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était impossible de l’empecher à des gens du métier, puisque deux bâtons suffisaient, à moins que de caditT le soleil, il me témoigna nôtre pas satisfait de 1684, ma réponse. Je vous avais représenté, monseigneur, par ma dernière lettre, le tort que cela pourrait me iaire d’obéir à M. de Lasalle, qui n’a aucun caractère . et qui n’a jamais commandé qu’à des écoliers, et vous priais de partager au moins le commandement entre nous.” &c., &c. De Beaujeu.
On n’eut point égard aux représentations de M. [de Beaujeu qui partit de France, le 4 juillet 1G84, et se dirigea vers l*île d’Hispaniola. Mais avant d’y arriver, il lut assailli par une tempête affreuse qui dispersa sa petite flotte. L’Aimable, la Belle et le Joli réussirent à entrer dans le port du Petit Goave ; le St.-François, qui était mauvais voilier, fut pris par un corsaire espagnol. Une indisposition assez grave força Lasalle de passer quelque temps au Petit Goave. Dans cet intervalle, ses compagnons dont un climat brûlant faisait fermenter le sang, se livrèrent à toute espèce d’excès et plusieurs en devinrent les victimes. La flotte remit en mer le 25 novembre, et le 27 décembre, elle se trouva dans le 28ême degré de latitudeNord et dans trente brasses d’eau. Lasalle et Beaujeu, s’étant dirigés alors vers le ouest-nord-ouest, aperçurent la terre le 29 et se trouvèrent dans six brasses d’eau.
Personne ne connaissait la côte, et Lasalle, ayant remarqué qu’il y avait un fort courant vers l’Est, présuma qu'il était près des Apalaclies. La terre paraissait être très basse et boisée. Continuant de cingler vers le ouest-nord-ouest, il chercha, mais en vain, l’entrée du Mississippi pendant plusieurs jours. Lasalle, craignant d’avoir passé le fleuve, proposa à Beaujeu de rétrograd« r, mais celui-ci fut d’une opinion différente. Six jours s’écoulèrent sans que les deux chefs eussent pris aueu-
54 [cfiap. lir.
1^84. ne détermination. Enfin l’intrépide La salle, dont les difficultés ne faisaient qu’accroître Fardcur au lieu de la diminuer, prit avec lui une douzaine d'hommes d’élite et résolut de chercher, en marchant le long du rivage, ce fleuve majestueux sur lequel il avait en quelque sorte concentré toutes ses espérances et toutes ses affections. La nature ne le favorisa pas dans son entreprise, car le temps était brumeux, la terre était basse, plate et marécageuse et l’eau douce ne se trouvait que dans des étangs impurs. Après avoir erré pendant un jour entier, il retourna à la flotte et continua de faire de vains efforts pour déterminer Beaujeu à rétrograder.
Ne pouvant pas l’y décider, Lasalle prit la résolution de débarquer cent vingt hommes, et leur donna l’ordre de marcher le long du rivage, jusqu’à ce qu’ils arrivassent au Mississippi. La flotte devait suivre la même direction. Il confia le commandement de cette 1685. petite troupe à Joutel, qui arriva le 8 janvier 1685 sur les bords d’une rivière assez large, où il fit halte pour attendre la flotte qui parut bientôt. Beaujeu, ayant sondé l’embouchure de la rivière et la trouvant assez profonde pour admettre sa flotte, voulut l’y faire entrer. Le Joli et la Belle passèrent aisément sur la barre, mais f Aimable s’échoua. Un vent violent s’étant élevé peu de temps après, le navire fut mis en pièces et Lasalle eut le chagrin de perdre une grande quantité de provisions, de munitions et d’outils. Vers le 15 mars, Beaujeu, qui avait toujours fait tout ce qu’il avait pu pour nuire à l’entreprise de Lasalle, partit pour France dans le Joli. Il laissa à Lasalle douze pièces d’artillerie, mais pas un seul boulet, sous le prétexte qu’ils étaient à fond de cale et qu’il ne pouvait les en retirer sans nuire à la sûreté de son vaisseau auquel ils servaient de lest.
Après le départ de Beaujeu, Lasalle lit d’autres tentatives pour découvrir le Mississippi. Etant arrivé, le 15 avril, sur les bords d’une rivière où il trouva un trou-
CH Ai*. III. J
peau immense de bêtes à cornes, il la nomma la rivière i6S5. îles Vaches. L’on croit que c'était la rivière que les Espagnols nommèrent depuis : Rio Colorado de Texas.
