‹ Histoire de la Louisiane (volume 2)Chapitre 7 sur 49 · DÉCOUVERTS DE L'AMÉRIQUE.— PREMIERS ÉTABLI88EMBNT8 EXPÉDITION DE SOTO · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTS DE L'AMÉRIQUE.— PREMIERS ÉTABLI88EMBNT8 EXPÉDITION DE SOTO

Il est, dans le cours des siècles, des époques marquées 1493. par la toute - puissance divine pour l'arrivée de ces grands événements qui sont destinés à changer la face du monde. Des accidents ordinaires Sb succèdent pendant des âges, des massacres se multiplient, des conquêtes vulgaires i^siccomplissent, des rois soiit déposés, des royaumes se fcmdent, d'autres disparaissent, la civilisation fait fuir Fignorance qui souvent revient sur ses pas, ou <quiy se portant ailleurs, fait succéder les ténèbres max lumières, l^èls sont les tableaux que nous présen- "^ent toutes les histoires, et leur uniformité en détruit en quelque sorte Tefiet aux yeux de la postérité. Cependant 31 est de ces événements qui ont opéré une telle lévolution daitfrle .8^ de Yhommet que la méditation y troave ^ans^ipèsM de nouveaux si^ets d'admiration. L'i-

.1492. magination elle-même recule étomiée devant le . grandiose des perspectives qui s'étendent devant elle, et la raison humaine, malgré son scepticisme, admirant la connexité et la marche progressive des magnifiques iimovations qui ont eu lieu dans l'ancien régime du monde, est obligée de désavouer la puissance du hasard, et d'admettre l'action d'une Providence directrice.

Les annales du genre humain n'ofirent rien de plus grand que la découverte de l'Amérique, non seulement par le fait de cette découverte elle-même, mais par ses résultats déjà connus et par ceux que promet l'avenir. Les différents peuples de la terre, ceux du, mçins qui étaient arrivés à quelque degré de civilisation, croyaient connaître à peu près Jes limites de notre globe et les races d'hommes qui l'habitaient, lorsque tout à coup une voix a retenti dans l'Europe. Elle annonce aux peuples de l'ancien monde un monde nouveau et des nations jusqu'alors ignorées. Cette voix est celle d'un homme obscur qui porte le nom de Christophe Colomb. Son génie a deviné que par de-là l'Atlantique, il existe des régions fécondes, vierges encore, qui appellent les travaux et les lumières de la civilisation. Il se sent destiné, par un instinct vague, par une sorte d'inspiration, par ces pressentiments et par ces émotions du cœur que les grands hommes seuls connaissent, à exécuter les desseins de la Providence. Il frappe à la porte de tous les Grands de la terre ; les fatigués, les mépris de tous les genres, rien ne rebute son courage. Il se présente à la cour de tous ,les rois, il ne demande qu'un vaisseau, et en revanche, il donnera des royaumes sans bornes et des richesses infinies. Ces promesses sublimes sont regardées conun^ les paroles d'un fou, et Colomb va peut-être- céder au désespoir, lorsqu'il tente un dernier effort aupiès des majestés royales de Castille et d'Ar^-gon. -U presse, ilsupplie, il réussit enfin; ses vœux atoA etaueés par Fer^ dinand et Isabelle, les mers sont traversâes, l'Amérique

Sirt en quelque sorte du sein des ondes, en 1492, sous le 1492. . émapas créateur d'un mortel, et une nouvelle ère a pris . jjilace ibsiçs les fa^eç des hommes.

En dfl^ depuis cette époque, en moins de trois siècles et demi* il s'est opéré un changement total dans la sitoatSon morale, politique et commerciale des peuples et dans leurs rapports internationaux. Quand on examine la physionomie que présentait le monde au qmnzième et au seizième siècle et qu'ensuite l'on reporte sa pensée sur le tableau qu'il offre actuellement, f^ne peut être que frappé de l'influence exercée par ; »• rîtliécouverte de l'Amérique dans les rapides et im- ''^.T||^||nrTT mocfifications qui ont si complètement changé la ?f^jAec du globe. A peine l'Amérique fut-elle connue, que 1]^ CMnnmerce prit un essor ignoré jusqu'alors. L'Europe ^•yyâeàÊlàit en richesse et en puissance; une aisance gé- ' ^ le se répandit dans toutes les classes ; l'esprit hu- > moins occupé de ses besoins matériels, put se er vers toutes sortes d'investigations scientifiques ; métaux précieux, si rares auparavant, devinrent ' îjèwMnnris et chassèrent cette misère qui produit Pignorwee et tue les arts et les lettres. Les peuples de l'Eulépé fondèrent des colonies ; ces colonies créèrent de nCRnreaux intérêts et appelèrent au dehors et au loin / fattention de leurs fondateurs. Depuis lors, il est curietix de suâvîre l'importance progressive de ces coloiitf$ devenues des nations. Leurs institutions ont réagi flfr^^Iles des vieilles familles auxquelles elles avaient mflfaëAttû^et tes événements, qui se sont passés sur le s^fa'eiiNtalfiment, ont eu un tel retentissement en Euwp^qrfîtejWéSltt^ tomber plus d'une barrière qui s'oppocnii-à 1% wSbffSxBfi-des libertés humaines. Enfin, par àegfMtJ^JtiÊÊÉ^^fOBi par ses découvertes, par ses besoins, par aa» |i»éactions, pai^ son influence morale et poi|jltiqn€V Jh|i^lB8 ihllMl^seaxpc de son commerce, a telle-

; qualre partie 1i^ monde, qu'elles vivent ft

gçlMb^

I4da. les unes par les autres, qu'aucune nation importante de la terre ne peut éprouver une grande perturbation sans que les autres ne s'en ressentent, et si une guerre, ce fléau des siècles précédents, éclatait de nos jours, ce ne pourrait être qu'une secousse passagère, parceque tous les peuples se réuniraient, dans leur intérêt parti- . culier comme dans leur intérêt commun, pour la comprimer. Il est donc vrai de dire que le genre humain peut dater de la découverte de l'Amérique comme d'ime nouvelle ère de gloire, de bonheur, de paix et de riohesse et comme de l'ère la plus importante peut-être après l'ère chrétienne.

