‹ Histoire de la Louisiane (volume 2)Chapitre 27 sur 49 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

ii^^asajLMa.

'OJltK>NNANCE SUR LES LEVÉES ET StTR LE PAPIER* MONKA]E.-->> TRAITE EXCLUSIVE SUR LE BIIS80URI ET SES AFFLUENTS AC- CORDÉE À DÉRUISSEAU.— INTRIGUES DES CHACTAS ET DES CHICKASSAS.— MÉMOIRE DE DEVER6ÈS SUR L*EMBOUCBURE DU FLEUVE.— POPULATION DE LA NOUVELLE ORLÉANS ET DE LA COLONIE. — LENORMANT REMPLACE SALMON, COMME COMMIS- SAIRE-ORDONNATEUR.—FORTIFICATIONS DB LA LOUISIANE.— OU- RAGAN TERRIBLE.

Les Chickassas ne ftirent pas plutôt infonnés de Far- 174S. rivée d'un nouveau gouverneur, qu'ils lui députèrent, pour demander la paix, quatre de leurs chefii avec un français, nommé Carignan, qu'ils retenaient prisonnier depuis long-temps. Ces che& se rendirent d'abord chez les Alibamons, d'où ils envoyèrent Carignan à la Nouvelle-Orléans avec des lettres qu'ils avaient fait écrire au marquis de Vaudreuil. Far ces lettres, ils demandaient qu'on leur accordât la paix et qu'on leur procurât des secours en munitions et marchandises qui leur étaient nécessaires. Ils marquaient en même temps que s'ils gardaient les autres Français qui étaient encore chez eux, ce n'était que pour obtenir ,plus £Etcilement leur demande. M. de Vaudreuil leur

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1743. fit répondre qu'il leur accordejrait la paix à deux conditions :

1 ^ . Qu'il ne serait rien conclu que de concert avec les Chactas, auxquels les Chickassas seraient tenus de donner une satisfaction convenable pour tout ce qu'ils avaient fait contre eux à l'instigation des Anglais.

2 ^ . Qu'ils chasseraient de leurs villages les traiteurs anglais, auteurs de tous les malheurs qui leur étaient airivés.

Le 18 octobre, messieurs de Vaudreuil et Salmon lancèrent une ordonnance qui obligeait les habitants de faire leurs levées avant le 1er. janvier 1744, sous peine pour eux de voir réimir leurs terres au domaine de la couronne*

Cette pénalité était assez sévère pour assurer l'exécudon de l'orctonnance et il est probable que les levées ihrent régulièrement faites et entretenues.

Le budget des dépenses de la colocie fut, cette année, de 848,528 livres.

1744. Au commencement de 1744, M. de Vaudreuil informa son gouvernement qu'il avait fait des présents aux sauvages et morigéné le Soulier Rouge qu'on aurait dA, suivant loi, traiter plus durement qu'on ne Favait feit jusqu'ïi présent "Je l'ai menacé, dit-il, de lui ôter sa médaille à la première faute et de lui retrancher ses présents. Les Chactas sont affectionnés et soumis»

''Les Chickassas continuent i demander la paix. J'en ai parlé aux Chactas, qui m'ont dit d'en faire à ma guise et que ma décision, quelle qu'elle fôt, serait agréée par eux. Les Chickassas auraient accepté mes conditions de paix basées sur l'expulsfon complète des Anglais, si /avais pu leur fournir toutes les marchandises dont ils ont besoin. Mais les magasins sont vides de marchandises et de munitions, et je n'ai pu m'exposer à un manque de foi." M. de Vaudreuil termine sa dépêche en demandant avec instance des vivres et des

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munitions et en affimaiit qoe^ s^il en était pwrvUf il 1744. gagnerait facilement toutes les nations sauvages. D'ailleurs, la demande de marchandises est le reirain de toutes ses lettres, et il ne cesse d'assurer le gouyemement français que c'est le seul moyen d'exercer de l'inflaoBce sur les sauvages et d'en coi\jurer les hostilités.

