‹ Histoire de la Louisiane (volume 2)Chapitre 28 sur 49 · TABLEAU GENERAL · texte numérisé non relu

TABLEAU GENERAL

Habitants blanci mâlei . Noin dei deux tezet.

Au fort de la Balise, . . 00 80

Nouvelle-Orléans, ... 800 300

Allemands, 100 200

Pointe-Coupée, .... 200 400

Natchitoches, .... 60 200

Natchez, 8 15

Arkansas, 12 10

Illinois, 800 600

Missouri, 20 10 .

Petit Ougas, 40 5

Pascagoulas, 10 ..... 60

Mobile, 150 200

Femmes et enfants environ, 1,500

3,200 Troupes, 800

4,000 On observera que, d'après ce tableau, la population blanche de la colonie avait diminué d'environ mille personnes depuis la rétrocession qui en avait été faite par la compagnie des Indes au roi. La population noire seule était restée stationnaire. Il y avait quatorze ans que la rétrocession avait eu lieu. Ainsi depuis cette époque, la colonie avait plutôt rétrogradé qu'avancé.

1746. M. Lenormant avait remplacé M. Salmon conmie commissaire-ordonnateur, mais à peine était-il entré dans l'exercice de ses fonctions, qu'une violente mésintelligence s'élevait entre lui et le gouverneur. M. de Vaudreuil, dans une dépêche du 6 janvier, dit : ^Les affaires des Anglais s'avancent au détriment des nô-

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treSy grâce à M. Lenomxant qui, non-seulement retarde 1740. la livraison de ce qu'il faut pour les sauvages, mais qui donne la majeure partie des marchandises du roi à . ses commis qui tiennent ou font tenir boutique pour la revente. Ce qui leur procure d'énormes bénéfices aux dépens du public."

D termine en demandant à être autorisé à se faire délivrer les marchandises nécessaires pour les postes, en alléguant que, sans cela, le commissaire-ordonnateur M. Lenormant pourrait perdre la colonie par des vues d'intérêt, ou par des motifs malentendus d'économie.

Le 9 mars, M. de Vaudreuil revient à la charge contre M. Lenormant. "M. de Berthel, écrit-il au ministre, ne recevra pas les marchandises qui lui sont indispensables aux Illinois, malgré les instances que j'en ai faites à M. Lenormant, qui a fait vendre beaucoup et n'a plus rien pour les dépenses imprévues, eonmie celles-ci, puisque M. de Berthel va avoir la visite d'un grand nombre de sauvages aux Illinois, à l'occasion de la négociation d'une paix générale. Cela peut nous faire un tort irréparable. Les postes d'ailleurs sont fort mal fournis. La Mobile est dans la misère. A Tombeckbé, et surtout aux Alibamons, la garnison est réduite à la dernière extrémité, au point que Lesueur, qui y commande, a été obligé de l'envoyer subsister dans les villages sauvages. Ce qui produit le plus mauvais eflFet, surtout avec les commentaires peu bienveillants que cette pénurie inspire aux Anglais."

Le 1er. d'avril, le marquis de Vaudreuil réitère ses accusations contre le commissaire-ordonnateur, Lenor^ mant, dont il dit : ^M. Lenormant a si bien manœuvré, que je n'ai pu me rendre que le 22 mars, à la Mobile, où douze cents Chactas m'attendaient depuis soixante à quatre vingts jours. Ce qui fait tme dépense énorme pour la colonie. Encore les assortiments qu'il m'a

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1746. fournis sont-ils défeotueux et insuffisants. Ce qui me met dans la plus affreuse position, n'ayant rien ni pour payer les chevelures ni pour gratifier nos partisans dévoués.

^Soulier Rouge n'a pas paru, sans doute afin d'éviter l'humiliation de mes reproches. Cependant je lui ai fidt dire que son présent serait réservé pour le cas où il le mériterait

"J'espère que la guerre va se rallumer entre les Chactas et les Chickassas. Nous manœuvrons tous en conséquence» et M. Hazure m'y aide beaucoup. Mais il nous faut des marchandises, sans quoi tout sera perdu. Car, alors même que les Chickassas feraient la paix avec nous et chasseraient l'Anglais, comment pourrions-nous fournir à leurs besoins ?"

