‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 23 sur 92 · DR PE · texte numérisé non relu

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mariées, envoyées à la Louisiane, avaient cinquante à soixante ans, sans enfants

2©, “Ces familles, ou la plus grande partie, ont été placées au-dessous du détour à l'Anglais, pays trop marécageux et malsain, nécessitant des travaux constants d'endiguement. Ajoutez y la pauvreté, la misère, l’ubjection. des hommes, la prostitution des femmes.

8@. ‘Les officiers faisaient le commerce et faisaient de leurs soldats des esclayes. Ajoutez y le pillage indigne toléré par les gouverneurs, moyennant contributions. Ajoutez y la dissolution des soldats, l’ivresse, les rixes, les duels qui ont fait périr la moitié des habitants.”

Quelle peinture effrayante renfermée dans ces peu de mots, si elle est une image fidèle de la vérité! Quel spectacle offrait alors la Louisiane! Et combien le tableau, qu’elle présente aujourd’hui, comparé avec celui des temps passés, doit réjouir le cœur du philanthrope, du moraliste, et de tous les amis des libertés humaines |

Le 20 d'octobre, Pierre Annibal de Velle, lieutenant de roi, commandant à la Mobile, et Jean Gabriel Fazende, faisant fonctions d’ordonnateur au dit lieu, livrèrent possession de cette ville et de ses dépendances, ainsi que de toute la partie de la Louisiane cédée à la Grande Bretagne, en vertu du traité de paix du 10 février, à Robert Farmar, commissaire de Sa Majesté Britannique.

Le 23 novembre, Pierre Chabert, capitaine d’infanterie, commandant du poste de Tombekbé, et Valentin Dubroca, garde magasin, livrèrent ce poste à Thomas Ford, délégué à cet effet,

À peine les ‘Anglais avaient-ils pris possession du territoire qui leur avait été cédé, que les Français s’apercevaient qu’ils avaient affaire à des voisins incommodes, dont il ne serait pas facile de satisfaire les exigences.

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Ainsi, le 5 décembre, le colanel Robertson écrivit à M. d’Abbadie pour réclamer lescanons que l’on avait retirés de la Mobile, sans en avoir le droit, disait-il, parcequ’ils appartenaient à l'Angleterre, en vertu du traité de cession.

M. d’Abbadie, répondit, le 7, au colonel Robertson qu’il était loin d’être de son ayis relativement aux .canons réclamés, parceque les termes : le Roi Trés-Obrétien cède à Sa Majesté Britannique la rivière etole port de la Mubile et tout ce qu'il possède ou a dû posséder du côté gauche du fleuve Mississippi, à l'exception de la Nouvelle-Orléans et de l'ile dans laquelle elle est située, ne pouvaient avoir rapport qu’au sol et aux constructions ; que cependant il laisserait en place les canons des forts de Tombekbé et des Alibamons, à cause de l'exigence de leur position et de la difficulté de les approvisionner d'artillerie ; qu’il laisserait même quelques canons aux Illinois dans le cas où les Anglais ne pourraient pas en mettre assez, mais il ajoutait que ce serait sous inventaire et sur la promesse de les rendre, si les deux cours entendaient l’article du traité cemme lui.

Le commandant françuis ne pouvait pas y mettre plus de courtoisie. On verra cependant que les Anglais ne s’en montrèrent nullement reconnaissants, car peu de temps après, M. d’Abbadie se plaignait des chicanes sans nombre que lui faisaient les Anglais, pour la prise de possession. “Ils prétendent entr'autres choses, disaitil, que nous devons les garantir des incursions des sauvages !

Il ajoutait: “j'avais donné ordre au chevalier de Lanoue d’évacuer son poste des Alibamons. Il a profité des bonnes dispositions des sauvages, et s'est replié le plus heureusement du monde, après avoir eu l’occasion d’enclouer ses canons et de jeter ses poudres dans la rivière. Enfin, j'en ai été quitte pour beaucoup. de peines et d'embarras. A cela près, tout s’est bien passé.

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Il serait à souhaiter qu’il en fût de même aux Illinois, mais cela n’en prend pas la tournure. M. Nyon de Villiers vous en donne avis.

“Les Anglais doivent être actuellement dans le fleuve. Ils ont ici des bateaux qui les attendent, et ils veulent tenter l’entreprise d'aller aux Illinois. Je leur souhaite du succès. Des officiers français seraient très déplacés dans ce convoi, ne pouvant ni commander ni être commandés. Ainsi, je n’ai pas jugé à propos de leur en donner. D'ailleurs, ils recevront de ma part les secours que je pourrai leur procurer, mais l'affaire de la Mobile m'a appris à les conr=itre.”

