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il s’ouvrait lin si large chemin, que dix de ses hommes d’armes pouvaient le suivre de front. Il fut toujours le premier ouïe second à se présenter à l’ennemi, et jamais le troisième. Mais dans toutes les surprises et les combats de nuit, Ton avait remarqué qu’il était toujours le premier à être sur pied et à prendre part à l’action. Tel fut l’homme illustre dont, à juste titre, l’on a donné le nom à une des paroisses de l’Etat. Garcilasso fait la description la plus touchante du désespoir des Espagnols, à la mort de leur général qu’ils adoraient. Ils ne pouvaient surtout se consoler, dit-il, d’avoir donné une sépulture aussi misérable à un chef auquel ils auraient voulu ériger un monument digne de Jules César.
Muscoso, qui avait succédé à Soto, partit le 4 ou le 5 de juillet, et fit remonter la rivière Rouge à ce qui restait de l’armée espagnole, au travers de cette partie de la Louisiane qui s’appelle les Natchitoches. Après avoir parcouru une centaine de lieues depuis le point de son départ, il arriva chez une nation indienne, propriétaire de troupeaux tellement immenses, qu’il lui donna le nom de nation de los Vaqueros (nation des Vachers). Probablement elle habitait cette partie de l’Amérique, connue maintenant sous le nom de province du Texas. Après avoir marché cent milles de plus, Muscoso arriva à un pays montagneux. Il avait pris cette route dans l’espoir de se rendre par terre à Mexico. Mais ayant appris des Indiens qu’il avait encore une étendue immense à parcourir, avant de parvenir au terme de son voyage, il résolut de rétrograder, et de descendre le Mississippi jusqu’à la mer. L’armée, après avoir beaucoup souffert, arriva à l’embouchure de la rivière Rouge, vers la fin de novembre. Garcilasso estime que, dans cette dernière expédition, les Espagnols parcoururent plus de trois cent cinquante lieues de pays dans tous les sens. Elle leur coûta cent hommes et quatre-vingts chevaux, qui moururent de maladie ou furent tués par les Indiens. Les
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Espagnols éprouvèrent une si grande joie en revoyant 1542. Je Mississippi, qu’ils se jetèrent dans les bras les uns des autres, et remercièrent le ciel de les avoir sauvés. Ils s’emparèrent de deux villages indiens pour y établir leur quartier d’hiver. Heureusement, ces villages étaient pourvus de vivres de toute espèce, dont les Espagnols avaient un grand besoin. Mais il arriva que beaucoup d’entre eux, affaiblis par les fatigues, amaigris par la famine dont ils avaient cruellement souffert, abusèrent de l’abondance dans laquelle ils se trouvèrent si subitement, et il en mourut une cinquantaine, entr’autres, le capitaine Vasconcellos de Silva, du sang le plus noble qu’il y eut en Portugal, et le brave Nuno Tobar.
Au mois de janvier, Muscoso ht commencer la construction d’embarcations capables de transporter son armée par mer au Mexique. Les caciques, qui avaient surveillé ses travaux d’un œil jaloux, craignant que son dessein ne fut d’aller avertir ses compatriotes de la fertilité des vallées du Mississippi et les inviter à venir s’y établir et subjuguer les Indiens, résolurent de se liguer afin de réunir des forces suffisantes pour accabler les Espagnols, ou du moins pour brûler leurs barques. Garcilasso raconte que la ligue était si considérable, que les caciques qui en firent partie, convinrent de lever quarante mille hommes. Cependant, le complot fut découvert ; avis en fut donné à Muscoso par des femmes indiennes qui s’étaient attachées à quelques uns des officiers Espagnols, et par un cacique, nommé Anilco, qui avait toujours témoigné beaucoup d’amitié aux Espagnols, auxquels il avait déjà rendu de grands services, en leur fournissant tout ce dont ils avaient eu besoin pour la construction et l’équipement de leurs embarcations. Ainsi averti à temps, Muscoso prit toutes les mesures nécessaires pour résister à l'attaque projetée, et les caciques s’en étant aperçus, plusieurs d’entr’eux se retirèrent de la ligue qu’ils
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avaient formée. Cette défection ne déconcerta pas ceux qui habitaient sur les bords du fleuve, car excités et encouragés par Quigualtanqui, le chef le plus puissant de tout le pays, ils persistèrent dans leur intention et construisirent un nombre considérable de canots, pour poursuivre les Espagnols sur le fleuve.