M. de Vaudreuil se plaint aussi de ce que, ccmtre l'usage, M. Lenormant ait supprimé les bateaux de service et retiré la ration aux honunes capables de les conduire. "Il en résulte, dit-il, que, lorsqu'on a besoin d'un bateau pour porter les marchandises dans les postes, il faut en louer à des prix exorbitants, sans compter qu'on n'en a pas à volonté. Non-seulement ce n'est pas une économie, mais c'est un énorme surcroit de dépense. Il faut non-seulement des msurchandises, mais un commissaire-ordonnateur plus raisonnable."

Pendant que le marquis de Vaudreuil donnait audience, à la Mobile, aux chefs Chactas qui y étaient allés pour recevoir des présents, Soulier Rouge, qui était resté dans son village, profita de leur absence pour remettre sur le tapis l'affaire de la paix des Chickass€ts avec les Chactas. Ayant entraîné et gagné une grande partie des guerriers, il en fit donner avis aux Chickassas, afin qu'ils ne perdissent pas de temps pour leur envoyer des députés chargés de conclure un traité.

Sur ces entrefaites, les autres chefs, étant revenus de la Mobile à leurs villages, se hâtèrent d'envoyer, pour

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rompre les négociations, un parti de lenn gens contre 1746. les Chickassas. Mais cette tentative fht sans succès, les Ohickassas en ayant en avis par le Soulier Rouge, qui avait trouvé le moyen d'en être informé. Pendant que toutes ces manœuvres contraires se croisaient, les députés des Ohickassas étant arrivés chez les Ghactas, on fit main basse sur eux en dépit des efforts de Soulier Rouge, qui ne fut point assez puissant pour les protéger. Les deux chefs de la députation, ainsi qu'une fenmie, furent tués, et, de tous ceux qui les avaient accompar gués, il ne se sauva qu'un guerrier.

Le Soulier Rouge, voyant par là ses nouveaux projets déconcertés, et ne connaissant d'autre moyen de satisfaire les Anglais que de fn^per, de son côté, un coup sur les Français, tua, i l'aide de quelques-uns de ses partisans, un cadet des troupes françaises, nommé le chevalier de Yerbois, ainsi que deux traitemrs qui étaient dans sa nation et dont il pilla les marchandises.

Le marquis de Vaudreuil, informé de ce qui se passait, envoya un officier aux Chaotas pour demander sa^ tisfaction de cet outrage. Lii plupart des diefs et des guerriers lui firent promesse de la lui accorder. Faisant allusion à cet événement, M. de Vaudreuil dit, dans une dépêche du 4 novembre : ** U est à désirer que je puisse terminer ainsi cette affaire, surtout dans les circonstances actuelles ; car, si l'on venait i perdre la nation des Chactas, qui est la plus nombreuse de la colonie, Ton aurait peine à soutenir le commerce intérieur, et il serait même à craindre, qu'avec son secours, les Anglwi ne parvinssent à former des établissemcAts capables de couper la communication entre la Louisiane et le Canada. Du reste, on doit présumer qu'elle se déterminera difiicilement à sacrifier les avantages qu'elle trouve à vivre en paix avec les Français."

Le 24 du même mois, M. de Vaudreuil écrivait au

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1710. ministre : ^J'ai visité Tembouchure dd fleuve, en apprenant la déclaration de guerre ; d'après la mobilité des passes et surtout d'après le peu de consistance des terres qui les bordent, il est à peu près impossible de songer à y faire des ouvrages de fortifications. Il faut seulement conserver le fort de la Balise qui y est, moins à cause de son utilité comme défense que comme entrepôt de commerce avec les Espagnols. Il est utile d'ailleurs d'y avoir un poste à portée de surveiller la côte et de nous informer de ce qui s'y passe.