Les Chioluussas, qui avaient pr(q)08é aux français de traiter de la paix sans la participation de leuj» alliés, les Chaetas, prq>oeaient aussi à ces derniers de faire la paix sans consulter les Fmnçais. A ce siôet» M. de Yaudreuil écrivait en date* du 17 septembre ; '^n parait que les Chickaseas ont tait proposer la paix aux Ghaotas sans ma participation, et que les Chact«9 sont assez disposés à l'accepter de même. Ce serait pour les Anglais un excellait moyen de rentrer chez les Chaetas et de ks mettre dans leurs intérêts contre nous. Ce changement de dispositions est étrange et contraste singulièrement avec la soif de guerre et de vengeance que les Chaetas manifestaient naguère. Je ferai tout ce que je pourrai pour neutrfiUs^ oes efforts qui tendent à notre perte, mais il ne faut pas se dissimuler que nous n'avons rien, que nos magasins wmt vides et que, entre nous qui ne pouvons que promettre et les Anglais qui donnent, le choix n'est i>as douteux pour les sauvages. Déjà jrfusieurs sont ^és traiter de leurs pelleteries aux Alibamons avec les Anglais, et cet exemple sera contagieux. Tout ce que je puis faire, c'est d'insinuer qu'il n'y a nulle bonne foi dans toutes ces propositions des Chiokassas, qui veulent probablement attirer leurs ennemis pour les mieux frapper par surprise, ou qui cherchent tout au moins, à l'abri de ces pourpiu^lers, le moyen de faire tranquillement leurs récoltes."

Après aveir feit cet exposé, M. de Yaudreuil redemande avec plus de vivacité que jamais des vivres et des marchandises, en alléguant que« sans cela, il ne ré-

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1744. poiid pas qoe toi» les saiivages ne passent ftox Anglais. Le 27 d'avril, le conseil d'Etat avait pris l'anéti solvant:

^Attenda que le papier de carte et les billets perdent, solvant rinformation que nous avons reçue, 200 pour cent sur l'argent comptant et que, par conséquent, tout est devenu d'une cherté excessive, nous avons jugé, pour faire cesser ces inconvénients préjudiciables i nos finances, au bien de la colonie, et aux progrès de son commerce, devdr faire retirer la totalité des cartes et des billets qui se trouveront répandus dans le pQ> blic, pour en supprimer le cours, en prenant d'ailleurs des mesures pour pourvoir aux fonds nécessaires au paiement des dépensa que nous or^nnons ; mais comme il ne serait pas juste que nous fissions le remboursement de ces cartes et billets au pair, puisque les dé^ penses pour le paiement desquelles ils ont été délivrés^ ont été portées i des prix propcnrtionnés au discrédit public, nous avons résolu d'ordonner le remboursement de ces valeurs, i la réduction de cent cinquante pour cent, en lettres de change sur le trésorier général de France, et nous annulons les cartes et billets qui ne seraient pas rapportés dems les deux mois qui suivront l'enrégis^ trement des présentes."

On se rappelle que le gouvernement, malgré l'avis contraire de Bien ville et de Salmon, avait, en 1735, fait une émission de monnaie de cartes^ qui, avait-on dit aux cdons, ne deviUt pas avoir le sort du papier de la compagnie des Indes, attendu que le papier du roi devait nécesswement ofinr des garanties meilleureiB que oeUe» éFitueune compagnie. Mais à peine neuf années s'étaîentelles écoulées, que ce papier perdait 200 pour cent, et que le gouvernement français profitait de cette ciroonstaace pour retirer, avec une réduction de 150 pour cent, son propre papier, qu'il avait émis au pair. Ainsi, c'était toujours la même répétition relativement à ce misérable

papier-monnaie, sons quelque forme qi^il parAt; c'était 1744. tocgonrs le môme système de fraude et de mensonge de la part da gouvemement, et le même esprit de boi^ homie ou de résignation de la part des colons, qui ne se lassaient pas d'être pris pour dupes. La Louisiane, comme on le voit, a toigours beaucoup souffert par le papier-monnaie et n'en était pas à ses premiers mal^ heurs de ce genre, lorsque, un siècle plus tard, les catas» trophes amenées par les banques sont tombées sur elle, et ont failli l'écraser.

M. de Vaudreuil débuta mal dans son administration, et retomba dans l'ornière des monopoles, qu'on aurait dft abandonner pour toujours et que le gouvernement avait déjà trouvés si nuisibles aux intérêts de la colonie. Le 6 d'août, il accorda au sieur Déruisseau la traite exdueive sur le Missouri et ses affluents, pendant cinq années, à partir du 1er. janvier 1745 jusqu'au 20 mai 1750, sons la réserve pour le gouvernement, de changer, augmenter ou retrancher ]es conditions de cette concession, suir vaut les circonstances et suivant ce qui paialtraitconvenir à la prospérité de la colonie, et à la charge, pour le sieur Déruisseau, de £nir et parfaire le fort conomencé aa Missouri, de le tenir assorti en marchandises, et de maintenir l'union parmi les sauvages, dont il devait apaiser les querelles à ses frais et dépens. Le sieur Déruisseau devait en outre payer au commandant de ce poste cent pistoles de gratification par an, et était tenu de lui faire le transport de ses provisicms et effets auK Illinois. Il s'obligeait aussi à nourrir la garnison du poste à ses frais et dépens.