Dans le cours de scs explorations, Lasalle avait découvert la baie de St.-Bernard ou Matagorda, et il y avait bâti un fort dans lequel il avait laissé une garnison de cent hommes sous le commandement de Moran- f
giès, son neveu. Ce fut à ce fort qu’il revint après son excursion sur le Colorado.
Plusieurs rivières se déchargeaient dans la baie de St.-Bernard où cette colonie était établie. Lasalle se flatta qu’elles pouvaient être des branches du Mississippi et résolut de les visiter. Le 13 février 1686, il 1686. campa sur les bords d'une rivière tellement large qu’il crut que c’était le fleuve qu’il cherchait, mais ce qu’il apprit des Indiens le convainquit que sa conjecture était erronée.
Sur ces entrefaites, le chevalier de Tonti, qui avait appris au Canada que Lasalle était parti de France avec une colonie qu’il comptait établir à la Louisiane, descendit le Mississippi jusqu’à la mer pour rejoindre son ancien chef. Mais n’ayant pu découvrir ses traces, et les Indiens lui ayant dit qu’ils n’avaient vu aucun visage blanc depuis long-temps, il s’en retourna avec douleur au Canada après avoir relevé la colonne sur laquelle Lasalle avait fait peindre les armes de France et qu’un orage avait renversée.
De toute la petite flotte que le roi avait mise à la disposition de Lasalle, il ne lui restait que la Belle. Mais la fatale destinée qui le poursuivait lui préparait un nouvel échec. Un ouragan terrible s’éleva, et la Belle fut mise en pièces. Il n’y eut que le chapelain et quatre hommes de l'équipage qui échappèrent du naufrage.
Alors, Lasalle résolut d’aller par terre aux Illinois, et se mit en route le 22 mai, accompagné de son frère, de son neveu, Morangiès, de quinze autres Européens, et de
[cbap. ni.
1686. deux Indiens fidèles qui l’avaient suivi du Canada. Au moment du départ, une messe fut dite avec toute la solennité possible, et l’on invoqua la bénédiction du ciel sur le voyage dont on devinait tous les dangers. Le 25, Lasalle rencontra quatre Indiens qui étaient à cheval, et qui appartenaient à la nation des Quoaquis. Ils étaient vêtus de peaux, et ils avaient aussi des espèces de bottines, des selles et des boucliers de peaux. Leurs étriers étaient en bois, et les mors de leurs brides étaient faits avec des dents d’ours ou de loups. Ces Indiens, qui paraissaient être arrivés à un certain degré de civilisation, invitèrent Lasalle à visiter leur village, où ils le traitèrent avec une affectueuse cordialité.
Les voyageurs s’étant remis en route, un jour qu’ils marchaient péniblement au travers d’un bois toufFu, l’un des deux Indiens qui accompagnaient Lasalle s’arrêta tout à coup et poussa un cri d’effroi. Aussitôt il tomba, et en peu de minutes enlla d’une manière prodigieuse. L’autre Indien chercha avec empressement quelques herbes, et les ayant trouvées, les mâcha, et les appliqua sur une petite morsure que son compagnon paraissait avoir reçue. Le serpent qui l’avait inlligée était celui que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de serpent à sonnettes. Cet accident força Lasalle de s’arrêter deux jours. Ce fut la première fois qu*il eut la preuve de la merveilleuse efficacité de l’antidote que possèdent les Indiens contre la morsure des serpents, et dont il avait souvent entendu parler.
Après de longues fatigues, Lasalle arriva au village des Cénis. Au moment où il y entra, les Indiens revenaient d’une partie de chasse. Ils étaient tous à cheval et chacun avait sa femme en croupe. Ces Indiens reçu- - rent très bien les Français, auxquels ils apprirent qu’ils connaissaient déjà les hommes blancs, avec lesquels ils
faisaient un grand commerce. En efFet, ils montrèrent aux Français des piastres, des fourchettes, des cuillers,
cïïàp. in.]
de la vaisselle, et une quantité d’autres articles de ce 1687genre. Lasalle trouva meme dans une des cabanes la copie d’une bulle par laquelle le pape dispensait les Mexicains de jeûner pendant tout l’été. Les Indiens tracèrent sur l’écorce d’un arbre la carte de leur pays, et firent comprendre aux Français qu’ils étaient à peu de jours de marche des établissements espagnols.
