, le gouverneur Périer annonça au ministre que la levée de la Nouvelle-Orléans était finie.
**J'ai fait faire, dit-il, une levée devant la Nouvelle- Orléans, de neuf cents toises de longueur, sur dix-huit pieds de largeur en haut. Il y en aura cette année depuis six lieues au-dessus de la ville jusqu'à six lieues audessous, qui, quoique moins fortes que ceUes de la ville, empêcheront cependant le fleuve de déborder. Je compte commencer le fossé d'enceinte de la ville dans le mois de septembre prochain, qui est le temps le plus propice pour travailler à cet ouvrage, et celui où les habitants ont le moins d'occupations. Après ce travail, je commencerai le canal de la ville au bayou St Jean, qui se rend dans le lac Pontchartrain. Par ce travail, nous
(1) Maintenant paroiate Je^raon.
(2) n paraît que Ton avait fini par révtmr dans la caltnre da blé.
CHAF. X.] 389
aurons communication avec la mer par le bas du fleuve X737. et par le lac ; ce qui nous donnera de grandes commodités, tant pour la vie que pour le commerce. Quoique cet ouvrage paraisse grand, je vous assure qu'il sera terminé dans peu d'années, par la convention que j'ai faite avec les habitants, qui est de leur garantir, pour le premier mois, la vie des nègres que nous leur donnerons, moyennant qu'ils s'obligeront de me donner trente journées d'homme pour chacun des nègres qu'on leur livrera. Cette condition est également bonne pour les habitants et pour la compagnie. Les habitants évitent les risques du premier mois de l'arrivée des nègres, et en cas qu'il en meure quelques-uns, le travail que font ceux qui vivent, dédommage la compagnie de la perte qu'elle fait des m^NTts, outre que le travail ne languit pas peur là. C'est qu'il est fait avec plus de cœur que par les corvées, qu'on regarde avec raison comme très à charge. Par ce même moyen, les travaux les plus éloignés se feront également, parce qu'il n'y aura d'employés^aux travaux de la ville que les nègres de son territoire, pendant que les autres travailleront pour le leur, en faisant les levées et les écoulements des habitants qui ne sont pas en état de les faire, et qui paieront dans la suite à la compagnie cette avance. La réussite de ces travaux fera connaître à votre grandeur mes soins, etc. etc."
^Les Anglais continuent à pousser leur commerce jusque dans le cœur de cette province. Il a passé cinquante à soixante chevaux, chargés de marchandises, chez la nation des Chickassas, à laquelle j'ai ordonné de piller les marchandises des Anglais, en leur promettant de les récompenser par un présent. Je n'ai point encore en de nouvelles de cette affaire. Il paraît qu'ils font une ligue avec toutes les nations sauvages de leur voisinage, pour attaquer tous les établissements espagnols. Uur cela, le gouverneur dé Pensaoola m'a fait demander
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1737. da secours. Sans avoir de lUHivelles d'Europe, j'ai pensé qu'il était de notre intérêt de ne pas ayoir les Anglais si près de nous, et j'ai en conséquence fait dire aux Talapouches, qui étaient devant Pensacola, de se retirer ; sans quoi, je ferais donner sur eux par nos nations. J'ai aussi fait dire aux Alibamons que s'ils attaquaient les Eq>agnols, nos amis, il me faudrait les secourir. Mais j'aurais eu soin de ne faire marcher que nos sauvages pour ne pas me commettre avec les Anglais. Cela a fait bon effet Le gouverneur m'a fait remercier, en m'apprenant que la guerre était déclarée en Europe. Cependant, je secourrai indirectement les Espagnols jusqu'à nouvel ordre de Votre Grandeur, en prenant la liberté de lui représenter que notre unique attention doit être d'en^cher les Anglais de s'approcher de nous.
'^ J'ai fait faire la paix a toutes les nations qui sont depuis les Arkansas jusqu'au bas du fleuve. Il n'y a que les Chactas et les Chickassas qui sont en discussion pour un chef des derniers qui a été tué par les premiers. Je vais aller à la Mobile pour les accorder et je prendrai des mesures avec eux pour empêcher les Anglais d'entrer l'année prochaine sur nos terres, et peu à peu leur en faire perdre l'habitude, en faisant traiter pour toutes les peaux de chevreuils des sauvages, afin qu'ils ne soient pas obligés de traiter avec les Anglcds pour s'en défaire."
Pendant que le conseil supérieur s'était occupé à faire des améliorations réelles dans le pays, en ordonnant des travaux utiles, le conseil d'état avait, le 29 juillet, décrété un arrêt qui, certes, n'était pas une amélioration en législation. Car cet arrêt n'était rien moins que la mise en vigueur de l'édit de Henri U, qui enjoignait aux femmes sans mari de déclarer leur grossesse, sous peine de mort Le conseil d'état n'avait rien trouvé de plus sage que de faire revivre cette loi à la Louisiane.
Dans un mémoire présenté à cette époque à la com-
csAP. X.] 235
pagnie pour réolairer sur les causes de ses pertes, Ton I7S7. remarque ce passage :
'^Le conseil supérieur de la colonie devrait être composé de personnes éclairées^qui fissent respecter leurs emplois et sussent se respecter elles-mêmes. Il en coûte beaucoup à la compagnie en appointements. Si les conseillers s^en contentaient, ce ne serait que demimal, mais ils se servent, dans leurs intérêts particuliers, de ce titre qui leur donne la facilité de tirer des magasins de la compagnie des marchandises, dont ils font un commerce châtiable,&c.
^U n'y a pas sept cents habitants dans toute la colonie, en y comprenant les voyageurs, qui ne fassent valoir les terres. Suivant la supputation que Ton a pu faire, l'on n'y trouve qu'environ 3^00 nègres, y compris les domestiques."
Le budget des dépenses de la colonie se monta cette année à 458,728 livres.
Au commencement de 1738, il arriva un navire de ^''^^• la compagnie avec un nombre assez considérable de jeunes filles, qui n'avaient pas été prises, comme la plupart de celles arrivées précédemment, dans des maisons de correction. La compagnie leur avait donné à chacune une petite cassette contenant quelques effets d'habillement. Ce qui fit qu'elles ftirent connues dans la colonie sous le nom den^fiUe» de la cassette. Les Ursulines furent chargées d'en prendre soin jusqu'au moment où elles trouveraient à se marier.
A cette époque, les productions agricoles commençaient à acquérir quelque degré d'importance. Les récoltes de riz et de tabac étaient abondantes, et la culture de l'indigo donnait des espérances qui furent plus tard déçues. Le figuier de la Provence et l'oranger d'Hispaniola, s^étaient feK^ilmnent naturalisés sur le sol de la Louisiane. Un nombre considérable de nègres
236 [cHAP. X.
)7i8. avaient été întrodnits dans la colonie, et les terres qui, jusqu'alors, avaient été négligées comme étant de nulle valeur, commencèrent à exciter la cupidité, et la cupidité fit naître des procès. La confiance et le désinté- ' ressèment qui avaient régné panni les colons, avaient
été cause que Ton n'avait jamais pensé à conserver soigneusement les titres de propriété. ' Afin de prévenir les difiicultés litigieuses qui pourraient plus tard surgir, le roi fit publier un édit réglementaire, daté le 10 août
Il était décrété que tous les ordres de c^mcessions adressés avant le SQ décembre 1728, par la compagnie . en France à ses directeurs à la Louisiane, qui n'avaient pas été présentés aux dits directeurs ou qui n'avaient pas été suivis d'une prise de possession et des améliorations stipulées dans les actes de concessions, étaient nuls.
Tout propriétaire était tenu d'exhiber ses titres et de déclarer au conseil supérieur, dans un temps spécifié, la quantité de terre qu'il réclamait et qu'il avait cultivée, sous peine d'une amende de 1000 livres et de la perte du sol concédé, qui retournerait à la compstgnie.
Toute terre située sur les deux rives du fieuve, audessous de Manchac, devait être réduite à vingt arpents de fietce, à moins qu'il ne fut prouvé qu'un plus grand nombre d'arpents étaient en état de culture.
La profondeur de chaque concession devait être limitée de vingt à cent arpents suivant les localités.