A cette dépêche était jointe celle de M. Nyon de Villiers écrite au fort de Chartres, aux Illinois, et dont M. d’Abbadie fait mention.

“Si les Anglais, disait-il, se trouvent aujourd’hui dans de si tristes circonstances, ils ne doivent que s’en attribuer la cause. Ils étaient à même, lors des préliminaires de la paix, desquels ils avaient avis longtemps avant nous, de rompre les premiers coups des sauvages. Rien ne les empéchait pour lors d’en écrire au commandant de cette partie, qui leur aurait rendu les services nécessaires pour leur tranquillité. Mais au contraire, suivant les rapports des différentes nations, les Anglais, assurés des avantages qu’ils obtenaient par les préliminaires, n’ont plus gardé de mesures avec les sauvages, les ont traités avec la dureté et la hauteur de maitres, et ont puni leurs fautes par les croix, les supplices, les potences. Ils ont voulu faire oublier à ces sauvages jusqu’au nom des Français, pour lesquels ils conservaient de l'attachement et du désir, ense servant dans leurs harangues aux Indiens de termes trop peu respectueux, pour ne pas dire trop grossiers, envers les Français.”

M. de Nyon ajoutait que, malgré cela, il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour bien disposer les sauvages

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envers les Anglais, mais qu’ils leur étaient extrême- 1763.

ment hostiles et refusaient d’entendre aucune parole pacifique sur ce sujet. Il doutait donc que les Anglais püssent, de quelque temps, prendre possession.

On voit que M. Nyon de Villiers poussait loin l’humilité et la charité chrétienne, en cherchant à reconcilier les sauvages avec les Anglais, qui les mettaient en croix, les suspendaient à des potences pour les punir de leur amour pour les Français, et qui, non contents d’avoir dépouillé les Français de toutes leurs possessions américaines, se servaient à leur égard d’expressions grossières et peu respectueuses.

On se souvient que les Capucins soutenaient une lutte contre les Jésuites depuis 1755. Cette année, ils furent délivrés de leurs redoutables adversaires, par le fameux ordre d’expulsion décrété par le gouvernement français contre ce corps célèbre. Toutes leurs propriétés, à la Louisiane, furent saisies, confisquées et vendues pour la somme, alors très forte, de 180,000 piastres. On sait que les Jésuites d’Espagne et de Naples eurent le même sort que ceux de France et qu’ils furent en même temps expulsés de toutes les possessions qui relevaient de ces trois couronnes. On pensait que cette société était devenue trop puissante. L'on craignait ses doctrines que l’on croyait dangereuses, et son ambition, dont les richesses immenses de l’ordre ne facilitaient que trop le développement. C’est ce qui provoqua la prétendue abolition de cette impérissable association. Ainsi fut anéanti, dit Voltaire à ce sujet, cet ordre fameux qui avait toujours eu des hommes estimables, mais encore plus de brouillons et qui fut, pendant deux cents ans, un sujet de discorde. La suite des temps a fait voirque Voltaire s’était trompé, quant à.son anéantissement. Car ilexiste encore, plus vivace que jamais.

Le 10 janvier, M. d’Abbadie écrivait au ministre : “J'ai donné possession de la Mobile aux Anglais. Im-

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médiatement après, M. Farmar, commandant pour Sa Majesté Britannique, a rendu une ordonnance captieuse, bien propre à jeter la plus grande inquiétude dans l'esprit des habitants français.

1°. Ilexige, sous trois mois, le serment de fidélité des habitants français, pour être protégés dans leurs propriétés. A quel titre contraint-on ainsi ces habitants, puisqu'il est fixé, par le traité définitif, dix-huit mois pour le terme de leur émigration, et qu’il est stipulé qu’ils ne seront gênés sous quelque prétexte que ce puisse être ?

2°. Il ne sera pas permis de disposer d'aucune terre et autres biëns réels, jusqu’à ce que lestitres puissent être vérifiés par leur enrégistrement et approuvés par l'officier commandant. On ne veut reconnaître pour titres réels que des concessions en forme, données par les gouverneurs et ordonnateurs de la Nouvelle-Orléans, tandis que, vû le petit nombre des habitants relativement à la grande étendue des terres, ils n’ont jamais eu besoin que de la possession, possession prise et conservée, sur simple permission de choisir un terrain et de défricher.”

