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kassas, se battaient entr’eux avec fureur. Les Fran- 1700. çais étaient souvent impliqués dans les querelles que faisaient naître les haines héréditaires des sauvages et perdaient quelques-uns des leurs dans les escarmouches qui avaient lieu lorsqu’on s’y attendait le moins. La disette même se fit sentir, et Bienvilie écrivit à ce sujet au ministre : “Les Espagnols n’ont pu nous aider que de blé d’Inde. Les hommes qui sont à la Louisiane s’accoutument à en manger, mais les femmes qui sont pour la plupart Parisiennes en mangent avec peine.
Ce qui les fait beaucoup pester contre monseigneur l’évêque de Québec, qui leur avait fait entendre qu’elles seraient dans un pays de promission. Il est venu cinquante hommes du haut du Mississippi avec l’intention de s’établir ici.”
* Pour comble de malheur, les colons, au lieu de s’unir pour résister aux sauvages, et pour combattre la famine qui les menaçait, se querellaient entr’eux ; la discorde régnait en souveraine parmi cette poignée d’hommes.
M. de Lasalle, qui était le commissaire ordonnateur de la colonie, faisait tout ce qu’il pouvait pour nuire à Bienville, et écrivait au ministre» en date du 7 septembre 1700 : “Iberville, Bienvilie et Chateaugné, les trois frères, sont coupables de toute espèce de méfaits, et sont des voleurs et des fripons qui dilapident les efièts de Sa Majesté ! . . . ”
Comme si ce n’était pas assez de la mésintelligence qui existait entre le gouverneur et le commissaire-ordonnateur, le curé de la Mobile, M. de la Vente, se mit de la partie, ainsi qu’en fait foi la dépêche suivante de M. de Boisbriant, commandant de Biloxi : “Le curé de la Vente s’est déclaré ouvertement contre le sieur de Bienvilie sans en avoir sujet. Je leur aurais laissé vider leur différend, si le service de Sa Majesté ne s’y trouvait intéressé. Le sieur de la Vente a voulu persuader aux habitants que la misère où ils se trouvent, faute de vivres,
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vient de ce que le sieur de Bienville n’a pas informé Sa Majesté de la nécessité qu’il y avait d’envoyer plus souvent des vaisseaux à la Mobile ; mais sur ce qu’il n’a rien pu gagner auprès d’eux, parce que le sieur de Bienville les soulage autant qu’il le peut, et que d’ailleurs ils en sont fort contents, il s’est tourné du côté des soldats, dont un grand nombre est malade, et, sous prétexte d’entrer dans leurs peines, il leur a distribué l’argent qui lui a été remis par le sieur de Lasalle, écrivain, par ordre du dit sieur de Bienville, comme une charité qu’il leur faisait, leur faisant entendre qu’il représentait continuellement leur misère au sieur de Bienville, lequel n’en faisait aucun cas. Le curé se vante à tout le monde de faire rappeler le sieur de Bienville, et il a eu la hardiesse de l’en menacer lui-même, et cela avec de grands emportements ; à quoi M. de Bienville* a répondu avec beaucoup de retenue. Tous les ecclésiastiques qui sont avec M. de la Vente souffrent beaucoup de sa mauvaise humeur. Un homme d’un pareil tempérament n’est guère propre pour l'établissement d’une pareille colonie. Tous les habitants demandent avec beaucoup d’empressement qu’il soit rappelé, et il y en a même plusieurs qui auraient quitté s’ils en avaient eu la commodité.”
A côté de cette dépêche, dans les cartons du ministère de la marine, il en est une autre que l'on ne peut parcourir sans sourire, et qui fait voir que toutes les puissances de la colonie s’étaient liguées et coalisées contre M. de Bienville. Ainsi, il n’est pas jusqu'à la Supérieure des filles envoyées à la Louisiane qui ne s’avise d’écrire au ministre que M. de Boisbriant, récemment promu au grade de major de la Mobile, avait eu dessein de l'épouser, mais que le sieur de Bienville et son frère l’en avaient empêché. Elle ajoute naïvement : “Il est clair que M. de Bienville n'a pas les qualités nécessaires pour gouverner la colonie.”