La compagnie, en vertu de la suzeraineté qu'elle avait ^ sur toute la province, était autorisée à lever un impôt d'un sou par arpent, cultivé ou non, et de cinq livres sur chaque esclave. Le produit de cet impôt devait être employé à construire des églises et des hôpitaux. > Lors de la publicaticMi de cet édit, la ccdonie était, comparativement avec le passé, dans une sitoaticm fiorissante. Ses champs étaient cultivés par plus de deux
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mille nègres, et elle était protégée par huit eents liom- 17S8. mes de troupes de lignes. Mais eette prospérité n'était qu'éphémère, et ses bases encore mal assurées allaient être fortement ébranlées et presque détraites par un fbneste événement.
Cet événement eut lien le 28 novembre. Ce fat le massacre de tous les Français aux Natchez. U en périt plus de doux cents. Ce fixt, en pelit, un renouvellement des vé}M«8 siciliennes. Ce coup eut d'autant plus de retentissement, et excita d'autant plus de craintes, que l'on crut qu'il y avait c<mtre les Français une conspiration générale de toutes les nations indiennes. Si ces craintes avaient été fondées, et si une coalition avait eu lieu parmi toutes les nations sauvages, il est hors de doute que la colonie eût été détruite de fond en comble. Car, d'après une dépêche de d'Artaguette, du 9 décembre, il parait que les nations établies sur les principaux fleuves de la Louisiane pouvaient mettre sur pied de seize à dix-sept mille hommes, et que, parmi celles qui étaient dans les terres, la nation des Chaotas comptait, à elle seule, dix mille guerriers. HJeUe nation, dit d'Artaguette, sera un jour le soutien ou le bouleversement de cette colonie, parce que toutes les autres ne sont pas capables de lui résister."
PMer, i son arrivée dans la province, s'était aperçu de la nécessité de fortifier les postes éloignés. Il avait fait de fréquentes remontrances à la compagnie relativement aux dangers que courait la colonie, et avait sollicité un renfort de deux à trois cents liommes. Mais ses craintes avalait été considérées comme chimériques. L'on pensa qu'en demandant des troupes, il ne cherdiait qu'à donner plus d'impcntance à son commandement, ou qu'il désirait engager la compagnie dans une guerre, afin d'avoir l'occasion de faire preuve de talents militaires. L'on s'ap«<çat trop tard qu'il avait eu raison.
238 [chai», j.
1728, Le budget des dépenses de la oolome se monta cette année à 486^51 livres.
On se rappelle que le curé de la Vente avait» quelques années auparavant, demandé qu'il filit permis aux Français d'épouser des sauvagesses. Cette demande avait été rejetée sur l'avis de M. de Lamothe Cadillac, gouverneur, et de M. Duclos, commissaire-ordonnateur. Il parait cependant que cela n'empêcha pas le clergé d'effectuer de pareils mariages. Il en résulta, quant aux règlements des successions, des difficultés qui donnèrent lieu à un intéressant rapport de M. de la Chaise, en date du 15 février 1729, adressé à la direction de la compagnie:
Rapport de M. de La Chaise.
1729. ^U s'est présenté au conseil une question assez particulière, sur laquelle on a rendu l'arrêt ci-joint, en attendant qu'il plaise à Sa Majesté d'expliquer ses intentions. Voici le fait en deux mots :
'^U y a aux Illinois beaucoup de Français qui ont épousé des sauvagesses. Le nommé Poitier, qui en avait une, y a laissé quelque bien. Sa fenune, après sa mort, a voulu peurtager ce bien avec les héritiers, lesquels s'y sont opposés, et ont prétendu qu'ayant été déclarée adultère, et ayant eu un enfant d'un autre particulier, du vivant même de son mari, elle devait être exclue de cette succession*
^'Le conseil» par son arrêt du 18 décemlo'e dernier, .déclara l'enfant légitime, comme venu pendant le mariage ; mais il ordonna qu'il serait seulement payé à la veuve une pension annuelle du tiers du revenu des biens, et que les deux autares tiers resteraient aux enfants, qui seraient chargés des réparations, et que cette pension durerait tant qu'elle serait parmi les Français, et serait supprimée au moment où elle retournerait parmi les sauvages. Le motif de cet arrêt, quoique o<hi-
OUAP. X.] 289
traire à la coutume de Paris, est judicieux. D ne coq- ïiS», vient pas que des sauvages emportent le bien des Français parmi leurs nations. Je croyais qu'il y avait un règlement pour défendre ces sortes d'alliances. Nous n'avons trouvé que quelques lettres, où il est parlé de l'empêcher autant qu'on pourrait Mais comme cela n'est pas suffisant, parce que l'Eglise passe toryours outre, je fis rendre encore un autre arrêt, par forme de règlement, sur la remontrance de M. le procureur-général, qui, en attendant qu'il ait plu au roi de faire connaître ses intentions, déclare les sauvages exclus des successions des Français, ordonne que celle des sauvagesses mourant sans enfant sera acquise au domaine de la compagnie, que les sauvagesses qui seront veuves des Français n'auront point la disposition des biens-fonds de leurs maris, qu'ils seront mis à la garde d'un tuteur, qui paiera à la veuve un tiers du revenu, et en cas de non d'enfants, à la garde d'un procureur aux biens vacants. Tâchez, messieurs, de pouvoir obtenir un règlement sur cela, pour éviter tous procès à l'avenir."
Pour obtenir l'arrêt mentionné dans la lettre précédente, le procureur-général y avait joint l'exposé suivant:
''Plusieurs habitants des Illinois ont épousé des femmes sauvages de la nation illinoise, presque toutes catholiques.
''Si un de ces habitants meurt sans enfants, sa fenune qui lui survit emporte tous les biens^ s'il y a une donation ; sinon, elle en a la moitié, suivant la coutume de Paris.
"Cette femme, venant à mourir, ses parents sauvages peuvent-ils recueillir sa succession, en emportant les m^ibles dans leurs villages et en disposant des immeubles?
"Il peut même arriver que cette fenune, de son vivant, conservant l'amour de la patrie, se retire chez sa
840 [ofiAP. X,
m», nation» et y porte le bien que son mari loi a laisaé,
^oos les habitants des Illinois se sont mariés sans contrat ni sans bien. Si quelques-uns en ont gagné, leur communauté devant être partagée par moitié entre la veuve et les héritiers^ les sauvages, instruits de notre coutume à cet égard, prétendent hériter de cette moitié.
'^La question est de savoir s'ils sont recevables, parce qu'ils ne paraissent ni regnicoles ni sigets à nos lois, ce qui semble les exclure des avantages dont jouissent les sujets du roi.
'^Le Gode noir défend bien le mariage des blancs avec les noirs, mais il ne le défend point avec les sauvages.
'* Jusqu'à présent, on a marié des blancs avec des sauvagesses, en observant les cérémonies ordinaires de l'Eglise.
*^Les femmes doivent donc constamment jouir des mêmes avantages que leurs maris, dont elles suivent l'état et la condition, vivant sous les mêmes lois auxquelles ils sont assujettis, et cela leur tient lieu de naturalité. Mais ces femmes venant à mourir sans enfants^ leurs pères, mères, frères, sœurs et autres parents, toujours restés dans leurs villages, exempts des lois des Français, peuvent-ils venir partager avec les Français?
'^D parait que la succession tombe dans le cas du droit d'aubaine, déshérence ou bâtardise, appartenant au seigneur.
'^Il est d'autant plus important que les sauvages n'entrent point dans les possessions acquises par les Français, qu'ils ne se mettent point du tout en peine de payer les dettes, et que l'on ne pourrait discuter avec eux les droits des créanciers, juger les hypothèques, ni observer aucune des formalités requises et inséparables des successions. Ils commenceraient peur emporter tout ce qu'ils trouveraient, et on ne pourrait les contraindre à rapporter que par une force supérieure.
CHAP. x.] 241
^'lyailleiurs le roi ne leur accorde que sa protectimu et 1729. non les mêmes avantages qu'à ses sujets.
'^Si les enfants qui naissent des Français établis à la Louisiane, élevés dans la religion catholique, ne sont censés regnicoles, et capables de toutes successions, dons, etc., que parce que Sa Majesté a bien voulu leur accorder cette grâce, en termes positifs, par l'article 23 des lettres-patentes du mois d'août 1717, a plus forte raison les sauvages, dont il n'est point parlé, ne peuventils prétendre jouir des avantages appartenant aux Français."
Sur cet exposé, le conseil rendit l'arrêt mentionné dans la dépêche de M. de la Chaise.
