CHAPITRE IV
FONDATION DE LA COLONIE DE LA LOUISIANE PAR IBERVILLE. — SA MORT. — SAUVOLLE, PREMIER GOUVERNEUR. — SA MORT. — BIENVILLE LUI SUCCÈDE. — LAS ALLE, PREMIER COMMISSAIRE- ORDONNATEUR.— DIRON D’ARTAGUETTE LE REMPLACE.
1G88. A l'époque de la mort de M. de Lasalle, voici ce que le chevalier de Tonü écrivait sur les ressources de la Louisiane :
“Je ne saurais exprimer, dit-il dans ses mémoires, la beauté de tous les pays dont j’ai fait mention, et si je les avais pratiqués, je marquerais en quoi ils peuvent être utiles. Pour ce qui est du Mississippi, il peut produire tous les ans pour deux mille écus en pelleteries, quantité de plomb, des bois pour les navires. L’on pourrait y établir un commerce de soie, un port pour retirer les navires et faire la course dans le golfe du Mexique. On trouvera des perles, et, quand même le froment ne pourrait venir en bas, le haut de la rivière en fournirait, et l’on pourrait approvisionner les îles de ce qu’elles auraient besoin, comme planches, légumes, grains et bœufs salés.”
Dans ces beaux pays préconisés par Tonti, la France devait éprouver plus tard combien il lui serait difficile d’établir et de faire prospérer des colonies. Le premier essai ne fut pas heureux. Car les colons que Lasalle avait laissés au fort St.-Louis, ne recevant aucuns secours de France et ayant épuisé toutes leurs munitions, ne purent se défendre plus long-temps contre les Indiens, par qui ils furent tous massacrés. En effet,
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Cil AF. IV.]
Ixniis XIV qui avait eu à combattre l’Europe entière, 1668. n’avait pu donner aucune suite à ses projets de colonisation en Amérique. Mais enfin la paix de Ryswick avait donné quelque espoir de repos à la France, que ses victoires avaient épuisée autant que ses défaites, lorsqu’un officier français, nommé Iberville, qui dans plusieurs combats sur terre et sur mer contre les Anglais avait déployé la valeur la plus brillante, offrit au cabinet de Versailles de mettre à exécution les desseins de Lasalle. Sa proposition fut acceptée et le comte de Pontchartrain, ministre de la marine, donna l’ordre que l’on équipât à la Rochelle, pour cette expédition, deux frégates de trente canons et deux autres petits batiments. Iberville eut le commandement de l’une des frégates et celui du reste de la flotte fut donné au comte de Sugêres.
Ces navires portaient deux cents colons, en comptant les femmes et les enfants. La plupart de ces colons étaient des Canadiens qui s’étaient enrôlés dans les troupes que l’Amérique avaient fournies à la France pendant la guerre et que l’on avait licenciées, lorsque la paix fut signée.
Cette petite flotte partit le 24 septembre 1698 pour 1698le cap Français, dans l’île de St.-Domingue, où elle arriva après une traversée de soixante et douze jours. Là, elle fut renforcée par un vaisseau de cinquante deux canons, commandé par Château Morant, et se remit en route le 1er de l’an 1699. Le 25 janvier, elle jeta l’ancre devant l’ile qui porte aujourd’hui le nom de Ste.- Rose, et Iberville envoya une députation â Don André de la Riolle qui venait de s’établir à Pensacola avec trois cents Espagnols, sur l’ancien site qu’occupait la ville des Anchusi, du temps de Soto. Deux batiments de guerre s’y trouvaient à l’ancre sous la protection d'une batterie nouvellement construite. Don André reçut la députation avec beaucoup de civilité, mais, comme- ses forces navales étaient très inférieures â celles des Fran-
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1699. çais, il no voulut pas permettre que leur flotte entrât dans le port. En conséquence de ce refus, les Français firent voile vers le sud-ouest et arrivèrent à deux îles appelées aujourd’hui les îles Chandeleur. Là, la flotte jeta l’ancre, et le chenal entre l’île aux Vaisseaux et File aux Chats ayant été sondé, les petits batiments de l’expédition y passèrent. Alors, le vaisseau de cinquante deux canons retourna à St.-Domingue et les . deux frégates restèrent devant les îles Chandeleur. Iberville débarqua avec une partie de son monde à l’île aux Vaisseaux où il construisit des huttes, et envoya quelques soldats examiner le rivage du continent. Ceux-ci furent bien reçus par des Indiens qui leur . apprirent qu’ils appartenaient à la nation des BiloxL Le jour suivant, ils virent d’autres Indiens qui leur dirent qu’ils étaient de la tribu des Bayagoulas, qu’ils habitaient les , bords d’un fleuve immense et que, pour le moment, ils faisaient partie d’une expédition destinée à agir contre les Mobiliens avec qui ils étaient en guerre.