M* de Vaudreuil a pu consciencieusement se tromper en accordant le privilège exclusif de faire le commerce dn Missouri et de ses affluents, à con(£ition que le concessionnaire achèverait la constructicoi d'un fort et en nourrirait la garnison* Il a pu honnêtement croine qifil était dans l'intérêt public de fitire une pareille eonoes-

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1744. skm. Mttit dans qael bnt 8tipiilait41 nn pot de yin on une gratifio^tûm anmielle de cent pistoks pour le commandant du poste du Missouri ? Etait-oe pour favoriser un officier privilégié ! M. de Vandrenil n'expUqae pas cette partie da contrat ; mais il se borne, dans une dépêche du 6 décembre, à dire qu'une de ses raisons pour accorder i M. Déruisseau le monopole des lUinots, était de priver les habitants de ce pays de tout ccmmMrce avec les. sauvages, afin de les forcer <fe se livrer i la culture des terres. Voici un extrait de cette dépêche :

^ Pour ce qui concerne les Illincns, il n'y a qu'un moyen de forcer les habitants de s'occuper de la culture des terres que l'on laisse en fiidie, c'est de ne pmnt laisser aux habitants la libeorté, comme par le passé, de courir toutes les nations sauvages, soos prétexte de faire le eommeroe de pelleteries avec elles, ce qui a occa» «ioDé nombre d'iU>us et de brigandages qu'il convient de réprimer entièrement, et cela par la voie des traites exclusives.

^ Il serait convenable d'y {Mohiber l'introduction des nègres, pour tirer les habitants de leur nonchalance et les obliger à travailler eux^némes. D'ailleurs les nègres seraient plus productift au bas de la colonie. On ne laisserait monter des nègres aux Illinois que lorsque les habitants seraient sevrés de leurs haintudes de vagabondage et de brigandage, et lorsque étant devenus aédentaires, ils s'occuperaient du moins à faire travailler les nègres à la culture de leurs terres.

"^On continue de découvrir des mines de plomb et de cuivre aux Illinois. J'en envoie des échantillons. H fliudrait des f!MCC-«auni^rs dans ce poste pour trorailler aux mines."

On voit que M. de Vaudreuil en revenait aux anciens errements : les mines et les monopoles cosnmeroiaux. L'exploitation des nnnes avait toqjouis été le rôve fovori dm gouvernement firançais et de la pli^»art des

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gouTemeurs qui étaient venus à la Louisîeiie. Ou ne 1144. conçoit pas une peitdstanœ aussi obstinée. La colonie ne produisait pas encore assez de Tiyres même pour les cultivateurs du sol et pour les troupes qui étaient dans le pays. Il £edlait en expédier de France avec des frais énonnes, et, s'il faut en croire les dépêches des gouverneurs, les colons avaient presque toigours été à la veille de mourir de ftdm, depuis la fondation de la colonie. A part les dépenses ciKisidérables qu'il aurait fitlhi faire pour exploiter une mine dans un pays nouveau, où il aurait fallu envoyer de France tous les matériaux d'exploitation, comment aurait-on nourri cinq à six cents mineurs réunis sur un point des Arkansas ou des lUinoisT Il est évident que c'est de France qu'il aurait fallu en* voyer, non-seulement tous leurs outils, mais aussi tous leurs moyens de subsistance. Car M. de Vandreuil, dans ime lettre du 28 octobre, disait encore, quarante-cinq ans après que la colonie avait été établie : ** l^il tC était pus arrivé de la farine par F Eléphant f les soldats ettssent été sur le point de la révdUe. Dans un pays où les tes- . sources agricdies paraissaient être si peu en rapport avec les besoins de la population, qu'il fietllait en faire venir <f Europe, sous peine de famine, comment pouvait* on songer à l'exploitation des mines, du moins. avee quelque avantage ! Cependant on y persistait. .