LB8 rSANÇAIB ET LB8 OHACTAS RfiUlflB ATTAaUBNT LES NATOHBZ.
1730. Ce fiit seulement dans le courant de 1780 que la compaguie eut des renseignements complets snr le ter- ' rible massacre des Natchez^qui avait menacé la colonie d'une perte totale.
Le 18 mars, le gouverneur Périer en envoya la relation suivante :
DSECHE DE PeRIER.
^Hs étaient tous armés et accommodés conmie s'ils avaient voulu aller à la chasse, et, en passant chez les habitants qu'ils connaissaient le plus, ils empruntaient leurs fusils, avec promesse de leur apporter du chevreuil en quantité. Pour ôter tout soupçon, ils apportèrent ce qu'ils devaient en grains, en huile, et autres denrées, tandis qu'un parti était allé avec deux calumets chez le sieur d'Etcheparre, qui commandait le poste, et auquel ils portcdent des poules, pour le maintenir dans la confiance où il était que les sauvages ne méditaient rien de mauvais contre les Français, comme ils en avaient eu soin de l'en assurer la veille, sur quelques bruits qui s'étaient répandus que les Natchez devaient assassiner les Français. La confiance de cet officier était allée jusqu'à
CBAF. 3U.1 848
fidre mettre anx fers sept liabitantB qaï avaient de^ mo. ipandé à s'aasembler pour prévenir le malheur dont ils étaient menacés. Cette même confiance lui avait ùàt voir sans crainte une trentaine de sauvages dans leforty autant dans sa maison et dans les environs^ tandis que le reste de cette nation était partagé dans tontes les maisons de nos habitants et jusque dans les ateliers de nos ouvriers, qui étaient dans les cypriàres au-dessus et au-dessous des Natchez. Cette dLq)08itio& fidte, et l'heure venue, Tassassinat général de nos Français a été le signal de l'afiaire, tant elle a été courte ; une seule décharge Payant terminée, à l'exception de la maison du sieur la Loire des Ursins, dans laquelle il y avait huit hommes, dont six ont été tués, et dont les deux autres se sont sauvés, la nuit, sans que les sauvages aient pu les forcer pendant le jour* Le sieur la Loire des Ursins ^ait monté à <dieval lorsque l'attaque a commencé, et n'ayant pu rentrer dims sa maison, il s'est défendu jusqu'à la mort, ayant tué quatre sauvages ; sa maison en a tué huit (1). Ainsi, il n'en a coûté que douze hommes aux Natohez, pour nous en détruire deux cent cinquante, par la &ute de l'officier commandant, qui aurait mérité seul le mauvais sort que tous ces malheureux ont partagé avec lui. Il était facile pour lui, avec les armes et le monde qu'il avait, de faire retomber sur nos ennemis one perte qui a mis cette colonie à deux dcûgts de la sienne, oonmie on va le voir.
*K)ea barbares, avant que d'entreprendre ce massacre, s'étaient assurés de plusieurs nègres, entr'autres de ceux de la Terre-Blanche, à la tète desquels étaient les deux commandeurs, qui firent entendre aux autres nègres qu'ils seraient libres avec les sauvages (ce qui a effectivement été pendant le temps qu'ils ont été avec eux),
(1) Ce malheur ne serait pas airi?é« ai ce brate offi^ n'arait pas été dettimé quelque temps auparafant.
344 [CHAP. Xf.
1790. et que nos femmes et nos enfants seraient leurs esclaves. Ils leur firent aussi accroire que le même jour qu'ils nous détruiraient aux Natchez, les autres nations frapperaient dans tous les quartiers des Français. Ce qui se serait exécuté, si je n'avais détourné Torage en appelant icit au mois d'octobre dernier, les chefs Chactas que je savais être en pourparler avec nos voisins de l'Est, qui devaient entrer chez cette nation avec cent vingt chevaux chargés de marchandises, lesquelles devaient être la récompense de notre destruction. Ce dont il y a longtemps que nous sommes menacés dans cette province. On n'en regardait pas moins ceci comme un bruit de sauvages, qui sont ordinairement menteurs.
'^Le même jour que j'appris la destruction du poste des Natchez, j'envoyai le sieur de Merveilleux, capitaine d'infanterie, dans une pirogue, avec un détachement, pour avertir tous nos habitants, des deux côtés du fleuve, de se tenir sur leurs gardes, et de se faire des redoutes de distance en distance, pour mettre leurs esclaves et leurs bestiaux à l'abri, en cas d'attaque.
^e qui a été promptement exécuté tant d'un côté que de l'autre côté du fleuve, de sorte qu'il ne manquerait plus que des hommes pour être en sûreté, les forts étant faits et en état de défense. J'ordonnai aussi au sieur de Merveilleux d'examiner de près les petites nations qui sont sur le fleuve, et de ne pas leur donner d'armes que je ne fusse sûr de leur fidélité. Je fis partir le même jour un courrier pour me porter une lettre aux Chactas, et avertir deux chefs de cette nation, qui étaient en chasse sur le lac Pontchartrain, de me venir parler.
^Le 3 décembre, il arriva une pirogue venant des Illinois, dans laquelle il y avait un Chactas qui demanda à l'interprète de me parler en particulier. Je le fis venir sur le champ. Après m'avoir fait son compliment, il me dit : Je suis bien fâché de la mort de nos frères; je Taurais même pu empêcher^ si je n'avais regardé comme un
CRAF. IX.] 245
mensonge ce que nCont dit le» CMckaiseuff lorsque fékiis 1780. en haut ; mais présentement je vois qu'ils ne m'ont pas menti; (fest pourquoi^ tiens4oi bien sur tes gardes. Ils m'ont donc dit, que les sauvages devaient donner sur tous les quartiers français et les assassiner tous; que notre nation même était du complot. Ce qui m'avait fait regar^ der la chose comme fausse^par Famitié que nous avons pour nos frères les Français. Ainsi^ laisse-moi aller dans ma nation^ que je voie ce qui s'y passe. Je porterai une lettre à Fofficier français qui y est, et je rapporterai des nouvelles à la Mobile. Ce qu'il a fait. Je n'eus pas plutdt quitté ce sauvage, que d'autres, des petites nations voisines, vinrent nous avertir que nous avions à craindre les Chactas, que l'on disait môme avoir donné à la Mobile. Effectivement, nous avions eu un homme de tué et un de blessé dans la rivière de la Mobile, sans qu'on ait pu savoir par qui. Ces mauvaises nouvelles, que je cherchais à cacher, se répandirent aussi vite que la terreur. Ce tat alors que je vis avec grand chagrin qu'on était moins Français à la Louisiane qu'autre part La peur avait si fort pris le dessus, que jusqu'aux Chaouachas, qui étaient une nation de trente hommes, au-dessous de la NouveUe-Orléans, faisaient trembler nos habitants. Ce qui me fit prendre le parti de les faire détruire par nos nègres, ce qu'ils exécutèrent avec autant de promptitude que de secret. Cet exemple, fait par nos nègres, a tenu dans le respect les autres petites nations de dessus le fleuve. Si j'avcds voulu me servir de nos nègres de bonne volonté, j'aurais détruit toutes ces petites nations qui ne nous sont d'aucune utilité, et <lui peuvent au contraire porter nos nègres à la révolte, comme nous le voyons par l'exemple des Natchez. Mais j'avais des ménagements à garder, et, dans l'état où j'étais, je ne devais me fier qu'au peu de Français que j'avais. Ce qui me les fit tous assembler, pour armer ceux qui ne l'étaient pas. J'ai divisé ceux de la ville en
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1780. quatre eompagnles, qui forment environ cent cinquante hommes. A la tète de chacune, j'ai mis un conseiller et des employés pour officiers. J'ai aussi mis à la tôte de celles que j'ai formées sur le fleuve les principaux habitants, et j'ai fait ensuite venir des nègres pour travailler, autour de notre ville, à un retranchement que je ferai continuer cet automne.
^Le 5, les avis que j'avais eus se confirmant de {dus en plus, je pris le parti d'envoyer enFrance le St. Michel, qui était destiné pour le Gap, afin d'informer la cour et la compagnie de l'état où était la Louisiane, et afin de demander les secours dont nous avons besoin pour prévenir le malheur dont nous sommes menacés depuis si long-temps, et qui arrivera sûrement, si on ne met les postes en état de se défendre.