Lasalle reprit son voyage, après avoir passé six jours au village des Cénis, dont les femmes étaient d’une beauté remarquable. A peine avait - il fait quelques lieues, qu’il s’aperçût que plusieurs de ses compagnons avaient déserté, sans doute pour revoir les belles Cénites. Lorsqu’il parvint au village des Nassonites, lui et son neveu étant tombés malades, et les munitions dont ses compagnons s’étaient pourvus étant épuisées, il fut résolu, d’une voix unanime, de retourner au fort St. Louis, sur la baie de St. Bernard, bien qu’on en fût éloigné de 450 milles en ligne directe. Les voyageurs arrivèrent au fort le 17 octobre 1087, et trouvèrent la colonie dans une situation florissante. Des maisons commodes avaient été bâties, la terre était cultivée avec soin, et les Indiens vivaient en bonne intelligence avec les colons.
Après un séjour de deux mois parmi les colons, Lasalle prit la résolution de retourner au Canada, d’où il comptait partir pour France, afin de solliciter de nouveaux secours. Accompagné de son frère, d’un père récollet, de son neveu, de dix-sept soldats et des deux Indiens ses serviteurs, il reprit la route qu’il avait déjà faite. “Comme ils furent à trois journées des Nouadichés (dit le chevalier de Tonti,qui raconte minutieusement tous les détails de la mort de Lasalle, ainsi qu’il les tenait de témoins oculaires), se trouvant court de vivres, il envoya M. de Morangiès, son laquais et le Chaouanon (c ctait un de ses serviteurs indiens), pour chasser dans un bouquet de bois, avec ordre de revenir le soir. Comme ils eurent tué
quelques bœufs, ils se mirent après pour saler la viande.
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1687. M. de Lasalle était inquiet de ne pas les voir revenir. C’est pourquoi il demanda aux F rançais quels étaient ceux qui voulaient les aller chercher. Duhaut et Lanquetot projetaient depuis long-temps de tuer M. de Lasalle, parce que, dans un voyage que fit M. de Lasalle le long de la mer, il obligea le frère de Lanquetot, qui ne pouvait suivre, à retourner au camp; lequel, comme il s’en retournait seul, fut massacré par les sauvages. Ce qui fit jurer à Lanquetot qu’il ne pardonnerait jamais la mort de son frère. Comme dans les voyages de long cours il se trouve toujours beaucoup de mécontents dans une troupe, il trouva aisément des partisans. C’est pourquoi il s’oflrit avec les siens d'aller chercher M. de Morangiès, afin de faire leur coup. Lorsqu’ils eurent trouvé M. de Morangiès et ses compagnons, il leur dit que M. de Lasalle était en peine d’eux ; mais comme ceuxci lui remontrèrent qu'ils ne pouvaient partir que le lendemain, ils convinrent ensemble de coucher là. Après souper, ils conclurent, pour la faction, que M. de Morangiès commencerait, ensuite le laquais de M. de Lasalle, et après, le Chaouanon. Quand ils eurent fait leur faction, et qu’ils furent endormis, les autres les massacrèrent comme gens attachés à M. de Lasalle. Vers le soir, ils entendirent quelques coups de pistolet que M. de Lasalle, qui venait avec le père récollet, tira pour savoir où ils étaient. Ces misérables, se doutant que c’était lui, se mirent sur le chemin en embuscade, après avoir posté devant eux h* laquais de Duhaut. Comme M. de Lasalle fut arrivé à lui, il demanda où était M. de Morangiès. Ce valet lui répondit, le chapeau sur la tète, qu’il était à la dérive. Comme M. de Lasalle se voulut approcher de lui pour le faire rentrer dans son devoir, il reçut trois balles dans la tète, dont il tomba mort. Le père récollet, croyant passer le pas, se jeta à genoux devant les meurtriers, pour leur demander un quart d'heure pour mettre ordre à sa conscience. Ils lui
vraj*. III.] 5Ü
répondirent qu’ils étaient contents, et que, pour lui, il 1687. avait la vio sauve. Ils s’en furent de compagnie où était M. de Cavalier, et, à leur arrivée, ils crièrent : Bas les armes ! M. de Cavalier s'avança au bruit , et, ayant appris la mort de son frère, il se jeta aussi à genoux devant les meurtriers, pour leur demander la même chose que le père récollet. Ils lui accordèrent la vie, mais lui refusèrent la permission d’aller donner la sépulture au défunt. Voilà la destinée d’un des plus grands hommes de ce siècle, d’un esprit admirable, et capable d’entreprendre toutes sortes de découvertes. Ce meurtre donna du chagrin à trois Nouadichés que M. de Lasalle avait trouvés en chasse, et qui voulaient l’accompagner jusqu’au village de leur nation. Après que les meurtriers eurent commis cet assassinat, ils se saisirent de tout l’équipage du défunt, et le reste des Français continua sa route jusqu’au village des Nouadichés, où ils trouvèrent deux Français habitués parmi les sauvages, et qui avaient déserté du temps de M. Lasalle, il y avait deux ans.