Le 27 février, Iberville et son frère Bienville partirent, chacun dans une barque, pour aller chercher le Mississippi. Ils étaient accompagnés du même père Anastase ou Athanase qui ayait suivi Lasalle lorsqu’il descendit et remonta le fleuve, lorsqu’il fit son voyage de France, et qui était encore son compagnon lorsqu’il fut assassiné. Le troisième jour après leur départ, ils entrèrent dans une rivière dont l’eau était trouble et le lit extrêmement profond. Ce qui fît présumer au père Anastase, et avec raison, qu’ils étaient sur les domaines du vieux Meschacébé. Après avoir remonté le fleuve pendant huit ou dix jours, ils arrivèrent au village des Bayagoulas qui les reçurent avec bienveillance et leur montrèrent des vêtements qui avaient appartenu aux compagnons de Lasalle. Cependant Iberville craignait toujours que le fleuve dans lequel il était ne fut pas le Mississippi et que le père Anastase ne se fut trompé,
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lorsque ses doutes furent dissipés en voyant un livre de 1699. prières sur lequel le nom d’un des compagnons de Lasalle était inscrit. On lui remit aussi une lettre du chevalier de Tonti, datée du village des Quinipissas, le 20 d’avril 1685. Dans cette lettre, le chevalier apprenait à Lasalle que, suivi de vingt Canadiens et de trente sauvages, il avait descendu le fleuve pour rejoindre son ancien chef, et lui exprimait son chagrin d’avoir été déçu dans son attente. Iberville vit aussi une cotte de mailles qu'il conjectura avoir appartenu à la troupe de Soto, d'après une tradition qui circulait parmi les Indiens.
Après avoir passé le bayou Plaquemines et le bayou Mancbac, Iberville arriva à une partie de la rive qui s'avancait en ligne courbe dans le fleuve. Au travers de cette jetée naturel le qui avait fait dévier le cours du fleuve, il y avait une issue que les eaux s’étaient frayée, mais qui était cependant encombrée par des arbres. Iberville, l’ayant fait nettoyer, y fit passer ses barges.
Cette issue, s’étant agrandie, devint par la suite le lit du fleuve et le morceau de terre qui fut ainsi détaché du reste du sol forma une île que l’on voit encore, et qui est maintenant habitée par une population nombreuse.
C’est ce qui fit donner à cette partie des bords du fleuve le nom de Pointe-Coupée.
Continuant leur voyage, PDerville et Bienville arrivèrent ensuite à une autre courbe considérable au travers de laquelle les Indiens avaient fait une route pour transporter leurs pirogues. Cet isthme n'avait environ qu'un arpent de largeur. Les Français lui donnèrent le nom de Portage de la Croix, parce qu’ils y plantèrent une croix en signe de prise de possession. L’on pense que cette partie du fleuve est celle qui est vis-à-vis l’embouchure de la rivière Rouge. Les Indiens Oumas avaient P lès de là un village considérable où les Français furent reçus avec hospitalité.
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1707 Ibervilie, ne Jugeant pas convenable d’aller plus loin pour le moment, redescendit le fleuve en se laissant emporter par le courant jusqu’au bayou Manchac. Là, Ibervilie et Bienville se séparèrent. Bienville continua de descendre le fleuve jusqu’au golfe. Ibervilie entra dans le bayou Manchac, et, ayant traversé deux lacs qu’il appela Maurepas et Pontchartrain, il arriva à une baie qu’il nomma St.-Louis. De là, il se rendit à sa flotte où il fut bientôt rejoint par Bienville.