"Le même jour, il arriva ici trois nègres qui s'étaient sauvés des Natchez, et qui me confirmèrent les avis que j'avais, ayant entendu dire la même chose aux Natchez, et de plus, qu'ils devaient mener les nègres qui n'étaient pas de leur parti aux Chickeussas, avec les femmes et les enfants français. Ils me racontèrent qu'ils avaient vu les têtes de nos officiers et employés rangées à part, et celles des habitants vis-à-vis.
"Le 7, il est venu ici un chef chactas, de ceux qui étaient en chasse de l'autre côté du lac, qui m'a dit qu'il avait envoyé ma lettre dans sa nation, et qu'il avait invité ceux qui étaient ennemis des Natchez à marcher, n me recommanda de ne pas me servir des petites nations de dessus le fleuve, parce qu'il les soupçonnait. Je lui dis que je pensais comme lui, parce que ces petites nations croyaient que la sienne était du complot ; quct soit qu'ils en ftissent ou non, je me préparais à recevoir ceux qui viendraient, et que j'avais donné des ordres pour cela partout J'étais bien aise de ne pas leur laisser ignorer que le secret était éventé, en c€ts qu'ils fussent de la conspiration.
CMAF. XI.J 847
""Le S, j'ai envoyé le sieur firontint ingënietur, avec 1730. des otdrespoiur le sieur de Louboîs, qui était à la Pointe- Coupée, à quarante lieues au-dessus de la Nouvelle- Orléans» avec un détachement de soldats et d'habitants. Je lui ordonnai de faire en sorte de savoir ce que fied* nient les Natchez ; si les hangars et le» maisons étaient brûlés, et un grand bateau qui y était lore du massacre ; de fiiiie en sorte de ravoir les fenmies françaises, leurs enfants et nos nègres, et d'enlever aux Natchez leurs pirogues.
^Le 1er janvier 1780, voyant .que je ne recevais aucune nouvelle des Chactas, par l'officier qui était dans cette nation, je fis partir le sieur de Lassus, capitaine d'infiomterie, pour se rendre aux Chactas par la Mobile, et voir par lui-même ce que nous devions eq;>érer de cette nation.
''Le 4, j'appris que les Natchez avaient été dumter le ccdumet aux Chactas, ce qui me confirma que les avis qu'on m'avait d<Hmés, de me méfier des ChactaSi n'étaient que trop vrais.
''Le 8, le père Doutreleau, jésuite, venant des Dlinds^ est arrivé avec deux coups de ftisil dans le bras, lequel m'a rapporté avoir été attaqua le premier jour de l'an, ' à l'entrée de la rivière des Yazoux^ en disant la messe ; que les sauvages de cette nation lui avaient tué trràs hommes, et que lui, troisième, s'était sauvé avec ses habits sacerdotaux. Ce qui nous a confirmé que le poste des YazoQx a été également détruit, quoique le chef de cette nation m'eût envoyé dire, après le massacre des Natchez, de ne pas m'inqniéter, parce qull allait avertir nos Français de dessus le fleuve, de se tenir sur leurs gardes, et parce qu'il idlait défendre nos Français des Yazoux contre ceux qui viendraient les attaquer. Cette assurance ne m'avait pas empêché d'envoyer avertir pat terre les Illinois par les deux côtés du fleuve. Ftar plus de sûreté, voyant le risque où étai^tit les voyageurs, j'm
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1730. fait partir, le 15, une pirogne armée de vingt h<»mnes de bonne volonté, dont six sont nègres, pour aller anx minois porter de la pondre, ramasser en chemin tons nos voyageurs, et les escorter icL Depuis le 2 décembre, je n'apprends que des nouvelles plus désagréables les unes que les autres. On tue des Français partout,sans que l'un puisse secourir l'autre, puisque nous sommes également menacés, et que nous avons autant à craindre en voulant nous joindre qu'en restant dans nos postes. Ce qui m'a fait prendre le parti de garder le centre, et changer la résolution que j'avais prise de monter auxNatchez, si les Chactas nous étaient fidèles.
Tie 16, j'ai reçu une lettre du sieur Régis, qui est aux Chactas; il m'apprend qu'aussitôt qu'il leur a porté ma parole, ils ont fait le cri de mort, et sont partis, au nombre de sept cents guerriers, pour aller donner sur les Natchez; qu'un parti de cent cinquante hommes doit aller aux Yazoux pour arrêter les Natchez, ou les nègres qu'on pourrait conduire aux Chickassas. Voilà la pre^ mière bonne nouvelle que nous ayons apprise depuis quarante-cinq jours.
^Le lendemain, j'ai reçu des lettres de M. de St Denis, qui conmiande aux Natchitoches, et pour lequel nous craignions avec raison, puisqu'il y avait des sauvages de cède nation mêlés avec les Natchez, lors du massacre des Français. La vigilance de cet officier l'a garanti du malheur dont il était menacé.
^Le 26, j'ai envoyé M. Baron, dans mcm canot, avec deux pièces de canon et des munitions de guerre, pour attendre aux Tunicas des nouvelles de la marche des Chactas.
^Le 26, le chef des Avoyelles m'a apporté une chevelure de Natchez ; un Chactas, qui était monté par le fleuve, m'en a envoyé une autre. Cette bonne nouvelle aété corrigée par la perte de sept de nos gen^ qui étaient allés en parti avec le sieur Meqplet, dont cinq ont été
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taés en se défendant. Leis trois antres ont été pris, 1780. blessés de plusieurs K^oups. Ils en ont brûlé deux, tandis qu'ils nous envoyaient le troisième pour nous faire des propositions de paix, en nous demandant des mar^ ofaandises et des otages, surtout de la poudre et des fusils. Le sieur Broutin était même venu me demander si je souhaitais qu'il fût en otage ; ce qui fait voir combien on connaît peu les sauvages de la Louisiane, qui ne veulent des otages que pour avoir la satisfaction de les brûler.
^Le 31 janvier, j'ai appris par M. de Loubois que, le 27, sept cents Chactas, à la tète desquels était le sieur Lesueur, avaient donné sur les Natchez, qu'ils en avaient tué une centaine, pris quinze ou vingt prisonniers et repris cinquante quatre de nos fenunes et enfants avec cent de nos nègres. La défaite aurait été entière sans les nègres révoltés, qui empêchèrent les Chactas d'enterrer les poudres et qui avaient par leur résistance donné le temps aux Natchez d^entrer dans les deux forts. Les Chactas disent avoir été obligés d'attaquer plus tôt , qu'ils ne l'avaient promis, dans la crainte que les Natchez ne se méfiassent d'eux. (1) Mais la véritable raison était pour avoir seuls le butin et ne pas le partager avec les petites nations. Ils crojraient, d'un autre côté, la défaite des Natchez plus facile, parce qu'ils ne s'attendaient pas à avoir afiaire aux nègres. Après ce coup £ût, les Chactas n'ont plus songé qu'à demander des mardiandises et ont fait enrager M. de Loubois pour en avoir, n'ayant pas voulu renvoyer nos femmes et nos nègres avant d'avoir eu de ses marchandises. Du 12 de ce mois, que M. de Loubois est arrivé aux Natchez, on n'a ouvert la tranchée devant un des forts que 1^ 20. Ces huit jours de vide causés par la mauvaise volonté
(1) Les Chactii avaiem surpris les Natchez se livrant à toute espèce de réjoaissancesponr célébrer le massacre des Français. Ce combat eut U^ Umt près da bayou Ste. Catherine.
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1730. de nos soldats et de partie de nos autres Français, sont cause qu'on a manqué à détruire entièrement les Natchez et qu'on s'est contenté de retirer nos femmes et enfants et d'obliger nos ennemis de nous remettre tous nos nègres, avant que d'entrer dans aucun pourparler. La situation où ils étaient fait voir clairement qu'ils ne pouvaient pas tenir encore deux jours. Mais nos Français étaient intimidés d'une sortie qu'avaient faite les Natchez, le 25 au soir, lesquels avaient attaqué nos trois postes à la fois, pour faire voir qu'ils étaient encore en état de tenir. Si notre tranchée n'eût pas fui sans tirer un seul coup de fusil, la destruction des Natchez était certaine. Elle n'eut même été retardée que de quelques jours, si les Chactas ne se fussent impatientés. Ce qui obligea M. de Loubois de dire aux deux Natchez, qui étaient venus au camp demander grâce, qu'il leur accordait la vie parce que nos femmes &anç)iises, qu'ils venaient de rendre, l'en avaient prié. Ainsi s'est terminé le siège des Natchez, après six jours de tranchée ouverte et dix jours de canonnade.
