‹ Histoire de la LouisianeChapitre 6 sur 33 · CHAI*. I · texte numérisé non relu

CHAI*. I

par-dessus la tête du cheval, et roulèrent au milieu des 1541 rangs ennemis. A la vue du danger de leur général, les Espagnols, cavalerie et infanterie, se ruèrent sur les Indiens avec tant de violence et de rapidité, qu’ils réussirent à |>énétrer jusqu’à lui, et à empêcher qu’il ne fut tué. Remis en selle, Soto ne recommença le combat qu’avec plus de furie.

Le gouverneur n’était tombé que parce que ses valets, surpris et effrayés de l’attaque subite des Indiens, avaient, en sellant son cheval, oublié de le sangler. Ce vaillant chevalier s’en était bientôt aperçu, mais se fiant à son adresse, il crut qu’il n’en saurait pas moins conserver ses arçons, et en effet, il avait ainsi combattu pendant plus d’une heure. Les Indiens qui, jusqu’alors, avaient disputé la victoire aux Espagnols avec tant d’opiniâtreté, commencèrent à mollir. D’abord ils battirent en retraite avec beaucoup d’ordre, s’appelant les uns les autres, et s’avertissant d’abandonner le combat. Mais tout d’un coup ils se débandèrent, et se mirent à fuir avec la plus grande agilité. Le gouverneur, à la tète de la cavalerie, poursuivit les fuyards aussi loin que la lueur de l’incendie lui permit de les voir. Ainsi finit ce combat, qui dura deux heures. Lorsque les Espagnols comptèrent leurs pertes, ils trouvèrent qu’ils avaient perdu quarante hommes et cinquante chevaux, ainsi que tous leurs vêtements, et presque toutes leurs armes et leurs munitions de guerre. La perte des Indiens ne fut que de cinq cents hommes. Soto fut obligé d’abandonner le champ de bataille, et d’aller occuper une position plus avantageuse, où les Espagnols se mirent à l’œuvre en toute hâte, pour fabriquer des selles, des lances et des rondaches. Ils furent continuellement harcelés par les Indiens, la nuit et le jour, et si quelque soldat s’éloignait du camp, il tombait sous la flèche ou le tomahauk des sauvages.

Au commencement d’avril, Soto se remit en route pour

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1541. continuer scs explorations, et après avoir traversé les parties occidentales des Etats actuels du Mississippi et du Tennessee, il arriva sur les bords de ce fleuve immense, que les Indiens ont surnommé le père des eaux, et qu’ils appelaient de plusieurs noms, tels que Cicuaga, Meschacébé et Mississippi. Soto fut donc le premier Européen qui vit le Mississippi. Ce fut à une très-petite distance au-dessous du premier de ces monticules, connus sous le nom de monticules Chickassas, ou Chickasavr bluffs, et non loin de la présente ville de Memphis. Ayant fait construire des bateaux plats, il s’aventura sur les eaux du roi des fleuves, et porta long-temps des regards étonnés sur la rapidité de ses flots et la majesté de son cours. Passant sur la rive opposée, il remonta le fleuve jusqu’à la rivière Blanche, et de là, il pénétra dans le territoire des Arkansas, où il établit son quartier d’hiver, après avoir éprouvé sur sa route des traitements differents de la part des Indiens, qui le recevaient tantôt en ami, et tantôt en ennemi.

Tant que le printemps dura, l’armée se dirigea vers le Sud à petites journées et sans beaucoup souffrir, mais au commencement de l’été, la famine se fit sentir parmi les Espagnols, et plusieurs moururent de l’excès des fatigues qu’ils avaient supportées, ou succombèrent à des maladies violentes, causées par l’extrême chaleur et les miasmes des marais impurs, que cette petite armée de héros avaient à traverser fréquemment et près desquels ils n’étaient que trop souvent obligés de camper. Après de fréquentes et de longues haltes, elle arriva enfin à l’embouchure de la rivière Rouge, dans les limites actuelles de l’Etat de la Louisiane. Là, Soto fut saisi

d’une fièvre qui, dans peu de jours, s’annonça comme devant être mortelle. 11 s’aperçut lui-mème que la mort n’était pas loin et se prépara à la recevoir en guerrier chrétien. Il s’occupa d’abord du soin de se donner un successeur, et ce fut Luis Muscoso de Alvarado qui eut

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l'honneur d’être choisi. Ayant convoqué les officiers de l’armée auprès de son lit de douleurs, et maître encore de sou génie et de ses pensées, on le vit, le front serein, converser avec eux sur les mouvements que ferait l’armée, après qu’il aurait cessé de vivre. Puis, faisant appeler tous ses compagnons d’armes, officiers et soldats, il lit à chacun d’eux prêter serment de fidélité entre les mains de son successeur, après leur avoir recommandé à tous d’être obéissants à leurs chefs, affectionnés envers leurs frères d’armes, soumis à la discipline qui leur avait procuré tant de triomphes, et de ne rien négliger pour convertir les Indiens à la foi catholique et pour augmenter les domaines et la puissance de la couronne d’Espagne. “Union et Persévérance”, furent les derniers mots qu’il leur adressa. Il expira vers le 30 juin 154*2, dans sa quarante deuxième année. Son corps, enfermé dans un tronc de chêne, creusé et recouvert de planches clouées, fut précipité dans le milieu du fleuve, à un endroit où il a environ un quart de lieue de large et dixneuf brasses d’eau de profondeur. Les Espagnols pensèrent que c’était le moyen le plus sûr d’empêcher ses restes mortels de tomber entre les mains des Indiens.

C'était un homme de taille moyenne, brun de teint, d'une physionomie ouverte et gaie, et d’aussi bonne mine à pied qu’à cheval. Il était adroit, propre à tout, et plus disposé, dit Garcilasso, à éperonner sa monture qu’à user de la bride pour la retenir. Sa patience et son courage à endurer tous les travaux et toutes les fatigues de la guerre étaient tels, que les soldats, en le voyant à l’œuvre, n’osaient se plaindre de leurs souffrances. Parmi les conquérants de l’Amérique, il était compté au nombre des quatre lances réputées les meilleures. La sienne n’était inférieure qu’à celle de Pizarre, à laquelle, d’un consentement unanime, la supériorité sur toutes les autres avait toujours été accordée. Il était si vaillaut que dans toutes les nombreuses batailles où il parut,

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