Après avoir été quelques jours dans le village, les sauvages leur proposèrent d’aller en guerre contre les Quanouatinos. Ce que les Français acceptèrent, de crainte que les sauvages ne les maltraitassent. Comme ils étaient prêts à partir pour aller à la guerre, un flibustier anglais, que M. de Lasalle avait toujours aimé, dit aux meurtriers que les sauvages allaient bientôt partir en guerre, et qu’il les priait de lui donner, ainsi qu’à ses camarades, quelques chemises. Ils lui refusèrent tout plat.
Ce qui donna du chagrin à l’anglais. Il ne put s’empêcher de le témoigner à ses camarades. Ils convinrent ensemble de faire une seconde demande, et s'ils ne l'accordaient, de venger la mort de M. de Lasalle. Ce qu’ils . liront quelques jours après.
“ L’Anglais ayant pris deux pistolets à sa ceinture, accompagné d'un Français avec un fusil, ils furent de dessein prémédité à la cabane des meurtriers, qu’ils trouvè-
[chat. ii/.
1G67. rent dehors, tirant do la flèche. Lanquetot leur donna le bonjour, et leur demanda comment ils se portaient. Ils lui répondirent qu’ils se portaient assez bien, et que pour eux (les meurtriers), il ne fallait pas demander comment ils se portaient, puisqu’ils mangeaient toujours de bons poulets d’Inde et de bon chevreuil. Ensuite, l’Anglais leur demanda s’ils ne voulaient pas donner quelques munitions et quelques chemises, puisqu’ils s’étaient saisis de toutes choses. Ils répondirent que M. de Lasalle leur devait, et que ce qu’ils avaient pris leur appartenait. Vous ne voulez donc pas ? dit l’Anglais. Ils répondirent que non. Sur quoi, l’Anglais dit à Lanquetot : Tu es un misérable, tu as tué mon maître ! et lui lâcha un coup de pistolet qui le tua tout raide. Duhaut voulut gagner la cabane, mais l’autre Français lui lâcha son coup de pistolet dans les reins. Etant renversé par terre, M. Cavalier et le pcre Anastase coururent pour lui donner secours. Duhaut à peine se confessa, car le père Anastase ne lui eut pas sitôt donné l’absolution, qu’il fut achevé d’un coup de pistolet à la sollicitation des sauvages (les deux Chaouanons, domestiques de Lasalle), qui ne pouvaient souffrir qu’il vécut après avoir donné la mort à leur chef. L’Anglais resta maître de tout, et en donna une partie à M. Cavalier qui se retira aux Illinois, et l’Anglais resta, lui septième, aux Nouadichés.”
Ainsi le crime fut aussitôt vengé que commis. Telle fut la fin malheureuse de celui qui avait bravé tant de fatigues et de dangers pour conquérir un empire immense et en doter la France, sa patrie, qui ne sut pas conserver le plus beau fleuron de sa couronne. Mais si la France n’a pas profité des travaux immortels, des peines et des fatigues sans nombre de ce fils héroïque, si digne de sa mère, du moins ces travaux n’ont pas été sans résultat pour la mémoire de Lasalle. Ils n’ont pas été aussi sans résultat pour le. bonheur des générations qui lui ont succédé. Car io génie de la civilisation devait sui-
CHAJP. Ul.] Cl
vrç pas «à pas les traces de celui qui en fut le pionnier et l’avant coureur. La ville de Washington dans le Texas s’élève tout près du lieu où il fut assassiné,' le 19 mars 1088, et la bannière étoilée, ce symbole et cette garantie des libertés humaines, flotte maintenant, sans interruption, depuis les lacs du Canada jusqu’à cet endroit où Lasalle rendit sa grande âme à Dieu.