Alors, on tint un grand conseil, dans lequel il fut résolu d’établir le point principal de la colonie à l’extrémité orientale d’une baie qui fut appelée la baie de Biloxi, d’après le nom des Indiens qui demeuraient aux environs. Cette baie est située entre la baie de Pascagoulas et celle de St.-Louis. L'on procéda de suite à la construction d’un fort à quatre bastions qui fut armé de douze pièces d’artillerie. Sauvolle, frère d’Iberville, fut nommé commandant du fort, et Bienville,, le plus jeune des trois frères, fut promu au grade de son lieutenant. Les colons s’établirent autour du fort ; la bêche creusa la terre et la cognée fit tomber l’arbre antique de la forêt. Dès que les premières maisons furent construites et que la colonie eut pris un air de stabilité, Ibervilie et le comte de Sugères partirent pour France avec les deux frégates et laissèrent le reste de la flotte pour le service de la colonie.
Sauvolle, après le départ de son frère, expédia l’une de ses embarcations pour St.-Domingue, avec l’ordre de s’y procurer des provisions. Ensuite il tourna son attention vers les sauvages et chercha à se mettre en relations d’amitié avec eux. Dans l’espoir d’atteindre ce but désiré, il envoya son jeune frère Bienville, avec quelques Canadiens et un chef des Bayngoulas, vers les Colapissas qui demeuraient sur le rivage Nord du lac Pontchartrain et qui étaient assez nombreux pour mettre sur pied trois cents guerriers. Lorsque les Cola-
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pissas aperçurent Bienville et sa troupe, ils se rangèrent en bataille. Celui-ci s’arrêta, et leur envoya demander ce que signifiaient ces démonstrations d’hostilité. Les Colapissas répondirent que trois jours auparavant, deux hommes blancs, qu’ils supposaient être des Anglais de la Caroline, étaient venus attaquer leur village à la tête de deux cents Chickassas et avaient emmené en esclavage plusieurs de leurs compatriotes ; que c’était à cause de cette circonstance qu’ils s’étaient mis en posture de défense, parce qu’ils avaient pris Bienville et ses compagnons pour des Anglais qui revenaient les attaquer. Le chef des Bayagoulas les détrompa et leur apprit que les étrangers qui venaient ainsi leur rendre visite étaient des Français, et, de plus, ennemis des Anglais. Il leur assura que les Français n’avaient d’autre intention que celle de solliciter leur amitié et de contracter alliance avec eux. Alors, les Colapissas mirent bas les armes et chacun se disputa à qui ferait un accueil plus amical aux Français.
Bienville, après avoir cimenté par des présents son union avec les Colapissas, retourna au fort, où il se reposa quelques jours. Ensuite il remonta la rivière Pascagoulas dont les rives étaient habitées par une branche des Biloxi et par la nation des Moélobies, et poussa son voyage jusque chez les Mobiliens. Toutes ces tribus firent un accueil amical aux Français.
Depuis la navigation de Lasalle sur le Mississippi, des chasseurs Canadiens ou coureurs de bois étendaient leurs excursions jusqu’au bord de ce fleuve, et des missionnaires auxquels leur zèle pieux ne permettait pas un instant de repos, tant qu’il y avait des hommes qui ignoraient les bienfaits de la religion du vrai Dieu, s’étaient établis parmi les Indiens sur le Ouabaclie, les Illinois et d’autres rivières qui versent leurs eaux tributaires dans le Mississippi. 11 y en avait même plusieurs qui s’étaient fixés sur les bords du grand fleuve. Le
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1er juillet, Sauvolle eut le plaisir inattendu de recevoir la visite de deux de ces missionnaires qui résidaient chez les Taensas et les Yazous. Ces hommes saints qui étaient venus depuis peu porter la parole de l’Evangile parmi les Oumas, ayant entendu dire qu’il y avait une colonie Française sur le rivage de la mer, s’abandonnèrent au courant du fleuve et arrivèrent au fort de Biloxi, après avoir traversé les lacs. Leurs noms étaient Montigny èt Davion. Ce dernier avait son humble cellule sur une éminence située sur la rive orientale du Mississippi, entre les villes actuelles deSt.- Francisville et des Natchez. Celte circonstance fit que l’on appela ce monticule la roche à Davion. C’est là que fut construit, depuis, le fort Adams. Ainsi la modeste hutte du solitaire fît place à la caserne du soldat. Sur cette éminence, le pasteur des tribus indiennes remplissait ses fonctions sacerdotales. Là, il enseignait les dogmes du christianisme aux sauvages,, et lorsqu’il avait dérobé une ame à l’idolâtrie, il puisait l’eau régénératrice du baptême dans le vieux Meschacébé, et lavant la tache originelle, il versait sur le front du néophyte, l’innocence et l’immortalité du chrétien. Telle était la vénération que les Indiens avaient pour cet homme saint, que, même après sa mort, ils portaient leurs nouveau-nés sur la coll ine sacrée pour attirer sur leurs têtes les bénédictions du ciel.