^Mais il faut défendre le fleuve. Le premier terrain qui parsut mériter quelque attention, en remontant, est le détour de Plaquemines, à onze lieues de la Balise. M. Lenormand s'était d'abord déclaré pour cet endroit, parce que, disait-il, on devait se servir des premières terres. Cette raison était bonne, et j'avais été assez de son sentiment, pour mettre à l'abri tout le bas du fleuve. Mais je remarquai, avec l'ingénieur et le capitaine de port, que la situation de ce détour ne présentait aucun obstacle aux vaisseaux qui, étant une fois en pleine eau, le pourraient passer facilement, du même vent qui les aurait servis pour entrer par la nouvelle passe. H se* rait impossible de les arrêter avec dix pièces de canon de dix-huit que nous aurions à mettre de chaque côté, parce que, profitant d'un vent fait, ils n'auraient qu'une décharge à essuyer et seraient hors de danger avant que l'on fût prêt à en faire une seconde. Pour se promettre de barrer le passcige, il faudrait y avoir au moins trois batteries de vingt grosses pièces de canon sur chaque bord du fleuve, à portée les unes des autres ; ce qui coûterait des sommes immenses.

^Autre objection : la distance est trop grande de la ville, et, pour cette raison, il faudrait y entretenir une garnison à demeure et complète, qui ne pourrait recevoir à temps aucun secours de la ville. Puis, si cette batterie était dépassée ou bloquée, comme cela arri-

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vendt presque certainement, la ville et la oolteié s6- 1746. raient tout-à-fait à découvert .

^Je remarquai en outre que le seul endroit du fleuve dont on pourrait tirer parti avec les vingt canons de 18 que nous possédons, était le détour à l'Anglais à cinq lieues de la ville, qui est fortifié naturellement contre les vaisseaux, en ce que les vents de TEst au Sud qui leur sont bons pour monter depuis la mer, les arrêtent à l'entrée de ce détour, ne pouvant doubler que par le vent de Sud Ouest, lequel vent est très rare , depuis le mois de juillet jusqu'en janvier, qui sont les mois les plus propres à entreprendre la conquête de ce pays, le fleuve étant bas. Les vaisseaux retomberaient dans le même embarras une lieue et demie plus haut, étant forcés d'y attendre les vents soufliant de l'Est pour faire route. D'autre part, il est à remarquer qu'il y €^ entre les habitations établies dans le détour, des cantons de bois fourrés de broussailles et de cannes épaisses entrelacées de ronces, qui se terminent en des marais entrecoupés de ruisseaux et de fonds tremblants, à travers desquels il serait téméraire de vouloir pénétrer, lorsqu'on y aurait fait de bons retranchements et qu'ils seraient défendus par quelques corps de troupes. Un autre avantage, c'est de pouvoir, pour ainsi dire, y jeter à l'instant toutes nos forces. J'ai pensé, eu égard à ces considérations, que je ne devais point hésiter à donner la préférence à cet endroit pour des fortifications d'une dernière ressource. C'est pourquoi je me suis déterminé à y établir de chaque côté du fleuve, aux points où les vaisseaux sont contraints de venir pour se rendre favorables les vents de Sud Ouest, un fort de terre liée avec des fascines, et les talus des épaulements soutenus avec im cléonage, suivant les plans et dessins de M. Devergès. Pour l'érection, desquels forts, j'ai, coi\jointement avec M. Lenormant, ordonné aux habitants de la ville et des campagnes des environs de four-

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1746. Biv lectBfiiidme de leart nègres pendaiit.six lemaines.

^Je pense qu'il y aar€^ sous peu de joon, dix pièces de caneM de 18 em batterie sur chaqae fort. 11 serait à ppopesquVw envoyât seize pièces de 34 avec letus bonletii et quatorze pièces de 18 pour garnir toutes ks embrasures qui battent sur le fleuve, les retranchements qui font la clAture de ces batteries du o6té des terres ne devant être dâfendus qu^aveo des pièces de 4 et de 6, qui se trouvent à la Nouvelle-Orléans. Avec ce , secours la colonie peqrrait se défendre.

