ROI À D'ABBADIE SUR LA CESSION.—CONSTERNATION DES CO- LONS
Les Anglais appelèrent Floride Occidentale (West Florida), cette portion du territoire qu’ils avaient acquise de l'Espagne. George Johnston ayant été nommé gouverneur de la province de la Floride Occidentale, arriva bientôt à Pensacola avec le major Loftus, qui devait prendre le commandement des Illinois, et ils se hâtèrent d'envoyer des détachements prendre possession des forts Condé, Toulouse, Bâton Rouge et Natchez.
Le 16 mars, le roi de France, qui agissait toujours en souverain de cette partie de la Louisiane qu’il n’avait pas cédée à la Grande Bretagne, mais qu’il avait néanmoins donnée à l'Espagne, annonçait par une ordonnance, qu’il s'était déterminé à réformer le corps militaire servant dans sa province de la Louisiane et à n’y conserver qu’un comptoir de commerce, avec quatre compagnies d'infanterie seulement, pour la garde et la police de ce comptoir dont M. d’Abbadie était nommé le directeur et le commandant.
104 Louar. xx.
Voici la liste des officiers qui restaient dans la colonie avec des ernplois:
Aubry, commandant des quatre compagnies.
Capitaines.
Messieurs de Mazelières, Duplessy, de Laferrière, de Vaugin.
| Lieutenants.
De l’'Hommer, Laforest, de Laumont, de Belle-Isle, Cabaret de Trépy.
Enseignes.
La Grancourt, de Vin, Vaucourt de St. Amant, Dubralet.
De Grandmaison, major de la Nouvelle-Orléans.
Faurès, capitaine de port.
Régnier, aide-major.
Lalande, arpenteur.
Charles Joseph Leblanc, capitaine des postes relevant de la Nouvelle-Orléans.
Le 2 mai, M. de Kerlerec écrivait au ministre : “J’ai reçu, le 7 avril, les préliminaires de paix que vous m’avez adressés ; et l'ordonnance du roi portant cessation d’hostilités a été publiée, le 10 du même mois d’avrill Nous voilà débarrassés des ennemis européens, dans le temps où vous m'aviez mis en mesure de les bien recevoir, mais il n’en est pas de même d’un grand nombre de nations qui nous environnent, lesquelles ont sacrifié leur vie et leur tranquillité pour le service des Français.
“Je vous ai exposé ma position vis-à-vis les sauvages et particulièrement les Chérokis, les Chactas et les Alibamons, formant ensemble plus de douze mille hommes, Les premiers se sont totalement sacrifiés pour nous sur les promesses que nous avions faites de leur
cHAr. Xx1.] 105
fournir leurs besoins. Il est dû quatre présents aux 1763. autres, et ils manquent aujourd’hui de tout.
“Très particulièrement informés de l’article des préliminaires qui cède leurs terres à l'Angleterre, ils disent hautement qu’ils ne sont pas tous morts, que le Français n’est pas en druit de les donner, et qu’enfin ils savent ce qui leur restera à faire, quand il en sera question. Tout cela est accompagné .de menaces qui jettent la consternation chez tous les habitants, qui sont les plus exposés aux incursions des Indiens.
“Je n’entrevois donc que beaucoup de difficultés pour les évacuations des postes de Tombekbé et des Alibamons. J’en juge ainsi par la connaissance des nations où ils sont enclavés et par les comptes successifs que me rendent les commandants. Je prendrai de mon côté tous les moyens pour y parvenir.
“Même difficulté au moins pour les Illinois.
“J'ai l'intention de mander un certain nombre de chefs de Chactas et Alibamons, vingt cinq à trente de chaque nation, afin de prendre des ôtages pour la sûre: té des garnisons que nous avons à retirer. Je placerai ensuite des détachements sur les lacs pour protéger l'île d'Orléans.