^Plusieurs choses ont empêché la prise des Natchez. La première, la faiblesse de nos troupes, qui ne valaient rien. La seconde, le fort soupçon où l'on était que les Chactas devaient nous trahir. Ce qui n'était pas sans fondement, puisque les Natchez leur ont reproché mille fois leur perfidie pendant le siège, en nous racontant les circonstances de la conspiration générale, et nous tnenaçant que les Anglais et les Chickassa^ venaient pour les délivrer. Tous ces discours, peu propres à encourager des gens qui ont peu vu, ont forcé M. de Loubois, qui a servi avec beaucoup de valeur et de distinction, à se contenter de nos femmes, enfants et nègres. Ce qui était les deux points essentiels. Il a fait faire un fort sur le bord du fleuve, en attendant que nous soyons en état de pousser plus vivement nos ennemis. Nous avons perdu quinze honàmes dans ce siège et dans
les détachements, M. d'Ârtaguette a servi dans cette 1730. occasion avec toute la valeur imaginable. Tous les habitants ont servi aussi avec distinction, ayant à leur tête Messieurs d'Arensbourg et de Laye. Les nègres, au nombre de quinze, auxquels on avfidt permis de prendre les armes, ont fait des actions d'une valeur surprenante. Si ces soldats n'eussent pas été si chers et si nécessaires à la colonie, il eut été plus sûr de s'en servir que des nôtres, qui semblent être faits exprès pour la colonie, tant ils sont mauvais.
^Je viens d'apprendre, ce 11 du mois de mars, que les Natchez ont abandonné leurs deux forts et leur terrain. Ils ont passé de l'autre côté du fleuve, sur la terre nommée les Ouachitas. On me marque que le chef des Tunicas est parti avec cinquante hommes pour faire coup sur eux et les observer.
Tous ces malheurs ne seraient point arrivés, si on m'avait écouté quand je demandais des troupes. Le massacre des Natchez et des Yazoux n'aurait point eu lieu. Il est vrai que les Français se sont laissés surprendre. Mais nos postes sont incapables de tenir longtemps. Quelques pieux rassemblés, dont les deux tiers sont toujours pourris, forment les forts. Us sont d'ailleurs tels que l'exige l'économie commandée par la compagnie, à l'exception du fort Condé de la Mobile, auquel on travaille, et qui sera de maçonnerie. Pour moi, j'ai profité de la peur qu'ont eue nos habitants, pour faire faire l'enceinte de la Nouvelle-Orléans. Cet ouvrage sera fini dans un an. La même raison m'a servi pour faire huit forts ou redoutes depuis les Tunicas jusqu'ici, outre que chacun s'est fait un petit réduit sm son habitation, pour éviter un coup de main. Il ne fallait rien moins que cela pour engage ir nos habitants, a se tenir sur leurs gardes, tant était grande leur confiance dans les sauvages. U y a bien des gens qui ont assuré la compagnio qu'il ne fallait ni troupes pour con-
253 [cHAP. xf.
1730. tenir les sauvages ni prisons pour les garder, et qui sont maintenant les plus effrayés.
^n faut des troupes indispensablement» surtout à présent que le braûle est donné. Les Anglais ne se lassent pas d'agir, et ce n'est pas d'aiyourdliui seulement, n est seulement étonnant qu'ils n'aient pas réussi plus tôt. Il n'a pas dépendu d'eux que le coup ne fût^général. Sans ma prévoyance à m'apercevoir du mécontentement des Chactas et à le dissiper à temps, nous aurions tous été massacrés, car toutes les petites nations autour de nous étaient du complot et n'attendaient qu'un signe des Chactas; et ce signe, ils allaient le donner, lorsque j'ai fait venir les chefs.
''Le plus prudent eut été, n'ayant presque pas de forces,, de dissimuler et d'attendre l'occasicm et des troupes de France pour nous venger. Mais la peur était si grande et allait si fort en croissant, qu'il a fallu nous exposer à sacrifier quelques centaines d'hommes pour remonter le moral de la colonie. Heureusement que ce sacrifice n'a pas été nécessaire. Je ne comptais ^ue faire peur, et j'ai fait peur et mal, &c., &c
''D'aileurs, les Natchez ne sont pas nos plus grands ennemis, mais bien les Chickassas, qui sont entièrement dévoués aux Anglais et qui ont conduit toute l'intrigue de la conspiration générale, quoiqu'ils soient en paix avec nous. Je n'ai pas voulu engager les Chactas à leur faire la guerre, quoiqu'ils ne demandent pas mieux, jusqu'à ce que j'aie reçu des secours de France. Les Chactas sont A intéressés, qu'il en coûterait beaucoup pour leur faire faire une démarche qu'ils feront d'eux-mêmes plus tard, par la jalousie qu'ils ont les uns des autres. La présente guerre m'a fait voir que, pour être sûr de l'appui des sauvages, il faut pouvoir se passer d'eux. Vouloir les entretenir tous en paix est une mauvaise politique, ainsi que le prouve la dernière affaire. Car
les Chactas ont toiyours voolti détruire les Natchez, et 1730. c'est nous qui les en avons empêchés. Il est venu de là que les Chactas ont conseillé aux Natchez de donner sur nous, étant assurés que nous nous servirions d'eux pour nous venger. Ce qui est arrivé en effet Ils ont eu nos marchandises, celles des Natchez, et, de plus, la satisfaction de se venger. Ce fait est constant. Les Natchez l'ont reproché publiquement aux Chactas, et ces derniers is'en sont vantés aux petites nations."
On voit qu'en fait de politique machiavélique, les Chactas en savai'Cnt tout autant que les nations les plus civilisées.
Le sieur Baron qui, par lettres-patentes du 1er juillet 1727, avait été envoyé à la Louisiane pour faire des observations sur la situation de la colonie, et dont le gouverneur Périer parle dans la dépêche précédente, envoya aussi au gouvernement français, par une dépêche du 10 avril, un récit détaillé de la campagne des Natchez.
Baron au Ministre.
^Depuis que nous eûmes appris. Monseigneur, la nouvelle du massacre de nos habitants des Natchez, nous fûmes incertains sur les dispositions des Chactas, jusqu'à ce que nous reçûmes des lettres de l'officier que M. Périer venait d'établir parmi eux. Les nouvelles ayant été favorables, je demandai d'aller joindre notre petite armée qui était allée donner sur les Natchez. Les travaux que nous avions entrepris autour de la Nouvelle-Orléans étaient en train, de sorte que je n'étais plus désormais aussi nécessaire, et j'eusse cru manquer à la faveur dont vous m'honorez, si je n'avais profité de l'occasion qui /se présentait, de faire voir que je suis bon à quelque chose dans ce genre.
** Je partis donc de la Nouvelle-Orléans, le soir du 20 janvier, accompagné de M. de Chambellan, un fils de
254 [cHAP. XI.
1730. Mme Périer, mon élève, et d'un jésuite, car notre arn^e n'avait point d'aumônier.
"Je joignis nos gens aux Tunicas, le 1er février, et nous arrivâmes ensemble aux Natchez. Vous avez ici, Monseigneur, le journal de cette affaire, et une carte que j'ai levée, par estime, de notre camp, de nos travaux, des forts des Natchez et des environs. Par ma dernière lettre, je vous ai dit le triste état où se trouve M. Périer dans ce poste. Ce que j'ai vu me fait enchérir infiniment au désavantage du soldat et de l'ofiicier.
"Les sauvages, nos alliés, sont les plus grands poltrons et les plus indolents coquins* qu'on puisse voir, et nous ne devons compter sur eux que conune l'on compte en France sur les housards, pour poursuivre les fuyards dans le bois et dans les cannes.
"Il n'est point douteux que ce ne soient les Anglais qui, par les Chickassas, aient porté les Natchez à frapper sur nous. Les Anglais voient la beauté et la fertilité de nos terres. Ils voient la manière dont nous sommes portés à l'égard de l'Espagnol, et la superbe colonie qui se prépare, si nous établissons le long du fleuve. Il y a déjà du temps qu'ils sèment leurs marchandises chez les nations auxquelles nous n'en donnons que chichement, et ils ont fait un fort chez les Chickassas, pour être en état de s'établir sur le fleuve, dès que les Français y auront été détruits.