Colomb avait ainsi accompli ses prédictions. La découverte principale était connue et avait frappé d'étonnement tous les esprits, mais il en restait encore de partielles à faire. On savait l'existence du continent de l'Amérique, mais il fallait parcourir cette vaste contrée et en prendre possession. Plusieurs nations de l'Eu- * rope se disputèrent l'honneur d'y porter les premiers pas. Dans cette lutte d'ambition, un aventurier Espagnol

1613. ^^* celui qui, le premier, découvrit, en 1513, l'extrémité Sud de l'Amérique du Nord, dans le voisinage immédiat de la Louisiane. Son nom était Juan Ponce de Léon, gentilhomme du royaume de Léon. Parmi les merveilles que l'on débitait sur ces pajrs sauvages où l'on prétendait que la nature avait caché toutes ses richesses, il avait entendu dire que l'Ile de Bimini, dans Farchipel de Bahama, possédait une fontaine dont les eaux miraculeuses donnaient au corps humain une jeunesse étemelle. Séduit par cette fiction,ou bien obéissant à l'esprit aventureux du siècle, il partit avec deiix navires de Puerto Rico, dont il avait été gouverneur, pour aller à la recherche de l'ile merveilleuse. Battu par un orage affreux, il fUt poussé vers 'le cap continental, situé au Nord de l'Ile de Cuba. Echappé aux A dangers de la tempête, -il descendit avec joie sur un lir

. ÔBAfl 1.} 5

' ^iftgd flèafi OÙ Itif printemps se montrait dans toute sa 1613. : ffOnsfe. 0©' qui lui fit donner à cette terre le nom char- •fOBxà^ ^Tionde. ly autres prétendent que ce fut parce qu'^ yvJétàrqua le joôf de Pâques fleuries. Ayant pris po88li»M$à du pays au nom de son souVerain, il se rendit e&'BBpàgne pour en demander le gouvernement, qiii lui fht facilement accordé. En 1515, il revint à la 1515. Floride avec trois navires,' mais au lieu de s'y reposer mf des gazons fleuris et d'y fonder paisiblement les étaliGssements qu'il avait projetés, il eut à combattre des ^aJB&emis farouches qui l'attaquèrent avec la plus grande . -C'>î||d6ur. n ne put s'échapper qu'avec six de ses com- ■ ^*^àÊÊigaoin&. Arrivé à l'Ile de Cuba, il y mourut en peu éJjk jours d'une blessure qu'il avait reçue à la cuisse, ■-T- 'i| grandement regretté de tous ceux qui le connais- ^^^ Éiieiil^ dit l'historien Cardenas, et qui appréciaient ses ^^^jjjJriBwntes qualités. Sur son tombeau, l'on grava cette ) latine : *

1^^^ Mole 8ab hac foitia reqaiescent osea Leonis

' ^ "n^ Qui vicit fiictis nomina magna Buiq.

^^^ îSur ht même pierre, on en avait inscrit cette traductfoik  espagnol :

Aqueste lagar estrecho ■V .'.' esflcpulcrodelVanm

^^ , que en el nombre ibe Léon,

^ V . * J' mucho mas, en el hecho.

jL^^^ides de toutes les espèces de gloire, les Français

lit aussi leufs regards vers lo nouveau monde.

le règne chevaleresque de François 1er, qu'ils

»^|N|||^re tentative de irrdcr une colonie en

n de Lévy, s'élant mis à, la tête de

établit dans une petite ile, située

é^ggéàB iobtitude nord, qui est maintenant

fe n<^ àe Sfill^le Island, et qui fait partie de

Sm-rBTnttm de la NouveÉ^Ëcosse. Cette entreprise

wOnt'^gÊiàâm mUm henreiwWpt le baron, après avoir

<J LcHÀP. r!

1616. perdu plasieurs de ses compagnons, qui moururent de froid, retourna en France avec ceux qui avaient survécu à Finclémence de l'atmosphère et aux fatigues de ce long voyage.

1624. Cette tentative fut faite par de simples particuliers qui n'avaient consulté que leur courage, et n'avaient agi qu'avec leurs propres ressources. Ce ne fut qu'en 1524 qu'un florentin, nommé Veranzani, fut commissionné par François 1er pour aller explorer l'Amérique, aux dépens de la couronne de France. Il aborda aux environs du cap Hatteras, et fut bien accueilli par les aborigènes. Il fit plusieurs autres voyages, dans un desquels il périt, sans avoir rien accompli

1634. d'utile pour la France. En 1534, une autre expédition, commandée par Cartier, partit de St.-Malo, et entra, après une heureuse navigation, dans une baie située au sud de la rivière St Laurent. Peu de temps auparavant, un navire espagnol avait naufragé dans ces parages, et quelques matelots avaient échappé à la fureur des vagues. Dès qu'ils virent arriver les navires de Cartier, ils accoururent sur le rivage. Les Français leur ayant demandé quel était le nom du pays dans lequel ils se trouvaient, l'un de ces malheureux qui était pressé par la faim, et qui crut qu'on lui demandait s'il y avait quelque chose à manger, répondit : Aca nada. (Il n'y a rien ici.) Les Français comprirent que cette terre s'appelait Canada, et ce nom lui est resté. Telle fut, si elle est vraie, la plaisante origine du nom donné à un pays dont la Louisiane a été long-temps une dépendance, et dont elle a tiré un grand nombre de ses habitants.