Iberville, en remontant le fleuve, avait remarque trois issues, l’une sur le côté oriental, et deux autres sur le côté occidental, qui furent appelés le bayou des Chétimachas et le bayou Plaquemines. A son départ, il avait recommandé à Sauvolle de les faire explorer. En conséquence, celui-ci ordonna à Bienville et à des Canadiens de partir pour cette expédition.
A son retour, Bienville rencontra un bâtiment de guerre anglais, de seize canons, commandé par le capitaine Bar, qui lui apprit qu’il avait laissé au bas du
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fleuve un autre bâtiment de guerre de la même force, et 1099. que le but de son voyage était de sonder le lit du Mississippi. afin de s’assurer des facilités et des avantages qu’il y aurait à établir des colonies anglaises sur le bord de ce fleuve. Le capitaine anglais demanda à Bienville si le fleuve dans lequel il se trouvait était celui qu’il cherchait. Celui-ci Jui répondit que le Mississippi était beaucoup plus à l’ouest, que l’erreur dans laquelle il était tombé l’avait conduit dans une dépendance des colonies françaises du Canada, et que les Français avaient déjà un fort considérable et plusieurs i autres établissements très étendus sur les bords du fleuve dans lequel il naviguait. Le trop crédule Anglais ajouta foi à ce que lui dit Bienville, et rebroussa chemin. L’endroit où Bienville fit cette rencontre était une pointe très avancée qui avait forcé le bâtiment anglais à s'arrêter, parce que le vent avait cessé d’être favorable pour la contourner.
Telle fut l’origine du nom de Détour des Anglais , que porte aujourd'hui cette partie du fleuve, à cause du détour que les Anglais auraient eu à faire pour continuer de le remonter. Bienville réussit ainsi à déjouer les projets du capitaine Bar, qui fut la dupe d’un mensonge heureux.
Lorsque Bienville était à bord du bâtiment anglais, un ingénieur français, qui y était employé, lui remit un mémoire qu’il le pria d’envoyer à la cour de France. Ce mémoire était signé par quatre cents familles protestantes, qui s’étaient réfugiées dans la Caroline après la révocation de l’édit de Nantes. Elles demandaient au gouvernement la permission de s’établir à la Louisiane, à condition que la liberté de conscience leur serait accordée. Le comte de Pontchartrain leur répondit, au nom du roi, son maître, que son souverain n’avait pas chassé les protestants de son royaume en Europe, pour qu’ils formassent une république dans ses domaines américains. C’est sous ces tristes auspices de l’intolérance
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1699. religieuse et du despotisme, que la colonie de la Louisiane fut fondée, et c’est leur maligne influence qui l’a fait languir si long-temps dans une douloureuse enfance.
Le 7 décembre 1 699, on entendit des coups de canon en mer qui annonçaient l’approche d’une* Hotte. Cette flotte était française, et apportait la nouvelle que le roi avait nommé Sauvolle gouverneur de la Louisiane, Bienville lieutenant-gouverneur, et Boisbriant major du fort Biloxi.
1700. Iberville, qui était revenu avec cette flotte, ayant appris que les Anglais méditaient un établissement sur le Mississippi, résolut de les prévenir, et partit dans ce dessein le 17 janvier 1700. Sauvolle, donnant au ministre connaissance de cette expédition d’iberville, s’exprime ainsi dans une dépêche du 1er avril :
“Je souhaite que son bonheur l’accompagne en cette occasion, pour le bien du roi, et qu’il trouve de quoi le dédommager des dépenses qu’il a faites. Je suis sûr que personne ne peut sc donner plus de peine qu’il ne fait. Rien ne lui est difficile. S’il y a quelque possibilité d’exécution dans ce qu’il entreprend, on peut y compter sûrement. Je suis outré de n’ètre point de ce voyage, pour les lumières que j’en eusse pu tirer. J’espère que la cour me mettra à portée, l’année prochaine, si l’on s’établit dans la rivière, de faire quelques découvertes. Ce que je ne saurais faire ici, Biloxi, tant les environs sont peu de chose !”