"Quoique tout soit ici en guerre, je n'ai point laissé. Monseigneur, que de songer aussi à ce qui pourrait nous faciliter un conmierce aisé avec nos voisins. J'ai fait descendre un honune, qui ignore mon dessein, dans l'ouest du golfe, par la rivière de Pleu^uemines On travaille de même à La Fourche. J'ai mes mémoires encore brouillés là*dessus. J'en sd seulement parlé à M. Périer, n'ayant eu le temps de les lui communiquer, n est à propos, pour cette colonie, de tenir dans le fleuve quatre galères, dont deux aillent et viennent continuel-
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lement aux Illinois, tant pour escorter les convois que 1730. pour couvrir les voyageurs, et que les deux autres soient toujours prêtes à aller. De cette manière, on ôtera aux Anglais toute espérance d'y faire d'établissement.
'^Les bois de construction sont ici magnifiques, et comme l'armement des galères en nègres coûterait trop à la colonie, il est à propos, Monseigneur, que vous lui procuriez le secours de deux cents forçats pour cheuiue galère, avec défense de s'en servir à autre chose qu'au service des rames et à la culture de leurs vivres. Cela épargnera au roi la nourriture de ces misérables, et mettra les habitants de cette colonie, sur le fleuve, à l'abri de toute insulte."
A cette lettre était annexé le journal suivant :
"20 janvier. — ^Je suis parti à soleil couché de la Nouvelle-Orléans.
"1er février. — Arrivé aux Tunicas, soixante lieues audessus de la Nouvelle-Orléans.
"2 février. — Le soir, parti avec l'armée.
"8 février. — Au matin, nous sommes arrivés avec la moitié de l'armée, et descendus de l'autre côté du fleuve, vis-à-vis le débarquement des Natchez. D a été fait un détachement de trente hommes, avec un capitaine, pour aller reconnaître le débarquement. Les Chactas, nos alliés, étaient déjà arrivés, le 27 janvier, et avaient frappé sur les Natchez. Ils sont venus parler à nos gens. Nous avons passé le fleuve, et campé avec eux à Ste. Catherine, une lieue dans les terres, tirant vers les forts où les Natchez sont campés. Les Chactas avaient promis de nous céder leur camp, pour aller, disaient-ils, investir les forts des Natchez la même nuit. Us n'ont pourtant pas fait mine de bouger de leur camp, n a plu toute la nuit
"9 février. — ^Nous avons quitté les Chactas, et campé à cinquante toises au-dessus, du côté du fleuve. Les Chactas nous ont demandé un détachement de dix hom-
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1730. meSy pour les soutenir dans Texécution du projet qu'ils avaient fait d'enlever le grand chef des Natchez, en parlementant avec luL Un Ghactas» reconnaissant dans la troupe des Natchez qui étaient venus dans la prairie parler au grand chef chactas, un Natchez qui avait autrefois tué un de ses parents, lui tira dessus. Les Natchez ont riposté. Le détachement de nos gens était au lieu marqué A. (Voir le plan.) Nous sommes accourus au bruit de lamousqueterie. Nous sommes allés en B, nous épaulant de la butte. J'y suis monté pour reconnaître les forts et projeter l'attaque. Le détachement de nos gens est venu à nous, ayant perdu un homme.
^'Nous nous sommes retirés après avoir escarmouche tout le matin. Arrivée du reste de notre armée et de deux pièces de canon.
^De retour dans notre camp, nous avons trouvé le ' grand chef des Ghactas soûl dans notre tente. J'ai été au débarquement avec un détachement, pour amener le canon et les munitions de guerre.
**12 février. — J'ai été avec le convoi joindre nos troupes, qui escarmouchaient avec les Natchez, lesquels nous ont rendu un soleil d'argent II a plu toute la nuit
"13 février. — On a parlementé sans rien conclure. J'ai été avec un officier et un détachement reconn»tre le temple. Nous y avons fait un retranchement autour de la butte, y avons amené le canon, et campé à l'entrée de la nuit
14 février. — ^A la pointe du jour, nous avons tiré quelques volées de canon sur les forts, qui ont fait grand feu sur nous. Nous avons porté notre canon à la butte marquée B. Nous y avons fait un retranchement ; nous y avons perdu du monde. Sur la nuit, j'ai fait pointer les deux pièces, chargées à mitraille, sur les cannes. Dans la nuit, les Natchez sont venus, par les cannes, nous attaquer au temple, qu'ils voulaient brûler. Nous
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avons fait grand feu sur eux et l'cm a tiré du canon qui 1780. les a fait retirer.
"15, 19 février. — Du 15 au 19, on a parlementé quelquefois avec les Natchez. On a sauvé quelques femmes et Ton s'est préparé, en faisant des giabions, à l'attaque en forme. D est arrivé un renfort de quatre pièces de canon. Daius la nuit, la tranchée a été ouverte.
**20, 21 février. — On a continué la sape. Nous avons perdu du monde.
**22 février. — ^Encore la sape. Sur les quatre heures du soir, les Natchez nous ont attaqués. Environ deux cents hommes ont coulé dans les cannes et cent sont sortis à découvert du fort de la Valeur. Ceux-ci sont venus à la tète de la tranchée, ont renversé les mantelets, sont entrés jusqu'à la dernière traverse, ont emporté des fusils, couvertes de laine et pelles, et les autres ont attaqué à la fois le temple et la batterie. On leur a répondu d'un feu de mousqueterie et de canon. Après trois quarts d'heure ou environ, ils se sont retirés du pré et des cannes avec perte, et nous avons été reprendre la tranchée. Les Ghactas nous put secourus à propos. Nous n'avons eu personne de blessé. Nous avons raccommodé, la nuit, ce que les Natchez avaient gâté.
"23 février. — Les sauvages alliés sont venus nous dire qu'ils voulaient se retirer. Nous avons ^té forcés de faire une batterie à 84 toises du fort. Nous avons mis trois pièces de quatre en batterie, et nous avons poussé un bout de tranchée, quinze toises au-delà, où nous avons disposé deux mantelets en faite à la traverse. A côté, l'on a mis, dans la nuit, une pièce de canon chargée à mitraille. Les Natchez ont demandé à parler, à la pointe du jour. Ils ont offert d^ nous rendre les enfants, les femmes et les nègres, mais ils voulaient que nous retirassions nos canons.
"Auparavant, ils nous avaient envoyé une femme
258 [cHAP. XI.
1130. qu'ils voulaient maintenant ravoir. Nous avons tiré sur le fort de la Valeur. Ils ont fait sur nous un feu très vif. Ils ont blessé à la batterie le canonnier et trois hommes qui servaient la batterie. Nous avons couvert de notre mieux cette batterie, et Ton y a été en sûreté. Le canonnier est revenu après avoir été pansé, mais on n'a point trouvé de soldats pour senrir le canon. Notre feu si lent, celui de l'ennemi si vif, le peu de balles et de poudre que nous avions, nous a fait déterminer, puisque tous les sauvages nous abandonnaient, i nous retirer au bord du fleuve. Je suis parti avec deux ingénieurs pour reconhaitre l'endroit où l'on se retirerait. Nous avons fait le rapport, le soir. Dans cet intervalle, le commandant a fait cesser de tirer. Il a recommencé à parlementer avec le fort de la Farine, qui n'avait pas ôté son pavillon blanc, malgré notre feu. On a renvoyé tout au lendemain.
"24 février. — Le matin, nous avons retiré tout notre canon. Les Natchez nous ont rendu toutes les femmes, tous les enfants et tous les nègres qu'ils avaient à nous. J'ai été coucher au bord de l'pau. J'ai fait lier deux nègres, de ceux qui avaient servi les Natchez et tiré sur nous. Comme j'en voulais foire lier un troisième, il s'est mis un couteau dans la bouche et s'est jeté à l'eau. Ne pouvant le faire prendre, et voyant qu'il allait se sauver, je luirai fait tirer dessus, et il a été tué. Je suis arrivé à la Nouvelle-Orléans, le 2 mars après midL"
Une dépêche de Diron lyArtaguette confirme la manière honteuse dont cette expédition fut conduite. En voici un extrait :
Dépêche de Diron D'Artaguette.
"Le 17 décembre, M. de Loubois, major (1) de la Nouvell&Orléans, auquel M. Périer avait donné le com-
(1) Ce n<Mn est écrit de différentes manières dans les manuscrits : Lon> bois, Louboye et Louboey.