L’année 1707 n’amena guère d’amélioration dans le
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sort des colons. Ils continuèrent de traîner une vie pénible, et . eurent encore le chagrin d’apprendre la mort de leur infatigable protecteur, Ibcrville, qui était parti de France pour attaquer la Jamaïque et Charlcston, et qui s’était arreté à St. Domingue, où il était rrfort de la fièvre jaune. Les Alibamons menaçaient continuellement leur existence, et leurs cœurs étaient attristés par les guerres terribles des Chickassas et des Chactas, qui se massacraient avec une férocité inouïe. D’un autre côté, la guerre intestine entre les autorités de la province ne faisait que croître en intensité. Le père Gravier, jésuite, s’était décidé à prendre fait et cause pour Bienville, qu’il défendit auprès du ministre par une lettre du 27 février. Dédaignant toutes ces cabales, Bienville ne paraissait en avoir aucun souci, et, rendant compte au ministre de l’état de la colonie, par une dépêche en date du 20 février, il passa sous silence toutes ces intrigues, à l’exception de l’opposition qui lui était faite par M. de Lasalle :
“Je prends la liberté, monseigneur, écrivit-il au ministre, de rendre compte à votre grandeur de l’état où se trouve à présent la colonie. Nous manquons de vivres, et pourtant il en faut, non seulement pour ma garnison, mais encore pour les habitants, qui n’ont pas encore fait d’habitations assez grandes pour subsister d’eux-mêmes. Ils me représentent souvent leurs peines de n’avoir ni nègres ni bœufs pour apprêter leurs terres, que ce pays est très mal sain, et qu’ils se trouvent malades dans des temps où ils devraient faire leurs semences. Je leur assure que votre grandeur les secourra, et que la guerre seule leur cause tout le mal qu’ils souffrent. L’espérance d’un avenir plus heureux les console. Ce qui est certain, c’est que le retardement des vaisseaux destinés pour la Louisiane réduit cette colonie à des extrémités fâcheuses, auxquelles on ne peut remédier que par des dépenses considérables au roi.
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1707. “Le fort que je m’étais proposé de faire aux Chickassas, pour m’attacher cette nation, la plus aguerrie de toutes, sera plus long-temps à établir que je ne croyais, et par insuffisance de monde, et par disette de marchandises pour concilier les villages, de manière à assurer la protection du fort.
“Il est d’une indispensable nécessité de faire des présents aux sauvages, qui sont journellement tentés par les Anglais. Ils nous préfèrent, mais l’intérêt est un mobile si puissant, qu’à la fin ils nous échapperont.
“J’apprends la mort de M. de St. Corne, missionnaire des Natchez, qui a été tué en descendant le Mississippi, avec trois Français, par des sauvages de la nation des Tchoumachas établis au sud du Mississippi, à deux journées dans les terres. Cette nation avait déjà tué quatre Français, coureurs de bois, il y a douze ans. On ne se méfiait aucunement d’eux. Tous les sauvages de ce pays sont traîtres. Voilà déjà bien des assassinats, et il y a lieu d’appréhender qu’ils n’en fassent davantage, par le peu d’appréhension qu’ils ont des Français. Ils en ont une si petite idée, que dernièrement les chefs des Chickassas et des Chactas me demandaient, d’un très-grand sérieux, s’il y avait bien autant de monde en France qu’ici. Je voulus leur faire concevoir par de fortes comparaisons ce qui en était. Il me fut impossible de le leur faire croire, quoique j’entende parfaitement bien leur langue. Ils me donnaient pour raison que s’il y avait effectivement autant de monde que je le disais, “il en viendrait ici venger la mort des Français, ou bien vous n’avez pas de naturel, me disaient-ils ; il y a six ans que vous êtes ici. ... au lieu d’augmenter, vous diminuez. Les bons hommes meurent, et il ne vient que des enfants à leur place.” Ils ont en effet raison. Des soldats que nous avons, les trois quarts sont trop jeunes et incapables de soutenir les guerres de ce pays-ci. Je vous avoue, monseigneur, que je ne sais ce que serait devenue cette
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colonie, si j’eusse congédié les Canadiens, comme 1707. M. Bégon, intendant de Roche fort, me le mandait.
Je pourrais le faire, si j’avais cent cinquante bons soldats. Les Canadiens sont des hommes propres à tout, sur lesquels on peut compter ; au lieu que les soldats et matelots qu’on est obligé d’envoyer à la mer désertent à la première terre espagnole, et on se trouve obligé d’en engager à des prix exorbitants pour ramener les bâtiments. Nous n’avons que quarante-cinq soldats maintenant, de cent que nous devrions avoir dans les deux compagnies que le roi entretient dans ce paysci. Il faudrait envoyer des hommes plus forts et moius enfants.
“J’ai fait relever l’établissement du Mississippi , n’ayant pas de monde suffisamment pour le garder. Il serait cependant nécessaire d’en avoir un, pour tenir les sauvages en bride ; lesquels murmurent aujourd’hui, croyant véritablement qu’on les abandonne. Je leur fais espérer que l’on rétablira ce poste. Ce qui m’a le plus déterminé à le relever, c’est de n’avoir point de chaloupe pour y envoyer porter du secours. (En envoyer, s’il vous plaît, au moins trois fortes.)
“Les Espagnols de Pensacola commencent à nous traiter avec moins d’amitié. On fait courir le bruit que nous aurons bientôt la guerre avec eux. 11 serait donc nécessaire de fortifier, en cas d’évènement, le fort de file du Massacre.
“M. de Lasalle, écrivain, n’a voulu passer aucune compensation à M. de Chateaugné, pour un voyage fait à la Havane pour le service, en vertu d’un ordre de votre grandeur. Cette conduite peut nous être funeste, parce que personne ne voudra plus entreprendre de voyage de cette nature, lorsque nous manquerons de vivres. Il a déchiré mon ordre à ce sujet, ainsi qu’un bon que je donnais pour autoriser un chef de sauvages à prendre quelques hardes. Enfin, il a refusé de payer à
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1707. des habitants ce qui leur est dû. Il m’a donné à entendre que maintenant que M. d’Iberville était mort, je n’avais personne qui pût me protéger en cour, et qu’il ne me craignait pas du tout.”