Sauvolle, en effet, devait être mécontent de l’endroit que l’on avait si maladroitement choisi pour fonder un établissement, car, outre que le pays ne pouvait offrir aucune ressource, il y faisait si chaud au 1er d'avril, que les Français ne pouvaient travailler que deux heures le matin et deux heures le soir pour défricher autour du fort. D’ailleurs, tout le monde était malade de dyssenterie ; si le printemps se montrait sous un aspect aussi peu favorable, l’hiver n’en avait pas été moins rigou-
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roux. II avait été très venteux et très froid. Le vent nuo. du nord s’était fait sentir très vivement pendant tout le mois de février, et avait tellement refroidi l’atmosphère, que i’eau glaçait dans les verres en les rinçant. Souffrant de ces alternatives de chaleur ou de froid intense, il n’est pas étonnant que les colons, jetés sur une plage sablonneuse et aride, soient tombés dans le découragement.
En effet, ils ne devaient savoir quel parti tirer de leur position. Car les populations sauvages qui les environnaient n’étaient pas assez riches pour alimenter un commerce actif. Sauvolle lui-même écrit à ce sujet au ministre : “Plus j’ai de connaissance de ces espèces de nations, plus leur misère me saute aux yeux. Si l’espoir de v trouver quelque mine ne réussit point, la cour ne saurait être remboursée des dépenses qu’il lui faut faire, hormis qu’elle ne permette la descente du castor par ici, ce qui ne sera pas ruineux pour le Canada. La laine de bœuf est encore un article à ne pas négliger. Les sauvages en peu de temps en feraient des amas, au lieu de la laisser perdre quand ils ont tué des bêtes, et ils nous les descendraient pour rien ou du moins pour des bagatelles.”
Voilà toutes les ressources que Sauvolle découvrait à cette époque dans la Louisiane. Du point de vue où il était placé, du rivage de Biloxi où il était confiné, il ne pouvait en apercevoir d’autres. C’était sur le Mississippi qu’il fallait s’établir, et Iberville avait eu raison d’y porter de suite son attention. Il était donc parti avec cinquante Canadiens pour cette exploration, après avoir ordonne à Bienville de traverser les lacs, et d’aller demander aux Bayagoulas des guides pour lui faire connaître la partie du fleuve la plus rapprochée de la mer, qui ne fut pas sujette aux inondations. Bienville réussit dans sa mission, et fut conduit par les Indiens à une terre haute qui se trouvait à cinquante-quatre milles de la mer. La, il fut bientôt rejoint par Iberville, qui y ordonna l'érection d'un fort.
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<00. Vers le milieu de février, ils avaient eu le plaisir de recevoir parmi eux le chevalier de Tonti, qui avait descendu le fleuve avec sept hommes. Le brave compagnon de Lasalle avait entendu parler d'une colonie française établie à la Louisiane, et était parti pour s’assurer de la réalité du fait. Le chevalier, après s’étre reposé trois jours, remonta le fleuve avec Iberville et Bienville. Ils séjournèrent parmi les Bayagoulas jusqu’au 1er de mars, et se rendirent ensuite au village des Oumas, qui les reçurent avec hospitalité. 11 existait entre ces deux nations une guerre cruelle que les Français eurent la satisfaction de terminer.
Des Oumas, les Français allèrent aux Natchez. La nation qui portait ce nom avait été extrêmement nom* breuse, mais elle avait été réduite par des guerres fréquentes, et ne comptait plus que douze cents guerriers. Un missionnaire, nommé St. Corne, était arrivé depuis peu du Canada, et s'était fixé parmi eux. Le roi, ou le grand Soleil de la nation, informé de l’approche des Français, sortit de soi) palais; porié par quelques-uns de ses sujets, et, suivi de tout son peuple, il s’avança vers les étrangers qu’on lui avait annoncés, et les reçut avec courtoisie. Ces Indiens paraissaient être plus civilisés que toutes les nations qu’Jberville avait v ues jusqu’alors. Ils conservaient dans un temple un feu perpétuel, que des prêtres étaient chargés de nourrir avec soin, et déposaient sur un autel consacré au soleil les prémices de leurs chasses.