Cinq jours après, il ajoutait: “Le commandant anglais de la Mobile a envoyé ici un officier pour suivre ce qui a rapport à l’équipement et à l’approvisionnement des bateaux qui seront destinés à transporter aux Illinois quatre cent cinquante hommes. Cette troupe doit arriver à la fin de ce mois. Cet officier parait très inquiet sur ce qu’il apprend des dispositions des sauvages du Nord. Le commandant anglais en aura été informé lui-même par un officier et vingt soldats qui ont été faits prisonniers par ces sauvages et remis, aux Illinois, à M. de Nyon, qui vient de me les envoyer.

“Je crois que M. de Nyon doit évaeuer son poste le plus tôt possible avec la majeure partie de sa troupe, d'autant que de nombreuses tribus du Nord doivent al-

ler lui rendre visite et que des présents indispensables coûteraient beaucoup au roi, pour un pays qui n’est plus à lui.”

Le 7 avril, M. Aubry, commandant des quatre compagnies que l’on avait laissées à la Nouvelle-Orléans, écrivait: “L’attitude hostile des sauvages envers les Anglais ne permettant pas à ceux-ri de chercher à aborder les Illinois parle Canada, ils ont dû songer à y arriver par le bas du fleuve.

“En conséquence, un convoi de dix bateaux, deux pirogues, quatorze officiers, trois cent vingt soldats, trente femmes et dix sept enfants sont partis de la Nouvelle- Orléans, le 27 février, sous les ordres de:M. Loftus, oficier anglais.

“M. d’Abbadie avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour assurer le succès de de voyage, soit en faisant haranguer les sauvages, soit en donnant ordre aux commandants des postes du fleuve de leur donner toute aide et protection, soit en leur donnant le sieur Baurand, comme interprète.

“Le convoi est arrivé, le 15 mars, sans accident, à la Pointe-Coupée, mais il était déserté cinquante hommes. Ce qui fait, avec trente désertés pendant leur séjour à la Nouvelle-Orléans, quatre-vingts déserteurs.

“A la Pointe-Coupée, il arriva un évènement. Un sauvage, esclave de la Nouvelle-Orléans, s'était enfui et réfugié dans le bateau de M. Loftus. Arrivé à la Pointe-Coupée, cet esclave y fut reconnu par un ancien maître à lui et par plusieurs autres personnes,

ayant été esclave à la Pointe-Coupée. On demanda.

au çommandant français l’ordre de le faire arrêter. Ce q&'il fit, en en prévenant M. Loftus. Mais celui-ci, loin d'écouter les raisons qu’on lui donnait, protesta contre le droit que l’on s’arrogeait d’arrêter cet esclave, et commanda un détachement de cinquante hommes pour

soutenir ses prétentions. Le commandant français ne.

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. voulant pas en venir à des voies de fait, dont les conséquences pouvaient être très graves, eut la prudence de céder, et l’esclave demeura libre, malgré la sise et le bon droit.

“Le sieur Baurand quitta le convoi pour s’en revenir à la Nouvelle-Orléans, suivant qu’on en était convenu, à la limite supérieure de la Pointe-Coupée; mais, avant de partir, il recommanda à M. Loftus de se bien garder des sauvages.

“Le convoi était parvenu à la roche à Davion, distante de 24 lieues de la Pointe-Coupée, et 40 de la rivière Iberville, Je 19 mars, à 9 heures du matin, lorsque des sauvageëiiäcés à droite et à gauche, sur les rives du fleuve, tirèrent sur deux pirogues de découverte qui marchaient en avant du convoi, y tuèrent six hommes et en blessèrent sept. Ces deux pirogues se replièrent sur le convoi qui, sans tirer un coup de fusil, se mit en dérive pour la Nouvelle-Orléans, où il arriva le 22 mars. Les premières nouvelles de cette alerte venues de la Pointe-Coupée désignaient comme agresseurs les Arkansas et les Tunicas ; mais par une lettre plus détaillée on sait que c’étaient des Offagoulas, Chactas, Avoyelles et Tunicas, au nombre de trente hommes.