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mandement de Texpédition, se rendit aux Tunicat avec iTsa. vingt-cinq soldats de renfort, mais il laissa s'écouler yingt-huit jours sans rien entreprendre contre les Natchez, au lieu de faire marcher rajûdement les Français pour donner avec les Chaetas sur les Natchez et empêcher qu'ils ne se fortifiassent.
*'Le sieur de Loubois ne partit des Tunicas qu'i^pNrès avoir eu des nouvelles de l'attaque des Chaetas contre les Natchez» et ne se rendit que le 8 février aux Nat^ chez, avec deux cents hommes et quatre pièces de camMf de deux et de quatre livres.
'^Le 12, les éanons furent menés devant un des deux forts sauvages.
^Le 13, on chercha à composer avec les Natdiez sans rien conclure.
^Le 14, on fit canonner les forts à deux cent quatrevingts toises, pendant six heures, sans avoir pu abattre un seul pieu. Ce qui déconcerta et découragea entièrement les Chaetas à qui on avait fait entendre que la brèche serait faite en moins de deux heures.
^Le 15,il fut envoyé de notre part un interprète avec un pavillon pour sommer les forts de se rendre, lequel fut renvoyé igrands coiq>s de fusil ; ce qui lui fit abandonner son pavillon, qu'un jeune soldat fut chercher aous le feu de la mousqueterie» Ce soldat fut fait sergent pour sa récompense.
^Le même jour, les assiégés firent une sortie dans le dessein de surprendre le sieur de Loubois, qui logeait dans leur temple, laquelle sortie n'eut pas de réussite.
"Le 16, 17, 18 et 19, on constata pour savoir si Ton ouvrirait la tranchée. La nuit du 19 au 20, elle fut ouverte i deux cent quatre-vingts toises du fort.
**Le 21, on continua à canonner. Le 22, à deux heures après ^di, l'ennemi fit une sortie avec trois cents hommes et attaqua par trois endroits différents. Il sur-
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1730. prit on poste dans la tranchée, où il y avait trente hommes et deux officiers qui prirent la ftdte.
"Le sieur lyArtaguette (1), capitaine, y accourut avec cinq hommes seulement et rétablit la tranchée. Il n'y eut qu'un Français de tué dans cette occasion.
"Le même jour, M. de Loubois commanda quarante soldats, quarante sauvages, avec quelques nègres libres, pour emporter, le lendemain 28, l'un des forts d'assaut, suivant l'avis de la plupart des officiers, mais cela ne fut pas exécuté.
**Le 24, on forma une batterie de quatre pièces du calibre de quatre livres, à cent quatre-vingts toises. On fit menacer les Natchez de les réduire en cendres, s'ils ne rendaient nos femmes françaises, enfants et nègres. Ce qui les obligea à envoyer pour parlementer la femme du sieur des Noyers qu'ils avaient prise avec les autres et laquelle on garda, quoiqu'ils la demandassent avec instance pour avoir une réponse.
''Le 25, le fort, nonuné la Farine, arbora un pavillon. LesChactas, ennuyés de cette manœuvre, haranguèrent les Natchez, et Alibamon Mengo (2), portant la parole, leur dit : Vous souvient^U ou avez-vous jamais o«ldire que les sauvages se soient tenus en si grand nombre pendant deux mois devant des forts ? Vous pouvez juger par là de notre zèle et de notre attachement pour les FVançcds. D est donc inutile à vous autres^ qui n'êtes qu'une poignée de monde auprès de notre nation^ de vous obstiner dor vantage à ne pas vouloir rendre les femmes^ enfants et nègres que vous avez aux Français^ lesquels ont assez de bonté, comme vous voyez^pour vous ménager, après la trahison que vous leur avez faite. U ajouta que les Ghactas s'établiraient là où ils étaient, afin de tenir les Natchez bloqués à mourir de faim, plutôt que de lâcher
(1) C'était un paient dn eommianire-ordonnatenr Diron d'Âitagoette, antear de la dépdche.
(S) C'était on dee phia frmeu eheft dea Chaetaa.
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prise. Ce discours fit son effet. Les Natchez remirent 1730. aux Ghactas le reste des femmes, enfants et nègres, à condition que les assiégeants se retireraient au bord du fleuve avec leurs canons. Ce qu'on fit le 26 février.
^La nuit du 28 au 29, les Natchez s'échappèrent de leurs forts, sans être poursuivis, ayant trouvé le secret d'amuser les Français.
^11 y eut, .dans le siège, huit personnes tant tuées que blessées. ^
''J'aurais été charmé. Monseigneur, si M. Périer eût consenti à me laisser aller aux Natchez (1), comme il me l'avait promis, parce que j'aurais été suivi d'un bon nombre d'habitants, et d'une bien plus grande quantité de sauvages, avec lesquels les apparences étaient que j'eusse f(Nrcé les Natchez, et mis fin aux embarras que cette nation nous causera par la suite."
Lorsque toutes les forces de M. de Loubois furent réunies, elles s'étaient trouvées composées d'environ six cents Français et de six à sept cents Indiens. Quoique appuyée par plusieurs pièces d'artillerie, cette expédition, toute considérable qu'elle était, échoua devant les misérables petits forts où s'étaient réfuj^és les sauvages. Après six jours de tranchée ouverte, et dix jours de canonnade, les Français ne réussirent pas à abattre un seul des pieux qui composaient oe qu'on appelait un fort II fallait réellement, comme le dit le gouverneur Périer dans sa dépêche du 16 mars, que les soldats ne valussent rien, et qu'ils méritassent en effet d'être classés, ainsi qu'ils le furent dans cette dépêche, bien audessous des nègres, qui du moins avaient montré du courage. On se rappelle que le gouverneur Périer avait dit : **Si ces soldats (les noirs) rieusserUpas été si chers et si nécessaires à la colonie^ U eut été plus sage de ffen sermr que des nètres^ qui semblent faits exprès pour la coUh
(1) n était alon à la Mobile.
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1730. niCf tant ils sont mauvaise Les Chactas sont, bien certainement, ceux qui,' avec les nègres, se distinguèrent le {dus dans cette guerre. Us arrivèrent les premiers en face des Natohez, les snrjNrirent, et, les attaquant avec fureur avant qu'ils n'eussent eu le temps de se réfugier dans leurs forts, ils délivrèrent deux hommes, cinquante et une femmes, un grand nombre d'enfants et cent nègres!
Le 1er d*avril, la dépêche du gouverneur Périer, du 18 mars, fiit suivie d'une autre, dans laquelle il disait au ministre :
^J'ai reçu. Monseigneur, toutes les lettres dont Votre Grandeur m'a honoré, par l'Alexandre et par la Baleine, qui sont 1^ deux derniers vaisseaux arrivés. Us. ne pouvaient venir dans une conjoncture plus nécessaire ni plus favorable. Sans ce secours, il m'eût été in^KMSsible de faire faire aux sauvages et aux Français le mouvement qu'ils ont fait. Par conséquent, nos fenunes, nos enfants, et les nègres, que les Natchez avaient pris, y seraient enccMre, ce qui eût été non seulement ignominieux pour la nation, mais encore ci4)able de nous faire perdre toute la colonie, parce que la conspiration générale aurait eu tout son effet, au lieu qu'ayant coiipé te chemin, comme nous avons fait, aux alliés des Natchez, la plupart ont changé de sentiments, en voyant les mouvements des Chactas en notre faveur. Ce mouvement a coûté assez considérablement, tant en vivres qu'en marchandises, pour faire voir la nécessité qu'il y a d'avoir ici plus de troupes et de colons, si on veut soutenir les plantations, qui seront sans cela toi\jours exposées. Cest une charlatanerie de ceux qui ont eu ici le commandement, de dire qu'il n'y a qu'à connaitre les sauva* ges, et en être aimé, pour leur faire faire ce qu'on veut On est assuré d'en être aimé, tant qu'on leur donnera ee qu'ils voudront; et à mesure qu'ils sentent que nous avons besoin d'eux, ils augmentent et multiplient leurs
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nécessités^ de façon que les Anglais et nous sommes les 1780. dupes de ces sauvages, qui le sont moins que nous dans c^te occasion. J'assure à Votre Grandeur que ce ne sera qu'après avoir donné sur les oreilles des sauvages qu'on les rendra tels qu'ils doivent être. On a laissé croître leur insolence à un tel point, que beaucoup nous méprisent comme gens qui ne sont point faits pour la guerre, tandis qu'eux sont les gens du monde les ïooins pn^res a la soutenir. Leur avantage sur nous est le nombre, et l'idée qu'ils ont que nous sonuues de bonnes gens. U faut nécessairement les convaincre que nous 8(»nmes mauvaises têtes, et ne voulons rien souffirir. Il ne faut pas des armées pour les détruire. Il ne faut que des partis de trente et cinquante hommes, ou seuls, ou à la tête des sauvages qui nous sont attachés. C'est ce qu'on a manqué de faire lorsque nous avons eu la guerre. Je supplie Votre Grandeur d'être persuadée qu'aucune envie de faire la guerre ne me fait tenir ce langage. C'est l'honneur de la nation et l'intérêt du pays qui m'y portent. Je n'ai d'autre but ni d'autres raisons que celleslà, quoiqu'on en puisse dire.