Il est curieux d’observer les rapprochements qui existent entre les différentes religions des hommes. On ne peut se défendre de quelque sentiment d'étonnement en trouvant dans les forêts de la Louisiane un culte du soleil semblable à celui des anciens Persans et une institution qui rappelle le culte de A esta chez les Romains. Cependant ces analogies n’ont rien de mystérieux ; elles s’expliquent naturellement. Les hommes, en regar-
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dant autour d’eux, ont deviné la divinité et l’ont cher- 1700. chée dans les objets qui les environnaient. De toutes les merveilles de la création rien ne dut les frapper d’une admiration plus forte que cet astre superbe qui est l’ame du monde et qui, suivant un auteur sacré, est l’ombre de Dieu dans le ciel. Aussi, on lui éleva des autels par toute la terre et des actions de grâces lui furent rendues avec des rites plus ou moins différents.
Pendant que les Français étaient parmi les Natchez, une scène épouvantable les glaça d’horreur. L’un des temples, ayant été frappé par la foudre, devint la proie des flammes. Les prêtres sollicitèrent les femmes Indiennes de jeter leurs enfants dans le feu pour apaiser la colère de leur divinité. Ils ne réussirent que trop à étouffer par le fanatisme la plus puissante des affections, et des mères précipitèrent dans les brasiers de l’incendie le fruit de leurs entrailles. Quatre de ces innocentes victimes avaient déjà péri, lorsque les Français par des menaces et des prières empêchèrent la continuation du sacrifice infernal.
Iberville, enchanté du pays des Natchez et convaincu que c’était la partie de , la province qui convenait le mieux à l’établissement d’une colonie, traça le plan d’une ville sur une hauteur située au bord du fleuve, et lui donna le nom de Rosalie que portait la comtesse de Pontchartrain. Le 22 mars, Iberville retourna au fort qu’il avait construit sur le Mississippi, et Bienville partit avec quelques Canadiens et un certain nombre d’indiens pour le pays des Yatassés, qui habitaient la partie occidentale de la Louisiane. De-là, il poussa ses explorations jusqu’aux Ouaclntas et jusqu’aux Natchitoches.
Il n’acquit qu’une connaissance imparfaite du pays et n’entendit parler d’aucun établissement Espagnol dans le voisinage.
Sur ces entrefaites, Iberville partit pour France afin
d’y chercher de nouveaux secours et laissa à Bienville
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1700. le commandement du fort qu’il avait fait construire sur le Mississippi. Les progrès de la colonie menaçaient d’être extrêmement lents ; les colons ne pensaient qu’à étendre leurs découvertes dans l’espoir d’arriver à quelque mine d’or ou d’argent ; la terre n’était pas cultivée et c’est de St.-Domingue que les colons recevaient leurs moyens de subsistance. Aussi, ils furent souvent en proie à la famine la plus horrible ; la maladie se joignit à la misère et le nombre des colons diminua si ra-
1701. pidement, qu’en décembre 1701, il y avait à peine cent cinquante personnes dans la province.
Sauvolle lui-même n’avait pu survivre à tant de malheurs. Il mourut le 22 juillet, et Bienville lui succéda comme gouverneur de la colonie. Telle en était la triste situation, lorsque Iberville revint avec deux vaisseaux de ligne et un brick, qui portaient des troupes et une quantité de provisions. D’après les volontés du roi qu’il transmit à Bienville, celui-ci laissa vingt hommes sous les ordres de Boisbriant au fort de Biloxi et transporta le siège principal de la colonie sur le côté occit dental de la rivière de la Mobile, à peu près à l’endroit où est située maintenant la ville de la Mobile. Outre ce nouvel établissement sur la rivière fie la Mobile, on en fit un autre à file du Massacre sur laquelle, lors de sa première découverte, on avait trouvé une très grande quantité d’ossements humains, et que l’on avait appelée pour cette raison l’ile du Massacre. Ce nom, qui parut de mauvais augure et qui sonnait mal à l’oreille, fut changé, et lit place à celui de l’ile Dauphine. Iberville, sentant qu’il fallait cultiver la terre pour prévenir le retour d’une disette semblable à celle qui avait déjà allligé la colonie, écrivit au gouvernement F rançais pour lui demander avec instance des laboureurs.— “Il faut trouver les moyens, disait-il, d’envoyer des laboureurs à la Louisiane. Car des gens à leur aise en France ne voudraient pas volontiers y aller.