“Ce parti n’était pas assez considérable pour qu’on ne tentât pas de le repousser. il aurait suffi pour cela, avec les forces qu’on avait, de faire bonne contenance. Des convois français, moins forts, ont eu affaire à plus forte partie et n’en:ont pas moins suivi leur route, d'autant que les Anglais n'étaient qu'à dix huit lieues des Natchez, où ils pouvaient trouver un refuge et se créer des partisans, mais il aurait fallu pour cela plus de connaissance du caractère des sauvages et pluside liant dans le sien que n’en avait Loftus, |

“On pouvait aussi, après avoir dérivé quelques lieues, mettre à terre au-dessus de la rivière d’Ibegville, sur les possessions anglaises, d’où l’on aurait demandé des

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secours à M. d’Abbadie. C'était même ce que quelques officiers lui conseillaient, mais il n’en voulut rien faire.

“A son retour ici, le commandant anglais, Loftus, dépécha à M. d’Abbadie (1) un officier pour lui apprendre ce facheux évènement. M. d’'Abbadie lui en témoigna son regret et lui offrit tous les secours qui dépendaient de lui; mais cet officier, loin de répondre à ces procédés avec la reconnaissance qu’il en devait avoir, a dit que M. d’Abbadie était l’auteur de son désastre, que c'était par son ordre que les sauvages l’avaient attaqué, et qu’il avait reçu le chef des Tunicas qui était venu lui rendre compte de cette expédition. Jamais calomnie n’a été plus noire ni plus atroce. M. d’Abbadie a fait tout ce qu’il a été possible pour engager les sauvages à rester tranquilles, et le commandant anglais cherche inutilement à se justifier de sa faiblesse et du peu de tête qu’il a eu en cette occasion. Il est reparti, le 26, pour la Mobile.”

Le 10 avril, M. d’Abbadie apprit au ministre que quelques tribus sauvages demandaient à suivre les Français hors du territoire cédé aux Anglais, et voulaient venir s'établir sur la rive droite du fleuve, vers Lafourche. “Ce sont, dit-il, des Taensas et des Alibamons. Je n’ai pu leur refuser cette grace, et je me suis prêté d'autant plus volontiers à leur établissement dans cette partie, que j'y vois des avantages sensibles pour la colonie. Ils y forment maini-nant deux villages qui sont composés de près de deux cents personnes. Les Taensas sont chasseurs ét cultivateurs, et seront d’une bonne ressource pour la Nouvelle-Orléans. Les Alibamons nous procurent bien la même ressource, mais ce qui serait d’un avantage plus réel, serait de‘les opposer aux Chactas, si ceux-ci voulaient tenter quelques incursions sur nos possessions. Ils en sont

() M. d'Abbadie était alors absent de la Nouvelle-Orléans.

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naturellement ennemis, et les Chactas les craignent. Cependant, je mettrai tout en usage pour concilier les uns et les autres. Mais, de tout temps, la nation des Chactas a été inquiétante et de mauvaise foi. Les Anglais font diversion chez eux. Je suis prévenu que, lorsqu'ils sont avec nous, il n’y a rien qu'ils ne disent contre les Anglais, et qu'avec les Anglais, ils disent la même chose des Français. Il sera toujours bon de les ménager, à cause du mal qu’ils F -urraient nous faire, et je trouverai dans la nation Alibamon des ennemis à leur opposer, en cas d’évènement. (C’est ce qui m'a engagé à recevoir d'autant plus volontiers ce village des Alibamons. Ces émigrations des sauvages causent de la défense, mais elle est essentielle, et je la modère le plus que je peux.

“Les dépenses des postes, dans ce pays, sont analogues à celles du Canada. Ici, comme là, tout le monde a des raisons de justification. C’est un chaos d’iniquités, dont on ne peut trouver la première source, si ce n’est dans les chefs, qui devaient arrêter les abus et qui ne l'ont pas fait. Je réduis tout au quart, sur tous les comptes, &c. &c.

“Je vous ai adressé par St.-Domingue un détail de ce qui s’est passé au sujet de la prise de possession que le: Anglais ont tenté par le Mississippi. Je regarderai toujours comme précaire la possession de la partie de la Louisiane qui nous reste, jusqu’à ce que de nouveaux arrangements nous la constatent; car comment la garder sans troupes, sans munitions, sans vaisseaux qui protégent la navigation du golfe et défendent au besoin l'entrée du fleuve.

“Il n’est pas possible d'entrer dans les vues des Anglais pour rédäaire les sauvages, en ne leur fournissant point de poudre. Ils ne nous font vivre à la capitale et dans les principaux postes, et ne vivent eux-mêmes, que par le secours des armes à feu. Ils ont entièrement

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