L’évènement fît preuve que M. (h* Bienville avait eu tort de se croire au-dessus de toutes ces intrigues et de ne pas entrer dans une défense plus vive et plus détaillée de sa conduite ; car, le 23 juillet, le ministre lançait pour l’arrestation de Bienville une ordonnance conçue ' en ces termes :
“Sa Majesté, ayant été instruite par plusieurs lettres écrites de la Louisiane que le sieur de Bienville, qui y commande, a prévariqué dans ses fonctions et qu’il s’est appliqué plusieurs effets appartenant à Sa Majesté, a enjoint au sieur de Muys qu’elle a choisi pour gouverneur de ce pays de vérifier les faits avancés contre lui, suivant les mémoires qui lui sont remis, de le faire arrêter s’ils sont véritables et de l’envoyer prisonnier en France.”
Il est à remarquer que le gouvernement préjugeait la question et se prononçait contre Bienville avant de l’avoir admis à faire sa défense. Tant les accusations sont crues facilement lorsqu’elles viennent de loin et qu’elles s’adressent aux jalouses méfiances des gouvernements despotiques ! fin effet, il était dérisoire de laisser à son successeur le soin de décider s’il y avait lieu de le poursuivre et, dans ce cas, de l’envoyer prisonnier en France. Les plus simples notions de justice voulaient qu’il fut simplement rappelé et sommé de venir rendre compte de sa conduite. La nouvelle de sa disgrâce lui étant secrètement parvenue, il voulut se hâter de prévenir le coup qui le menaçait, et, feignant de l’ignorer, il écrivit au gouvernement pour demander son congé et la permission de passer en France. Les habitants de la Mobile, ayant été informés de cette démarche de Bienville, auquel ils étaient extrêmement at-
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tachés, adressèrent une requête au ministre, suppliant, 1707. si on accordait à Bienville sa demande, de le renvoyer aussitôt qu’il se pourrait, parce qu’ils en étaient tous très contents et qu’il leur procurait tous les secours dont ils avaient besoin.
Le 25 février 1708, M. de Bienville, ayant appris que 1708.
M. de Muys, qui venait pour le remplacer, était mort à la Havane, écrivit au ministre pour lui donner connaissance de cet évènement. M. Diron d’Artaguette, que l’on avait adjoint comme commissaire-ordonnateur à M. de Muys, en remplacement de M. de Lasalle, destitué, avait été plus heureux que son compagnon de voyage et était arrivé sain et sauf à la Louisiane. M. de Bienville, étant alors officiellement informé qu’il avait été porté plusieurs plaintes contre lui et que M. de Muys avait eu l’ordre d’en prendre connaissance, pria M. d’Artaguette, vu la mort de M. de Muys, de s’informer auprès des habitants des faits qui avaient été avancés contre lui et qu’il assurait être faux, attendu <
qu’il n’avait jamais eu d’autre but que de servir fidèlement Sa Majesté. M. de Bienville, dans la lettre qu’il adresse au ministre, en date du 25 février, pour lui annoncer la demande qu’il a faite à M. d’Artaguette, termine en disant, non sans quelque amertume : “qu’il n’a pu savoir du sieur d’Artaguette la nature des plaintes portées contre lui , le sieur d’Artaguette lui ayant répondu qu’il avait ordre du gouvernement de ne les point communiquer ; et que, par conséquent , lui , Bienville , se trouve dans la dure nécessité de ne pouvoir se justifier.”
Bienville avait certainement raison de se plaindre de cette manière ténébreuse et inquisitoriale de procéder contre lui, laquelle était si contraire aux principes les plus vulgaires de justice et d’equité. Mais le rapport de d’Artaguette, fait le 20 février, fut loin de lui être défavorable. Ce rapport annonçait au ministre que toutes les accusations portées contre Bienville étaient de
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1708 misérables calomnies. Le major Boisbriant y joignit une attestation confirmant les conclusions de d’Artaguette. Mais M. de Lasalle, qui avait été destitué en même temps que Bienville, ne se tint pas pour battu, et, renouvelant ses accusations, affirma que d’Artaguette ne devait pas être cru concernant M. de Bienville, attendu qu’il s’entendait avec lui et que F un ne valait pas mieux que Vautre. Non content d’attaquer avec violence Bienville et d’Artaguette, c’est-à-dire l’accusé et le juge d’enquète, il dénonça au ministre le chirurgien de la colonie, nommé Barrot, et le flétrit des titres : dV ignorant , cVivrogne et de voleur qui vend à son profit les remèdes du roi .
La colonie, pendant que ses chefs luttaient ainsi de haine et d’hostilité, ne pouvait guère prospérer. Voici quel en était l’état, en août 1708, d’après l’exposé suivant, envoyé en France par l’ex-commissaire ordonnateur, M. de Lasalle :