“Je pense qu’il convient de donher aux Sauvages les présents arriérés, malgré l’état de pénurie où doit être le trésor, après une guerre longue et désastreuse : 1°, parceque ces présents ont été promis loyalement et qu’on en a reçu l'équivalent en services réels; 2°. parce qu’on s’attachera ainsi, à toujours, les Sauvage: et que leur attachement, conservé par tradition d'âge en âge, pourra nous servir utilement, dans le cas possible, où la France voudrait rentrer par la force dans des possessions d’où la force l’a expulsée.” |
Lorsque les Indiens qui étaient en alliance avec les Français, virent le drapeau blanc disparaître devant l’étendard anglais, beaucoup d’entr'eux abandonnèrent
ee —
+ EE SVT
106 Leuar. xx
sans regret le territoire que leurs amis ne possédaient plus, et se rendirent à la Nouvelle-Orléans. Le gouverneur, touché de cette preuve de fidélité, leur prodigua les louanges qu’ils méritaient et leur alloua des terres sur la rive Ouest du Mississippi.
Le 29 juin, M. d’Abbadie débarqua à la Nouvelle- Orléans, et M. de Kerlerec partit pour France, où, à son arrivée, il fut mis à la Bastille.
Voici ce qui avait valu cet emprisonnement à M. de Kerlerec, à qui d’abord le gouvernement avait donné gain de cause contre M. de Rochemore :
Sur un compte rendu au roi par le duc de Choiseul, sur les difficultés survenues entre Messieurs de Kerlerec et Rochemore, Sa Majesté avait chargé le sieur Dupont et quatre conseillers au Châtelet de constater par une instruction extrajudiciaire les infidélités et les prévarications que Messieurs de Kerlerec et de Rochemore s'étaient mutuellement reprochées.
Cette commission d'enquête fit un rapport défavorable à M. de Kerlerec: “Il résulte, dit-elle, dans son rapport, des pièces soumises à notre inspection, 1°. que Rochemore s’est tenu dans les limites de son emploi, tandis que Kerlerec a toujours abusé de ses pouvoirs.
2°, “Que Kerlerec a non-seulement violé les ordonnances en recevant des bâtiments interlopes, sans y être obligé par la nécessité, puisqu’à cette époque la colonie était suffisamment approvisionnée, mais qu’il a commis une grande imprudence, sachant que ces interlopes étaient des espions ; que d’ailleurs il est probable que l'intérêt l’a guidé dans cette circonstance, son secrétaire et lui-même étant en relation avec la Jamaïque, d’où venaient la plupart de ces interlopes.
“Un autre fait : c’est que les interlopes devaient, suivant une loi établie par M. de Kerlerec, aller débarquer à la Nouvelle-Orléans, et non ailleurs dans la colonie : faute de quoi, ils n'étaient pas admis, quels que füssent
citaAr, XX1.] 107
les besoins de la colonie ; que d’ailleurs, Kerlerec, suivant l’allégation de Rochemore, avait reçu 10,000 livres d’un interlope pour s'assurer qu’il reviendrait apporter ce dont lui, Kerlerec, avait besoin ; mais, qu’à son retour, le dit interlope n’avait pu, par ordre de Kerlerec, monter à la Nouvelle-Orléans, ni ravoir son argent.”
Voilà quelles étaient les fâcheuses conclusions qui avaient provoqué l'arrestation de Kerlerec. On luiireprochait en outre une dépense de dix millions faite pendant les quatre années d'administration de Rochemore, comme commissaire ordonnateur, parceque c'était lui, Kerlerec, qui avait ordonné la presque totalité de cette dépense, comme frais de guerre.
Peu importe du reste à la postérité de savoir qui avait raison, de Kerlerec ou de Rochemore. Il lui suffit de savoir que leurs dissentions, comme celles de leurs prédécesseurs, avaient été funestes à la colonie, et qu’elles n’avaient pas peu contribué à la démoraliser. Ils n’en étaient d’ailleurs que trop punis par cette justice à bascule qui les frappait tour à tour, et qui, extrajudiciairement et sans les confronter, leur avait successivement donné raison, l’un contre l’autre.
Le 15 d'août. un certain Redon de Rassac, qui occupait sans doute une position officielle dans le pays, envoyait en France un mémoire sur la Louisiane. Il y énonçait les raisons pour lesquelles cette colonie n’avait
jamais pu prospérer. “La Louisiane, disait-il, ne con-
tenait, avant la cession faite à l'Angleterre d’une grande partie de son territoire, que trois mille familles françaises et environ six mille nègres, après une possession de la part des Français de plus de soixante ans.”
Là-dessus, il entre dans de longs détails et finit par résumer les causes de ce peu de prospérité de la manière suivante :
1°. “Sous M. de Vaudreuil, la moitié des femmes
ee
ghise-i RENTE