Les Français sont les premiers qui ont fondé une colonie à la Louisiane, et qui lui ont donné le doux nam qu'elle porte. Mais ce fut un Espagnol qui la découvrit, et qui y promena le premier ses regards explorateurs. Il s'appelait Hemando dé SoM), et avait, été l'un des plus illustres compagnons de Jizarre. Apràs» avoir aidé à la

.4|pBSi|aéie da P^ioit, il avait obtenu du roi d'Espagne le 1634 jyçivegigBmeQt^ dé St Yago de Cuba, avec la permission y vfe'-pc^ter la guerre dans la Floride et de la subjuguer. f % aya|^3e plus^le privilège d'en être lé gouverneur et ciq)lla%é«général, sa vie durant, et d'y établir un marquisat i son choix, de trente lieues de long sur quinze de large. . Soto avait acquis dans le Pérou des richesses immenses, mais il était loin de songer à en jouir dans la iqi^esse et le repos. Il est de ces hommes pour lesquels lïiaetipn est le plus pénible de tous les tourments. Leur lumbitidn dédaigne la couche de la volupté et les plaisirs ^sensuels de l'épicurien. Il leur faut le bruit des armes, \4s0n. du clairon, le triomphe du guerrier et l'inunortad'une vie historique. Telles sont les délices de Ml âmes fortement trempées qui se nourrissent de OMPàvements et d'émotions. Tel était Hemando de Soto, fatiguaient les exploits de Pizarre et de Cortès. au Thénûstocle, les lauriers de ses rivaux l'empêde dornûr. Aussi cherchait-il de tous côtés le » de ses exploits futurs. Il crut l'avoir trouvé dans loride, et il n'aspira plus dés lors qu'à en devenir le ^eonqpéraQt H équipa à ses frais une flotte, mille homdPhifanterie et trois cent cinquante chevaux, avec lèB^tels il partit de la Havane. Après sept jours de station, U aborda à la baie de Santo Spiritu, le 31 '1589. Cette petite armée était composée de gens 1539. parmi lesquels se trouvaient, dit Garcilasso, six lérants du Pérou et beaucoup de gentilshommes rnaissance, que la réputation de Hemando de Sbto kviflMd^ sous son conunandement. Il y avait ei9i''olA%Vîfi4!|tHiHfe^clésiastiques, que l'Adelantado ou gimÊJilÈtm^giti^eS^^ avec lui pour les besoins

f te'9<M> aftfi^, et pour travailler à la conversion émIaiStÊgÊA '■ V L

* Peu âeieÊOB après qu'il eutWis terrè,<ies onze navi- y. ' rës^ oompôsaient sa flotte, v^envoya les sept plus

>if

8 [chai». I.

16Z9, grands à la Havane avec ordre de les mettre à la disposition d'Isabelle de BobadiUa, sa fen)me,* et il ne garda que quatre embarcations légères^ ou brigantins . qu'il confia au commandement de Pedro Calderon qui, entr^autres mérites, avait celui d'avoir servi sous le grand capitaine, Gonzalve de Cordoue. Arrivé à Hirrihigua, village situé à* deux lieues dans l'intérieur, il y séjourna quelques jours pour donner le tems à ses bagages d'arriver, et il continua ensuite sa' route vers les Apalaches. Mais chaque pouce du sol lui présenta des difficultés qui paraissaient presque insurmontables. Devant lui se déroulait un océan de forêts entrecoupées .de marais impraticables, et chaque arbre semblait receler un indien dont la flèche était dirigée contre sa personne et contre ses compagnons. Le pays était divisé en plusieurs districts, et la ville principale de chaque district portait le nom du district. Plusieurs de ces divisions territoriales étaient gouvernées par des fenunes, qui montrèrent un cœur plus compatissant que celui des caciques voisins. Elles exercèrent envers les Espagnols une hospitalité généreuse et leur ofinrent toutes les provisions dont ils pouvaient avoir besoin. Garcilasso prétend que l'une d'elles, nommée Cofachiqui, présenta à Soto une incroyable quantité de perles de la plus grande beauté, et il compare Tentrevue de cette reine et de Soto à celle de Cléopâtre et de Marc Antoine, bien qu'elle fût, ajoute-t-il naïvement, inférieure en magnificence et .en majesté. Après que ses troupes se fussent un peu rafraîchies, Soto continua sa route. Mais dans l'intervalle de repos qtf il avait pris, plusieurs caciques s'étaient confédérés pour s'opposer . à l'ennemi conmiun, et Soto eut à livrer de nouveaux combats dont il sortit toujours vainqueur. Car les flèches des j^uvages ne pouvqjiènt rien contre des honmies dont la plupart étaient couverts d'une armure à l'é- ' preuve des armes ofienâves de leurs ennemis, tandis

-ï/|^!e fisr espagnol perçait aisément le oorps sans dé- 1539. '^-fiofteiâeréiifant des forêts. L'artillerie et les arquenmltipliaient la mort dans leurs rangs, et ces 9t6S détonnât!^, répétées par des milliers d'é- ^d^i^p^Étaient la terreur dans leurs cœurs. Ils croyaient qttcj éfi» enchanteurs avaient fait descendre le feu du ciel |»ur les dévorer.

,^près avoir surmonté tous les obstacles, Soto péné- ^

te dans les Apalaches, où il résolut de pa^sser l'hiver.

*Aai retoui: du printemps, Soto s'avança au Nord Ouest,

parcoonit tme partie des Etats actuels de la Géorgie,

du Tennessee, du Kentucjg^, et pénétra jusqu'au 37me

degré de latitude Nord. t>e là, il se dirigea Sud Ouest

jusqu'à la baie de la Mobile, au travers du territoire des

l^iâe^oussas, des M obiliens et des Alabamas. Les

UabSiens firent la plus courageuse résistance à cette

EBoh étrangère, mais ils furent complètement défaits.