K)n remarquera q«ie^ dans eette dépêche» le marquia de Vaudreuil dit qu'il est à peu près impossible de faire à la Balise aucun ouvrage de fortification. Cependant M. de Bienville parait n'avoir pas été de cette opinion» puisqu'il adjugea, en 1741, à M. Dubreuil, pour la somme de ^7^383 livres, les ouvrages les plus pressés qu'il y avait à y fWre. L'ingénieur Devei^ès, consulté sur la possibilité de bâtir un fort à la Balise, répondit £eu vorablement et porta le devis des dépenses à 582,408 livres. L'opinion des ingénieurs modernes s'est pro<noncée en faveur du site choisi par M. Lenormant : le détour de Plaquemines.

Le 3ê Novembre, le marquis de Vaudreuil écrivait au ministre : ^j*^ reçu en septembre dernier la lettre du 6 mai, par laquelle on me donne avis de trois vais* seaux et une fVégate partis d'Ângtetenre au mms d'avril sous le commandement du chef d'escadre Knowles, qui devait relâcher à Antigua et de là, à la Jamaïque^ D est supposé que cet armement est destiné pour la Louisiane. J'ai été aussi informé que le g^iéral Oglethorpe devait repasser incessamment dans la Géorgie avec un renfort de troupes, et que peut-être le chef décadré Knowles était destiné à faire q<utlque entreprise, de concert avec lui, sur la floride. J'ai fait passer cet avis aux gouverneurs de Pensacol€^ de St-Maro et de St.-Au* gustin.

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''Je sois prépairé à tout événement Pai la bonne vo- 1746. lonté,maifii peu de moyens. Je n'ai rien potir défendre l'entrée de la pètsse de TEst^où il s'est fkit «ne ouvertui^ au nouveau ohetial dans la partie la plus prochailie de la Balisé, lequel ehenal à de quinse à eélm^ ^dài d'eau de mer basse sur la barre et deux eeifis toiSëS de loii;^eui*par le travers des battures les /plus ââ large, qui forment cotnme un fer à cbéVal avançant en mer. Le fonds est de vase« U est divisé en ^?ois à sa sortie. Deux de ces chenaux oùt dix i vingt einq toisés de largeur chacun, et le troisième trente à quaraiite, et sont séparés l'un de l'autre par des battures et des but* tes de terre grasse sortant de l'eau. Le plus lai^e est à droite en entrant Nous avons travaillé sur le champ à fortifier cette nouvelle passe avec le secours des habitants, qui l'auraient fait encore plus volontiers, si M. Lenormant s'y fut pris autrement U leur a refosé même de fournir des outils, des vivres pour la subsistance de leurs nègres, et les voitures pour les conduire sur les lieux. Voulant même, en dernier lieu, les obliger à achever les fortifications au détriment de leurs récoltes, prétention injuste qui conmiençait à irriter les habitants. Aussi, je ne l'ai pas voulu laisser aller plus loin.

''Quant aux forces de la colonie, je puis mettre quatre cents hommes sur pied, avec les petites nations, qui peuvent faire nombre de cinq à six cents hommes , et deux cents à trois cents nègres sur lesquels on peut compter. Mais il nous manque des armes et des munitions."

Il y eut cette année un ouragan presque aussi terrible que les deux ouragans de 1740. Une grande partie des récoltes fut détruite, et le bas de la province était menacé de famine, si de prompts secours n'avaient pas été envoyés par le district des Illinois, qui déjà fournissait tous les ans à la Nouvelle-Orléans une assez grande

20 fruAP. xvrr.

1740. quantité de farine. Les bateaux des Illinois arrivaient vers la fin de décembre et repartaient en février. Il parait qu'autrefois les ouragans étaient beaucoup plus fréquents que de nos jours. On dirait que la marche de la civilisation, que les progrès de l'agriculture, en modifiant l'aspect d'un pays, détruisent les causes de ces fléaux dévastateurs. On dirait que la nature se dépouille de sa rudesse primitive, et que les éléments mêmes adoucissent leur lutte devant le courage persévérant et le labeur patient de l'honmie !

Le budget des dépenses courantes de la colonie se monta cette année à 444,904 livres.

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