Ce n’est pas le penchant des Français de quitter pour si 1701. loin leur pays quand ils y ont leurs commodités. Ce qui fait que nos colonies avancent si peu. c’est qu’on n’y envoie que des gueux pour s’y enrichir, qui y passent leur vie avant d’ètre en état de faire des entreprises et la colonie languit pendant ce temps là.”
Iberville,qui mettait si bien le doigt sur la plaie des colonies Françaises, ne fit pas un long séjour dans la Louisiane, à laquelle il avait rendu la vie et l’abondance, mais où il avait eu la douleur de perdre son frère Sauvolle, et se hâta de repartir pour France.
Sur ces entrefaites, la Grande Bretagne avait dé- 1703. claré la guerre à la France et à l'Espagne. L’état de faiblesse dans lequel se trouvait alors la colonie de la Louisiane n’empêcha pas Bienville d’envoyer, en 1703, des secours effectifs en hommes, munitions et provisions aux villes de Pensacola et de St.- Augustin que menaçaient les- Anglais de la Caroline du Sud.
En 1704, la colonie éprouva une disette si cruelle 1704. que les habitants furent obligés de se séparer et de se répandre çà et là, le long des cotes, pour vivre du pro- ! duit de leur pêche. Ils allaient peut-être succomber à l’excès de leur misère, lorsque le gouverneur de Pensacola leur envoya à son tour des secours et paya ainsi la dette de reconnaissance qu’il avait contractée l’année précédente. L’arrivée peu après d’un navire venant de France, sous le commandement de Chateaugnê, frère de Bienville et d’iberville, et chargé de munitions et de provisions, rétablit l'abondance parmi les colons. Ce navire portait aussi dix-sept personnes qui venaient s’établir dans la colonie avec une ample quantité d’instruments aratoires, dont on avait grandement besoin.
Malgré la guerre active qui se faisait en Europe, le gouvernement Français ne perdait pas de vue ses établissements à la Louisiane ; en date du 30 janvier
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1704. 1704, le ministre écrivait à Bienville : “Sa Majesté envoie vingt filles pour être mariées aux Canadiens et autres qui ont commencé à se faire habitants de la Mobile, afin que cette colonie puisse s’établir solidement Toutes ces filles sont élevées dans la vertu et la piété et savent travailler. Ce qui les rendra très utiles à cette colonie en montrant aux filles des sauvages ce qu’elles savent faire. Afin qu’il n’en fut point envoyé que d’une vertu connue et sans reproche, Sa Majesté a chargé l’évêque de Québec de les tirer des endroits qui ne peuvent être soupçonnés d’aucune débauche. Vous aurez soin de les établir le mieux que vous pourrez et de les marier à des hommes capables de les faire subsister avec quelque sorte de commodité.”
Cette lettre démontre combien est mal fondée l’impression générale qui admettait comme chose prouvée que, dans la première période de la colonisation, le gouvernement n’envoyait à la Louisiane que des filles perdues, sorties des lieux de prostitution et de tous les réceptacles du vice.
1705. L’année 1705 fut malheureuse pour les colons. S’il leur arriva de France, dans un vaisseau de 50 canons commandé par Decoudray, un surcroît de garnison de soixante-quinze soldats, vingt-trois filles, cinq prêtres, deux sœurs grises qui devaient être chargées du soin de l’hôpital, et une grande quantité de vivres et de munitions de toute espèce, ils n’en eurent pas moins à souffrir desrattaques des Indiens qui leur tuèrent quelque monde, et/Tune cruelle épidémie qui leur enleva trente-cinq personnes. Ce qui était une perte considérable, vu leur petit nombre. Ils eurent aussi la douleur d’apprendre que les établissements Français sur le Ouabache avaient été entièrement détruits par les Indiens, alliés des Anglais.
1706. L’année 1706 ne commença pas sous de meilleurs auspices. Les Indiens, surtout les Chactas et les Chic-