It que le carnage fut affreux, car Garcilasso,

en de Soto, nous apprend que les Indiens per-

onze mille hommes, et qu'à la prise de leur ca-

e, plus de mille femmes qui s'étaient réfugiées dans

'î^'^lÉBi édifice, y périrent dans les flammes. Soto laissa son

^ ailQâe reposer un mois parmi les débris de sa triste vic-

' fûfea» et se rendit ensuite dans le pays des Chickassas,

lesquels il passa l'hiver.

t Soto courut les plus grands dangers parmi cette nation

Lorsqu'il arriva sur son territoire, il ne vit

r de lui que des figures sombres et farouches et de-

ent les intentions hostiles des Indiens. Aussi,

''^'^V^s'^^VIIIIIlK^ gardes et ce fut à sa prudence qu'il dut

Lcelle de ses compagnons. Les Es-

ptiinHiVi- . jttTJ^^toM». jtu principal village des Chickas-

sa4Pî Tl^ S6oemh^ 1540, et le trouvèrent abandonné. 1540.

V09ÙBiA$.étAh]iT leurs quartiers d'hiver, ils fir^ pro-

• Tfhfi0ai^'inwreBei transp^j^rent des villages voisins

tOMte la^ {MîHe et tout le n^ qui leur étaient néces-

10 [CHAF I.

1640. saires pour se construire des cabanes, car celles qui composaient cette bourgade, quoiqu'elles fassent au nombre de deux cents, ne leur étaient pas suffisantes. Ils y passèrent deujc mois assez tranquillement et n'étant inquiétés que par des escarmouches de . nuit que leur livraient les Indiens. Toutes ces attaques furent facilement repoussées, mais l'événement prouva que cette apparente mollesse des Indiens n'était qu'une feinte pour endormir les Espagnols dans une fatale sécurité.

1541. Vers la fin de janvier 1541, les Indiens profitèrent d'un vent de Nord qui soufflait avec violence et qui était favorable à leurs desseins. Ils' marchèrent dans le plus profond silence, sur trois colonnes, contre le village que les Espagnols occupaient et qu'ils avaient fortifié. Ils arrivèrent à cent pas des sentinelles sans être aperçus. Il était alors une heure du matin. Ils commencèrent l'attaque en poussant des hurlements affreux et avec grand bruit de toute espèce d'instruments sauvages. Ils étaient munis de torches faites avec une espèce de jonc tressé, qui croît dans le pays et qui, étant allumé, garde le feu et brûle conune une mèche d'arquebuse. Lancées dans l'air, ces torches, au lieu de s'éteindre, ne deviennent que plus ardentes. Au bout de leurs fièches, ils avaient attaché des anneaux faits avec ces mêmes joncs, pour incendier les toits en paille des cabanes espagnoles. Le succès couronna un plan aussi bien concerté et en quelques minutes tout le village était en feu.

Bien que pris à l'improviste, les Espagnols ne forent pas déconcertés et la promptitude de la défense répondit à celle de l'attaque. Le gouverneur, qui ne manquait jamais de se tenir toujours prêt contre totftes les surprises de ce genre, fut le premier à cheval. L'attaque des Indiens fut si brusque, qu'elle ne lui donna que le temps de se couviir d'tm bouclier, d'un casque

-et Âmé cdtt^ cTannes de coton ouaté, de trois pouces i w. d^^lfl&âif&tav que Texpérience a prouvé être la meilleure dtfwÉtfi'oJMifre les flèches. N'ayant d'autre arme offtwttre qpè sa lancé, Soto courut à Pennemi, parcejpMi^Ittrait jamais su ce que c'était que d'avoir peur, ^ dit I»^i4^mqueur de ses exploits. Dix ou douze cavafiÉis le suivirent de près. Je ne puis mieux faire, pour la description de cette bataille, que d'emprunter le Myle simple et naïf de Garcilasso. Les Espagnols, ditil, accoutumés à la féroce bravoure des Indiens, vouhurc^cûum au secours de leur capitaine, mais entr^eut et les indiens qu'ils voulaient aller combattre, il y avait le feu et la fumée que le vent leur poussait au visage. On voyait les uns se trainer sur les genoux. pour passer sous les flammes, afin de joindre l'ennemi ; âfaotres couraient à l'hôpital pour arracher les malades au danger qui les menaçait. La violence de nnçendie avait été telle, que les cavaliers n'avaient pas ^ .le tems de s'armer et de seller leurs chevaux. Il yen avait qui cherchaient à les sauver en les emme- 'Bant par la bride ; d'autres fuyaient eux-mêmes devant le fea ^ abandonnant leurs montures. U y eut peu de CVViiliers qui allèrent soutenir le gouverneur, et cependant, depuis long-temps, il avait à supporter tout le choc des ennemis. Suivant sa coutume de ne jamais qu'on le devançât en rien, il fut le premier dont

.haàbb abattit un indien dans la mêlée de cette mêle nuit n ne put empêcher néanmoins que deux jnif jdHMpes ennemies n'entrassent dans le ^dllage et iiti|liMH|yk mort beaucoup de chev£iux, et beaucoup ^^^^'ll^ff*'^**^^ pas eu le temps de s'armer.

ui «ette piSSmiTi village qui faisait face au levant, e^llkniicendie ë^fitait déclaré avec le plus de violence, qaamafeoa cinquante JBspagnols sortirent en courant et di^rcàaiii leur salut ètSf^ la fuite; (Chose honteuse, ditÇftroSMso, et que l'on^itg^ait pas encore vue danis