1543. Le 24 juin 1543, les Espagnols lancèrent leur flottille sur le Mississippi et l’armée s’embarqua. On avait eu la précaution de tendre des peaux autour des embarcations, afin de se garantir contre les flèches des indiens. La flottille se composait de sept brigantins et de trente canots. Des mille hommes qui avaient débarqué à la baie de Santo Spiritu, il n’en restait plus que trois cent cinquante, et de trois cent cinquante chevaux il n’en restait plus que trente. Le second jour après leur départ, les Espagnols aperçurent la flotte indienne. Garcilasso nous apprend qu’elle était composée de plus de mille pirogues, qui contenaient au moins vingt mille hommes et dont la plus petite avait vingt rameurs. Chaque pirogue était peinte avec goût en bleu, rouge, jaune ou blanc. Les rames, les plumes, les carquois et les flèches des guerriers étaient de la couleur des pirogues qu’ils montaient. Une musique sauvage et martiale faisait retentir les rives du fleuve et les Indiens ramaient en cadence en chantant les exploits de leurs ancêtres. La flotte, partagée en trois divisions, s’avança dans le plus grand ordre, et chacune de ces divisions, en longeant tour à tour les barques espagnoles, fit tomber sur elles une pluie de flèches. Pendant dix jours entiers, ces anciens habitants du sol Louisianais ne cessèrent de livrer bataille aux Espagnols et de poursuivre à outrance ceux qu’ils appelaient les profanateurs de la terre de leurs aïeux. Tantôt, ils invoquaient le Grand Esprit, en le priant de leur livrer ces étrangers vagabonds qui fuyaient devant eux, et tantôt, par des chants belliqueux où le nom de Quigual-
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tanqui revenait sans cesse, ils s’excitaient mutuellement 1543 ù se montrer dignes d’un si noble chef. — “Mort, disaientils, mort aux pâles visages ! Quigualtanqui le veut. Leurs regards ont souillé les ossements de nos pères et leurs lèvres ont profané les eaux du vieux Meschacébé ! qu’ils meurent ! ou qu’ils soient esclaves ! Quigualtanqui le veut.” *
Le onzième jour, les Indiens montrèrent moins d’acharnement. Ils se contentèrent de faire des attaques partielles et de harceler les Espagnols pendant six jours de plus. Le dix-septième jour de la poursuite, au lever du soleil, ils adorèrent cet astre avec toutes sortes de solennités et comme s’ils lui rendaient des actions de grâces pour le triomphe qu’ils avaient obtenu sur leurs ennemis. Puis, ils se retirèrent après avoir poussé d’horribles hurlements accompagnés du bruit épouvantable de toute espèce d’instruments sauvages, et après avoir crié plusieurs fois aux Espagnols de ne pas s’imaginer qu’ils avaient été poursuivis par une ligue de caciques, parce que ce n’était que leur grand chef Quigualtanqui, qui leur avait fait la guerre. Dans cette retraite qui leur fut si vivement disputée, les Espagnols perdirent tous leurs chevaux, et cinquante deux hommes parmi lesquels se trouvait le vaillant capitaine Juan de Guzman. Au moment où la poursuite cessa, les Espagnols étaient presque sans défense, ayant épuisé toute leur poudre et toutes leurs autres munitions. A l’endroit où les Indiens, pensant sans doute qu’ils s’étaient avancés trop loin de leur pays, prirent la résolution de rétrogradcr, le fleuve était si large qu’on n’en voyait pas les bords. On n’apercevait que des roseaux et l'eau pouvait couvrir à peu près une quinzaine de lieues de pays.
Le vingtième jour de leur navigation, les Espagnols découvrirent la mer. Avant de s’y aventurer, Muscoso voulut faire quelques réparations à ses embarcations.
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1543. et fît débarquer sa troupe sur une île, située à gauche de l'embouchure du fleuve et formée entièrement de troncs d’arbres que le fleuve chariait en grande quantité. Là, les Espagnols s’arrêtèrent et se reposèrent trois jours.
( Vers le milieu du troisième jour, les Espagnols virent sortir des roseaux et venir à eux sept canots remplis d’indiens. Dans le premier on remarquait un Indien, grand comme un Philistin et noir comme un Ethiopien, dit Garcilasso. Le canot s’arrêta à quelque distance des Espagnols, et l’Indien, se tenant debout à la proue, leur cria d’une voix forte et hautaine : “Voleurs, vagabonds, fainéants sans honte ni vergogne, qui courez ainsi le pays dont vous inquiétez les paisibles habitants, je vous conseille de vous en aller le plus tôt possible par l’une des deux issues que vous offre le fleuve, si vous ne voulez pas que je vous tue tous et que je brûle vos embarcations. Souvenezvous bien de ceci !... c’est que si vous passez ici la nuit, j’aurai soin qu’il n’en reste pas un de vous pour voir le lever du soleil. Si nous avions des canots aussi grands que les vôtres, nous vous suivrions jusque dans votre pays, nous le prendrions, et nous vous montrerions que nous sommes des hommes qui vous valent bien.”
Muscoso, s’étant aperçu qu’il y avait beaucoup de pirogues dans les joncs, et voulant prévenir l’attaque de nuit dont il était menacé, et dont les suites pouvaient être désastreuses, ordonna à une centaine d’hommes de se mettre dans des canots, et d’aller débusquer les ennemis. Il s’en suivit un combat dans lequel beaucoup d’indiens furent blessés et dix ou douze tués. Quant aux Espagnols, il y en eut un de tué et la plupart furent blessés, entr’ autres, les deux capitaines qui les commandaient. Les Indiens ayant été mis en fuite, les Espagnols retournèrent à leurs brigantins ; mais craignant d’être assaillis