Vers la fin de décembre, M. de Y audreuil eut la satis* faction de rcnnpre les pourparlers de paix prqjetée entre les Chactas et les Chickassas, et de faire recommencer les courses des premiers contre les derniers. Il avait même réussi à se concilier le bon vouloir du célèbre Soulier Rouge, dont les intrigues avec les Anglais don» naient tant de soucis aux Français. Le fait est que le marquis de Yaudreuil n'avait pas voulu sinoèrement rétablir la paix entre les Chactas et les Chickassas. Lorsque ceux-ci, à son arrivée dans la colonie, lui firent des ouvertures de paix, il répondit qu'il Jie traiterait

1741. avec eux que du consentement des Chactas, et lorsque les Chactas loi dirent d'en faire à sa goise^ il tronva quelque prétexte pour ne pas réconcilier ce# deux na. tions. La politique française arait toigours été d'affaiblir les tribus indiennes les unes par les autres. Elles n'étaient pas assez simples pour ne s'en être pas ap^* çuesy mais elles avaient tellement contracté le goût et le besoin des marchandises européennes , qu'elles ne pouvaient plus s'en pcusser et qu'elles s'étaient par conséquent placées sous la dépendance des Français et des Anglais qui leur en fournissaient, et qui» par ce moyen, les poussaient à toutes sortes de guerre» au détriment de la population aborigène* C'était une race d'hommes qui devait s'éteindre graduellement. Au lieu de s'unir» pour lutter contre le sort qui les menaçait, ils semblaient aller au-devant de leur destinée.

Le budget des dépenses de la colonie» cette année» fut plus fort que tous ceux des années précédentes» et se monta à 51^/445 livres.

1745. Le S de janvier 1745» M. de Vaudreuil infbrmaitle gouvernement français qu'on avait trouvé une riche mine de fer à la Mobile» et que le sieur Paule» n^ociant de Marseille» demandait i l'exploiter. Le sieur Paule voulait un privilège, mais ne demandait aucune avance de fonds. U parait du reste que cette communication de M. de Vaudreuil reposait sur de fausses informations» car» depuis lors» on n'a plus entendu parler de cette riche mine de fer. Plus tard» il annonça encore la découverte d'autres mines aux Illinois. Toutes ces prétendues découvertes ne furent suivies d'aucun résultat» et ne prouvent qu'une chose» c*est que quarante-six ans d'expérience n'avaient pas dégoûté les Français de ces coûteuses et inutiles recherches.

Cette année» le Soulier Rouge donna une autre preuve de son inconstance. Après être revenu aux Français» ce chef habile était rentré dans les intérêts anglais.

Probablement, il appartenait à ceux qni le payaient le 1T45. mieux, et il oscillait perpétuellement entre les deux peuples qui se le disputaient. Le 16 octobre, M. de Loubois, lieutenant de roi, commandant à la Mobile, écrivait au ministre : — "Le Soulier Rouge, qui a plus d'esprit que tous les autres, a encore embauché les Chacta^ et a soulevé une grande partie de sa nation contre les Français. Il est encore redevenu anglais, et, ce qu'il y a d'extraordinaire, il a réussi à gagner Alibamon Mengo, qui avait toiyours soutenu les intérêts français avec beaucoup de zèle. Voyant que les chefs à médaille avaient abandonné le parti français, j'écrivis à M. d'Hemeuville, commandant à Tombekbé, et à M. Hazure, qui conmiande aux Alibamons, de veiller sur leurs démarches et d'opposer aux chefs à médaille une contre-cabale de chefs assez puissants pour les contenir. Ces deux officiers réussirent à merveille; car à une grande assemblée d'Indiens aux Couchas, le Soulier Rouge et Alibamon Mengo furent assez mal menés par d'autres chefs. Cependant ces brouilleries auraient très mal tourné, parce que l'intérêt est le mobile des sauvages, s'il ne nous était pas arrivé des marchandises quelques jours^ après. Je dois même / avouer que les Anglais finiront par avoir le dessus, quoique nous fassions, si nous retombons encore dans la même pénurie. Cependant, le 15 octobre, j'ai reçu la nouvelle de Tombekbé qu'un parti du village de Bois- Bleu avait rencontré deux Anglais qui allaient des Chickassas aux Alibamons, et leur avait coupé la tête. Cet événement, qui a fort surpris les Anglais, a empêché trois convois de marchandises d'arriver, conune cela avait été décidé, et cette circonstance fortuite nous a peut-être sauvés, car ces convois auraient probablement gagné les Chactas. Les partis sont d'ailleurs si animés qu'il serait bien possible qu'ils en vinssent aux mains. " Quant aux Chickcussas, ils continuaient leurs déprédations, qui désolaient la colonie. Dans une dépêche

10 [cBAP. xvn.