IWI. toute cette campagne de la Floride!) Nuno Tobar,^ une épée nue à la main, et à peine vêtu d^une cotte de mailles qu'il n'avait pas eu le temps d'agrafer, les suivit, en leur criant d'une voix retentissante : "Arrêtez, soldats ! retournez sur vos pas. Où courez- vous ? Ici ne sont ni Séville, ni Cordoue, pour vous recevoir dans leurs murs. Vous n'avez d'autre protection que votre 'courage, d'autre espérance de salut que dans la vigueur de vos bras. Droit à l'ennemi, compagnons I droit à l'ennemi ! C'est dans ses rangs qu'il y a pour vous sécurité I La fuite vous perd, et le combat vous sauve," Dans ce moment, une trentaine de soldats qui sortaient de la partie sud du village, quartier du capitaine Juan de Guzman, rencontrèrent les fuyards, et leur firent honte de leur lâcheté. Se ralliant à la troupe de Guzman, ils firent tous ensemble le tour du village, que l'incendie ne leur permettait plus de traverser, et tombèrent sur le flanc de la colonne du centre, contre laquelle le gouverneur combattait de front avec tant de désavantage, à cause du petit nombre des siens et de la multitude de ses adversaires. Lorsque cette manœuvre s'opérait, le capitaine Vasconcellos sortait de la partie ouest du village à la tête de vingt-quatre cavaliers portugais, tous gens d'élite, et qui avaient servi sur les frontières d'Afrique. Nuno Tobar, les apercevant, se joignit à eux, quoiqu'il fût à pied, et ils allèrent attaquer l'autre flanc de la colonne du centre, qui, du côté opposé, était déjà assaillie par la troupe de Guzman. Se voyant ainsi secouru et appuyé, Soto voulut en finir par un coup d'éclat. Il avait remarqué un chef indien qui comba4tait avec la plus grande valeur, et qui, se portant tantôt d'un côté et tantôt de l'autre, mais toujours au premier rang, soutenait le courage des siens par ses paroles et par ses jetions. Saisissant le moment favorable, Soto courut sur lui et le perça de sa lance. Biais il avait fait cette charge avec tant d'élan, mie selle et cavalier passèrent

i la tête du chevaly et roulèren]; au milieu des i541. [. ennemis. A la vue du danger de leur général, les . cavalerie et infanterie, se ruèrent sur les In- £6900 iiyec tant de violence et de rapidité, qu^iU réussirent à p^iêtrer jusqu'à lui, et à empêcher qu'il ne fut tué. Remis en seUeySoto ne recommença le combat qu'avec plud âS finrie.

Le gouverneur n'était tombé que parce que ses valets, sotpriset effrayés de l'attaque subite des Indiens, avaient, en sdDant sùn cheval, oublié de le sangler. Ce vaillant chevs^t^ s^en était bientôt aperçu, mais se fiant à son adresse, il crut qu'il n'en saiu*ait pas moins conserver ses arçons, et en effet,*il avait ainsi combattu pendant plus f une heure. Les Indiens qui, jusqu'alors, avaient disputé la victoire aux Espagnols avec tant d'opiniâtreté, CQiQmencèrent à mollir. D'abord ils battirent en retiaite avec beaucoup d'ordre, s'appelant les mis les aUtiesj et s'avertissant d'abandonner le combat. Mais tout ftm'coup ils se débandèrent, et se mirent à fuir avec la ^Bi/grande agilité. Le gouverneur, à la tête de la ca- TàkMe, poursuivit les fuyards aussi loin que la lueur de Fmoendie lui permit de les voir. Ainsi finit ce combat, qiai*émeL deux heures. Lorsque les Espagnols comptè- /j HQBllrars pertes, ils trouvèrent qu'ils avaient perdu qualff>Bt0 Jiommes et cinquante chevaux, ainsi que tous ivétementSy et presque toutes leurs armes et leurs Içiis:^ guerre. La peijte des Indiens ne fut que de Mïts kcmunes. Soto fut obligé d'abandonner le siUle, et d'aller occuper.une position plus les Espagnols se mirent à l'œuvre en tei^^lBlt^:j(id|^ des selles, des lances et des

TififmjAm,^ Ib^lSy continuellement harcelés par les TnraiilB» iMÈtiit et le jifet et si quelque soldat s'éloignait du «uj^p^S tombait sous ia flèche ou le tomahauk des

^ jAa^oottqtiçement d'avnl» Sabo se remit en route pour

1541. continuer ses explorations, et après avoir traversé les parties occidentales des Etats actuels du Mississippi et du Tennessee, il arriva sur les bords de ce fleuve immense, que les Indiens ont surnommé le père des eaux, et qu'ils appelaient de plusieurs noms, tels que Cicuaga, Meschacébé et Mississippi. Soto fut donc le premier Européen qui vit le Mississippi. Ce fut à une très-petite distance au-dessous du premier de ces monticules, connus sous le nom de monticules Chickassas, ou Chickasaw bluffs, et non loin de la présente ville de Memphis. Ayant fait construire des bateaux plats, il s'aventura sur les eaux du roi des fleuves, et porta long-temps des regards étonnés sur la rapidité de ses flots et la majesté

. de son cours. . Passant sur la rive opposée, il remonta le fleuve jusqu'à la rivière Blanche, et de là, il pénétra dans le territoire des Ârkan^as, où il établit son quartier d'hiver, après avoir éprouvé sur sa route des traitements différents de la part des Indiens, qui le recevaient tantôt en ami, et tantôt en ennemi.