''J'avais envoyé, il y a sept mois, des sauvages de nos voisins, pour tâcher de m'amener de ceux qu'on m'avait dit être entre les Espagnols et nous. Il m'est venu un chef attakapas, avec une demi-douzaine de ses gens. Ce sont des antropophages, qui m'ont dit qu'ils ne demandaient pas mieux que d'être de nos amis et de faire commerce avec nous. Je leur demandai s'ils connaissaient les Espagnols. Us m'ont dit que oui ; qu'il n'y avait qu'une nation, avec laquelle ils étaient en guerre, qui les séparait, et qu'ils connaissaient le Mexique, dont ils n'étaient qu'à quinze journées de marche. Ils doivent me venir revoir dans deux mois. Après quoi, ils iront donner sur les Natchez qui sont passés de l'autre côté du fleuve. J'ai profité de leur bonne volonté, et je souhaite qu'ils réuflsiBsent comme ils me l'ont promis. Je
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1730. crois que ces sauvages sont ceux de la baie de St Bernard, parce qu'ils m'ont dit qu'ils étaient sur une rivière qui sortait à la mer. Aussitôt que je le pourrai, j'enverrai par terre reconnaître cette terre, d'où, à ce que m'a dit ce sauvage, on peut tirer beaucoup de chevaux, du suif en quantité, ainsi que des peaux de bœufs et de chevreuil, si on veut acheter. C'est par le moyen de ces nations qu'on pourra peu à peu établir le commerce par terre avec les Espctgnols, sans faire de forts ni d'établissements le long de la côte, pour ôter tout ombrage aux Mexicains, qui se trouvent très heureux de nous avoir ici pour leur servir de barrière. Sans quoi, les Anglais seraient déjà dans le Mexique, et auraient soulevé les Indiens, qui sont tocyours prêts quand il s'agit de faire la guerre aux Espctgnols, qui sont bien persuadés que nous ne voulons d'autre terrain que celui de notre fleuve, Jlequel mérite efiectivement d'être préféré à tout autre pour la commodité qu'il procure, tant pour le commerce que pour la défense de cette colonie. Lkh^qu'on sera fort sur le fleuve, on n'aura rien à craindre des ennemis éloignés, et les voisins seront promptement châtiés, lorsqu'ils s'échapperont Je compte même qu'avant un an, nous n'aurons plus d'autres nations sauvages sur le fleuve, du bas du fleuve aux Natchez, que les Tunicas, qui nous ont été jusqu'à présent attachés. Les Ghactas ont engagé les petites nations à se retirer près d'eux, en leur disant que s'ils ne prenaient pas ce parti, nous serions obligés de les détruire, et surtout les Bayagoulas et les Colapissas, qui ont été de la conspiration générale, quoiqu'ils nous ayent des obligations, et qu'ils soient très près de nous.
^M. de la Chaise, qui était chargé comme moi de l'inspection du commerce étranger, étant mort, je supplie Votre Grandeur d'en nommer un autre, etc."
Le 10 du même mois, le gouverneur Périer écrivit une autre dépêche, dans laquelle il revient sur la lâ-
OMAP. XI.] 2M
cheté des troupes et ajoute : d'ailleon, les habitants en i7lo. général, et les créoles en particulieTf se sont bravement conduits partout Les officiers ont £Etit leur devoir, surtout M. de Loubois et M. d'Artaguette, sauf cependant Messieurs Renault d'Hauterive, de Mouy et de Vmainville.''
Ce d' Artaguette» dont il est ici question, était un jeune officier plein de valeur et neveu de Diron d'Artaguette, le commissaire-ordonnateur. D eut plus tard une fin malheureuse.
Le 1er d'août» M. Périer écrivit au sqjet des Indiens : ^ceux d'entr^eux qui étaient entrés dans la consj^iration générale sont revenus à nous, depuis qu'ils ont vu qu^elle n'oi pas complètement réussi, et ils nous aident journellement à harceler les Natchez qui ont quitté leurs villages et se sont enfoncés dans les terres, de l'autre côté du fleuve. Depuis leur translation, j'en ai fait tuer ou prendre une cinquantaine. J'ai brûlé ici, dernièrement, quatre hommes et deux fenmies, et j'ai envoyé les autres à St-Domingue.
^J'ai envoyé deux cent cinquante sauvages, des petites nations, bloquer les Natchez, en attendant de recevoir des troupes de France."
On voit que le gouverneur Périer était aussi sauvage que les sauvages eux-mêmes. La compagnie lui avait écrit qu'elle approuvait toutes ses vues relativement aux Indiens, aux Anglais et aux Espctgnols, en lui recommandant de secourir ces denderspariout et toujours^ et de ctHooibattre les Anglais de même, seulement de le faire indirectement, afin de ne pas se commettre et donner Ueu à une rupture formelle. D faut espérer qu'à la réception de la dépêche du 1er d'août, la compagnie n'écrivit plus au gouverneur Périer qu'elle approuvait sa conduite envers les sauvages. Mais on ne trouve nulle part aucune trace de sa désapprobation, ausi^et de l'autodafé qu'il s'était permis.
Ô66 [CHAF. XI.
1780. Les habitants de la Nouvelle-Orléaiis s'étaient empressés d^otbir on asile aux femmes et aux enfants qui avaient échappé an tomahank des Natchez. Les Ursolines reçurent dans leur sein une partie de ces malheureux orphelins, et la charité de plusieurs familles riches se chargea de pourvoir aux besoins des autres.
Les Chickassas, à leur tour, avaient offert un asile à la nation des Natchez, et cet asile avait été accepté par un grand nombre d'entre eux. 8'étant ainsi montrés favorables aux ennemis des Français, les Chickassas cherchèrent à se prémunir contre leur vengeance, en envoyant des émissaires parmi les nations Indiennes, pour les soulever contre les blancs. Il y eut même un projet d'insurrection parmi les noirs, surtout parmi ceux que l'on avait employés pour massacrer lés Ghaouachas, et qui pensèrent qu'ils auraient aussi bon marché des Français. Heureusement que le complot ftit découvert. Les chefs furent pendus et la tranquillité, rétablie.
Le 10 août, un frère du gouverneur Périer, nommé Salvert, arriva de France avec un faible renfort, de sorte que la colonie comptait, à cette époque, de mille à douze cents hommes de troupes de ligne et à peu près huit cents miliciens. Ce qui aurait présenté un effectif assez considérable, si on avait pu concentrer ces fi[)rces, mais ce qui ne suffisait pas pour la protection et la défense d'un pays aussi étendu.
En récompense de sa conduite dans l'expédition contre les Natchez, M. de Loubois fut nommé major de la Nouvelle-Orléans, et le commandement génércd des troupes de la Louisiane fUt remis au baron de Cresnay, qui était soumis cependant aux ordres du gouverneur Périer.
Voici quel était alors l'état des officiers en service à la Louisiane :
Le chevalier de Loubois.
Le baron de Cresnay.
IVArtagaette. 1730.
De Beaachamp.
De Bessan.
De St Denis.
De Gauvrit
De PradeL
Marchand de Gonrcelles.
Renault D'Hautei;ive.
De Lusser.
Le chevalier de St. Julien.
Petit de LieuUiers.
Simare de Bellisle.
Marin de la Tour.
De Grand-Pré.
Le chevalier D'Hemeville.
De L'Angloiserie.
De St. Ange.
Le chevalier D^Arensbonrg.
De Labuissonnière.
De Coulanges.
Le chevalier de Noyan.