1745. du 28 octobre, M. de Vandreuil se plaint beaucoup du manque de vivres, munitions et marchandises, et dit que les Chactas se lassent de guerroyer. '^Je voudmis, écrit il, faire la proposition f une nouvelle tentative pour détruire les Chickassas, sans quoi, il sera impossible d'en venir à bout, quoiqu'on fasse pour exciter les autres nations sauvages contre eux. Plus on tarde, plus on perd. Car ils s'aguerrissent toujours et obtiennent peu à peu la sympathie des Chérokis, qui sont de puissants auxiliaires. Je sais bien la répugnance qu'on doit éprouver pour toute expédition de ce genre, par le peu de succès des premières. Mais on pourrait faire mieux et à moins de frais, les routes étant mieux connues. Il suffirait de deux cents hommes de recrues, avec ce qu'il y a ici de troupes et de milices. On ferait des tranchées, pour ne pas perdre de monde, et on minerait. Les présents, pour les faire harceler, nous coûtent beaucoup. Il vaudrait mieux en finir."

M. de Loubois, dans une dépêche du 6 novembre, appuie la demande d'une expédition contre les Chickassas, faite par M. de Yaudreuil. Il conclut en disant : les Chickassas ont refusé net de renvoyer les Anglais, en nous déclarant que ceux-ci ne les laissaient jamais manquer de rien, tandis que nous laissions dans le dénuement le plus absolu nos plus proches voisins et nos meilleurs amis. Us ne demandent plus la paix, et les Anglais, évidemment, les ont tait changer d'opinion à force de présents, sachant bien de quelle importance il serait pour nous de les chasser des Chickassas et quel dommage il leur en arriverait, eux dont le but est de nous circonvenir en embauchant nos sauvages, car'^ls ont des prétentions avouées jusqu'à la rive gauche du Mississippi. Cest ce qui fait que je conclus comme M. de Yaudreuil pour une nouvelle expédition contre les Chickassas."

Vers la fin de cette ^nnée, l'ingénieur Devergès pré-

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senta un mémoire soir l'embotichiure du fleave: ''Les 1745. barres, dit-il» qui se trouvent sur toutes les passes des embouchures du fleuve^en bouchent l'entrée. Lapasse où il y a le plus d'eau, et qui a été la seule praticable, depuis 1722 que l'on en prit une parfaite connaissance, est celle de la Balise, par où les vaisseaux tirant depuis treize jusqu'à quinze pieds d'eau ont pu passer, soit avec facilité, soit avec difficulté, suivant que la barre s^est trouvée plus ou moins élevée, et l'on a remarqué, depuis ce temps-là, qu'il n'y a jamais eu sur la barre, dans son plus haut, moins de onze pieds d'eau, et dans son plus bas, plus de quatorze pieds et demi de mer. En sorte qu'il a été rare d'y voir passer des vaisseaux tirant de treize à quinze pieds, sans être obligés d'échouer dessus et de pctsser à la toué, après même s'être allégés d'une partie de leur cargaison. Cette passe fort rapide n*a que trente à quarante brasses de large."

Il résulte d'un mémoire très curieux de cette époque qu'il y avait alors à la Nouvelle-Orléans environ huit cents habitants blancs, non compris deux cents soldats, les femmes et les enfants. On y comptait une population noire de trois cents âmes. Une partie des mai* sons était en briques, une partie en bois et d'autres briquetées entre poteaux.

''U y a, dit ce mémoire, vingt cinq habitcmts qui peuvent avoir de 100 à 300 mille livres de biens. Presque tous les habitants sont mariés. Le plus considérable est M. Dubreuil, qui a cinq cents nègres, avec plantatioBS^Ji^riqueteries, soieries, &c.

''Aux Allemands, il y a cent habitants et deux cents nègres. Occupation : jardinage et engraissement de bestiaux^

"Pointe-Coupée. Deux cents habitants. Quatre cents nègres. Ces habitants cultivent le tabac et font des vivres.

"Natchitoches. Soixante habitants et deux cents nègres. Productions : bestiaux, riz, mais, tabac.

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