Tant que le printemps dura, l'armée se dirigea vers le Sudàpetitesjouméesetsans beaucoup souflrir, mais au commencement de l'été, la famine se fit sentir parmi les Espagnols, et plusieurs moururent de l'excès des fatigues qu'ils avaient supportées, ou succombèrent à des maladies violentes, causées par l'extrême chale.ur et les miasmes, des marais impurs, que cette petite armée de héros avaient à traverser fréquemment et près desquels ils n'étaient que trop souvent obligés de camper. Après de fréquentes et de longues haltes, elle arriva enfin à l'embouchure de la rivière Rouge, dans les limites actuelles de l'Etat de, la Louisiane. Là, Soto fiit saisi d'une fièvre qui, dans peu de jours, s'annonça conmie devant être mortelle. Il s'aperçut lui-même que la mort

, n'était pas loin et se prépara à la recevoir en guerrier chrétien. Il s'occupa d'abord du soin de se donner un successeur, et ce fut Luis Muscoso de Alvarado qui eut

l'honneur d*étre choisi Ayant convoqué les officiers de ^^^• Farmée auprès de son lit de douleurs, et maître encore de son génie et de ses pensées, on le vit, le front serein, converser 9,vec eux sur les mouvements que ferait Farmée, après qu'il aurait cessé de vivre. Puis, faisant appeler tous ses compagnons d'armes, officiers et soldats, il fit à chacim d'eux prêter serment de fidélité entre les mains de son successeur, après leur avoir recommandé à tous d'être obéissants à leurs chefs, afiectionnés envers leurs frères d'armes, soumis à la discipline qui leur avait . procuré tant de triomphes, et de ne rien négliger pour convertir les Indiens à la foi catholique et pour augmenter les domaines et la puissance de la couronne d'Espagne. **Union et Persévérance", fiirent les derniers mots qu'il leur adressa. Il expira vers le 30 juin 1542, i542. dans sa quarante deuxième année. Son corps, enfermé dans un tronc de chêne,' creusé et recouvert de planches clouées, fut précipité dans le milieu du fleuve, à un endroit où il a environ un quart de lieue de large et dixneuf brasses d'eau de profondeur. Les Espagnols pensèrent, que c'était le moyen le plus sûr d'empêcher ses pestes mortels de tomber entre les mains des Indiens.

C'était un honune de taille moyenne, brun de teint, d'une physionomie ouverte et gaie, et d'aussi bonne mine à pied qu'à chevaL II était adroit, propre à tout, et plus disposé, dit Garcilasso, à éperonner sa monture qu'à user de la bride pour la retenir. Sa patience et son courage à endurer tous les travaux et toutes les fatigues de la guerre étaient tels, que les soldats, en le voyant à FoBuvre, n'Osaient se plaindre de leurs souffrances. Parmi les conquéitmts de FAmérique, il était compté au nombre des quatre lances réputées les meilleures. La sienne n'était inférieure qu'à celle de Pizarre, à laquelle, d'un consentement unanime, la supériorité sur toutes les autres avait toi^jours été accordée. Il était si vaillant que dans toutes les nombreuses batailles où il parut,

1649» ^ s'ouvrait un si large chemin, que dix de ses hommes d'armes pouvaient le suivre de front II fut toujours le premier ou le second à se présenter à l'ennemi, et jamais le troisième. Mais dans toutes les surprises et les combats de nuit, l'on avait remarqué qu'il était toujours le premier à être sur pied et à prendre part à l'action. Tel fut l'homme illustre dont, à juste titre, l'on a donné le nom à une des paroisses de l'Etat. Garcilasso fait la description la plus touchante du désespoir des Espagnols, à la mort de leur général qu'ils adoraient. Us ne pouvaient surtout se consoler, dit-il, d'avoir donné une sépulture 'aussi misérable à im chef auquel ils auraient voulu ériger un monument digne de Jules César.

Muscoso, qui avait succédé à Soto, partit le 4 ou le 5 de juillet, et fit remonter la rivière Rouge à ce qui restait de l'armée espagnole, au travers de cette partie de la Louisiane qui s'appelle les Natchitoches. Après avoir parcouru une centaine de lieues depuis le point de son départ, il arriva chez une nation indienne, propriétaire de troupeaux tellement immenses, qu'il lui doni^a le nom de nation de los Vaqueros (nation des Vachers). Probablement elle habitait cette partie de l'Amérique, connue maintenant sous le nom de province du Texas. Après avoir marché cent milles de plus, Muscoso arriva à un pays montagneux. Il avait pris cette route dans l'espoir de se rendre par terre à Mexico. Mais ayant appris des , Indiens qu'il avait encore une étendue immense à parcourir, avant de parvenir au terme de son voyage, il résolut de rétrograder, et de descendre le Mississippi jusqu'à la mer. L'armée, après avoir beaucoup soufiert, arriva à l'embouchuire de la rivière Reoge, vers la fin de novembre. Garcilasso estime que, dans cette dernière expédition, les Espagnols parcoururent plus de trois cent cinquante lieues de pays dans tous les sens. Elle leur coûta cent hommes et quatre-vingts chevaux, qui mou- . rurent de maladie ou furent tués par les Indiens. Les

Espagnols éprouvèrent une si grande joie en revoyant 1542. le Mississippi, qu'ils se jetèrent dans les bras les uns des autres, et remercièrent le ciel de les avoir sauvés. Ils s'empaj-èrent de deux villages indiens pour y établir leur tjuartier d'hiver. Heureusement, ces villages étaient pourvus de vivres de toute espèce, dont les Espagnols avaient un grand besoin. Mais il arriva que beaucoup d'entre eux, affaiblis par les fatigues, amaigris par la famine dont ils avaient cruellement souffert, abusèrent de l'abondance dans laquelle ils se trouvèrent si subitement, et il en mourut une cinquantaine, entr'autres, le capitaine Vasconcellos de Silva, du sang le plus noble qu'il y eut en Portugal, et le brave Nuiîo Tobar.

Au mois de janvier, Muscoso fit commencer la construction d'embarcations capables de transporter son armée par mer au Mexique. Les caciques, qui avaient surveillé ses travaux d'un œil jaloux, craignant que son dessein' ne fut d'aller avertir ses compatriotes de la fertilité des vallées du Mississippi et les inviter à venir s'y établir et subjuguer les Indiens, résolurent de se liguer afin de réunir des forces suffisantes pour accabler les Espagnols, ou du moins pour brûler . leurs barques. Garcilasso raconte que la ligue était si considérable, que les caciques qui en firent partie, convinrent de lever quarante mille hommes. Cependant, le complot fut découvert ; avis en fut donné à Muscoso par des femmes indiennes qui s'étaient attachées à quelques uns des officiers Espagnols, et par un dBwique, nommé Anilco, qui avait totyours témoigné . beaucoup d^amitié aux Espagnols, auxquels il avait d^ rendu de gralwls services, en leur fournissant tout ce dont ils avaient eu besoin pour la construction et Pé» quipement de leurs embarcations. Ainsi averti à temps, Muscoso prit toutes les mesures nécessaires pour résister à l'attacpie projetée, et les caciques s'en étant aperçus, plusieurs d'entr^eux se retirèrent de la ligue qu'ils

/Gaogle

i® [CHAP I.

avaient formée. Cette défection ne déconcerta pas ceux qui habitaient sur les bords du fleuve, car excités et encouragés par Quigualtanqui, le chef le plus puissant de tout le pays, ils persistèrent dans leur intention et construisirent un nombre considérable de canots, pour poursuivre les EfSpagnols sur le fleuve. 1543. Le 24 juin 1543, les Espagnols lancèrent leur flottille sur le Mississippi et l'armée s'embarqua. On avait eu la précaution de tendre des peaux autour des embarcations, afin de se garantir c(mtre les flèches des indiens. La flottille se composait de sept brigantins et de trente canots. Des mille hommes qui avaient débarqué à la baie de Santo Spiritu, il n'en restait plus que trois cent cinquante, et de trois cent cinquante chevaux il n'en restait plus que trente. Le second jour après leur départ, les Espagnols aperçurent la flotte indienne. Garcilasso nous apprend qu'elle était c(Hnposée de plus de mille pirogues, qui contenaient au moins vingt mille hommes et dont la plus petite avait vingt rameurs. Chaque pirogue était peinte avec goût en bleu, rouge, jaune ou blanc. Les rames, les plumes, les carquois et les flèches des guerriers étaient de la couleur des piror gués qu'ils montaient Une musique sauvage et mar^ tiale faisait retentir les rives du fleuve et les Indiens ramaient en cadence en chantant les exploits de leurs ancêtres. La flotte, partagée en trois divisions, s'avança dans le plus grand ordre, et chacune de ces di- . visions, en longeant tour à tour les barques espagnoles, fit tomber sur elles une pluie de flèches. Pendant dix jours entiers, ces anciens habitants du sol Louisianais ne cessèrent de livrer bataille aux Espagnols et de poursuivre à outrance ceux qu'ils appelaient les profanateurs de la terre de leurs aïeux. Tantôt, ils invoquaient le Grand Esprit, en le priant de leur livrer * ces étrangers vagabonds qui fuyaient devant eux, et tantôt, par des chants, belliqueux où le nom de Quigual*

Gqogle

CflAP. 1.] ' 19

tanqui revenait sans eesse, ils s'excitaient mutuellement 1643. à se montrer dignes d'un si noble chef. — ^"Mort, disaientils, mort aux pâles visages ! Quigualtanqui le veut. Leurs regards ont souillé les ossements de nos pères et leurs lèvres ont profané les eaux du vieux Meschacébé I qu'ils meurent! ou qu'ils* soient esclaves! Quigualtanqui le vfeut."

Le onzième jour^ les Indiens montrèrent moins d'achar* Bementé Ils se contentèrent de faire des attaques partielles et de harceler les Espcignols pendant six jours de plus. Le dix-septième jour de la poursuite, au lever da soleil, ils adorèrent cet astre avec toutes sortes de s^nmlés et comme s'ils lui rendaient des actions de grâces pour le triomi^e qu'ils avaient obtenu sur leurs ennemis. Puis, ils se retirèrent après avoir poussô d'horribles hurlements accompagnés du bruit épouvantable de toute espèce d'instruments sauvages, et après avoir crié plusieurs ibis aux EspiLgnds de ne pets s'knagi- ' ner qu'ils avaientété poursuivis par une ligue de ceuùiqae^i pajTce que ce n'était que leur grand chef Quigualtanqui^ ifcà leur avait fait la guerre. Dans cette retraite <pzi leuj^ fot si vivement disputée, les Espagnols perdirent tous lears chevaux, et cinquante deux homme» panooi lesquels se trouvait le vaillant capitaine Juan de Guzman. Au moment où la poursuite cessa, les Espagnol âai^it presque sans défense, ayant épuisé toute leur pondre et totites leurs autres munitions. A l'endroit ^ où les Indiens, pensant sans doute qu'ils s^étaient avîo»' eés trop loin de leiir pays^ prirent la résolution de rétrograder, le fleuve était si large qu'on n'en voyait pas lesboràs. On n'apercevait que des roseaux et l'eau pou- Viét eouvrir à peu près une quinzaine de lieues de paysL Lievilkgtième jour de leur navigation, les Espagnols découvrirent la mer. Avant de s'y aventurer, Musooso voulut faire ^pielques réparatiions à ses embaroafi<ms»

20 [CHAP u

lfi43. et fit débarquer sa troupe sur une île, située à gauçhje de l'embouchure du fleuve et formée entièrement de troncs d'arbres que le fleuve chariait en grande quantité. Là, les Espagnols s'arrêtèrent et se reposèrent trois jours.

"Vers le milieu du troisième jour, les Espagnols virent sortir des roseaux et venir à eux sept canots remplis d'Indiens. Dans le premier on remarquait un Indien, grand comme un Philistin et noir comme un Ethiopien, dit Garcilasso. Le canot s'arrêta à quelque distance des Espagnols, et l'Indien, se tenant debout à la proue, leur cria d'une voix forte et hautaine : "Voleurs, vagabonds, fainéants sans honte ni vergogne, qui courez ainsi le pays dont vous inquiétez les paisibles habitants, je vous conseille de vous en aller le plus tôt possible par l'une des deux issues que vous offre le fleuve, si vous ne voulez pas que je vous tue tous et que je brûle vos embarcations. Souvenezvous bien de ceci ! . . . c'est que si vous passez ici la nuit, j'aurai soin qu'il n'en reste pas un de vous poTip voir le lever du soleil. Si nous ayîons des canots aUssi grands que les vôtres, nous vous suivrions jusque dans votre pays, nous le prendrions, et nous volis montrerions que nous sommes des hommes qui vous valent bien."

Muscoso, s'étant aperçu qu'il y avait beaucoup de pirogues dans les joncs, et voulant prévenir l'attaque de nuit dont il était menacé, et dont les suites pouvaient être désastreuses, ordonna à une centaine d'hommes de se mettre dans des canots, et d'aller débusquer les ennemis. H s'en suivit un combat dans lequel beaucoup d'Indien^^ furent blessés et dix ou douze tués. Quant aux Espagnols, il y en eut un de tué et la plupart furent blessés, entr'autres, les deux capitaines qui les conunandaient* Les Indiens ayant été mis en fuite, les Espagnols retournèrent à leurs brigantins; mais craignant d'être assaillis

CHAP. l] 21

pendaiït. la. nuit, às se rembarquèrent, et se réfugièrent 1643. dans une île déserte, non loin du lieu qu'ils avaient occupé. Le lendemain, à trois heures de l'après-midi, ils mirent à la voile, et entreprirent leur grand voyage. Us longèrent la côte en tâtonnant et en s'arrêtant fréquemment, pour faire de Teau et des vivres et pour réparer leurs embarcations. Enfin, après trois mois de navigation, et après beaucoup d'aventures périlleuses, ils entrèrent dans le port de Panuco, environ à soixante lieues de Mexico, où ils furent bientôt appelés par le vice-roi, don Antonio de Mendoça, qui écouta le récit d§ leurs aventures avec un extrême intérêt. C'était à qui, dans la ville, ferait im meilleur accueil aux conquérants de la Floride. Parmi ceux qui s'informaient avec le plus d'avidité des détails de cette longue et pénible campagne de la Floride et de la Louisiane, on remarquait don Francisco Mendoça, fils du vice-roi. Lorsqu'on lui raconta tout ce qu'avait fait Quigualtanqui contre les Espal^ols, il ne put s'empêcher d'interrompre le narrateur, et se tournant vers ceux qui l'entouraient : "Vraiment, messieurs, ditil, il faut avouer que ce barbare était un honmie de bien et un patriote."

Telle fat la fin de cette expédition, magnifique dans sa conception, glorieuse dans son exécution, mais désastreuse dans ses conséquences. Si je la racontais dans tous ses* détails, si je disais tous les hauts faits de cette petite troupe de héros, tels qu'ils sont rapportés par des historiens contemporains qui en faisaient partie, ce récit ressemblerait plutôt à un roman de chevalerie qu'à de l'histoire. En eflfet, quelle audace ne fallût-il pas pouf s'aventurer dans ces régions inconnues, et pour ne pas reculer devant les difficultés et les dangers sans nombre présentés par la nature du pays ! que de marais ! que de lacs ! que de fondrières, que de cyprières, que de forêts impénétrables, que de rivières, que de fleuves à traverser I que de nations féroces à ci>mbâttre, et le jour et la

22 [CHAP. u

1543. nuit ! que d© veilles ! que de ptivatjons ! que de fetigucs ! que de maladies! que de souffrances de tous genres! Comment n'être pas frappé d'admiration en jetant les^ yeux sur la carte, et en voyant l'étendue de terrain parcourue par Soto et ses intrépides compagnons I

Soto perdit la vie dans cette entreprise ainsi que de» sommes considérables qu'il y avait consacrées. L'Espagne, sa patrie, n'en retira aucun avantage, et, dans cette circonstance, le sang de ses enfans fut stérilement versé. Mais si cette expédition n'eut pour l'Espagne aucun résultat matériel, elle ajouta une page glorieuse aux pages déjà si héroïques et en quelque sorte si romanesques de . ses annales. Quant à Hemando de Soto, il est probable qu'il y gagna tout ce qu'il désirait. ... L'immortalité ! S'il eût vécu, il est à croire, d'après le grand courage et l'esprit de persévérance qui le caractérisaient, qu'il serait revenu à la Floride et à la Louisiane, et qu'il aurait essayé d'y fonder des colonies. Néaimioins il n'est pas présumable qu'elles y auraient pris racine. Le génie guerroyant et poétique de l'Espagnol n'est point propre aux pénibles défrichements, aux combinaisons pratiques, aux lentes et laborieuses opérations qu'exige toute colonisation dans des terres vierges et incultes. Il n'y avait dans ces fertiles contrées ni mines d'or ni mines d'argent à exploiter, et nous savons, par expériwice, que les Indiens de l'Amérique du Nord sont d'une nature trop fière et trop énergique pour se résigner aux travaux de Tesclavage, comme les Péruviens et les Mexicams. Pout dépouiller cet immense pays de sa physicmomie sauvage, poxxr en tirer tout le parti posâble, et pour y naturaliser la eivilisaticHi, il fallait ce qui est arrivé plus tard, l'invasion de la race anglo-saxonne, avec son esprit de froid calcul, son labeur patient, sa haehe de pionnier^ sa bêche iniatigable et son impitoyable caraUne.

Page 1